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 Angleterre 2011

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Newo

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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Jeu 11 Aoû - 2:08

Citation :
Situation paradoxale en Angleterre : si le chaos ne règne pas, le calme n'est tout de même pas revenu. Mercredi soir, à l'orée d'une cinquième nuit de tension, des bataillons de policiers, 16 000 à Londres, 1000 à Manchester ou à Birmingham, étaient déployés dans les grandes villes anglaises.

David Cameron, le Premier ministre britannique, avait promis une riposte : celle-ci semblait avoir dissuadé les émeutiers mercredi soir. Ici et là, cependant, quelques affrontements avec les forces de l'ordre, comme à Eltham, dans le sud-est de Londres, où des membres de l'English Defence League, une organisation d'extrême-droite, s'est opposé aux forces de l'ordre. A Birmingham, des internautes ont signalé quelques échauffourées.

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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Jeu 11 Aoû - 2:26


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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Jeu 11 Aoû - 13:41


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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Ven 12 Aoû - 10:09

Citation :
Un cinquième mort dans les émeutes
par Le Nouvel Observateur avec AFP Réagir

Un homme de 68 ans qui avait été attaqué et grièvement blessé lundi durant les émeutes en Grande-Bretagne est mort des suites de ses blessures, a annoncé la police vendredi, portant à cinq le nombre de morts survenues pendant les troubles.

Richard Mannington Bowes avait été trouvé inconscient tard lundi soir à Ealing, banlieue de l'ouest de Londres où des bâtiments avaient été pillés et des voitures incendiées.

L'homme a été déclaré mort dans la soirée de jeudi, et une autopsie va être réalisée rapidement, a annoncé la police de Londres, qui a ouvert une enquête pour meurtre.

"Cela a été un incident brutal qui a eu pour résultat la mort stupide d'un homme innocent", a déclaré l'inspecteur principal John MacFarlane.

Un bilan porté à cinq morts

La vague d'émeutes qui ont touché Londres et d'autres villes anglaises avait été déclenchée par la mort d'un homme de 29 ans, Mark Dugan, abattu par la police la semaine dernière lors d'une tentative d'interpellation.

Durant les émeutes, un homme avait été retrouvé grièvement blessé par balles lundi dans une voiture à Croydon, dans le sud de Londres. Trois hommes avaient également été écrasés par une voiture mardi soir à Birmingham (centre), alors qu'ils protégeaient leur quartier des pillards.

Les troubles avaient commencé samedi à Londres et se sont poursuivis jusqu'à mardi soir. Les nuits de mercredi à jeudi et de jeudi à vendredi ont été calmes.

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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Ven 12 Aoû - 22:50

Pour les français de souche, les prévenus n'étaient pas tous noirs. CQFD. Et je vous rassure, aucune notion de guerre raciale derrière les émeutes.

Citation :
Il est l'un des rares métis à comparaître au milieu de tous ces Blancs.

Citation :
Profils d'émeutiers au tribunal de Manchester
LE MONDE

Manchester (Royaume-Uni), Envoyée spéciale - Une semaine après l'éclatement de violences urbaines, le profil des émeutiers s'éclaircit au Royaume-Uni. Jusque-là, beaucoup n'étaient que des demi-visages un peu flous captés sous leur capuche par les images silencieuses de caméras de surveillance. Mais le millier de personnes arrêtées par la police anglaise a commencé à comparaître devant les tribunaux. Et à Manchester comme ailleurs, c'est finalement sous la lumière crue des néons de salles d'audience engorgées que s'esquisse une certaine jeunesse anglaise.

Karl Brown, 27 ans, son teint pâle et ses grands yeux tombants. Comme presque tous ceux qui défilent dans le box des accusés du tribunal de première instance de Manchester, jeudi 11 août, il porte un large pull foncé à col rond sur un jogging assorti. La tenue de ceux qui souhaitent mieux se fondre dans la nuit, considèrent souvent les tribunaux. M. Brown est sans adresse fixe, sans ressources, et plaide "coupable" mécaniquement et avec un fort accent populaire.

Il était 2h40 du matin mardi 9 août, dans le centre-ville de l'ex-grande cité industrielle du nord-ouest de Londres, quand il a été surpris, ivre, avec un sac dans lequel se trouvaient des cigarettes, du tabac à rouler et un t-shirt à 40 livres (45 euros). Ce dernier provenait d'une boutique prisée appartenant à l'ex-chanteur du groupe de rock Oasis, Liam Gallagher. La police a repéré M. Brown parce que le magasin avait été dévalisé et qu'il déambulait avec son t-shirt, l'étiquette encore accrochée.

LES MOTIVATIONS RESTENT FLOUES

Le tribunal de Manchester, jeudi, c'est aussi les visages de Dayle Blinkhorn et Joseph Millbanks, 23 et 26 ans. Deux grands gars, front bas, un peu penauds dans leur survêtement sombre. Deux fils de mères célibataires, dont l'une est handicapée. La police les a surpris alors qu'ils transportaient une télévision de la marque haut de gamme Bang & Olufsen, dont la boutique avait été dévalisée. Dans leur déposition, ils ont dit qu'ils l'avaient "trouvée dans la rue".

Mais au tribunal, ce long jeudi de justice, il y a aussi des grands costauds aux épaules carrées comme Ian Jones, 36 ans. Il est l'un des rares métis à comparaître au milieu de tous ces Blancs. Lui plaide coupable d'une tentative de vol d'un distributeur automatique. Sans emploi, il est suivi pour des troubles mentaux. La police l'a arrêté après une course-poursuite qui s'est achevée dans les buissons du jardin d'une église.

Mais si le visage de ces émeutiers se dessine, leurs motivations restent floues. La plupart plaidant coupable, la parole ne leur est que très peu donnée, conformément à la procédure anglo-saxonne. Rares sont par ailleurs les condamnations prononcées. Le gouvernement anglais ayant décidé de se montrer ferme pour rassurer une opinion révulsée, les juges qui président les audiences de première instance – qui ne peuvent prononcer des peines de plus de six mois de prison – renvoient presque systématiquement les dossiers devant la juridiction supérieure.

"VOUS JETEZ LA HONTE ET LE DÉSHONNEUR SUR TOUT LE PAYS !"

Des pouvoirs limités que le juge préposé à cette tâche, jeudi, à Manchester, compense par des déclarations choisies : "Vous jetez la honte et le déshonneur sur tout le pays !", assène-t-il souvent aux prévenus. Ou encore : "Aucune société civilisée ne pourrait transiger avec vos intolérables comportements !" La cour de Manchester a bien eu un autre type de prévenu, ce jeudi. Un étudiant en informatique issue d'une famille "stable" passé parmi les premiers, le matin, a rapporté la presse locale. Il a avoué avoir participé aux violences par seul "opportunisme".

Mais son cas est unique, ce jour-là. Une histoire sur le modèle de quelques autres, aussi rapportées par la presse ailleurs dans le pays. Comme celle de cette fille de 19 ans issue d'une famille aisée de Notting Hill, ou celle de cet employé d'école primaire âgé de 31 ans.

Le vrai ordinaire du tribunal de Manchester, jeudi, ce fut plutôt celui de la cour des mineurs. Une salle d'audience distincte de celle des adultes, située tout au bout d'un couloir. Avec, parmi ces mineurs, Dylan, 12 ans, et son haut de survêtement rouge. Plus jeune prévenu du jour, il n'a jamais eu de condamnation, mais il comparaît parce qu'"une fille [lui] a dit de rentrer dans un magasin pour ramener des bouteilles de vin", raconte-t-il en bégayant. Il était venu en ville "parce qu'il n'avait jamais vu d'émeutes". Chez lui, il avait de toute façon le droit de sortir jusqu'à 22 heures. La police l'a retrouvé parce que des copains avaient mis sa photo sur Facebook.

DE 12 À 48 ANS

Juste après, c'est le tour de Christopher, un adolescent de 15 ans avec un visage de boxeur fatigué. Petit, brun, maigre, il a une vague frange coupée au ras des yeux. Sa mère est alcoolique. Il a été surpris la veille en train de tenter de mettre le feu à une poubelle. Mais comme il a déjà été condamné pour un vol à l'arraché il y a moins de deux ans, le juge le place sous contrôle judiciaire en attendant une prochaine audience.

Il y a aussi quelques filles. Comme Amy, brunette de 17 ans avec des reflets de teinture rouge dans les cheveux. Elle a atterri dans le box des accusés parce qu'elle a été surprise avec son petit ami, un caïd connu pour plusieurs méfaits, en train de piller, à une heure et demi du matin, pour 200 livres sterling de pâtisserie dans une boulangerie. Ivre au moment des faits, elle pensait que "la police s'en ficherait d'un vol de nourriture".

Chez les adultes, le tribunal s'est un peu attardé toutefois, en fin de journée, devant un homme de 48 ans en chemise et pantalon clair. "Gangster" notoire de Manchester, il a été repéré par les caméras de surveillance pendant les émeutes en train de coordonner les actions d'un groupe d'une quinzaine de jeunes. Une enquête plus approfondie a été lancée.

Le dernier à être passé devant le tribunal s'est fait longuement réprimander. De la journée, il était le seul ressortissant antillais. "Vous êtes le dernier mais peut-être le plus écœurant de tous, honte à vous !", a lâché le juge. Il comparaissait pour avoir été surpris en train de voler un tronc caritatif destiné à recueillir des dons pour la lutte contre le cancer.

Elise Vincent

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MessageSujet: Clouer le bec aux journaleux :)   Sam 13 Aoû - 1:25

Citation :


Darcus Howe est un écrivain et présentateur de télévision britannique, une célébrité outre-Manche et ailleurs dans le monde anglophone, surtout en Afrique et aux Caraïbes. Interviewé il y a quelques jours par la BBC, il a donné son point de vue sur les émeutes. En résumé, selon lui, le racisme et les vexations quotidiennes comme les contrôles au faciès de la police ont été un facteur déclencheur important.
Depuis, la version originale de la vidéo fait le tour des réseaux sociaux (3 millions de vues en trois jours). Nous proposons ici la version sous-titrée qui vient d'être mise en ligne.

Rue89

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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Sam 13 Aoû - 2:01

J'ai entendu aux infos qu'un étudiant avait pris 6 mois fermes pour deux bouteilles d'eau volées ...

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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Dim 14 Aoû - 11:56

Citation :
Angleterre : un week-end placé sous très haute surveillance
Après trois jours calmes, la police se tenait prête pour faire face à une éventuelle reprise des incidents la nuit dernière.


Sous le slogan « La jeunesse réclame un avenir », une manifestation s'est déroulée dans le calme, hier, dans le quartier de Tottenham, au nord de Londres, d'où les émeutes sont parties. maxppp

Une semaine après le déclenchement des pires émeutes dont la Grande-Bretagne a été le théâtre ces dernières décennies, les grandes villes du pays restaient hier sous haute surveillance policière. Car si le calme semblait s'installer avec un troisième jour consécutif sans aucun incident important rapporté dans la nuit de vendredi à samedi, les forces de l'ordre, mobilisées en masse, restent en état d'alerte devant la crainte que le week-end ne soit l'occasion de nouveaux dérapages entre matchs de foot et soirées au pub arrosées.

Hier, pas moins de 16 000 policiers étaient toujours déployés dans la mégapole de Londres d'où étaient parties les émeutes une semaine plus tôt, après l'embrasement du quartier déshérité de Tottenham. Le match de la première journée du championnat d'Angleterre entre Tottenham et Everton, hier après-midi, a été reporté à la demande de la police, mais les neuf autres rencontres sont maintenues. Comme celles de 2e, 3e et 4e divisions prévues à Londres ce week-end.

La manière forte

La police poursuit sa contre-offensive en multipliant les arrestations : plus de 2 100 personnes ont déjà été interpellées, dont 1 270 dans la seule capitale. Les tribunaux, qui travaillent sans relâche depuis plusieurs jours, vont tenir des audiences spéciales ce week-end pour faire face à l'afflux de suspects. Le Premier ministre David Cameron, qui prône la manière forte face à des actes « criminels », a même souhaité que les fauteurs de trouble n'aient plus droit à un logement social.

Prenant au pied de la lettre les critiques du chef du gouvernement contre « l'attitude trop molle » qui aurait prévalu envers les pillards, le Conseil municipal de Wandsworth, un quartier du sud de Londres, a ainsi émis un avis d'expulsion contre un locataire dont le fils est soupçonné d'avoir participé aux violences. La décision finale reviendra à un juge.

Une pétition électronique qui demande que les casseurs soient privés de leurs droits sociaux a déjà recueilli plus de 160 000 signatures, ce qui ouvre la possibilité pour le Parlement de s'en saisir s'il le souhaite.

Pour éradiquer les troubles, M. Cameron a demandé à l'ex-chef de la police new-yorkaise Bill Bratton de travailler comme consultant pour Scotland Yard et de lui faire partager son expérience dans la lutte contre les violences urbaines. Bratton, qui a également dirigé la police de Boston et de Los Angeles, théâtre d'émeutes en 1992, participera à une série de réunions à l'automne avec ses homologues britanniques, notamment sur la question des gangs.

Prévention

Mais le superflic qui a inspiré la série policière « District » a d'ores et déjà averti que la multiplication des arrestations n'était pas une réponse suffisante. Au contraire, « il va falloir beaucoup de techniques et de stratégie de prévention », a-t-il affirmé. Le ministre de l'Économie, George Osborne, a soutenu cette approche, estimant que le problème n'était pas de revenir sur les coupes budgétaires qui affectent la police, mais « il faut s'attaquer à des problèmes sociaux dont les racines sont très profondes », évoquant les « communautés laissées à l'écart du reste du pays ».

Près d'un Britannique sur deux trouve que le Premier ministre n'a pas bien répondu aux émeutes, selon un sondage diffusé hier. Pour la moitié des personnes interrogées, les coupes budgétaires ont bien contribué à l'explosion des émeutes. 73 % sont pour l'instauration d'un couvre-feu dans les quartiers à risques.

La presse tire un premier bilan d'« une des semaines les plus humiliantes » depuis l'après-guerre, qui a « changé » à jamais le visage du pays. « En une semaine, la Grande-Bretagne qu'on connaissait a disparu à tout jamais », affirmait ainsi le « Daily Mirror ». « The Guardian », proche de l'opposition travailliste, évoque « une semaine qui a choqué le pays et lui a fait honte ici et à l'étranger ». « Les émeutes ont changé la façon dont les gens regardent leurs voisins, comment ils regardent ceux qui sont aisés, ceux qui dépérissent dans le sous-prolétariat », estime le « Times », proche des conservateurs, parlant d'« une image inhabituelle terrifiante de la vie en Grande-Bretagne ».

Sud-Ouest

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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Dim 14 Aoû - 12:01


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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Dim 14 Aoû - 13:09

Citation :
Les photos des émeutiers sur écran géant 12 août 2011 12:39

La police diffuse les photos des émeutiers britannique sur un écran géant installé sur une camionnette qui sillonne cette ville du centre de l'Angleterre.

La police de Birmingham a trouvé un nouveau moyen pour tenter de mettre la main sur les émeutiers de ces derniers jours: elle diffuse leurs photos sur un écran géant installé sur une camionnette qui sillonne cette ville du centre de l'Angleterre.

Depuis jeudi, une cinquantaine de clichés de suspects, capturés par des caméras de surveillance, sont exposés à la vue de tous de 7 heures du matin à 19 heures jusqu'à samedi. La camionnette s'arrêtera dans tous les principaux points de Birmingham, la deuxième ville de Grande-Bretagne.

500 appels et des courriels

«C'est la première fois que ce système de camionnette est utilisé pour exposer les photos des suspects recherchés par la police», souligne l'inspecteur Mark Rushton sur le site de la police locale, qui se prévaut d'utiliser «les dernières technologies» pour exhiber les suspects.

« Et nous avons déjà une formidable réponse du public » , avec plus de 500 appels et des courriels, explique-t-il.

Des photos recueillies par la police à partir des caméras de surveillance ont déjà été publiées par les médias et sur le site internet de la police, mais «nous sommes déterminés à utiliser tous les moyens disponibles pour traduire les suspects en justice», poursuit l'inspecteur.

Plus de 1 500 personnes interpellées

Plus de 1 500 personnes ont déjà été interpellées après les émeutes qui ont embrasé pendant quatre jours le pays, et les tribunaux travaillent sans relâche pour faire face à cet afflux.

Mercredi, le Premier ministre britannique David Cameron a balayé les inquiétudes « bidons concernant les droits de l'Homme », suscitées par la publication des photos des pilleurs présumés.
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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Dim 14 Aoû - 22:41

Citation :



Traduction : En raison des récents actes de violence à Tottenham, au Royaume-Uni, hier soir, il est important de faire une déclaration à ceux qui participent à des mouvements de protestation et pour le grand public. Bien que cet événement est une tragédie horrible à bien des égards et en aucune façon les violences doivent être tolérées, c'est aussi un terrible rappel de la situation ou nous nous trouvons pas seulement au Royaume-Uni, mais dans de nombreux pays du monde.

Avant cette émeute une protestation pacifique, une veillée a été organisé en face de la station de police locale en réponse à la mort par balle d'un homme Mark Duggan. À un certain moment après la tombée de la nuit, plusieurs fauteurs de troubles ont commencé a agressé et mettre le feu à deux véhicules de police. La situation s'est détériorée a partir de ce moment en grosses émeutes . Malheureusement pour ceux qui manifestaient pacifiquement devant le poste de police et de la famille de Mark Duggan les terribles événements de quelques agitateurs ont éclipsé tout ce qui peut venir de la mort de Mark Duggan.

Pour ceux d'entre nous qui participent à une manifestation pacifique et la désobéissance civile. Nous devons rester vigilants et calmes en toutes circonstances. Dans notre lutte pour défendre les opprimés , nous devons prendre des mesures, attention à ne pas devenir oppresseurs nous-mêmes et faire du mal inutilement. Nous devons garder la révolution pacifique du peuple égyptien comme un modèle de notre protestation.

Nos condoléances aux familles de tous ceux qui ont été blessés inutilement la nuit dernière.

Nous sommes Anonymous.
Nous sommes unis comme un seul.
Nous sommes divisés par zéro.

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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Lun 15 Aoû - 17:39

La traduction de Résistance 71 est intéressante mais bien souvent moins bonne que celle ci-dessous :

Citation :
Réponse de la Solfed de Londres-Nord aux émeutes de Londres

Alors que les médias stigmatisent l"anarchie" à propos du déferlement de la violence à Londres et en Angleterre, la "Solidarity Federation" du Nord-Londres a considéré qu’une réponse de la part d’une organisation anarchiste active dans la capitale était nécessaire.

Les émeutes ont causé des dégâts importants ces derniers jours à des quartiers de Londres, à des devantures de magasins, à des domiciles et des voitures. À gauche, on entend toujours les mêmes gémir que la pauvreté en est la cause. À droite, que des voyous et éléments anti-sociaux profitent de la tragédie. Les deux sont vraies. Les pillages et émeutes vus ces derniers jours constituent un phénomène complexe et comportent de nombreuses composantes.

Ce n’est pas par hasard si les émeutes se produisent maintenant, quand les réseaux de soutien aux britanniques privés de représentation leurs sont arrachés, et que les gens sont livrés à l’abîme, comme ils tombent rompus sous les matraques de la police londonienne.

La fureur des quartiers [1] est ce qu’elle est, laide et incontrôlée. Mais pas imprévisible. La Grande- Bretagne a caché ses problèmes sociaux pendant des décennies, les a contenus avec une garnison brutale d’hommes armés. Grandir dans les cités signifie souvent ne jamais les quitter, à part à l’arrière d’une fourgon de police. Dans les années quatre-vingt, les mêmes problèmes ont conduits à Toxteth [2]. Dans les années quatre-vingt-dix, ils ont conduit aux émeutes contre l’impôt par capitation [3]. Et maintenant nous les subissons de nouveau - parce que les problèmes non seulement persistent, mais empirent.

Le harcèlement et la brutalité de la Police font partie du quotidien des cités partout au Royaume-Uni. Les systèmes sociaux permettant à peine de survivre se sont désagrégés et ont été retirés. À Hackney [4], les travailleurs sociaux opérant dans la rue, qui venaient eux-même des cités, connaissaient les jeunes et pouvaient travailler avec eux à résoudre leurs problèmes, se sont vus signifier qu’ils ne seraient désormais plus payés. Les loyers augmentent et les emplois aidés par l’État qui apportaient de l’argent dans la zone ont été réduits au nom d’un transfert vers des missions bénévoles dans le cadre de la "Grande Société" [5]. Les gens qui eurent toujours très peu n’ont désormais plus rien. Plus rien à perdre.

Le rôle-même des médias dans tout ceci ne doit pas être minoré. Malgré tout le discours de la "protestation pacifique" qui précéda les évènements à Tottenham [6], les media n’auraient pas sorti l’histoire s’il n’y avait eu en tout et pour tout qu’une manifestation silencieuse devant le poste de police.

Les violences policières et les protestations en réponse surviennent tout le temps. C’est seulement quand l’autre côté répond avec violence (sur des cibles légitimes ou non) que les médias ressentent le besoin de leur donner une couverture à tout prix.

Il ne devrait donc pas y avoir de surprise à ce que des gens vivant une existence de pauvreté et de violence soient enfin partis en guerre. Il ne devrait pas y avoir de surprise à ce que des gens pillent les écrans de télé à plasma qui fourniront leurs paieront deux mois de loyer, et laissent les livres qu’ils ne peuvent vendre sur les étagères. Pour beaucoup, c’est l’unique forme de redistribution économique qu’ils verront dans les années à venir en continuant une vaine recherche d’emploi.

On a beaucoup glosé sur le fait que les émeutiers attaquaient "leurs propres communautés". Mais les émeutes n’éclatent pas dans un vide social. Celles des années 80 tendaient à être dirigées d’une manière plus ciblées ; épargnant les innocents et se focalisant sur des cibles plus représentatives d’une oppression de classe ou de race : la police, les postes de police et les magasins. Que s’est-il passé depuis les années quatre-vingt ? Les gouvernements consécutifs n’ont pas ménagés leurs efforts pour détruire toute espèce d’idée de solidarité et d’identité de classe. Est-ce donc une surprise alors si ces émeutiers se retournent contre d’autres membres de notre classe ?

La "Solidarity Federation" est basée sur la résistance dans la lutte sur le lieu de travail. Nous ne sommes pas impliqués dans le pillage mais, au contraire des réactionnaires de droite ou même des commentateurs de gauche sur le registre de la "compréhension-mais-condamnation", nous ne condamnerons ni ne fermerons les yeux sur ceux que nous ne connaissons pas pour avoir récupéré une part de la richesse dont ils ont été privés toute leur vie.

Cependant, en tant que révolutionnaires, nous ne pouvons tolérer les attaques contre les travailleurs, contre les innocents. Les incendies de magasins avec des domiciles au-dessus, de véhicules utilisés par les gens pour aller au travail, les agressions et tout ce qui s’en approche constituent une attaque contre les nôtres et nous devons nous y opposer aussi fermement qu’à n’importe quelle politique d’austérité du Gouvernement, qu’aux propriétaires terriens qui spéculent, qu’aux patrons ayant l’intention de voler notre travail. Ce soir et pour aussi longtemps que nécessaire, les gens doivent se rassembler pour se défendre quand une telle violence menace les foyers et les communautés.

Nous pensons que la colère légitime des émeutiers peut être bien plus puissante si elle s’exprime dans une direction collective et démocratique et cherche, non à faire d’autres travailleurs des victimes, mais à créer un monde libre de l’exploitation et de l’inégalité inhérentes au capitalisme.

North London Solidarity Federation (mardi 9 août 2011) Traduit par le SIA32 / CNT-AIT

Notes
[1] Ndt : Nous avons traduit "estates" indiféremment par "quartiers" ou "cités", car ces lieux sont des quartiers-nord du Grand Londres composés de cités et de lotissements.

[2] Ndt : Toxteth est un quartier du centre de Liverpool ayant connu des émeutes en juin 1981, initialement provoquées par l’arrestation sans raison d’un jeune noir, Leroy Cooper, fouille observée par la foule qui ne laissa pas faire, avec pour bilan la destruction de 70 édifices, 500 arrestations et 470 blessés.

[3] Ndt : la "Poll Tax" est un impôt forfaitaire par foyer ne tenant compte, ni des revenus, ni du capital, créé par M. Thatcher en 1989 et appliqué en 1990. Cette application d’une taxe très injuste pour les plus faibles provoqua des émeutes à Hackney le 8 mars, à Brixton, Lambeth et Islington puis à Trafalgar Square en plein centre de Londres le 31 mars 1990, ce qui provoqua la chute de la "Dame de fer".

[4] Hackney est un district au nord du Grand Londres, extrêmement pauvre, au chômage élevé, ayant connu des émeutes dans les années quatre-vingt et la consommation de crack parmi les jeunes dans les années quatre-vingt-dix.

[5] Ndt : Traduction du projet de la "Big Society" proposé défendu par les conservateurs de David Cameron depuis juillet 2010 et prônant un désengagement de l’État au profit d’une société plus "mature" et engagée, basée sur la charité, le mutuellisme et le volontariat, ce que ses adversaires ont qualifié de déguisement cynique de l’abandon de l’assistance grâce au discours sur une vigueur nouvelle de la société civile.

[6] Tottenham est un quartier pauvre du district de Haringey, au nord du Grand Londres, sur la rive gauche de la Tamise, et le lieu d’émeutes ce mois-ci.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Mar 16 Aoû - 12:44

Citation :
Petit commentaire autour de l’appareil répressif post-émeutes, c’est-à-dire la "vengeance de classe" mise en place par David Cameron Federico Campagna, 14 Aout 2011, London (Original en italien paru sur infoaut.org et traduit en français par LeReveil.ch)

Une fois que les les gens à capuches sont revenus à leurs refuges, que les incendies se sont éteints et que la menace s’est estompée, la police a repris pleine possession des villes anglaises. Pendants des journées entières, les seize milles hommes armés envoyés par le gouvernement ont fait entendre leur monologue assourdissant, avec des colonnes de blindés se lançant à sirènes hurlantes sur les routes désertes et des patrouilles dans chaque quartier.

Cameron avait annoncé qu’il n’y aurait pas de pitié, et la pitié - obéissante - a decidé de s’enfouir sous terre, alors que les tribunaux restaient ouverts toute la nuit pour juger les 2300 arrêtés pendant les émeutes. Les jugements ont été lourds. "Exemplaires", selon la définition des journaux. Pour le vol de deux bouteilles d’eau, d’une valeur de trois livres, Nicholas Robinson, 23 ans, a été condamné à six mois de prison. Pour le vol de deux vestes, Eoin Flanagan, 18 ans de Manchester, a été condamné à huit mois d’enfermement. Pour avoir dit à un policier : "Si t’avais pas l’uniforme sur toi, je te défoncerais la gueule", Ricky Gemmel, 18 ans, a été condamné à six semaines de prison. Et ainsi de suite, au moins pour les plus chanceux. Pour tous les autres, de bonne grâce, les juges ont retenu opportunément les peines les plus sévères et ils les ont renvoyé au jugement des ‘crown courts’, les tribunaux royaux qui ont le pouvoir d’infliger des sentences à outrance.

Entretemps les policiers se sont organisés en équipes et ils sont allés, maison par maison, arrêter les centaines de suspects encore en liberté.
Avec eux, comme des chiens d’arrêt avec leurs chasseurs, se déplaçait un attroupement de journalistes. Le quotidien The Telegraph, par exemple, a transmis avec fierté sur son site la vidéo de l’arrestation de Shereka Leigh, mère célibataire de 22 ans de Tottenham, coupable du vol d’une paire de chaussures. La vidéo montre les agents defoncer la porte, entrer dans la maison en hurlant, marcher sur les jouets de son fils de 4 ans et ramener dehors la jeune fille menottée.

Mais les agents ne doivent pas faire tout le boulot. Des fois, les parents leurs donnent aussi un coup de main. Avec un dévouement qui aurait fait pleurer Staline, après avoir reconnu sa fille de dix-huit ans, Chelsea, dans des vidéos transmises à la télévision, l’héroïque Madame Adrienne Ives n’a eu aucune hésitation à appeler la police locale. Les journaux n’ont pas pu s’empêcher de chanter les louanges de cette extraordinaire mère-courage. Dommage qu’à l’époque de Saturne, il n’y avait pas de journaux, ils auraient pu faire briller comme il faut ceux qui dévorent leurs fils.

" Nous vous retrouverons", avaient dit, il y a quelques jours, des agents sur leurs pages Facebook, "et on vous fera sentir tout le poids de la loi". Et cela s’est passé. On espère bien que ce poids n’est pas écrasant au point d’étouffer, comme c’est arrivé à Jimmy Mubega, ce quadragénaire angolais mort par asphyxie pendant qu’il était "mis en sécurité" par les agents qui étaient chargés de le déporter depuis l’aéroport de Heathrow.

Mais le poids de la loi, c’est connu, tombe souvent comme de la grêle du ciel, et il arrive qu’elle détruise en entier la vie de certaines personnes. D’ailleurs, les fautes des pères tombent sur les fils et donc, par propriété transitive, celle des enfants doivent tomber sur leurs parents. Avec une détermination salomonique, David Cameron a déclaré que les familles des arrêtés qui profitent des rentes étatiques pour les plus démunis perdront tout. Plus de logement social, plus d’allocation chômage, plus de ‘house in benefit’, plus de welfare. Interviewé à la BBC, le secrétaire d’état pour les communautés locales, M. Eric Picklesa, a réaffirmé ce concept. Les émeutiers et leurs familles seront délogées, et les circonscriptions de Wandsworth, Westminster, Greenwich, Hammersmith, Nottingham et Salford ont déjà rendu exécutoires les expulsions.

Mais on craint que même ces dispositions au gout médiéval ne seront pas suffisantes. Le problème est bien plus profond, disent certains, et il s’est infiltré sous la peau des sujets britanniques. David Starkey, célèbre commentateur de la BBC, l’a expliqué très clairement en direct à la télévision : le problème, en ce pays, est que les blancs sont devenus nègres, ils ont perdu le sens de la dignité occidentale, sont devenus des sauvages. Le multiculturalisme, dit Starkey, a changé la couleur de notre peau et notre ADN.

Heureusement, le gouvernement n’est pas seul à affronter ce défis bio-génétique. Comme ça arrive assez souvent en Angleterre, l’aide est soudainement arrivée d’en haut. Et par "en haut", bien entendu, nous parlons des États-Unis, la mère-patrie dont la Grande-Bretagne est l’une des colonies fidèles. Inspiré par l’exemple américain, David Cameron a convoqué le super-flic Bill Bratton, inventeur du régime de la "tolérance zéro" qui a rendu obèses autant de prisons d’outre-atlantique. Le crime de la rue, a déclaré Cameron, sera raclé de l’île, comme si c’était un mélanome sur la peau candide d’Albion.

Peut-être que le premier ministre n’a pas choisi le bon homme pour ces nettoyages. Plutôt qu’à Bill Bratton, Cameron aurait dû s’adresser à Conrad Murray, le célèbre médecin de Michael Jackson, aujourd’hui sous enquête pour l’assassinat du chanteur. Enlever le noir de la peau est une question difficile et il y a peu de gens au monde qui sont capables de le faire. Des bains de mercure, des infiltrations de cortisone et des applications d’hydroquinone sont le seuls soins possibles. Avec quelques injections de médicaments anti-douleur, pour rendre l’ensemble plus supportable. Seulement de cette façon la candide Angleterre pourra gratter sa négritude superficielle. Au risque d’en mourir, si cela devait être nécessaire. D’ailleurs, suite aux magnificences du mariage royal, il n’y a que l’enterrement d’une nation toute entière qui pourrait offrir au monde un événement le plus spectaculaire pour la prochaine décennie.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Mer 17 Aoû - 14:26

Citation :
Angleterre, la colère est légitime. par le NPA

Depuis plusieurs jours des émeutes embrasent la Grande Bretagne, émeutes qui sont une réponse compréhensible de la jeunesse des quartiers abandonnés devant les mesures "d’austérité" qui les touchent pour préserver la richesse des possédants et les profits des banques ! Dès le début de l’année les jeunes manifestaient contre le doublement des montants d’inscription à l’université. Depuis, le gouvernement Cameron a supprimé les aides aux lycéens, les crédits aux associations de quartier, les services publics disparaissent et le taux de chômage atteint 30% dans la jeunesse...

Leur colère est légitime, nous sommes des millions à la partager. "Je ne vole pas, je récupérère les produits de luxe que ma classe sociale ne pourra jamais se payer, et que pourtant elle a produit", disait ce matin un jeune de Liverpool interviewé. Les émeutes sont l’expression des plus démunis, contre une politique au service des possédants. Possédants qui envoient la police et peut-être demain l’armée, parce qu’ils ont peur et n’ont aucune solution à apporter, puisqu’ils sont les seuls résponsables de la crise et de la situation que l’ont connait. La violence c’est eux, qui emploient la force pour mater la révolte, qui distillent la division dans notre camp en stigmatisant les jeunes et les travailleurs sans emploi et sans avenir, sous le terme de "casseurs". Les vrais casseurs sont ceux qui suppriment les services publics, les voleurs sont ceux qui continuent d’empocher des profits faramineux en temps de crise, les délinquants sont ceux qui continuent à licencier et à délocaliser.

La solution ce n’est pas la répression mais :

la gratuité de l’éducation
la défense des services publics et rétablissement des services supprimés : La Poste, maisons de quartier, santé publique...
la réquisition des entreprises qui licencient ou délocalisent, sans indémnité ni rachat...

Un plan d’urgence anticapitaliste s’impose si nous ne voulons pas payer leur crise !

Citation :
Les émeutes sont l’expression d’une véritable révolte sociale ... Editorial de Socialist Resistance, organisation-sœur de la LCR en Grande-Bretagne. http://socialistresistance.org. Publié sous le titre : « Con Dem chickens come home to roost ». Traduction française par Sylvia Nerina pour le site www.lcr-lagauche.be

La première année de la coalition dirigée par le Premier Ministre David Cameron s’est déroulée sous le signe de l’austérité, d’une montée des inégalités, d’un appauvrissement rapide de la population, de la destruction des services publics, de la corruption des médias, de la police et des politiciens. Sa seconde année, elle, semble marquée par les actions revendicatives syndicales massives et par les conflits entre l’État et une population qui semble ne plus avoir rien à perdre dans les quartiers les plus pauvres des villes britanniques. Voilà quel est le sens des émeutes qui se déroulent à Londres.

En fait, ces émeutes sont directement liées à deux actions menées par la police. La première est l’assassinat par des policiers de Mark Duggan et le mauvais traitement infligé par la suite à sa famille. C’est une manifestation de colère légitime qui a eu lieu devant le commissariat de police samedi dernier. C’est le comportement de la police qui a mis le feu aux poudres, mais ce fait a été largement occulté dans les reportages des médias sur le sujet.

Un coup d’oeil sur cette video nous montre comment la police a attaqué une jeune fille de 16 ans à coups de matraques. Cet autre enregistrement donne un aperçu de la violence du comportement policier. Il est pratiquement impossible que ce type d’agression ne provoque pas un paroxysme d’explosion de violence dans la communauté locale.

Les rapaces du néo-libéralisme se préparent à descendre

La décision de faire une coupe de 41 millions de livres, prise par le conseil municipal de Haringey (où on éclaté les émeutes, NdT), détruit littéralement les espoirs de toute cette génération qui se trouve à présent dans les rues. Le mois dernier, déjà, un élu local, David Lammy, avait demandé au gouvernement de prendre des mesures pour combattre la montée de 10% du chômage à Tottenham, qui compte aujourd’hui 10.514 sans-emploi.

Des habitants du quartier, récemment interviewés, ont expliqué que des milliers de jeunes approchant de la trentaine n’ont jamais pu trouver de travail. Ce n’est pas une surprise de constater que les magasins qui vendent des vêtements de sport, des téléphones mobiles, des télévisions ou des MP3, éveillent des convoitises parmi ceux qui savent qu’ils ne pourront jamais posséder de telles choses.

Le capitalisme ne peut pas tout avoir. D’un côté il nous dit que nous avons besoin de ces objets pour nous sentir complets et pour avoir une certaine importance et de l’autre côté, la plupart des offres d’emplois n’offrent que des salaires de misère et des conditions précaires et à court terme.

Ces faits contrastent avec une classe riche qui n’a jamais possédé autant de choses qu’au jour d’aujourd’hui. La Commission sur les hauts salaires indique ce 8 août que les dirigeants d’une centaine d’entreprises privées ont reçu un revenu annuel moyen de plus ou moins 175.000 livres. Le revenu annuel d’un britannique moyen est de 5.860 livres et le gouvernement « Con Dem » (Conservateurs et Libéraux Démocrates, NdT) voudrait que les travailleurs deviennent encore plus pauvres. En même temps, ils sont inclinés à transférer beaucoup d’argent aux 300.000 personnes qui payent le taux maximum de 50% d’impôts sur les revenus de plus de 150.000 livres. Le maire de Londres, Boris Johnson veut supprimer ce taux d’imposition tout comme son pote millionnaire George Osborne, Chancelier de l’Échiquier (Ministre des finances, NdT).

Il est possible que ce genre de considérations ne se retrouve pas dans l’esprit des adolescents qui ont piqué 100 livres à « JD Sport ». Mais ce qu’ils savent très bien, c’est qu’il y a des gens, là dehors, qui ont un bien-être et des privilèges et qui utilisent leur pouvoir pour maintenir dans la pauvreté des millions de personnes.

Une émeute est un spasme de colère destructrice et une protestation sans structure, mais c’est un des moyens pour les sans-voix de se faire entendre. À la rentrée, les syndicats et la gauche radicale devront faire entendre leur voix et commencer à faire reculer l’offensive des « Con Dem » contre notre classe.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Jeu 18 Aoû - 10:49

Citation :
Angleterre : Quand David Cameron cassait les vitrines - Marco D’Eramo Edition de vendredi 12 août 2011 de Il Manifesto

Dans une ville anglaise une bande de jeunes défonce une vitrine, s’enfuit dans la nuit, et se dirige en courant vers le jardin botanique. La police les suit, en charge quelques uns sur ses téléphones portables et les met au trou.

Le problème c’est que nous ne parlons pas d’un épisode survenu ces jours-ci. Et que les jeunes arrêtés ne sont pas des casseurs sous-prolétaires. Non, l’épisode a lieu il y a 24 ans à Oxford et les 10 jeunes gens étaient tous membres du Bullingdon Club, une association étudiante oxfordienne de 150 ans d’âge, fameuse pour ses frasques estudiantines, ses cuites et pour considérer la vandalisation de boutiques et restaurants comme le fin du fin de la distraction. Restaurateurs, commerçants et dénonciations à la police, tout est remis en ordre avec quelques généreuses indemnisations qu’on va puiser dans les grassouillets portefeuilles paternels. Quelques heures plus tôt, les dix jeunes gaillards s’étaient fait tirer le portrait sur les marches d’un grand escalier, tous en uniforme du club, habit de soirée à 1.000 livres sterling (1.150 euros) pièce. Emergent du groupe un jeune David Cameron et un, tout aussi imberbe, Boris Johnson.

Il se trouve qu’aujourd’hui Cameron est premier ministre conservateur (britannique NdT) et Johnson maire conservateur du Grand Londres. Et que l’un comme l’autre tonnent contre les vandales qui détruisent les propriétés privées. Que l’un et l’autre invoquent la ligne dure, la main de fer. Cameron veut avoir recours à l’armée et censurer les réseaux sociaux ; Johnson veut augmenter les effectifs de police. Sans même la moindre compréhension pour qui ne fait rien d’autre, dans le fond, qu’émuler leur geste d’autrefois.

Mais évidemment, c’est justement le propre de la mentalité d’un fils à papa de considérer que les autres ne peuvent pas -et ne doivent pas- se permettre ce qu’on lui a permis, à lui, par droit de naissance et d’extraction sociale.


(1) Sebastian Grigg, (2) David Cameron, (3) Ralph Perry-Robinson, (4) Ewen Fergusson, (5) Matthew Benson, (6) Sebastian James, (7) Jonathan Ford, (8) Boris Johnson, (9) Harry Eastwood

David Cameron est né en 1966 d’un père agent en bourse et d’une mère fille d’un baronet : l’actuel premier ministre tient à faire savoir qu’il est le descendant illégitime du roi Guillaume IV et de sa maîtresse Dorothée, et qu’il est donc un lointain parent de la reine Elisabeth II. Snob typique, Cameron fut envoyé à sept ans à Heatherdown, école élémentaire fréquentée aussi par les princes Andrew et Edward, école dont l’attitude de classe était sans équivoque : les jours d’excursion, les toilettes portables étaient désignées par « Ladies », « Gentlemen » et « Chauffeurs ». Et quand Margaret Thatcher fut élue premier ministre, l’école célébra ça par une partie de cricket improvisée entre élèves contre enseignants. Au lycée, Cameron fut envoyé dans la plus prestigieuse école privée d’Angleterre, Eton (frais annuels de scolarité : 27.000 livres sterling, environ 31.000 euros), le creuset de la classe dominante (Boris Johnson fut aussi son camarade de classe à Eton) : c’est drôle comme en Grande-Bretagne les écoles privées s’appellent public schools. Là le vilain garçon Cameron fut surpris en train de se rouler un joint et, en punition, dut recopier 500 lignes de latin. Après Eton, ce fut naturellement l’université à Oxford, et son club, le Bullington. En snob parfait, Cameron a ensuite épousé Samantha Gwendoline Sheffield, dont le père est un baronnet propriétaire terrien, et dont le parrain est vicomte. Samantha Gwendoline travaille dans la célèbre maison de produits de luxe Smyrne de Bond Street et a reçu le prix de Meilleure désigner d’accessoires par le British Glamour Magazine.

Quand ils se sont rangés de leurs bombes estudiantines, les fils à papa font d’habitude une belle carrière : Boris Johnson devient directeur du Spectator (même si sa carrière trébuche dans ses aventures d’homme à femmes invétéré, bien que marié). Cameron devient directeur des Corporate Affairs chez Carlton Communication, une société de media ensuite absorbée par Granada plc pour former ITV plc.

Quand, en 2006, Cameron emporte le congrès Tory et devient leader du parti conservateur, il n’a que 38 ans. Et c’est tout naturellement que, dans le gouvernement ombre qu’il forme (le premier ministre à l’époque était Tony Blair), trois des membres sont d’anciens élèves de Eton (Old Etonians). Mais dans le groupe de ses collaborateurs les plus proches, 15 au moins sont des Old Etonians. Et il en va de même quand, en mai 2010, Cameron gagne (à moitié) les élections et devient premier ministre à la tête d’une coalition avec les néo-libéraux conduits par Nick Clegg : ici aussi le noyau dur du gouvernement est constitué d’aristocrates, d’etonians ou oxfordians, comme l’actuel Chancelier de l’Echiquier (c’est-à-dire ministre de l’économie) George Gideon Osborne, lui aussi noble, héritier de la baronnie Osborne, lui aussi diplômé d’Oxford, et lui aussi, ça alors, ancien membre du Club Bullingdon.

Comme on disait avant : bon sang ne saurait mentir. La classe (sociale, NdT) non plus.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Sam 20 Aoû - 1:02

Citation :
Les émeutes ne sont pas qu’une "violence insensée"
Tract distribué par la Solfed à Londres en Août 2011 / Traduit par le SIA32 / CNT-AIT

La fureur de nos cités est ce qu’elle est, laide et incontrôlée. Mais nous savions tous que ces émeutes allaient survenir. La grande-Bretagne a dissimulé ses problèmes sociaux pendant des décennies, les encerclant d’un brutal cordon de policiers. Les aides sociales sont supprimées, les centres d’assistance sociale fermés, et les loyers augmentent ainsi que le chômage. Les gens qui eurent toujours très peu n’ont plus rien à présent, plus rien à perdre.

Et même quand les grands de ce monde et les bons sont avertis, avec l’intox flagrante que constitue le cas Mark Duggan [1], les médias et les politiciens seraient restés aussi silencieux que s’il n’y avait eu qu’une manifestation silencieuse devant un poste de police. Il semble que c’est uniquement quand les gens se rebellent dans les rues que les médias se sentent obligés de leur donner une couverture médiatique à tout prix - et ils parlent alors seulement des éléments anti-sociaux, des gens qui blesseront n’importe qui, et jamais des gens qui se saisissent un peu de la richesse qu’ils peuvent parce qu’il n’y a aucune chance de le faire autrement.

On ne nous explique pas pourquoi les incendiaires, les agresseurs et les gangs sont ce qu’ils sont ou pourquoi les cités sont ce qu’elles sont, ni ce qui pourrait être fait pour eux pas seulement aujourd’hui, mais aussi demain et dans les années à venir. Ces problèmes existent depuis aussi longtemps qu’on s’en souvienne. Ils ont conduit aux émeutes des années quatre-vingt et quatre vingt-dix - et les choses empirent.
Le point de vue anarchiste

Il ne devrait donc pas y avoir de surprise à ce que des gens vivant une existence de pauvreté et de violence soient enfin partis en guerre, à ce que des gens pillent les écrans de télé à plasma qui paieront deux mois de loyer. Pour beaucoup, c’est la seule occasion de bénéficier d’une miette de redistribution économique quand les emplois disparaissent et que les riches accaparent tout.

Toute notre société est basée sur l’adoration de la richesse et l’exploitation des pauvres ; si les gens choisissent de riposter et de prendre des biens chez Argos ou Lidl, nous ne condamnerons pas cela. Mais brûler des boutiques avec des logements à l’étage, commettre des agressions... constituent une attaque contre les nôtres et l’on doit s’y opposer car le résultat final est le même que lorsque nous laissons n’importe qui nous exploiter et nous diviser - nous sommes tous perdants. Nous disons : ciblez les riches, les patrons et les politiciens. Ils ne se sont pas souciés de Hackney ni de Lewisham hier, ils ne s’en soucieront pas demain. Les politiciens parlent déjà de la crise économique - ils veulent juste une fois de plus tirer le rideau sur les problèmes et qualifier ceci de "faits criminels insensés". Les riches réclament davantage de fusils dans les cités - ils déclencheraient avec joie une guerre civile avec nous au milieu. Ne les laissez pas s’en tirer avec cela !

Nous devons nous unir et commencer à nous organiser pour faire reculer ces gens, pour construire un monde où nous autogérerons notre société sans patron, ni propriétaires, ni charge policière à la matraque. Le coup d’envoi n’est qu’un début. Nous devons aller plus loin. Nous devons nous organiser et récupérer le monde qui nous a été volé.


[1] Ndt : Mark Duggan était un jeune homme de 29 ans, père de famille. Il a été tué par la Police à Tottenham le 4 août 2011, ce qui a déclenché les émeutes. Dans leur grand respect dû aux défunts, les médias réactionnaires ont rappelé son casier judiciaire, montrant leur nostalgie de la peine capitale, et leur peu d’estime du Droit qui ne la prévoit pas, quand ils se montrent tâtillons pour punir le pillard voleur d’électroménager au nom du Droit de la Propriété
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Sam 20 Aoû - 9:36

Une pub dont la diffusion a été retardée (le visionnage vous rappellera une info postée plus haut) en Angleterre et son détournement :

L'original : http://www.youtube.com/v/KT16DcHcjRA
Le détournement : http://www.youtube.com/v/UVc8auO1vuA
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Dim 21 Aoû - 10:03

Citation :
NE MORALISEZ PAS, NE JUGEZ PAS, NE PRENEZ PAS DE PHOTOS (sur les émeutes prolétariennes en Angleterre)

« Il existe une classe sous-prolétarienne en Angleterre qu’il y a nulle part ailleurs. Blancs, peu éduqués, dépourvus de tout moyen d’évolution sociale, ils sont l’exemple parfait des résultats du capitalisme anglo-saxon et de son programme déshumanisant. La perversion anglaise, c’est de rendre cette population fière de leur misère et de leur ignorance. La situation est sans espoir. J’ai plus d’espoir pour la jeunesse de nos banlieues. »

Jean-Baptiste Clemence ; « La chute » d’Albert Camus, 1956

Ce matin, quelqu’un s’est tourné vers moi et m’a dit qu’il pensait qu’il y avait quelque chose d’étrange par rapport à ce pays, dans le sens qu’il y a toujours eu cette classe sous-prolétarienne que la plupart d’autres pays européens ont évité. J’ai répliqué en mentionnant les troubles dans les banlieues de Paris, il y a quelques années, mais dans ce qu’il a dit, il avait toutefois raison. Ces pays affichent une image écœurante de sophistication, de haute cuisine, de haute culture, de valeurs civilisées, de thé et d’intellectualisme, mais ici comme là, leurs dessous obscènes font irruption pour se révéler à tout le monde.

C’est quelque chose que l’on pourrait appeler une culture Fritzl, en référence à cet homme autrichien qui a réussi à maintenir une façade plaisante dans son domicile suburbain, qui a causé avec ses voisins, qui est allé au travail, qui a élevé des enfants tout en gardant ce secret horrifiant dans sa cave, la famille incestueuse cachée qu’il élevait. C’est cela, notre société néolibérale et cela se reflète dans les reporters de la BBC montrant les cafés branchés avec leurs vitres cassées à Enfield et continuant à nous bourrer le crâne avec leur bavardage terne et ignorant.

Qu’est-ce qui a été révélé ces derniers jours ? Bon, on peut voir que ce n’est évidemment pas la même chose que les émeutes à Brixton ou à Broadwater Farm dans les années 1980, ou même à Notting Hill en 1958. Il semble que les premiers événements à Tottenham aient probablement été déclenchés par les tirs policiers mortels sur Mark Duggan, mais cela a clairement fait appel à une rage qui dépasse des questions de police et d’ethnies. En quelques heures, des émeutiers, surtout des jeunes dont beaucoup noirs, mais comportant toutes les ethnies, ont bouté le feu à une partie de la High Street et ont cassé et pillé les magasins le long de la rue. Les « leaders des communautés » ont été présentés à la télé comme c’était prévisible ; David Lammy qui a émis une condamnation condescendante accompagnée des chants des chahuteurs en arrière-plan, et le révérend Nims Obunge qui a affirmé sa préoccupation, tout autant condescendante, quant à l’inégalité, y ajoutant des lamentations sur la violence et précisant à quel point celle-ci n’était pas nécessaire.

En réalité, ils ont clairement perdu le contrôle de la situation à ce moment-là. Ce n’était pas une émeute ethnique, ou même tant politique. Ce qui est nouveau par rapport à ces émeutes, c’est qu’elles ont l’air perversement non-politiques, et quasiment purement économiques. Jusque là, ça n’a pas été une émeute contre la police en tant que telle, mais contre des vitres de magasins brillantes. La destruction a surtout visé des commerces, le pillage de magasins de téléphone, l’invasion de McDonalds pour faire des burgers, la prise de magasins pour distribuer des boissons. La télé a montré l’image des pillards de Debenhams, ayant eu libre accès au lieu pendant une heure et demie et en ayant sorti tout ce qu’ils ont pu. Il y a aussi un sentiment transgressif et carnavalesque – pourquoi cibler un magasin plein de costumes chics ? Les énormes feux ayant allumé l’horizon y contribuent plutôt qu’ils ne réduisent cet effet.

On est donc effectivement face à ce que Theresa May appelle de la « casse gratuite » mais cette phrase a bien sûr déjà perdu sa valeur puisqu’elle a été employée par rapport à UK Uncut et les manifestants étudiants. Mais cette fois-ci, la gauche aussi penche déjà dans ce sens. Maintenant, ce n’est pas du soutien inconditionnel – l’IWW s’est manifesté et a déclaré sur Facebook qu’ils ne soutenaient pas les attaques contre les « domiciles ouvriers » dans des quartiers pauvres – je ne dirais pas du tout que c’est une mauvaise évaluation, c’est politiquement juste, mais il faut aussi voir comment cela correspond avec la présentation médiatique et gouvernementale de l’émeute comme destruction terroriste par plaisir de détruire. Le commentaire de The Commune sur Twitter illustre mieux cette tension, il demande de « trouver le juste milieu entre le caractère justifié et légitime des émeutes » et la légitimité des gens ayant peur des « trucs stupides ».

Cette question est largement sans rapport avec le sujet, comme s’il importait comment « nous », le petit milieu de la gauche radicale, « on » choisit de l’évaluer ou qu’est-ce qu’« on » en pense – nous n’avons aucune importance, notre jugement est sans importance et toute tentative d’introduire un jugement moral entre différentes formes de violence est une trahison du principe révolutionnaire. Ce n’est pas une manière révolutionnaire de penser puisqu’elle ne conçoit pas la société et la violence à l’intérieur de celle-ci comme une totalité. Ce qui se passe se passe, c’est le résultat de forces auxquelles on doit répondre et qu’on doit comprendre. Et je pense que là, l’analogie avec Fritzl s’impose car on se trouve face à une nouvelle dialectique entre le régime consumériste néolibéral et le pillard, ce que quelqu’un a appelé le « consommateur raté », ceux qui ne voient plus le besoin de formuler leurs revendication en de termes politiques, mais de simplement prendre ce qu’ils veulent.

Et c’est sérieux, ce n’est pas pour les dénigrer, c’est peut-être le seul moyen pour que cela arrive, pour que tous ces jeunes laissés aux marges de cette société puissent s’y engager et lui résister. C’est leur expression ; l’État fera tout pour la contenir. Mais on sait qu’elle ne disparaîtra pas tant que cette société intensifie les mesures d’austérité. L’État s’est évidé par les exigences du capitalisme financier et toutes les discussions sur le retour à la social-démocratie ne sont que un faux raisonnement et un rêve.

Il faut qu’on reste loyal envers cette crise. Il faut que nous soutenions l’irruption de ceux que l’on n’entend pas et dont on ne parle pas dans notre société obscène. Il est assez cohérent que les bourses chutent un peu partout et qu’en même temps, cette histoire est éclipsée par la violence d’en-bas. Ce sont les meilleures conditions auxquelles on pouvait espérer, de nos jours. Il faut cependant que l’on réalise que le problème n’est pas l’excès de telle ou telle action, mais le fait que les émeutiers ne sont simplement pas assez radicaux. Il faut que l’on les radicalise davantage, que l’on les politise et que l’on fasse en sorte qu’ils se prennent aux véritables cibles de notre aliénation et notre pauvreté – non pas les domiciles ouvriers, mais le régime capitaliste fléchissant. Il faut que l’on soutienne la rage tout en la rendant politique et ainsi faire en sorte qu’elle devienne quelque chose de réellement puissant et dangereux – un moment révolutionnaire plutôt qu’une émeute.

The Commune, 9 août 2011 – Traduit de l’anglais par Le Réveil.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Lun 22 Aoû - 20:28

Citation :
About the social and economical background of the riots in Britain
À propos du contexte économique et social des émeutes en Grande-Bretagne Traduction du SIA32 / CNT-AIT

Comme vous avez pu le voir grâce à la couverture médiatique, il y a eu des émeutes en Grande-Bretagne. Le fait que des émeutes se produisent n’est pas surprenant dans la mesure où une large part de la classe prolétaire britannique vit dans la misère et les privations. De nombreuses communautés de la classe ouvrière britannique ne se sont jamais remises de la fermeture des industries telles que les mines de charbon ou les aciéries...

Ceci remonte aux années soixante-dix et quatre-vingt quand les structures industrielles britanniques furent décimées. Au début des années quatre-vingt, le phénomène émeutier s’installa en Grande-Bretagne avec le chômage de masse. Les émeutes étaient largement concentrées dans les quartiers défavorisés et les cités HLM - ces endroits sont de vastes zones de lotissement construites par les autorités locales et font partie des communautés les plus pauvres en Grande-Bretagne. Les cités HLM ont tendance à être habitées majoritairement par la classe des travailleurs blancs alors que les zones de quartiers défavorisés voient un taux élevé de population émigrée. Dans les années quatre-vingt, les médias ont essayé tout d’abord de caricaturer les émeutes en émeutes raciales, mais le fait que tant d’émeutiers proviennent des cités HLM de la classe prolétaire blanche a obligé les médias à abandonner leur tentative de rejeter la faute des émeutes sur les immigrés.

Bien que la Grande-Bretagne se soit dans une certaine mesure remise de la perte des industries, l’effondrement de la classe ouvrière organisée a signifié que la richesse en Grande-Bretagne s’est concentrée de manière croissante en haut de la société. La société britannique est maintenant aussi inégalitaire qu’au dix-huitième siècle. La situation dans les lotissements et les cités a empiré de bien des manières depuis les années quatre-vingt - la richesse est aux mains des dix pour cent de la population la plus riche et la pauvreté s’est accrue pour les vingt pour cent les moins riches. Le chômage est en général élevé, et le chômage des jeunes est massif dans les lotissements et les cités. La criminalité y est élevée et l’usage de la drogue et la criminalité afférente sont également répandus. Les taux de mortalité y sont plus élevés que dans des zones plus riches du pays. Les carences sociales sont importantes et la vie est en général assez triste pour une majorité luttant constamment pour juste survivre. Il n’est donc pas surprenant que les émeutes se soient concentrées dans les lotissements et les cités, comme dans les années quatre-vingt.

Le secteur des services publics combla dans une certaine mesure le vide laissé par la perte des emplois industriels mais ces emplois sont souvent à temps partiel et mal payés. Les salaires dans le secteur public sont si faibles qu’ils doivent souvent être complétés par des allocations. Même ceux qui travaillent sont donc allocataires sociaux. Dans le cadre des coupes sombres à l’œuvre en ce moment en Grande-Bretagne, ce sont les travailleurs du secteur public qui sont durement touchés avec la perte de centaines de milliers d’emplois dans le secteur public. Ce sont donc les zones les plus pauvres qui souffrent le plus de ces suppressions d’emplois, puisqu’elles dépendaient des emplois publics depuis la perte des emplois industriels.

Dans les quartiers défavorisés et les cités HLM, la vie est particulièrement difficile pour les jeunes. Comme dans toute récession, la première chose que font les employeurs est d’arrêter d’embaucher des travailleurs, ce qui signifie qu’il n’y a tout simplement plus aucun emploi pour les jeunes sortant de l’école. Il n’y a officiellement qu’un million de jeunes au chômage en Grande-Bretagne mais la réalité est bien pire. Les médias et le Gouvernement ont de plus attaqué les sans-emplois ces dernières années, les qualifiant de parasites refusant de travailler et heureux de vivre d’assistance. Ils n’ont pas fait que réduire les allocations, ils ont de plus rendu la vie plus difficile pour ceux qui en réclamaient, en harassant les gens, surveillés et forcés de prouver qu’ils cherchent du travail.

Inutile de dire que la colère s’est accumulée chez les gens dans les quartiers défavorisés et les cités HLM, en particulier parmi les jeunes qui sont constamment harcelés par l’État et la Police. Les jeunes gens de classe prolétaire se voient aussi caricaturés par les médias et les politiciens comme étant stupides et violents. Un nouveau terme dépréciatif ("charv"), utilisé pour décrire les jeunes de classe modeste, est maintenant d’un usage courant en Grande-Bretagne. La profondeur de la haine parmi les jeunes peut être évaluée par la vitesse à laquelle les émeutes se répandent.Il y a eu explosion de haine de la part des licenciés et des abandonnés. Le problème à l’œuvre, c’est que la colère des jeunes n’a pas de direction. Bien que l’essentiel des émeutes aient été concentrés vers les grands magasins, des boutiques et des domiciles ont été attaquées aussi dans les zones populaires, créant la peur dans des communautés de travailleurs. La colère n’est pas organisée bien que cela puisse heureusement changer si les choses se développent.

Les syndicats réformistes n’ont jamais réussi à s’organiser dans les classes laborieuses et parmi les chômeurs, et le syndicalisme ne signifie rien pour la plupart des jeunes travailleurs au chômage. Comme une partie de la Solidarity Federation commence à devenir un syndicat "fonctionnel", nous avons été dans un processus de développement d’une stratégie communautaire destinée à s’assurer du fait qu’ en tant que syndicat anarchosyndicaliste, nous nous organisons sur le lieu de travail et dans la communauté.

Durant la semaine dernière, la Solidarity Federation a émis des communiqués destinés à refléter la véritable nature des émeutes. Certains de nos commentaires ont été repris par les médias nationaux, avec pour résultat un site web surchargé comme les gens cherchaient plus d’informations. Nous distribuerons aussi des tracts dans les zones ouvrières.La dernière version du texte est en pièce-jointe. Cependant, le but de la Solidarity Federation est de construire une présence permanente dans les zones ouvrières. Notre but est de devenir une partie de la lutte quotidienne des travailleurs contre le capitalisme.

Secrétaire International de SF-AIT
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Mer 24 Aoû - 14:05

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Deptford residents demonstrate against the social causes of the riots Fri, 12/08/2011 - 12:26

A Deptford assembly organiser and SLSF member hurriedly writes:

On Wednesday 10th August, around 200 Deptford and Lewisham residents were joined by a smattering of political activists for a demonstration in the name of DEPTFORD UNITY, against the social inequalities behind this week riots and disturbances across the country. The demonstration had been agreed by an impromptu neighbourhood assembly on Deptford High Street the night before, which had progressed from discussing fire safety to political and social problems within a matter of hours.

With a lot of tension and fear in the air, and with the EDL mobilising nearby in Eltham, it was an uphill battle for the assembly to convince their neighbours to join the demonstration. In the end, the weariness of Londoners was illustrated both by the legions of folk who sheepishly made their apologies, and by the march’s overtly ‘peaceful’ nature, confusedly talking about “discipline” while going through areas where there was abundant evidence of violent clashes between locals and cops.

The police presence on the demonstration was typically exaggerated, with police horses at the front and back and a large number of –all-white – cops pushing and barracking demonstrators. They also told Muslim youth who had gathered outside a mosque that it was a far-right march, despite the banners and chants of “BLAME THE GOVERNMENT, NOT OUR KIDS” and the number of non-white folk.

Even so, the march was joined by a number of passers-by, including a rollerblading crew, who were being gossiped about on Twitter as “a group of black youth on Smartphones”. South London Solidarity Federation made efforts to overcome the ethnic tensions and ignore the bigotry of some of the local Twitterati, distributing leaflets in which they talked about their sympathy with rioting youth, but calling on them to organise and focus their rage constructively in order to change their situation.

When the march arrived at Lewisham Town Hall, lipservice was paid to trade unions by the usual suspects, while a young black man and an Asian girl spoke about their experiences and the problems they encounter with the police and living in inner city London. Simultaneously, Channel 4 News and the Iranian Press TV hovered around, interviewing demonstrators.

In the end, the demonstration was a mitigated success. Not as many locals attended as was hoped, while the local left’s attempts to blame the riots on “the cuts” was shallow and ill-conceived. Clearly the motivations behind this week’s disturbances are more fundamental than the recent budget cuts, appearing to hint at whole lives of atomisation, disengagement and anger on our estates. The efforts of Deptford residents to talk to each other and collectivise their problems can only be positive. Together we can fight to improve our lives and our neighbourhoods.

More worryingly, racial tensions are once again rearing their ugly head, and SLSF stands in solidarity with the spontaneous demonstration of black men from Lewisham, who gathered a few hours later against the EDL, solely chanting “PEACEFUL PROTEST, WE’RE HERE TO PROTECT OUR COMMUNITIES”, only to be surrounded by more cops. Any attempts by the far-right – and the police, who tried to block supporters from joining them – to divide us along racial lines must be resisted by Lewisham residents of all colours.

Finally, with the state’s reaction now in full force, we must act to defend those accused of rioting and looting in the last week. This means mobilising in defence of politically-motivated council house evictions or benefit cuts, as well as distributing legal advice and offering solidarity to those facing charges.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Jeu 25 Aoû - 11:44

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Émeutiers fantômes

Grâce aux hélicoptères, les images étaient parfaites. Dignes d’Hollywood. Scènes de pillages et pyromanes en action en pleine nuit. Des flammes hautes de plusieurs étages éclairant les façades d’immeubles de brique attaqués par des émeutiers protégés par leurs simples hoodies. Quelques sirènes ici ou là. De rares lances à incendie. Et puis, au petit matin, des pâtés de maison entiers réduits en cendres. Comme après un bombardement. De véritables scènes de guerre. The Guardian titre en une le mardi 9 août « La bataille de Londres » (« The battle for London »). Très vite la carte des émeutes londoniennes s'emballe. On constate des altercations en plein centre de Londres. À Oxford Circus. Pas loin des touristes. Merci Twitter.

Médias traditionnels à la peine

Car les médias traditionnels sont bien à la peine. En France, les chaînes d’info en continu sont en vacances (comme les autres médias). I-télé fait intervenir son « correspondant » de son studio londonien, avec, façon carte postale, image traditionnelle du Parlement anglais et de Big Ben dans son dos. Il n’a pas grand chose à dire, le pauvre. À part que les flics sont désorganisés à cause de récentes restrictions budgétaires et des dernières démissions liées à l’affaire Murdoch. On n’ira pas jusqu’à se demander si le système de corruption dévoilé le mois dernier impacte la paie des policiers. Aux Etats-Unis, une série à elle seule ose répondre à la question pour la ville de Baltimore, The Wire, dans laquelle méchants et gentils se confondent.

Chaos et toute puissance

Alors pour combler l’absence de sens, on doit se contenter d’images d’hélicoptères. Se contenter, ah oui ? De là haut, policiers et émeutiers ressemblent à de si petites fourmis. Confortablement installés, nous autres téléspectateurs omniscients « profitant » de ce monde globalisé avons une impression fugace de toute puissance. On attend la suite. On a soif de spectacle. On en veut encore plus. Comme dans les films en 3D qui multiplient les scènes de destruction urbaine à grande échelle, dans notre ère post-11 septembre. Dernier blockbuster de ce genre : Transformer 3 avec un déluge de combats à Chicago. Tels des enfants prenant un malin plaisir à détruire leurs jouets. Ou du moins, comme de grands enfants jouant à Sim City sur leur ordinateur.

Mais l’effroi nous prend également devant tant de désordres dans une ville si proche de nous. Une capitale européenne à 2 h 30 heures de Paris en TGV. D’ailleurs, n’est-ce pas les pubs Eurostar qui nous incitent à faire notre shopping là-bas ? Cette fois-ci les émeutiers s’en sont chargés pour nous. On l’a oublié ces dernières années, depuis l’acmé du règne de Tony Blair lors des célébrations du Millenium, mais Londres n’est pas qu’une grande roue, Londres n’est pas qu’un grand stade pour futurs touristes mondialisés friands de grands jeux (avec les JO en 2012).

Mixité et inégalités sociales

C’est également une ville en proie à la spéculation immobilière, à l’accroissement flagrant des inégalités, à la gentrification d’anciens quartiers ouvriers, à la mode Harlem. Et bien sûr, la ville des traders rois. On trouve désormais de grands lofts, clubs et magasins hyper-branchés du côté de Brick Lane et Shoreditch, anciens quartiers ouvriers, à deux pas du centre des affaires de la City (les nouveaux quartiers à la mode, façon Williamsburg à New York, pour hipsters ultra connectés). Il y a une vingtaine d’années, le mouvement avait déjà commencé du côté d’Islington (jouxtant au Nord la City).


Aujourd’hui, au centre d’Islington justement, les supermarchés regorgent de légumes bios et de produits bien-être, fleuristes et antiquaires se sont installés, et même des sièges sociaux d’entreprises derrière de belles façades en verre. Pourtant, quelques centaines de mètres plus haut, on trouve des HLM très paupérisés, et des taxiphones, snacks kebabs, et autres petits dealers parsèment les rues. Pas loin le club de football Arsenal a décidé d’installer son nouveau stade de 60 000 places payé par la compagnie aérienne dubaïote Emirates. Islington qui fut le théâtre de violences lors des dernières émeutes… The Guardian a d’ailleurs réalisé sur son site internet une très intéressante carte rapportant la localisation des émeutes au taux de pauvreté des quartiers concernés.

L’urbanisme parisien, sécuritaire avant tout…

En comparaison, la configuration de la métropole parisienne n’a rien à voir : plus de 11 millions d’habitants (alors que le Grand Londres n’en compte que 7,6), mais également des banlieues bien plus morcelées et ségrégées, parcourues à la fois par de grands ensembles et des lotissements pavillons Phoenix à perte de vue. À Paris, de l’autre côté du Périph, en dehors des grandes surfaces, bien peu de magasins, bien peu de bars. La nuit, on trouve ainsi 1000 établissements ayant une autorisation d’ouverture (après 2h du mat) à Paris intra-muros, et à peine 60 en proche couronne !

Contrairement à Londres, le système de transports publics est également divisé en deux : d’un côté le métro centenaire de Paris, et de l’autre, le vieux système des RER mis en place au cours des années 1970. Et au niveau des portes d’échange de ces deux matrices qui ne se rencontrent que très rarement socialement, un maximum de forces de police, avec des compagnies de CRS et de gendarmes mobiles quasi-immobilisés : pensons aux Halles, à la gare du Nord, à la Défense. Décidément, les autorités parisienne (d’État) gardent en mémoire les soubressauts de la Commune… En tout cas, l’exemple londonien montre une chose : pour résoudre les tensions en cours dans la métropole parisienne, en appeler à la « mixité sociale » ou prévoir la construction de grandes lignes de métro (pourtant nécessaires), ne suffira pas.

… et des voitures brûlées à quelques kms de l’Élysée

En dehors des fameux événements de novembre 2005 qui éclatèrent à Clichy-sous-Bois sous les yeux médusés du monde entier, des émeutes ponctuelles, il y en a régulièrement. On se rappelle de celle opposant des bandes du 92 et du 93 à la Défense, mais également des affrontements à la gare du Nord suite à une interpellation musclée contre deux contrevenants qui dénonçaient le prix des billets. Mais c’est également en juin dernier une manifestation à Belleville de Chinois dénonçant « l’insécurité » qui se termine tellement mal qu’une camionnette de flics est retournée sur la voie publique, loin des caméras… plus occupées à filmer au même moment Roland Garros. Même silence médiatique lorsque des voitures brûlent par dizaine dans les arrondissements parisiens, notamment dans le 20e ou le 19e, et ce, à quelques kilomètres du Palais de l’Élysée… On préfère faire peur avec les « banlieues ».

Mais à Londres comme à Paris, même topo : qui sont ces émeutiers derrière leurs capuches ? En 2005, les médias anglo-saxons, et notamment américains, parlaient des muslims, leurs confrères français de droite comme de gauche n’ont pas hésité dans un premier temps à faire des amalgames approchants sur fond de guerre civile. Il a fallu attendre une note des Renseignements Généraux (sic) qui évoquait une situation de « révolte sociale » pour ramener tout le monde à une juste mesure. Depuis, les sociologues, comme Gérard Mauger, ont parlé de révoltes protopolitiques, pour tenter d’expliquer la forme violente de ces émeutes et l’absence d’organisations et de revendications précises derrière celles-ci. Pour comprendre, il a fallu aussi attendre que de rares journalistes parisiens réalisent un travail de fond dans ces quartiers populaires pour aller à la rencontre de ces émeutiers comme Ariane Chemin pour Le Monde.

Captures de vidéos surveillance et dénonciations à tout va

En France, ces jeunes, on les aperçut également en comparution immédiate au tribunal de Bobigny dans les semaines qui suivirent les émeutes. Une véritable justice de masse où des émeutiers sans casier judiciaire prirent facilement six mois de prison fermes pour avoir été interpellés au mauvais endroit au mauvais moment. Les avocats pouvaient bien crier au non respect de l’individualisation des peines, le pouvoir avait décidé : il fallait frapper vite, et fort.

Même scénario en Angleterre, avec David Cameron, le Premier ministre conservateur. Le pauvre dût interrompre ses vacances familiales en Toscane pour dénoncer ce qu’il appella les « criminels ». Devant l’exaspération populaire et les énormes dégâts (on parle aujourd’hui de plus de 200 millions d’euros de destructions…), le bâton allait s’abattre d’une manière implacable. Ainsi, depuis la fin de semaine dernière, des centaines de prévenus passent en comparution immédiate écopant de peines de prisons parfois très lourdes pour les faits reprochés. Cameron a prévenu : chaque émeutier va payer pour tous. Parmi les premiers à passer devant la justice, on compte un chef cuisinier, une athlète représentant les futurs JO de 2012, une fille de millionnaire, un instituteur…

Peu importe si ces profils cadrent mal avec l’histoire officielle à propos des « criminels ». Mais désormais, ces derniers ont un visage. Bien qu’ils restent sans paroles. Absents, et de toute manière inaudibles, dans le débat politique. Les autorités n’ont pas hésité à diffuser les captures d’écran de leurs visages enregistrés par les très nombreuses caméras de surveillance installées dans la capitale britannique. La Metropolitan Police a même lancé un appel - "Operation Withern" - sur son site internet. Les tabloïds en ont publié des dizaines, appelant leurs voisins à les dénoncer. De son côté, le New Labour, le parti travailliste, accompagna le pouvoir conservateur en évitant soigneusement d’évoquer la situation sociale. Ce parti tient en effet une grande part de responsabilité dans celle-ci, Tony Blair ayant poussé durant son règne la logique carcérale à son extrême pour « tenir » les classes populaires. De l’État Providence à… l’État Pénitence, comme l’a souligné depuis longtemps le sociologue Loïc Wacquant. De son côté, le quotidien libéral The Independent parle sans se poser trop de questions « d’émeutes shopping ». Les conservateurs de tous bords dénoncent une « culture de la violence », et bien sûr, réflexe facile, le « multiculturalisme »…

La responsabilité des « élites » selon The Daily Telegraph

Nouvelle preuve de l’effondrement idéologique des gauches européennes, c’est le quotidien conservateur, The Daily Telegraph qui a peut-être le mieux décrit la situation actuelle. À peine quatre jours après les émeutes, The Telegraph parle en effet d’une « rébellion du sous-prolétariat », et explique que « ce n'est pas une coïncidence si ces troubles éclatent alors que l'économie globale est au bord de la chute libre». Deux jours après, un de ses éditorialistes les plus influents, Peter Oborne, en remet une grosse couche en estimant que « la criminalité dans nos rues ne peut pas être dissociée de la désintégration morale des plus hauts rangs de la société moderne britannique. Les deux dernières décénnies ont vu un déclin terrifiant des standards au sein de l'élite gouvernante britannique. Il est devenu acceptable pour nos politiciens de mentir et de tricher. (..) Il n'y a pas que la jeunesse sauvage de Tottenham qui a oublié qu'elle a des devoirs aussi bien que des droits, mais aussi les riches sauvages de Chelsea et Kensington ».

Peter Oborne dénonce ainsi l’élite londonnienne qui profite de la mondialisation « aussi déracinée et coupée du reste de la Grande-Bretagne que ces jeunes hommes et femmes sans emploi qui ont causé de si terribles dommages ces derniers jours. (..) Peu d'entre eux s'embêtent à payer leurs impôts britanniques s'ils peuvent les éviter et encore moins sentent un sens d'obligation envers la société, un sentiment pourtant naturel il y a encore quelques décades pour les riches et les mieux lotis ». Peter Oborne s’en prend également à l’élite politique en évoquant le scandale des dépenses des parlementaires révélé par The Daily Telegraph en 2009. Ainsi, parmi les plus virulents contre les jeunes jeudi au Parlement, le journaliste rappelle que le député Gerald Kaufman avait demandé le remboursement d'une télévision pour 8.865£ (près de 10.000 euros).

Oborne conlut alors son édito de cette manière : « le Premier Ministre excusait son erreur de jugement en embauchant l'ancien directeur de la rédaction Andrew Coulson en clamant que "tout le monde mérite une seconde chance", il était très parlant qu'il n'a pas parlé de seconde chance lorsqu'il a requis une punition exemplaire pour les émeutiers et les casseurs. Ces doubles standards de Downing Street sont symptomatiques des doubles standards répandus au sommet de notre société. (..) Bien évidemment, ces derniers sont intelligents et assez riches pour être certains qu'ils obéissent à la loi. Cela ne peut être dit des malheureux jeunes femmes et hommes, qui sans espoir et aspiration, ont causé tellement de désordre et de chaos ces derniers jours. Mais les émeutiers ont cette défense : ils suivent tout simplement l'exemple montré par les figures plus âgées et respectées de la société ».

De son côté, le tabloïd The Daily Mirror rappelle que Cameron eut également une jeunesse tumultueuse.

Et rappelons, en guise de conclusion provisoire, qu’actuellement en Grande-Bretagne, 1 million de jeunes de 16 à 24 ans sont officiellement au chômage, un chiffre jamais atteint depuis la crise des années 1980. Comme le rappelle The International Herald Tribune dans son édition de mercredi dernier : le nombre de chômeurs parmi les jeunes a quasiment doublé depuis la crise financière de 2008, avec aujourd’hui un taux de chômage moyen pour cette tranche d’âge de 20 %.

Bien sûr, en France, les responsables politiques se sont bien gardés de commenter ces derniers chiffres, préférant les visages d’émeutiers fantomatiques...
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Lun 29 Aoû - 12:53

Citation :
Angleterre : "A time to buy, and a time to sell" lundi 29 août 2011, par John Saint-Croix

Dix août, lendemain d’émeute. La bonne société anglaise se réveille avec la gueule de bois. Après Londres et ses banlieues, Manchester et Birmingham se sont jointes aux affrontements, embrasement généralisé. Parmi les commentateurs, rares ceux qui dévient de la ligne « ce sont des sauvageons à abattre ». Il y a pourtant beaucoup à dire sur cet été anglais. De Manchester, analyse.

L’association des assureurs britanniques vient d’évaluer les dégâts des récentes émeutes à 200 millions de livres sterling. C’est bien la seule abstraction à laquelle il soit conseillé de s’élever. Aux journalistes, aux politiciens, aux sociologues, et à tous ceux qui sont invités à discourir, ces émeutes posent un certain nombre de contradictions qu’ils ne tiennent pas à résoudre. Les médias anglais font mine de beaucoup s’interroger, sans parvenir à fournir un semblant de réponse aux centaines de questions accumulées, toutes accessoires. Une émission a même recensé les dix causes probables des émeutes, partant du principe qu’il vaut mieux dix hypothèses fallacieuses qu’une bonne raison. Ne pouvant invoquer une question purement raciale, ou religieuse ou même générationnelle [1], les analystes s’en remettent à une condamnation morale qui présente les acteurs de ces journées de la même manière que les émeutiers français des années précédentes : des casseurs, des délinquants, des incendiaires, des brutes et des lâches.
Cet « angle », répété de nombreuses fois, dès le début de la « couverture médiatique » déployée sur ces événements, est résumé en un mot, martelé dans un reportage de Mark Stone sur Sky News : « mindless », sans cerveau. Le géographe américain David Harvey a également souligné, dans un article paru immédiatement après les émeutes, la déshumanisation qui se cache derrière ces choix de langage mettant en avant l’animalité des protagonistes : « "Des adolescents sauvages et nihilistes", comme les a décrits le Daily Mail. Le mot "sauvage" m’a arrêté. Il m’a rappelé que les Communards, à Paris en 1871, étaient dépeints comme des bêtes sauvages, des hyènes, qui ne méritaient qu’une exécution sommaire (et parfois la recevaient) au nom du caractère sacré de la propriété privée, de la morale, de la religion et de la famille » [2]. Quelques jours après les « incidents », sur la façade du centre commercial Debenhams, à Londres, on appelait les honnêtes gens à dénoncer les « rats à capuche » [3].

Dans le même temps, les émeutiers sont dépeints non plus comme des brutes assoiffées de sang ou de dangereux agitateurs, mais comme d’opportunistes pillards dont la seule ambition est de dérober les biens que l’emploi de leurs talents n’a pu leur procurer. Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a dix manières de voler bien plus efficaces (elles sont en tout cas pratiquées chaque jour à haut niveau) et beaucoup moins risquées que de se jeter sous les caméras de surveillance qui quadrillent les villes anglaises et dont la concentration n’est jamais plus forte qu’aux abords des magasins... Que les deux thèses, celle du fou sanguinaire et celle du rusé malfaiteur, paraissent contradictoires, n’est pas un problème. Pas plus qu’il n’est difficile de concilier que les émeutiers aient pu vouloir, dans le même temps, piller les marchandises et les détruire par le feu : on prêtera aux incendiaires l’avidité du voleur, et aux pillards l’inconscience homicide du pyromane. Ainsi, en alternant rapidement les « analyses », et sans jamais les confronter, l’une chassant l’autre indéfiniment, il est possible aux responsables du télécran de faire leur métier, c’est-à-dire raconter n’importe quoi et son contraire, simultanément.
Ils sont plus rares à avoir souligné l’euphorie fébrile et provocatrice qui se dégageait presque malgré eux des émeutiers, tout comme de ceux descendus dans les rues pour « défendre leur quartier » ou leur « communauté » et qui, pour beaucoup, étaient aussi excités que les premiers à l’idée de se réapproprier brièvement le contrôle du pavé.

On signale tout de même des morts ; cinq au total. Qu’on arrête les assassins. La police britannique voudra tenir sa réputation. Elle a même reçu des renforts inespérés de la population, encouragée à se constituer en milice. Les associations de commerçants, lourdement équipées en vidéosurveillance, ne se le sont pas fait dire deux fois. Comme en témoigne l’article d’Elise Vincent dans Le Monde, le système de délation s’est révélé « très efficace », selon Phil Burke, « responsable de la sécurité dans un hôtel du centre-ville » et porte-parole de Pub and Club, l’association de Manchester qui veille à ce que la ville « ait une vie nocturne sûre et vibrante ». Son acolyte, Andrew Stokes, président de l’association des commerçants du Village, le quartier gay historique de Manchester, n’est pas en reste :
« "Nous ne les laisserons pas gagner !", assure M.Stokes qui, comme une grande partie de l’opinion publique anglaise, voit dans les violences des jeunes moins l’expression d’un malaise social que l’assouvissement d’une forme "d’avidité". » « Ce qu’on veut ici, c’est ‘business as usual’ », ajoute le petit commerçant, sans sourire [4]. C’est très sérieux en effet : l’enjeu est de taille. « Nous devons montrer au monde, qui nous a observés avec horreur, que les auteurs des violences que nous avons vues dans nos rues ne sont en aucun cas représentatifs de notre pays ni de notre jeunesse », a insisté (Dave Cameron). « L’immobilier londonien, l’un des plus chers du globe, doit rester un havre pour tous les nantis de la terre. Et les touristes continueront à apporter à l’économie locale ses 102 milliards d’euros de revenus annuels. » [5] On retrouve dans le jargon des promoteurs immobiliers le même plaidoyer pour « un centre-ville vibrant ». En parcourant le catalogue du promoteur Urban Splash, qui propose des « lofts » à 200 000 livres sterling (à peu près 230 000 euros), à Albert Mills, une charmante ancienne fabrique de coton du XIXe reconvertie, on ne croise rien qui ne soit pas « an area of exciting new developpement at the edge of Manchester’s vibrant city »

De la cité industrielle en déclin à la dynamique métropole globale, la métamorphose ne s’est pas réalisée d’elle-même. Pour accueillir les plus aisés, il a fallu nettoyer le centre de la ville de tous les pauvres qui y demeuraient. Les promoteurs immobiliers se sont chargés de la besogne à partir du début des années 1980, souvent aidés financièrement par les pouvoirs publics ou l’Union européenne. La transformation subie par la ville aux mains des urbanistes, architectes et autres décorateurs a été radicale. Du patrimoine industriel, on a conservé les façades : les plus vieux entrepôts des docks, Merchant’s Warehouse, sont devenus des bureaux ; le Royal Exchange, la bourse du coton, est devenu le Royal Exchange Theater ; les immenses entrepôts de briques rouges de la Nothern Railway Company ont été transformés en un ensemble de cafés, de restaurants, de magasins et de vastes aires de stationnement ; Central Station, l’imposante gare construite en 1880 pour desservir Liverpool et fermée en 1969, se fait aujourd’hui appeler Manchester Central Convention Center. Ceux qui peuvent se le permettre quittent leur bureau pour consommer, à quelques pas de là, dans un quartier où plus personne ne vit, les marchandises qu’ils viennent de contribuer modestement à produire. Ce n’est pas sans intérêt que les autres assistent au spectacle, de plus ou moins loin. Les derniers rangs se sont remplis ces derniers temps, en Angleterre comme partout ailleurs.

Quelques-uns avaient tenté de réinvestir la ville abandonnée, lorsqu’elle était au plus mal. En 1976, les Sex Pistols étaient venus jouer au Free Trade Hall, un édifice qui accueillit les rassemblements politiques et corporatistes de la nouvelle bourgeoisie, puis des événements culturels de toute sorte. Ce soir-là, il n’y avait pas plus de quarante personnes dans la salle, mais plusieurs d’entre eux furent à l’origine de l’aventure du label Factory Records, qui édita notamment Joy Division, New Order ou les Happy Mondays, et qui ouvrit un club, l’Haçienda, en 1982, prenant au mot le Formulaire pour un urbanisme nouveau de Gilles Icvain, écrit 30 ans plus tôt : « Et toi oubliée, tes souvenirs ravagés par toutes les consternations de la mappemonde, échouée au Caves Rouges de Pali-Kao, sans musique et sans géographie, ne partant plus pour l’hacienda où les racines pensent à l’enfant et où le vin s’achève en fables de calendrier. Maintenant c’est joué. L’hacienda, tu ne la verras pas. Elle n’existe pas. Il faut construire l’hacienda. »
Comme dans tout bon épisode du Rock’n’roll, il y eut des soucis avec la drogue et l’argent. L’Haçienda ferma définitivement ses portes en 1997. Aujourd’hui, à son emplacement, des logements de standing, sous l’appellation Hacienda Appartements. La citation de Gilles Ivain est imprimée, en anglais, sur des T-Shirts que le centre d’information des touristes écoule à 25 livres sterling la pièce. Et au sommet du Free Trade Hall flotte désormais le drapeau de l’hôtel Radisson Edwardian Manchester, cinq étoiles.

« Ceux qui voudraient revivre les raves d’antan peuvent se rendre au Fac251, le club de Peter Hook, ancien bassiste de Joy Division et New Order, et Ben Kelly, le designer de l’Haçienda. Fac 251 a ouvert en février 2011 dans les anciens locaux de Factory Records. [...] Conçu pour mettre en valeur la fonctionnalité froide que le nom suggère, Fac251 consiste en trois étages de parpaings de béton, de lumières saccadées et de machines à fumée. Un portrait de Tony Wilson, l’un des fondateurs de Factory Records et de l’Haçienda, se trouve au-dessus de l’entrée. Avec des sets rétro par les DJs locaux Mr.Hook et Mr. Haslam, le club fait recette sur le nom et le son des grandes heures de Madchester, mais il tente aussi d’en rendre l’intégralité de l’expérience sensorielle. Bien sur, on ne note pas sans ironie qu’un club né de l’insatisfaction de la classe ouvrière et de son opposition fondatrice au disco de masse, fasse aujourd’hui l’objet d’un repackaging commercial. » [6] Là, comme dans les nombreux clubs qui refusent la nostalgie et où l’on peut goûter raggaclash, ghetto house, wonky-hop, post-dubstep, fidget house, chillwave ou encore electro-boogie, la scène est « vibrante ».
« Ailleurs se retrouvent d’autres beautés fragmentaires, et de plus en plus lointaine la terre des synthèses promises. Chacun hésite entre le passé vivant dans l’affectif et l’avenir mort dès à présent. Nous ne prolongerons pas les civilisations mécaniques et l’architecture froide qui mènent à fin de course aux loisirs ennuyés. » [7]

Le long des berges réaménagées, les immeubles ont jailli. Les murs de la ville entière sont couverts du programme des travaux à venir, de l’offre de bureaux et d’appartements de choix, sous le contrôle étroit de la fameuse CCTV, closed circuit television, qui s’affiche fièrement au front de chaque immeuble qui en vaut la peine. Les caméras ont colonisé jusqu’aux saules pleureurs qui bordent les canaux de l’ancien port industriel, où l’on peut désormais s’arrêter pour prendre un verre coûtant le prix d’un dîner.
Un peu plus loin, à Salford - où les troubles furent violents -, les signes de ce changement sont également visibles. Cette banlieue attenante à Manchester comprend les anciens docks de la ville, fermés en 1982 et devenus quelques années plus tard l’objet d’un des plus vastes plans de réaménagement du Royaume-Uni. Élégamment rebaptisé Salford Quays, l’endroit abrite maintenant son centre commercial géant, un port de plaisance, et des monuments d’artiste à la mémoire de l’activité industrielle. Architecturalement, par un jour de soleil, ça ressemble à Doha. Sous la pluie, ça ressemble à Doha si jamais il y pleuvait.
Où sont donc passés les gens de Manchester ? Peut-être à Old Trafford, le stade de football tout proche, qui héberge Manchester United. Vendredi 5 août, on y célèbre Paul Scholes, un enfant de Salford, qui aura porté dix-sept années durant le maillot écarlate des Red Devils, avec un succès qui sera difficile à égaler. Peut-être y en a-t-il quelques-uns dans les virages, là où le prix des places descend sous les 30 livres. Les clubs anglais ont depuis longtemps résolu le problème du hooliganisme en augmentant les tarifs. Manchester United, l’un des clubs les plus titrés - et les plus riches - de l’histoire de la discipline, n’a pas de problème pour garnir ses tribunes. Mais combien sont-ils - de ces gens de Manchester - parmi la file d’attente qui s’étend au pied de la statue de Matt Busby [8], à l’entrée de la boutique officielle, le ‘Old Trafford Megastore’ ?
Mercredi 11 août, alors que la fumée se dissipait au-dessus de Londres, Manchester, Birmingham et de quelques autres villes du Royaume-Uni, on fêtait aussi le 46e anniversaire des émeutes de Watts, qui ne sont pas sans porter quelques similitudes avec les événements récents [9]. Le fait que les rangs des émeutiers britanniques de 2011 aient été composés avec beaucoup plus de « diversité » que ceux des Américains de 1965 montre seulement que la colère et l’amertume se sont étendues et ne sont plus le privilège de l’origine.

Vient à l’esprit le texte que Guy Debord avait écrit à ce sujet :
« La révolte de Los Angeles est une révolte contre la marchandise, contre le monde de la marchandise et du travailleur-consommateur hiérarchiquement soumis aux mesures de la marchandise. Les Noirs de LA, comme les bandes de jeunes délinquants de tous les pays avancés, mais plus radicalement parce qu’à l’échelle d’une classe globalement sans avenir, d’une partie du prolétariat qui ne peut pas croire à des chances notables de promotion et d’intégration, prennent au mot la propagande du capitalisme moderne, sa publicité de l’abondance. Ils veulent tout de suite les objets montrés et abstraitement disponibles, parce qu’ils veulent en faire usage. De ce fait, ils en récusent la valeur d’échange, la réalité marchande qui en est le moule, la motivation et la fin dernière, et qui a tout sélectionné. Par le vol et le cadeau, ils retrouvent un usage qui, aussitôt, dément la rationalité oppressive de la marchandise, qui fait apparaître ses relations et sa fabrication mêmes comme arbitraires et non-nécessaires.
(...)
La société de l’abondance trouve sa réponse naturelle dans le pillage, mais elle n’était aucunement abondance naturelle et humaine, elle était abondance de marchandises. Et le pillage, qui fait instantanément s’effondrer la marchandise en tant que telle, montre aussi l’ultima ratio de la marchandise : la force, la police et les autres détachements spécialisés qui possèdent dans l’État le monopole de la violence armée. Qu’est-ce qu’un policier ? C’est le serviteur actif de la marchandise, c’est l’homme totalement soumis à la marchandise, par l’action duquel tel produit du travail humain reste une marchandise dont la volonté magique est d’être payée, et non vulgairement un frigidaire ou un fusil, chose aveugle, passive, insensible, qui est soumise au premier venu qui en fera usage. Derrière l’indignité qu’il y a à dépendre du policier, les Noirs rejettent l’indignité qu’il y a à dépendre des marchandises. La jeunesse sans avenir marchand de Watts a choisi une autre qualité du présent, et la vérité de ce présent fut irrécusable au point d’entraîner toute la population, les femmes, les enfants et jusqu’aux sociologues présents sur ce terrain. Une jeune sociologue noire de ce quartier, Bobbi Hollon déclarait en octobre au Herald Tribune : "Les gens avaient honte, avant, de dire qu’ils venaient de Watts. Ils le marmonnaient. Maintenant ils le disent avec orgueil. Des garçons qui portaient toujours leurs chemises ouvertes jusqu’à la taille et qui vous auraient découpé en rondelles en une demi-seconde ont rappliqué ici chaque matin à sept heures. Ils organisaient la distribution de la nourriture. Bien sûr, il ne faut pas se faire d’illusion, ils l’avaient pillée... Tout ce bla-bla chrétien a été utilisé contre les Noirs pendant trop longtemps. Ces gens-là pourraient piller pendant dix ans et ne pas récupérer la moitié de l’argent qu’on leur a volé dans ces magasins pendant toutes ces années..." »

Citer Debord est toujours une faute de goût. Cela ne fait pas très sérieux, d’autant que l’intéressé n’a pas le moindre diplôme universitaire. On peut donc, depuis qu’il est mort et que l’on ne craint plus une riposte, s’en donner à cœur joie. La récupération, dans ce cas précis, consiste à le faire passer pour un aimable bouffon ou un joyeux déconneur. Il ne faut pas prendre tout ça au pied de la lettre, Debord a beaucoup exagéré... Parce qu’on a pas pu l’attaquer sur le plan de la logique, on a décidé que ses positions ne pouvaient être soutenues sur un ton sérieux.
L’État français est bien prêt à préempter ses archives pour éviter qu’une grande université américaine ne mette la main sur ce ‘patrimoine’, mais de là à lui reconnaître un quelconque caractère de vérité, il y a un pas. Ceux-là même qui ont consacré ses papiers ‘trésor national’ ne le franchiront pas, trop préoccupés de récupérer l’œuvre pour s’en servir, s’il se trouvait qu’ils en eussent jamais eu les moyens [10]. Ce n’est pas par dévotion que je cite ce texte désormais vieux d’un demi-siècle. En d’autres circonstances, on pourrait laisser à d’autres le soin de regarder la suite. Mais, dans le moment où nous sommes, il m’a semblé que personne ne le ferait.

C’est pourtant la marchandise que l’on trouve au cœur des actions apparemment désorganisées des émeutiers de Manchester et d’ailleurs. Les dépossédés ont décidé de se faire voir brutalement, au centre même de la ville, dans les quartiers qui leur sont interdits, non par décret - nous sommes en démocratie ! - mais de fait : si vous n’avez rien à acheter, circulez. Derrière la rage des incendiaires et des casseurs, derrière l’ « avidité » des pillards, le dénominateur commun, c’est la cible : la marchandise, le « bien de consommation », dont le nom suggère déjà les qualités éthiques dont il est paré. En lançant une brique dans la devanture d’un magasin désert, c’est l’idole que l’on attaque.
Il aura fallu 140 ans pour établir le magasin de meubles House Of Reeves, mais seulement quelques minutes pour le détruire. Le 9 août, au matin, après que les incendiaires ont laissé ce symbole de Croydon en ruines, son propriétaire présentait un visage digne aux journalistes : « Le magasin était là depuis 1867, il avait survécu à deux guerres, une dépression. Et pourtant, il semble que la communauté l’a détruit par les flammes » [11].
Alors que tout le monde pleurait, avec moins de dignité que son propriétaire, la perte de ce monument historique de la distribution, personne ne s’est demandé si ce n’était pas la raison même pour laquelle certains des émeutiers les plus résolus en avaient fait leur cible, spontanément.


On s’accorde pour l’instant à dire qu’il est tout à fait impossible à de si faibles esprits, qui se traduisent dans une langue de plus en plus inaccessible, de concevoir un projet si profond. Leur incapacité à fournir les motifs de leur colère ou le détail de leurs requêtes constitue du reste la meilleure preuve de leurs sombres motivations. Si ces malheureux avaient pu articuler trois mots sur leur malaise social et leur mal à l’Angleterre, alors peut-être aurait-on pu repérer un leader, et discuter avec lui. S’ils s’avançaient groupés, comme un seul manifestant derrière sa banderole, on pourrait appliquer la même vielle méthode : « Confinement dans un espace restreint, déploiement d’experts de la surveillance sur les toits, infiltration par des policiers en civil et contrôle des stations de métro et des gares », comme le rappelle Le Monde (12 août), qui ajoute que « la collecte de renseignements sur les leaders et leurs actions joue un rôle-clé dans ce processus : hélas !, les pires émeutes depuis des années n’étaient pas organisées » [12].

En dédaignant la manifestation organisée pacifique, les émeutiers proclament sa défaite, de la même manière qu’ils n’ont pas adopté de slogan. S’il y avait eu un slogan, il aurait été récupéré par l’extrême-gauche, qui les a tous brevetés. C’est le rôle de l’extrême-gauche que d’empêcher les débordements. Quiconque déborde la manifestation syndicale unitaire par la gauche commet une lourde faute technique, immédiatement sanctionnée. Il est toujours préférable de rester dans le rang et de goûter la parole des révolutionnaires professionnels, forts d’une expérience du combat si longue qu’on en vient à se demander s’ils ont jamais souhaité une victoire. La seule chose que quelques-uns avouent désirer encore, c’est un retour au bon vieux temps de l’État-providence, du keynesianisme glorieux, au cours duquel les aspirations du peuple profitèrent de leur brève coïncidence avec les intérêts de l’État. Incapable de voir que ce n’est pas la répartition de la valeur qui pose problème mais bien le principe qui a présidé à sa création et qui régit son développement, la vieille extrême-gauche gauche, après avoir promis longtemps que les lendemains chanteraient, réclame aujourd’hui le retour des jours meilleurs, sur des airs d’antan. Elle n’a pas encore compris qu’ « on ne s’évadait pas du temps », et qu’elle était condamnée à revoir, à chaque manifestation, à chaque inutile cortège rigoureusement encadré et chaque fois un peu plus mince, « l’instant de sa propre mort », c’est-à-dire celui où elle a commencé à marchander [13].

Avec l’assentiment des contestataires identifiés, on peut en conclure que cette horde immorale de lumpenprolétaires analphabètes n’a pas la classe des bandits de grand chemin d’autrefois. Il est plus simple de mettre tout cela sur le compte d’un coup de chaud passager, d’un climat économique temporairement dégradé, d’un égarement momentané de la conscience. On trouvera des excuses à quelques-uns de ceux qui s’excuseront bien bas et on condamnera lourdement le reste [14]. Il faudra s’employer à ce que rien de fondamental ne soit changé, mais il y a heureusement beaucoup de gens formés à cela.
On pourrait aussi s’étonner de ce que ces jeunes enragés détruisent et brûlent ce qui pourrait leur permettre de « s’en sortir ». À Arndale cette fois, l’immense centre commercial du centre-ville de Manchester, on pouvait contempler à la veille des émeutes, derrière la vitrine d’un magasin Shakeway, un individu dont l’emploi consistait à se dandiner joyeusement d’un pied sur l’autre, intégralement recouvert d’un costume de milkshake à taille humaine. C’est l’emploi qu’on avait trouvé aux qualités de cet homme (cette femme ?). Il est douteux que le salaire dont on le récompensait lui permît d’habiter le cœur vibrant de la ville ; seulement d’y venir aux heures ouvrables se transformer, au sens propre comme au sens figuré, en marchandise. Deux jours plus tard, quelques mètres plus loin, quelqu’un incendiait un magasin de vêtements.


Fondée au XVe siècle, la cathédrale de Manchester fut rattrapée au milieu du XIXe siècle par la croissance exubérante de l’agglomération et se trouve aujourd’hui dans le centre-ville. Dans une de ses ailes, pour instruire le visiteur, quelques panneaux évoquent le long processus qui aboutit à la traduction en anglais des Écritures, la King James Bible ; les luttes qui amenèrent les autorités religieuses à se saisir de ce projet a priori hérétique plutôt que de courir le risque d’en laisser d’autres, plus audacieux, commettre un péché d’interprétation. Le texte note que si le Roi se contenta en 1610 d’agréer le résultat sans le commenter, l’influence de l’ouvrage se diffusa largement dans la littérature et la culture anglo-saxonnes. Et rappelle, en conclusion, les mots de l’Ecclésiaste : To every thing there is a season :

« Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel.
Un temps pour enfanter, et un temps pour mourir ;
un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant ;
un temps pour tuer, et un temps pour guérir ;
un temps pour détruire, et un temps pour bâtir... » [15]

Un peu plus loin, sur Exchange Street, le magasin French Connection placarde sur sa façade de grandes photos de ses produits : une jupe, un manteau, un costume. En légende, ce sont les vêtements qui parlent, et pas ceux qui les portent, dont on distingue assez mal le visage : « I am the skirt », minaude la jupe. « I am the suit », assène le costume ; « I am the coat » ; « I am the blouse »... Est-ce l’homme ou la marchandise qui parle ? S’est-elle incarnée en lui ou bien s’est-il confondu avec elle ? Et comment nommer ce phénomène consistant à faire entendre la voix d’une autre entité, a fortiori inhumaine ? On pourrait parler sans doute de réification, mais dans le cas présent, c’est le langage religieux qui semble le plus approprié : on dirait que l’individu est possédé.
La marchandise et le capital écrivent chaque jour leur évangile sur les murs des centre-villes, de New York à Sao Paulo, de Paris à Manchester, et il n’a qu’une seule ligne : Il y a un temps pour acheter et il y a un temps pour vendre.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Mar 30 Aoû - 1:24

Citation :
La colère des nouveaux prolétaires 9 août 2011 THE DAILY TELEGRAPH LONDRES Mary Riddell

Un bus à deux étages brûle alors que la police tente de réprimer la foule en colère à Tottenham, au nord de Londres, le 6 août.

Les émeutiers de Londres sont le produit d'une société en voie de délitement et d'une classe politique indifférente à leur sort, affirme une chroniqueuse du Daily Telegraph.

Personne n'a eu l'air étonné. Ni les adolescents à capuches s'enfuyant de chez eux à l'aube, ni Ken et Tony, qui vivaient autrefois à Tottenham et sont venus voir cette zone de guerre urbaine parsemée de projectiles et de voitures calcinées. Tony affirme qu'il avait pressenti l'événement. "Il fallait s'y attendre", assure-t-il.

La police a abattu un Noir dans des circonstances suspectes. De jeunes chômeurs sont devenus fous furieux. Pour Tony, cette émeute n'attendait qu'un prétexte pour éclater. A l'heure des premiers bilans, cette flambée de violence qui a embrasé Londres paraissait à la fois inévitable et impensable. En quelques jours, les émeutes ont gagné toute la capitale d'un pays avancé, la plongeant dans le chaos et la violence.

On a affaire au plus mystérieux et au plus moderne des soulèvements. Ses participants, rameutés sur Twitter, semblent avoir rejoué le printemps arabe dans une version sinistre. L'été de Tottenham, où se sont également illustrés des enfants de sept ans, est dirigé non pas contre un régime tyrannique, mais contre l'ordre établi d'une démocratie. Une question plane désormais au-dessus des artères commerçantes dévastées de Londres : comment en est-on arrivé là ?

Parmi les quelques réponses évidentes, l'incurie des forces de l'ordre figure en bonne place. Si l'on en croit les dernières informations, la Police métropolitaine (MET) aurait franchi un nouveau cap dans l'ignominie. En effet, des doutes commencent à apparaître quand au fait que Mark Duggan, dont la mort a déclenché les premières émeutes, ait tiré sur la police. L'indignation de la famille de M. Duggan a précipité la crise, et la non-intervention des policiers face aux pillages a donné lieu à des situations dignes des territoires livrés à l'anarchie dans un Etat défaillant.

La débâcle financière, responsable des émeutes

Le deuxième coupable, nous dit-on, serait l'appartenance ethnique. Mais comme l'a affirmé David Lammy, député de Tottenham, ces émeutes n'ont pas un caractère racial. Celles de Broadwater Farmer, comme celles de Toxteth et de Brixton, survenues dans les années 1980, avaient pour origine, du moins en partie, un racisme féroce qu'on ne retrouve pas aujourd'hui à Tottenham, où une épicerie chinoise voisine avec un magasin turc et un coiffeur africain.

Alors, on pense inévitablement au chômage et aux réductions budgétaires. Il est vrai que Tottenham fait partie des quartiers les plus pauvres de Londres : 10 000 personnes y perçoivent une allocation-chômage et sur chaque offre d'emploi, il se présente en moyenne 54 candidats. Dans d'autres quartiers touchés [par les émeutes], comme Hackney, les maisons de jeunes ferment. Si de telles coupes sont peu avisées, il serait trop facile d'attribuer les ravages de la crise économique au manque de tournois de ping-pong et de parcs de skateboard.

Les vraies causes sont plus insidieuses. Ce n'est pas un hasard si les pires violences que Londres ait connu depuis de nombreuses décennies ont lieu sur fond de débâcle financière mondiale. Les causes de la récession, telles que les définit J. K. Galbraith dans The Great Crash [La crise économique de 1929], sont les suivantes : mauvaise répartition des revenus, entrepreneurs filous, faiblesse du système bancaire et déséquilibre du commerce extérieur.

L'échec d'un Etat inégalitaire

Tous ces facteurs sont de nouveau à l'œuvre. Dans la bulle des années 1920, les 5% les plus riches de la société accaparaient un tiers des revenus. Aujourd'hui, la Grande-Bretagne est moins égalitaire qu'elle ne l'a jamais été depuis lors, que ce soit du point de vue des salaires, de la richesse et des perspectives d'avenir. L'année dernière, les fortunes cumulées des 1 000 Britanniques les plus riches ont augmenté de 30%, atteignant 335,5 milliards de livres [environ 405 milliards d'euros].

Tandis que Londres brûlait, les leaders européens, notamment notre Premier ministre et son ministre des Finances, se prélassaient dans des chaises longues. Même si l'épicentre de l'actuelle crise économique est la zone euro, les gouvernements britanniques successifs ont fait le lit de la pauvreté, des inégalités et de l'inhumanité aujourd'hui exacerbées par la tourmente financière.

Le manque de croissance de la Grande-Bretagne n'est pas seulement un point de débat économique ou une arme contre le ministre des Finances George Osborne. Pas plus que notre main-d'œuvre sous-qualifiée, démotivée et peu instruite n'est simplement une tache dans le bilan national. Ces bandes de jeunes déchaînés dans les rues de nos villes n'augurent rien de bon pour l'avenir. La "génération perdue" se prépare pour la guerre.

Rien à voir avec les manifestations de Grèce ou d'Espagne

Les émeutes de Londres ne sont pas les aimables rassemblements de Grèce ou d'Espagne, où les classes moyennes tentent de conjurer leur déclin annoncé. Elles sont la preuve qu'une frange de la jeunesse britannique – les cogneurs, les tireurs, les pillards, les profiteurs et leurs acolytes effrayés – est tombée du bord de la falaise dans ce pays en plein délitement.

L'échec des marchés va de pair avec le malaise social. Entre-temps, on voudrait nous faire croire que la démocratie sociale, avec ses filets de sécurité, son éducation coûteuse et son système de santé pour tout, n'est pas viable dans les temps difficiles qui s'annoncent. Or, la réalité, c'est qu'il n'y a pas d'autre solution. Après le Grand Krach [la crise de 29], la Grande-Bretagne a rectifié le tir. Les écarts de revenus se sont réduits, l'Etat-providence est né, les compétences se sont accrues et la croissance a augmenté.

Ce modèle n'est pas transposable à l'identique. Mais, comme s'interrogeait Adam Smith, une société bien ordonnée peut-elle se développer quand un nombre important de ses membres sont dans la misère, et par conséquent dangereux ? Il ne s'agit pas de prêcher le déterminisme, car la pauvreté n'entraîne pas forcément l'anarchie. Cela étant, il ne suffit pas de fustiger les émeutiers comme s'ils étaient des parias.

Les krachs financiers et les catastrophes humaines sont cycliques. Chaque nouvel épisode menace d'être plus grave que le précédent. Comme l'a écrit Galbraith, "la mémoire vaut bien mieux que la loi" pour se protéger contre les illusions et la folie financières. En ces temps d'austérité, il y a des luxes que la Grande-Bretagne ne peut plus s'offrir. L'amnésie figure en tête de cette longue liste.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Dim 4 Sep - 10:44

Naomi Klein,traduit par Viktor Dedaj a écrit:
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=5615
On nous rabâche que les émeutes en Grande-Bretagne n’avaient rien de politique – mais les émeutiers savent que leurs élites, elles, pratiquent le vol à grande échelle et en plein jour..

Je n’arrête pas d’entendre des comparaisons entre les émeutes à Londres et celles d’autres villes européennes – bris de vitrines à Athènes, feux de joie de bagnoles à Paris. Il est certain qu’il y a des similitudes : une étincelle provoquée par la violence policière, une génération qui se sent abandonnée.

Mais les évènements à Londres ont été marqués par des destructions massives, le pillage était un phénomène marginal. Il y a eu cependant d’autres pillages massifs ces dernières années, et peut-être devrions-nous en parler aussi. Il y a eu Bagdad au lendemain de l’invasion par les USA – une vague d’incendies et de pillages qui ont vidé les bibliothèques et les musées. Les usines aussi ont été touchées. En 2004 j’ai visité une usine qui fabriquait des réfrigérateurs. Les employés avaient pris tout ce qui avait de la valeur, puis ils y ont méthodiquement mis le feu jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une structure métallique tordue.

A l’époque les gens à la télé trouvaient que le pillage était un geste hautement politique. Ils disaient "voici ce qui arrive lorsqu’un régime n’a plus de légitimité populaire". Après avoir vu pendant des années à Saddam Hussein et ses fils se servir de n’importe quoi et n’importe qui, de nombreux Irakiens ordinaires ont pensé qu’ils avaient eux-aussi le droit de se servir à leur tour. Mais Londres n’est pas Bagdad, et le Premier ministre britannique, David Cameron, n’a rien d’un Saddam, il n’y donc aucune leçon à en tirer.

Bon, alors que diriez-vous d’un exemple pris dans une démocratie ? L’Argentine, vers 2001. L’économie était en chute libre et des milliers d’habitants des quartiers défavorisés (qui étaient jadis des zones industrielles prospères, avant l’arrivée du néolibéralisme) ont pris d’assaut les supermarchés détenus pas des sociétés étrangères. Ils sont ressortis avec des chariots remplis de produits qu’ils n’avaient plus les moyens d’acheter – vêtements, matériel électronique, viande. Le gouvernement a instauré « un état de siège » pour rétablir l’ordre. Les gens n’ont pas apprécié et ils ont renversé le gouvernement.

Le pillage massif en Argentine fût baptisé el saqueo - la mise à sac, le pillage. Ce qui est politiquement significatif parce que c’est exactement ce terme qui fut employé pour décrire ce que les élites du pays avaient fait en bradant les biens de la nation lors d’opérations de privatisation à l’évidence entachées de corruption, en planquant leur argent dans des paradis fiscaux pour ensuite faire payer le peuple par des mesures brutales d’austérité. Les Argentins avaient bien compris que le saqueo des centres commerciaux n’aurait pas eu lieu sans le saqueo plus vaste du pays, et que les véritables gangsters se trouvaient au pouvoir.

Mais l’Angleterre n’est pas l’Amérique latine, et ses émeutes ne sont pas politiques, du moins c’est ce que l’on nous rabâche. En Angleterre, ce sont juste des gamins paumés qui profitent d’une situation pour s’emparer de ce qui ne leur appartient pas. Et la société britannique, nous dit Cameron, a horreur de ce genre de comportement.

Tout cela est dit avec le plus grand sérieux. Comme si les sauvetages massifs des banques n’avaient jamais eu lieu, suivis par des distributions de primes aux dirigeants battant tous les records, une véritable provocation. Suivis par des réunions d’urgence du G8 et du G20, où les dirigeants ont décidé, collectivement, de ne pas punir les banquiers ni de prendre des mesures pour éviter que cela ne se reproduise. Au lieu de cela, ils sont retournés chez eux pour imposer des sacrifices aux plus vulnérables. En licenciant des fonctionnaires, en réduisant le nombre d’enseignants, en fermant des bibliothèques, en augmentant les frais de scolarité, en dénonçant les accords sociaux, en se précipitant pour privatiser les biens publics et diminuer les retraites – choisissez parmi ce qui précède pour l’adapter à votre situation locale. Et qui voit-on à la télévision nous faire la leçon sur la nécessité de renoncer à ces « avantages acquis » ? Les banquiers et les gestionnaires de hedge-funds, évidemment.

C’est le saqueo global, le temps du Grand Hold-up. Alimenté par un sentiment maladif de droit sacré, le pillage se déroule en plein jour, comme s’il n’y avait rien à cacher. Cela dit, ils ont quand même quelques craintes. Début juillet, dans le Wall Street Journal, un sondage indiquait que 94% des millionnaires craignaient « des violences dans les rues ». Il s’avère que cette crainte n’est pas complètement injustifiée.

Bien sûr, les émeutes à Londres n’avaient rien de politique. Mais ceux qui volaient de nuit savaient parfaitement bien que leurs élites commettent leurs vols en plein jour. Les saqueos, c'est contagieux ! Les Conservateurs ont raison lorsqu’ils disent que les émeutes n’ont rien à voir avec les coupes budgétaires. Mais elles ont beaucoup à voir avec ce que ces coupes représentent : être coupé du monde. Se retrouver coincé dans une sous-classe sociale qui ne cesse de s’élargir et voir les rares portes de sortie – un vrai travail, une éducation à portée de bourse – se refermer rapidement les unes après les autres. Les coupes budgétaires sont un message. Un message envoyé à des pans entiers de la société pour leur dire : vous êtes coincés là où vous êtes, comme ces immigrés et ces réfugiés repoussés à nos frontières qui deviennent de plus en plus infranchissables.

La réponse de Cameron aux émeutes est de matérialiser cette exclusion par des mesures concrètes : expulsion des habitations à loyers modérés, coupures des outils de communication et des peines de prison scandaleuses (cinq mois pour une femme qui a accepté un short volé). Une manière d’enfoncer le clou : disparaissez, et en silence.

Au « sommet de l’austérité » du G20 l’année dernière à Toronto, les protestations ont dégénéré et de nombreuses voitures de police ont brûlé. Rien à voir avec Londres 2011, mais pour nous les Canadiens, ce fut un choc. Mais la grande controverse qui a suivi concerna le montant des dépenses effectuées par le gouvernement pour la « sécurité » du sommet, 675 millions de dollars (et avec tout ça ils ont eu du mal à éteindre les feux). A l’époque, nombre d’entre nous ont fait remarquer que tout ce nouvel arsenal coûteux que la police venait d’acquérir – canons à eau, canons soniques, gaz lacrymogènes et balles de caoutchouc – n’était pas uniquement destiné aux manifestants dans les rues. A long terme, il était destiné à contrôler les pauvres qui, dans la nouvelle ère d’austérité, n’auront plus grand chose à perdre.

C’est là où Cameron s’est trompé : on ne peut pas réduire le budget de la police en même temps que tout le reste. Parce que lorsqu’on vole aux gens le peu qui leur reste pour protéger les intérêts de ceux qui ont largement plus qu’il ne leur en faut, il faut s’attendre à une résistance – que ce soit sous la forme de protestations organisées ou des pillages spontanés.

Et ça, ce n’est pas de la politique, c’est de la physique.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Angleterre 2011   Sam 15 Oct - 0:48

Citation :
Now war is declared - Journal à numéro unique sur les émeutes anglaises d’août 2011

Journal à numéro unique, 48p, format A4.
Ce journal contient contre-information, analyses, chronologie et textes traduit de l’anglais, mais aussi d’autres langues, le tout dans une perspective antiautoritaire.

Sommaire :
• Now war is declared ! Une introduction - p.3
• Déroulement des émeutes - p.8
• La lutte contre l’existant continue - p.12
• Tottenham contre-attaque - p.18
• Les yeux grands ouvert à Londres - p.19
• Communiqué d’une attaque à Bristol - p.20
• London Calling (Belgique) - p.21
• Cinq postes de police attaqués à Nottingham - p.22
• London Calling (Italie) - p.23
• Les mots d’un émeutier - p.25
• Leave them kids alone ! - p.26
• Retour sur la répression des émeutes de Londres - p.27
• Nouvelles technologies + police + citoyenneté = Répression 2.0 - p.33
• Don’t panic don’t talk - p.38
• Compte-rendu de la manifestation du 13 août - p.39
• Manif anti-flic devant la prison de Brixton - p.40
• Contre toute autorité - p.41
• London Calling (Allemagne) - p.42
• Affiche grecque de solidarité - p.43
• Pour mémoire : Nothing to lose ! - p.44

Il sera exceptionnellement disponible au prix fixe de 4€ l’exemplaire, et de 3€ l’unité à partir de cinq exemplaires. Tout l’argent qui sera récolté servira à soutenir des compagnons rackettés par la justice dans le cadre de la lutte contre les centres de rétention et la machine à expulser.

Pour commander votre exemplaire, pour les distros, pour en poser dans des lieux de diffusion, contactez cette adresse : ravage(at)riseup.net
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Angleterre 2011
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