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 Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)

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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Ven 8 Mar - 19:57

Citation :
La catastrophe du 5 mars 1973 à Nantes

Les défenseurs du projet d'aéroport de Notre Dame des Landes utilisent l'accident de mars 1973 pour conforter la peur d'une collision aérienne au-dessus de Nantes.

Un ami a attiré mon attention sur cet accident. Une page Wikipédia lui est consacré.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Collision_a%C3%A9rienne_de_Nantes_en_1973

Il est clairementr expliqué que suite à une grève des contrôleurs aériens, ils ont été remplacé par des contrôleurs militaires qui ne travaille pas d ela même manières que l'aviation civile, L'anglais qu'ils emploient n'a pas été compris correctement par les pilotes.
Accident donc : 68 morts
Le second pilote a réussi à se poser à Cognac malgré le fait que son avion était endommagé, il lui manquait une aile.
Après cela le service minimum a été instauré pour les contrôleurs aériens.
L'avion est tombé à La Planche assez loin de Nantes.
La cause de l'accident a été établie clairement, ce n'est pas la passage au-dessus de Nantes qui a posé problème, mais l'emploi de contrôleurs militaires pour casser la grève des aiguilleurs du ciel civils.
Encore une arnaque des pro-aéroports.
Cet accident a marqué l'histoire du Rock mondial. Le manager de Jimmy Hendrix est mort dans cette catastrophe aérienne.

http://nantesatlantique.forumactif.com/t1595-le-crash-de-l-avion-fantome-elucide
http://www.nantes.maville.com/actu/actudet_-La-Planche.-Crash-de-1973-les-habitants-marques-a-vie-%5BPHOTOS%5D_52716-2301675_actu.Htm
http://jimihendrix.forumactif.org/t924-la-mort-de-mike-jeffery

Rapport du BEA (.pdf)
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Sam 9 Mar - 20:57

Citation :
ND des Landes : la commission de dialogue partagée selon le Monde AFP 07/03

La commission de dialogue sur le futur aéroport Grand Ouest à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, semble partagée entre les arguments des pro et des anti-aéroport et "pourrait suggérer au gouvernement des compléments d'enquête", selon un article du Monde à paraître dans l'édition de dimanche/lundi.

Dans cet article Claude Chéreau, président de la commission de dialogue, explique que "tout dossier qui attend une trentaine d'années perd beaucoup de ses possibilités de conviction" et ajoute: "Les arguments justifiant sa construction ont beaucoup varié dans le temps. Certains datent, d'autres sont devenus moins prioritaires".

"On nous a mis en avant la saturation de l'aéroport actuel; or le problème n'est pas aussi simple", cite aussi le quotidien.
Selon Le Monde, la commission pourrait donc "suggérer au gouvernement des compléments d'enquête".
Mais M. Chéreau, qui est aussi président de la Commission des comptes de l'Agriculture de la Nation, ex-conseiller de François Mitterrand et de Lionel Jospin, relativise aussi les arguments des anti-aéroport.

"Sur la richesse de la biodiversité, je ne suis pas certain que Notre-Dame-des-Landes soit une rareté comparée à la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu", située au sud de Nantes, relève le président de la commission.
Sur ce dossier très politique, l'un des ardents défenseurs du transfert d'ici 2017 de l'aéroport actuel Nantes Atlantique, situé dans la périphérie nantaise, vers Notre-Dame-des-Landes, à 30 km au nord de Nantes, n'est autre que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ex-député maire de Nantes.

Il a lui-même créé fin novembre la commission de dialogue sur l'aéroport pour tenter de sortir de l'impasse après l'émoi suscité par les interventions massives des forces de l'ordre contre les opposants.
La commission, qui termine ses entretiens en fin de semaine prochaine, doit rendre son rapport "à la fin du mois et on tiendra la date, soit le 29 mars soit le 2 avril", a précisé mercredi à l'AFP M. Chéreau.

Mais l'objectif de la commission "n'est pas la remise en cause du projet", avait-il rappelé tout en soulignant que la commission fera "des recommandations autonomes, quelles que soient les opinions des gens que nous avons rencontrés: on essayera d'être impartiaux"
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Dim 10 Mar - 20:59

Citation :
Notre-Dame-des-Landes : vol " retardé " Rémi Barroux | 09.03

C'est désormais une certitude : annoncé pour le printemps 2013, le chantier du futur aéroport nantais de Notre-Dame-des-Landes – s'il démarre – aura au minimum plusieurs mois de retard. A trois semaines de la remise de ses conclusions au premier ministre et ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, le président de la commission du dialogue, Claude Chéreau, par ailleurs président de la commission des comptes de l'agriculture de la nation, avoue son scepticisme.Après plus de soixante-quinze auditions des pro et anti-aéroport, il a confié au Monde ses doutes sur la pertinence de certains arguments justifiant la construction de la nouvelle plate-forme destinée à remplacer l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique. "Tout dossier qui attend une trentaine d'années perd beaucoup de ses possibilités de conviction, avance M. Chéreau. Les arguments justifiant sa construction ont beaucoup varié dans le temps. Certains datent, d'autres sont devenus moins prioritaires."

Il se garde bien toutefois de condamner le projet, prérogative qui n'est pas comprise dans sa lettre de mission, dit-il en souriant. Car il sait le dossier "politique" : "Notre rapport présentera les inconvénients et les avantages du futur aéroport, et ce sera au gouvernement de décider."

"LE PROBLÈME N'EST PAS AUSSI SIMPLE"

Peu convaincue par les chiffres avancés par les deux camps, la commission, composée aussi de Claude Brévan, architecte et ancienne déléguée à la ville, et du juriste Rouchdy Kbaier, pourrait suggérer au gouvernement des compléments d'enquête. "On nous a mis en avant la saturation de l'aéroport actuel ; or le problème n'est pas aussi simple", avance M. Chéreau. Le président de la commission du dialogue souhaite plus de précisions sur le schéma des transports devant desservir le futur aéroport. Ses bienfaits économiques et le nombre d'emplois à la clé ne semblent pas non plus avoir emporté sa conviction.

Pour autant, les arguments des opposants au projet ne l'ont pas tous séduit. "Sur la richesse de la biodiversité, je ne suis pas certain que Notre-Dame-des-Landes soit une rareté, comparée à la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu ", fait valoir M. Chéreau. De même, le plan d'exposition au bruit, réalisé il y a dizaine d'années, doit être révisé. Autant de données réclamées par la commission du dialogue.

A Matignon, où le premier ministre est un ardent défenseur du projet, on fait valoir que la bataille de chiffres est stérile. "La commission du dialogue ne dispose pas de son bureau d'études, elle ne peut que constater que les parties divergent sur les éléments avancés, déclare-t-on. Les opposants font des plans sur la comète, les pro-aéroport font d'autres hypothèses, sur la démographie nantaise, le coût du pétrole, les prévisions de trafic aérien, la croissance, etc."

CERTAINS S'INQUIÈTENT AU PS

Les écologistes, reçus de nouveau par la commission mardi 5 et mercredi 6 mars, insistent sur la nécessité de mener une enquête – non réalisée à ce jour – sur les possibilités de transformation de l'actuel aéroport.
D'autres incertitudes demeurent, comme la demande d'informations de la Commission européenne sur d'éventuels manquements aux règles communautaires.

Le dossier se complique, et certains au Parti socialiste s'inquiètent de l'entêtement de Jean-Marc Ayrault. "Si ce n'était pas le dossier du premier ministre, cela fait longtemps qu'il aurait été renvoyé à plus tard : Notre-Dame-des-Landes n'est pas une priorité nationale", confient des élus préférant garder l'anonymat. Ils ne veulent pas d'un dossier porteur de fractures avec leurs alliés écologistes, à quelques mois d'élections municipales et régionales difficiles.

"On ne peut pas prendre le risque d'affrontements longs et violents sur ce dossier, explique Jean-Paul Chanteguet, président socialiste de la commission du développement durable de l'Assemblée nationale, qui recevra M. Chéreau le 12 mars. Il faut poursuivre le dialogue et, avant tout démarrage du chantier, élaborer un schéma national des infrastructures aéroportuaires."
Matignon dit attendre la fin mars : "Soit les travaux peuvent commencer après l'été par exemple, soit le rapport nous dit que le projet n'est pas prêt et nous prendrons le temps nécessaire."
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mar 12 Mar - 4:08


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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mar 12 Mar - 16:27

Citation :
Lettre ouverte au Comité d’expertise scientifique dans le cadre de la Procédure d’autorisation au titre de la Loi sur l’eau pour le projet d’« Aéroport du Grand Ouest » à Notre-Dame-des-Landes Par les décompenseurs en lutte[1]

À l’attention de Monsieur le président et MM. les membres du comité d'expertise scientifique
Copie à :
Monsieur le Président de la République
Monsieur le Premier Ministre
Madame la Ministre de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie
Monsieur le Ministre des transports
Monsieur le Directeur de la DREAL Pays de la Loire.
Monsieur le Président du comité de suivi environnemental
« La compensation ne doit pas être un droit à détruire »
(Fabien Quétier, 2012)
« Une mesure compensatoire n’est pas à instruire comme un droit à détruire »
(Barnaud et Coïc, 2011, p. 83)
Que ce soit au regard de la biodiversité ou au titre de la loi sur l’eau, Aéroport Grand Ouest (AGO-Vinci) et l’État présentent diverses mesures visant à compenser la destruction irréversible de la Zone d’Aménagement Différé (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes qui serait occasionnée par la construction du futur aéroport de l’agglomération nantaise. La compensation est la dernière étape d’un triptyque Éviter, Réduire, Compenser qui doit prévaloir aux actions d’aménagement (loi de 1976 relative à la protection de la nature et loi sur l’eau révisée en 2004). Ainsi, selon la loi n°2009-967 du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, les procédures de décision publique doivent permettre de « privilégier les solutions respectueuses de l’environnement, en apportant la preuve qu’une décision alternative plus favorable à l’environnement est impossible à coût raisonnable » et de limiter la consommation des surfaces agricoles, forestières et naturelles. Il nous semble évident que la construction de cet aéroport ne répond pas à ces critères, faute de recherche sérieuse d’un autre site moins nocif à l’environnement (à commencer par le site de l’actuel aéroport de Nantes) et doit avant tout être évitée. Les opérateurs, forts de la Déclaration d’Utilité Publique (DUP), se sont largement affranchis de l'étape « Éviter », ont prestement traversé l’étape « Réduire » et avancé jusqu’à l’étape « Compenser ».
La démarche de compensation présentée par les porteurs de projet est dite « innovante », c’est-à-dire qu’elle n’a pas d’antécédent en France, voire en Europe et s’inspire de méthodologies pratiquées notamment aux Etats-Unis où il existe un marché de la compensation pour les zones humides et les espèces protégées, avec des banques privées commercialisant des « crédits » à des aménageurs achetant ainsi un droit à détruire. Il s’agit ici de rendre commensurables par diverses métriques des écosystèmes à détruire d’une part, et des écosystèmes à recréer ou préserver d’autre part. L’efficacité de cette approche pour freiner l’érosion de la biodiversité ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique internationale (Walker et al. 2009). En dépit de plusieurs décennies de pratique aux États-Unis et en Australie notamment et d’un effort de recherche croissant, tant de la part d’institutions publiques (universités) que privées (bureaux d’étude), les mesures compensatoires se heurtent toujours à de sérieuses limitations qui justifient de larges doutes sur leur pertinence (Maron et al. 2012). Il s’agit notamment de limitations techniques, qui peuvent être classées suivant trois catégories (Maron et al. 2012) : (1) la difficulté à évaluer objectivement un écosystème afin de mettre en place des équivalences dans un système d’échange, (2) les incertitudes pesant sur la capacité à reconstituer les écosystèmes détruits et (3) le délai entre la destruction d’un écosystème et la mise en place des équivalences, le temps étant très évidemment une dimension non-compensable en écologie (Walker et al. 2009).
Plusieurs éléments laissent penser que la méthodologie proposée et l’expérience qui serait tentée ici pourraient devenir un modèle pour d’autres grands projets en France et en Europe. Cette méthodologie, commune aux dossiers Biodiversité et Loi sur l’eau, a été élaborée non par des spécialistes indépendants issus d’établissements de recherche publique ou d’enseignement supérieur, mais par le bureau privé d’études environnementales leader en France, Biotope. Ce bureau s’est lui-même partiellement déchargé de sa responsabilité scientifique en précisant bien que « les maîtres d’ouvrage ont également apporté leur contribution à la rédaction du dossier, en rédigeant ou amendant certains chapitres, notamment la présentation et la justification du projet, les mesures de réduction des impacts, la démarche compensatoire et les mesures complémentaires » (Dossier Desserte routière, Pièce A, p. 70). Autant dire que cette méthodologie de compensation, inédite et taillée sur mesure pour et par les maîtres d’ouvrage, est, en de nombreux aspects, contestable.
Suite aux réserves émises par la Commission d’enquête publique dans le cadre de la loi sur l’eau concernant cette méthodologie, et devant l’indignation suscitée par les opérations policières d’octobre et novembre 2012, le gouvernement a décidé de constituer un « Comité d’expertise scientifique » ayant pour mission de « valider la méthode de compensation environnementale, dans le respect de l’ensemble des règles applicables et conformément aux conclusions de l’enquête publique Loi sur l’eau » (Communiqué du 30 novembre 2012, des Ministres de l’Écologie et des Transports). « Valider », voilà un mandat bien « cadré »… Nous imaginons qu’ainsi conviés à donner une validation dans l’urgence, avec une seule visite sur le terrain cet hiver (guère la meilleure période pour l’observation en écologie), en autocar, au petit matin et encadrés par des CRS, il n’a pas été possible aux membres du Comité d’expertise scientifique de se faire une idée précise de l’écosystème en question et de sa valeur écologique, qui est indissociable d’une valeur agri-culturelle (gestion d’un territoire bocager par une petite paysannerie riche en savoirs agro-écologiques), ni de relever le grand nombre d’erreurs et mésestimations des méthodes et mesures de compensation écologiques proposées dans des dossiers atteignant le millier de pages. Aussi nous permettons-nous de vous soumettre humblement nos observations[2], en les souhaitant utiles à la mission d’expertise scientifique à finalité d’intérêt général, qui devrait être le vôtre, en toute indépendance, osons-nous l’espérer, par rapport aux intérêts économiques et politiques des maîtres d’ouvrages (État et AGO-Vinci).

1. Un état des lieux tronqué

De l’analyse des dossiers présentés, il ressort que les surfaces et les « fonctionnalités » des zones humides (y compris en matière de biodiversité) ont été systématiquement sous-évaluées.

1.1. Des surfaces impactées sous-estimées

Les dossiers mentionnent une dégradation d’environ 1140 ha, comprenant deux zones d’impacts. La première, d’environ 704 ha, correspond à la zone d’emprise (bétonnage) et regroupe la plate-forme aéroportuaire de 526 ha et la desserte routière de 178 ha. La seconde, d’environ 433 ha, correspond à une zone subissant des « altérations fonctionnelles notables », et concerne 151 ha sous influence de la desserte routière, 80 ha sous influence de l’aéroport et 202 ha sous influence conjointe.
Ces chiffres ne concernent que la phase de « mise en service » et non l’« aéroport en extension à terme » – alors qu’il est prévu d’étendre les pistes et les bâtiments quelques années après la mise en service en cas de succès commercial –, et ne tiennent aucun compte d’une vision prospective de l’évolution foncière de la région si l’aéroport se faisait (multiplication de zones d’activité, de constructions, urbanisation…). On peut déplorer l’absence d’intégration dans les dossiers d’études prospectives de l’agence départementale ou régionale d’urbanisme. Cet « oubli » permet non seulement de sous-estimer grossièrement les impacts écologiques de l’aéroport sur la région, mais aussi, on le verra, de proposer des actions de « compensation » sur des parcelles dont on sait qu’elles seront détruites ou impactées dans une phase ultérieure.
Le cas du drainage apporte un exemple supplémentaire d’un travail de sous-estimation systématique. La superficie annoncée de l’emprise des travaux à l’ouverture de l’aéroport est de 537 ha (543 ha avec le taxiway). Les superficies déclarées drainées sont estimées à seulement 65 ha (73 ha avec taxiway). On peut sérieusement avoir des doutes sur les surfaces annoncées, compte-tenu du caractère humide de l’ensemble de la zone. Il est probable que la surface réellement drainée en cas de réalisation du projet soit bien supérieure. Comment construire des bâtiments et des parkings sur un sol saturé en eau sans drainage ? La création de fossés à ciel ouvert (notamment en bord des voiries) n’a pas été prise en compte, alors que, suivant la profondeur des fossés, cela peut entraîner un rabattement de la nappe plus ou moins important et dans tous les cas, un assèchement par drainage des zones humides.

1.2. Des zones humides mal caractérisées et sous-évaluées

Les zones humides de la zone sont mal caractérisées et mal classifiées, ce qui aboutit à une sous-estimation de leur valeur écologique et donc du besoin de compensation. La carte intitulée Identification des zones humides – Aéroport – Résultat du critère Habitats (Dossier AGO Loi sur l’eau, pièce C, p. 112) présente les zones humides caractérisées selon le critère « habitats » (associations végétales). Les parcours sur le terrain permettent d’identifier des erreurs de rattachement aux codes CORINE biotopes entraînant une sous-estimation importante des surfaces ainsi caractérisées en tant que zones humides. D’autre part, le critère « végétation caractéristique » (basé sur la présence d’espèces caractéristiques) n’a pas été pris en compte de façon effective. Une liste d’espèces est définie par l’arrêté du 24 juin 2008 modifié par l’arrêté du 1er octobre 2009 « précisant les critères de définition et de délimitation des zones humides » : lorsque cette végétation est dominante sur la zone étudiée, cela entraîne la caractérisation d’une zone humide. L’observation de terrain montre que l’absence de prise en compte de ce critère réglementaire a également conduit à sous-estimer la surface des zones humides caractérisées par la végétation présente sur le site. Cette sous-estimation entraîne par la suite, et d’après la méthode employée, une minimisation des fonctionnalités des zones humides du site.
L’analyse pédologique est également déficiente dans l’étude. Le chapitre L 1.3.2. (Dossier AGO Loi sur l’eau, pièce C, p. 118) indique les surfaces des sols caractéristiques d’une zone humide sans description des différents types de sol observés. Un rapprochement des sols aux classes d’hydromorphie du Groupe d’Étude des Problèmes de Pédologie Appliquée (GEPPA, 1981) aurait permis de mieux aborder les caractéristiques fonctionnelles de ces zones humides en tenant compte du degré d’hydromorphie. Selon le critère pédologique, 97 % du site est en zone humide ! Il est surprenant de ne pas avoir adopté une approche dite « Potentielle – Effective – Efficace » qui aurait été beaucoup plus pertinente (Mérot et al. 2006) car, d’après sa pédologie, le site représente une zone humide effective au regard du dossier Loi sur l’eau. Les zones humides efficaces auraient dû être définies précisément par les différentes fonctionnalités et notamment au travers d’un découpage en Unités HydroGéoMorphologiques (H.G.M.U.). « Une HGMU est une entité géomorphologique homogène où se déroule un type de processus hydrologique et correspondant à un même type de sol. Le type de végétation peut être variable en liaison avec les modalités de gestion et peut être intégré secondairement »(Mérot et al. 2006). Cette méthode aurait permis de ne pas sous-estimer les fonctionnalités des zones humides. Le travail présenté, focalisant son diagnostic sur la végétation, conduit à minimiser la fonctionnalité des zones humides lorsque la gestion de la parcelle a entraîné une modification de la flore (ré-ensemencement, mise en culture…). Mais si l’on prend par exemple la fonction de régulation hydraulique, le fait d’être sur une prairie humide ou sur une culture humide apporte peu d’indication sur la saturation du sol en eau et sur la présence d’une nappe. Au lieu d’une étude pédologique et végétationnelle rigoureuse, le dossier AGO définit trois catégories « à la louche » : les zones humides liées à un cours d’eau (18 % – 230 ha), les zones humides de plateau (81 % – 1000 ha) et les zones humides liées à un plan d’eau (0.4 % – 5 ha; cf. carte intitulée Typologie des zones humides p.124 du dossier Loi sur l’eau).
Cet habile tour de passe-passe permet de caractériser plus de 80 % des surfaces comme « zones humides de plateau ». Or l’observation de terrain conduite par les Naturalistes en Lutte et les associations indique que la zone d’étude pouvant être caractérisée en tant que « plateau » (au niveau des lignes de crête) est d’environ 40 %, soit moitié moins que les 81 % annoncés. Les zones humides liées à un cours d’eau, en secteur de « têtes de bassins versants » sont donc non de 18 % mais 59 % (soit environ 729 ha), avec des pentes relativement faibles à moyennes, avec certains petits secteurs présentant des zones de plat ou de replat mais sans déconnexion apparente (pas de rupture de pente).
Ce classement erroné génère une sous-estimation importante des fonctionnalités des zones humides. En effet, il est sous-entendu que les zones humides de « plateau » ne sont pas en tête de bassin versant, ont moins de valeur que les autres, et sont déconnectées des autres zones humides et des cours d’eau, alors qu’il n’en est rien. L’observation de terrain montre au contraire des connexions importantes entre ces zones humides et les ruisseaux, avec notamment, de nombreux écoulements de surface. On peut aussi supposer la présence d’importants flux de sub-surface. Ainsi catégorisées en « plateau », donc « non connectées », ces zones humides voient alors leurs fonctions hydrologiques (restitution différée, recharge des cours d’eau) et écologiques (épuration) négligées ou sous-estimées.
1.3. Une biodiversité sous-estimée
La désignation du site de Notre-Dame-des-Landes comme un site présentant un enjeu naturel « modéré » est faussée par rapport aux enjeux soulevés aussi bien dans les dossiers de demande de dérogation à la protection d’espèces faunistiques et floristiques que dans les dossiers d’autorisation Loi sur l’eau. Le CNPN n’a pas fait de visite sur le site et a donc dû s’en tenir à la présentation du dossier (si certains de ses membres avaient pu s’y rendre par le passé, c’était sans avoir à l’esprit les problématiques actuelles). On notera que le dossier sur lequel ils ont dû se prononcer ne comporte aucun document de synthèse et qu’il est si volumineux qu’il semble très précisément destiné à interdire toute vision d’ensemble. L’importance de la zone humide est soigneusement gommée et le pourcentage total des zones humides concernées n’apparaît pas.
Malgré cela, dans son avis, le CNPN ne manque pas de souligner le caractère relictuel et donc remarquable du bocage de Notre-Dame-des-Landes dans la mesure où tous les autres ont été touchés par l’évolution de l’agriculture intensive : « les travaux connexes ayant fait régresser de manière drastique tous les types de bocages, dont celui concerné par la construction de l’aéroport et des dessertes ».

1.3.1. Une prospection insuffisante

Sachant que l’étude d’AGO-Vinci portait sur 3000 ha, on peut calculer que les équipes de Biotope ont prospecté 158 ha par jour pour les insectes, 79 ha par nuit pour les amphibiens, 250 ha par jour pour les reptiles, et 67 ha par jour pour les oiseaux. Un inventaire qui a couvert une telle surface en si peu de temps ne peut pas avoir été réalisé d’une manière minutieuse. Par ailleurs, l’inventaire des espèces piscicoles est insuffisant car ayant été réalisé en une seule journée pendant une période de sécheresse (mai 2011), il a dû être complété par de la bibliographie disponible sur les espèces présentes en périphérie du secteur concerné.

1.3.2. Des espèces oubliées

Le travail des Naturalistes en Lutte révèle chaque jour la présence de nombreuses espèces non-prises en compte dans l’étude d’impact, dont certaines sont protégées. La compensation pour la fonctionnalité « Biodiversité » du dossier Loi sur l’eau de l’aéroport n’a été calculée qu’à partir d’un seul groupe : les amphibiens. Elle fait donc abstraction de tous les autres taxons. Ont ainsi été « oubliées » les espèces avicoles et piscicoles, les odonates et les lépidoptères, les reptiles, les mollusques et certaines espèces de mammifères, telle que la loutre d’Europe, dont l’étude aurait dû être incontournable. Ces « oublis » sont justifiés par des arguments non recevables. Notamment les odonates et les lépidoptères ont été balayés parce que « présentant un moindre intérêt » (Pièce C, dossier Plateforme, p.130). Pourtant, sur la ZAD ont déjà été recensées 28 espèces d’intérêt communautaire et 74 autres espèces protégées par le droit français. Rien que pour la faune, des espèces dites de cohérence Trame Verte et Bleue ont été définies à l’échelle de la région des Pays de la Loire. Au total, 64 espèces animales ont été retenues, dont 22 espèces sont indicatrices pour les réservoirs et 42 espèces pour les corridors. À ce jour, 22 espèces de cohérence Trame Verte et Bleue ont été recensées sur la ZAD (13 indicatrices de réservoirs de biodiversité et 9 de corridors) et 7 autres espèces de cohérence sont potentiellement présentes (aucune recherche spécifique n’ayant été réalisée dans le cadre des différentes études menées sur le secteur) soit un total possible de 29 espèces. Pour comparaison, le site Natura 2000 de la Vallée et des marais de l’Erdre comptabilise lui aussi 22 espèces de cohérence Trame Verte et Bleue, la Vallée de la Loire de Nantes jusqu’au Pont-de-Cé comptabilise 19 espèces et le Lac de Grand-lieu 30 espèces. Zone parmi les plus riches de la région, la ZAD abrite 59 à 68 % des 22 espèces indicatrices de réservoir de biodiversité de la région et 21 à 33 % des espèces indicatrices de corridors.
Parmi les espèces indicatrices de réservoir de biodiversité, on peut citer par exemple le triton marbré (Triturus marmoratus) dont la population sur la ZAD est remarquable (la population est estimée entre 1500 et 8000 individus adultes dans le Dossier Loi sur l’eau, l’une des plus importantes au niveau régional) ou encore le lézard vivipare (Zootoca vivipara) dont la population est très importante avec quelques centaines d’individus… Parmi les espèces indicatrices de corridor biologique, citons encore une fois la Loutre d’Europe qui n’a même pas été évaluée dans les dossiers ! Il est pourtant avéré que la loutre fréquente le territoire impacté par le projet. Le Groupement mammalogique breton a ainsi mis en évidence des éléments attestant de la présence de cette espèce dans les bocages du nord de l’agglomération nantaise[3].
C’est également tout le tissu de la biodiversité « ordinaire », qui génère cette matrice indispensable à la vie d’espèces plus rares, qui a été « oublié ». Pourtant l’article 23 de la loi Grenelle I portant sur la Trame Verte et Bleue (2009) comprend l’obligation de compensation comme s’appliquant aux espèces et écosystèmes dits « ordinaires ».
Par ailleurs, la position géographique de la ZAD ajoute à ce site une fonctionnalité majeure pour la dispersion et la circulation des espèces. Située en tête de bassins versants et à cheval entre le bassin versant de l’Isac (affluent de la Vilaine) et le bassin versant du Gesvres (affluent de l’Erdre puis de la Loire), cette position confère à ce réservoir de biodiversité un rôle fondamental à l’échelle départementale. Cette zone non fragmentée par l’urbanisation ou par un important réseau routier permet la circulation d’un bassin à l’autre de la faune et de la flore et participe pleinement au maintien de la biodiversité du territoire. L’aéroport couperait cette circulation entre deux grands bassins, provoquant l’isolation génétique de plusieurs sous-populations qui pourraient alors dégénérer faute de diversité génétique suffisante… Qu’il s’agisse de l’estimation des surfaces impactées, de la caractérisation et de l’évaluation des zones humides et de leurs degrés d’interconnexion avec le réseau hydrographique ou bien de l’évaluation de la biodiversité du site (espèces inventoriées, prise en compte de la biodiversité ordinaire, carrefour écologique pour la circulation et la dispersion des espèces), de nombreuses insuffisances ont conduit à un état des lieux tronqué de l’intérêt écologique de la Zone d’Aménagement Différé, et des fonctionnalités qui y sont rattachées.

2. Une méthodologie de compensation au rabais, scientifiquement défaillante

2.1. Des coefficients de « transaction » non validés scientifiquement et imposés par le porteur de projet

La méthode soi-disant « innovante » de calcul des mesures compensatoires masque par son apparente complexité une absence totale de base scientifique sérieuse. Partant d’une hiérarchisation des enjeux fonctionnels, les différentes zones humides se voient attribuées des valeurs et des coefficients de « besoin compensatoire ». En miroir, des actions de restauration et de gestion se voient attribués des coefficients de réponse au besoin compensatoire.
« Une zone de 1 ha sur laquelle un niveau d’impact résiduel très fort a été défini (impact maximal), telle la destruction de milieux très favorables aux reptiles ou aux oiseaux, se voit affecter un coefficient de définition du besoin compensatoire de 2. Ainsi, le besoin compensatoire de cette zone est de 2 unités de compensation (UC). Si une mesure ayant un coefficient de plus-value fort également (coefficient 2), telle que la création de milieux bocagers de très fort intérêt (prairies extensives avec densité élevée de haies bocagères), est mise en œuvre sur une surface de 1 ha, alors la surface de réponse au besoin est de 2 UC. Le ratio de compensation alors réellement appliqué serait dans ce cas de 1/1, répondant à une logique d’équivalence fonctionnelle. Pour répondre à ce besoin compensatoire de 2 UC, si seule de la gestion conservatoire est réalisée (coefficient de plus-value de 0,25), il faut 8 hectares pour compenser la destruction d’un hectare, soit un ratio de compensation réel de 8/1. Pour la mise en œuvre d’une mesure ayant un plus faible coefficient de plus-value (0,5) sur 1 ha, du type amélioration des pratiques de gestion, la réponse au besoin est de 0,5 UC. Il faut alors mettre en œuvre ce type de mesure sur 4 hectares pour compenser 1 hectare de zone subissant un impact résiduel très fort. Le ratio de compensation réel dans ce cas est de 4/1. » (Dossier AGO CNPN, pièce B, p.181)
Inversement,
« une zone de 1 ha sur laquelle un niveau d’impact résiduel modéré a été défini, telle une zone humide liée à un point d’eau fortement altérée par le projet par exemple, se voit affecter un coefficient de définition du besoin compensatoire de 0,5 UC. (…) En cas de mise en œuvre d’une mesure ayant un coefficient multiplicateur fort (coefficient 2), telle que la création de fonctionnalités de zones humides fortes, la mise en œuvre sur 1 ha apportera une réponse au besoin compensatoire de 2 UC. Dans ce cas, l’intervention à forte plus-value sur 0,25 ha compensera d’incidence modérée sur 1 ha soit un ratio de compensation réel de 1/4. » (Dossier AGO Loi sur l’eau, pièce F, p. 75)
Autrement dit, on pondère l’impact selon la richesse de la zone détruite et on pondère en miroir les aménagements selon leur potentiel de restaurer quelque chose d’important ou pas. Et au bureau d’étude Biotope de préciser que « les coefficients de définition du besoin compensatoire sont proposés par les maîtres d’ouvrage et sont identiques pour la desserte routière (DREAL des Pays de la Loire) et l’aéroport du Grand Ouest (concessionnaire AGO) ». (Dossier AGO CNPN, pièce B, p.172). Avec ce système et la grille adoptée (coefficients de 0,25 à 2 pour les besoins compensatoires et également de 0,25 à 2 pour la réponse aux besoins), on peut aller jusqu’à compenser 1 ha détruit de zone à forte valeur par 8 ha restaurés par une action de compensation de faible valeur, ou bien l’inverse : 1 ha restauré peut suffire dans certains cas à compenser la dégradation de 8 ha jugés de faible valeur… Ainsi, les maîtres d’ouvrage espèrent que des actions de restauration ou de gestion sur moins de 640 ha pourraient suffire à compenser les quelques 1140 ha dégradés, ce qui n’est pas sans les arranger, étant donné leurs difficultés à acquérir du foncier ou convaincre les agriculteurs de s’engager dans des baux agri-environnementaux. La définition des besoins de compensation selon l’importance des impacts est particulièrement discutable. L’échelle (fixée par les maîtres d’ouvrage) a été plafonnée à 2 pour 1 : 0,25 pour un impact « faible », 0,75 pour un impact « modéré », 1,25 pour un impact « assez fort », 2 pour un impact « fort ». Pourtant il existe aussi un niveau d’impact « majeur », qui lui aussi reste étrangement plafonné à une besoin de compensation de 2 pour 1 (Dossier AGO CNPN, pièce B, p.171). De fait le niveau d’« impact majeur » est purement escamoté puisqu’affecté du même coefficient (2) que le niveau d’impact « très fort ».Ce bricolage ad hoc pour limiter les dépenses de compensation écologiques de d’AGO-Vinci apparaît d’autant plus criant si l’on compare ce barème avec le barème actuellement en vigueur dans l’évaluation CNPN des dossiers de dérogation à l'interdiction de destruction des espèces protégées. Les ratios de compensation montent alors à 10 pour 1 (et une case « autorisation impossible » en cas d’impact majeur et inacceptable) au lieu du plafond de 2 pour 1 (Barnaud et Coïc, 2011, Tableau 2, p. 14).
Dans le cas du triton marbré, espèce protégée, et des fonctions d’habitat et de connectivité entre deux bassins jouées par la ZAD et qui seraient anéanties si l’aéroport était réalisé (cf. 1.3.2.), ou encore dans le cas des fonction hydrologiques jouées par les centaines d’hectares de zones humides en tête de bassins versants, ne faudrait-il pas monter à des coefficients d’au moins 10 pour 1, voire conclure à une compensation impossible ?
Les coefficients de « transaction » imposés par le porteur de projet semblent relever plus d’un bricolage permettant d’adapter des mesures compensatoires à la hauteur de ce qu’il est prêt à y investir que d’une méthode scientifique prenant en compte la valeur intrinsèque des complexes écologiques et des fonctionnalités qui vont être détruits.

2.2. « Vente à la découpe » : des découpages à contresens de l’approche fonctionnelle pourtant mise en avant

La compensation telle que pensée par les aménageurs, se fait à « la découpe » : parcelle par parcelle, espèce par espèce, fonction par fonction. Ces tranches seront plus tard « interchangeables », si bien que l’on pourra compenser la perte de l’une par la « bonne gestion » ou la restauration d’une autre. L’entité globale et systémique que forme l’écosystème détruit n’est pas compensée en tant que telle comme un tout écologique cohérent – zones humides de bocage reliant deux bassins versants et comprenant de nombreuses têtes de bassin et de nombreuses mares en réseau, le tout évoluant sur un sol fonctionnel, assurant la reproduction des cycles biogéochimiques et la production primaire, liées à des pratiques agri-culturelles – mais morceau par morceau. Ces morceaux seraient compensés séparément et indépendamment de leur degré de connexion. L’entité fonctionnelle que constitue cette zone d’aménagement différée n’est pas prise en compte alors que le tout est beaucoup plus que la somme des parties.
Un exemple de fonctionnalité non compensable est celui de trame écologique supportant la diversité des amphibiens. Comme indiqué plus haut, le bocage situé sur l’emprise du projet constitue un réseau de mares et zones humides interconnectées reliant le bassin de la Loire et le bassin de la Vilaine. Avec ses deux pistes et son grand axe routier afférent constituant trois barrières majeures, le projet d’aéroport signerait la fin de la connexion entre ces deux bassins. Or, cette connexion est particulièrement importante pour les amphibiens puisqu’elle assure un flux génétique permanent entre les différentes populations de part et d’autre du plateau, permettant leur viabilité dans le temps. Une telle fonctionnalité ne peut évidemment pas être découpée en différentes fonctions élémentaires et montre bien en quoi la zone humide de Notre-Dame-des-Landes constitue un tout auquel sont associées des fonctionnalités globales non compensables.
Notons que la découpe de la zone humide en fonctions élémentaires pose aussi la question de l’exhaustivité des fonctions considérées. Comment être sûr, dans l’état actuel des connaissances, que l’ensemble des fonctions seront prises en compte alors même que le rôle des zones humides dans les systèmes hydriques et les dynamiques des populations est loin d’être intégralement décrit, si tant est qu’il puisse l’être un jour ? En tout état de cause, les fonctions décrites dans le dossier de compensation sont incomplètes puisque, comme le montre l’exemple ci-dessus, seules certaines fonctions écologiques sont considérées, de même que seules les espèces protégées – avec, ici aussi, une exhaustivité douteuse – sont prises en compte, aux dépens de la nature ordinaire, dont le rôle de matrice est pourtant avéré.

3. Quelles garanties ? Compenser où, comment et pour combien de temps ?

Une autre réserve peut être exprimée sur les garanties qu’offrent les mesures compensatoires proposées par les opérateurs. En effet, alors que la destruction des milieux et des fonctionnalités sera réelle, immédiate et définitive, les opérateurs avancent sous couvert de mesures à venir, qui relèvent de l’intentionnalité et dont rien ne garantit l’équivalence, la mise en œuvre, la pérennité et le contrôle. Ce manque de garanties ne peut être ni occulté, ni négligé, sachant que les mesures compensatoires annoncées sont mises en balance avec la destruction effective d’une matrice agroécologique dont dépend tout un réseau hydrographique. En cela, les garanties qui accompagnent, ou non, les mesures compensatoires doivent être interrogées.
On peut ainsi légitimement se demander ce qui garantit que les mesures compensatoires choisies pourront être mises en balance avec les zones humides détruites. À partir de quel moment et sur quelle temporalité les mesures compensatoires seront-elles effectives ? Quelles sont les garanties de la pérennité de ces mesures dans le temps ? Qu’est-ce qui garantit qu’une zone et un moyen de compensation mobilisés aujourd’hui ne seront pas l’objet d’un nouvel aménagement demain ? Quels seront les contrôles de la mise en œuvre des mesures compensatoires ? Dans le cas où les porteurs du projet ne tiendraient pas leurs engagements, quelles seraient les sanctions encourues et les recours possibles ?

3.1. Le choix d’AGO-Vinci : la compensation « fonctionnelle » sans contrôle

Dans le cadre du SDAGE Loire, AGO-Vinci a dû choisir entre une compensation en surface et une compensation visant l’équivalence sur le plan fonctionnel et de la biodiversité. Dans le premier cas, la compensation en surface aurait nécessité une compensation de 2 ha pour 1 ha détruit, soit 2200 ha de zones humides à restaurer et à conserver dans la région. Si l’objectif était impossible à atteindre en termes fonciers, cette modalité de compensation à 200 % s’accompagnait de précisions concernant sa mise en œuvre. A contrario, AGO-Vinci a opté pour la compensation fonctionnelle, qui, bien qu’elle implique une obligation de résultats, ne s’accompagne d’aucune précision de mise en œuvre et permet de surcroît d’abaisser la surface de compensation. À charge pour le pétitionnaire de revoir ses mesures si un contrôle met en évidence qu’elles sont insuffisantes et non « garanties à long terme ». Cette révision des mesures est elle-même extrêmement hypothétique sachant qu’aucune méthodologie et aucun indicateur de résultats n’est proposé dans les SDAGE pour un tel contrôle, qui, s’il avait lieu, devrait être mené par une administration déjà débordée, juge et partie dans le cas du barreau routier, et sans recours possible à une quelconque sanction en cas de violation des engagements.
Ce manque de garanties dans le contrôle et les indicateurs qui devraient accompagner l’obligation de résultats n’est pas sans lien avec la question même de la compensation des fonctionnalités des zones humides. À l’heure actuelle, aucune méthode standardisée ne permet de retrouver de manière certaine l’équivalence fonctionnelle et structurelle d’une zone humide particulière, et il n’existe pas de méthode permettant d’associer à une zone humide X une compensation Y (Barnaud et Coïc, 2011 p. 70; Moreno-Mateo et al., 2012). Associées aux besoins de réduire les coûts et à un manque de contrôle, cette incapacité à compenser réellement les fonctionnalités perdues de zones humides conduit, de manière générale, à une mise en œuvre de mesures compensatoires trop simplistes, dont la gestion et le suivi demeurent insuffisants voire inexistants (Barnaud et Coïc, 2011 p. 81). Mais loin de nous arrêter au postulat d’un échec joué d’avance dans les propositions d’AGO-Vinci, prenons le temps de réfléchir aux enjeux des mesures compensatoires avancées face à la destruction présentée comme inéluctable des agroécosystèmes bocagers de la ZAD, et à la nécessité de garde-fous qui brillent pour le moment par leur absence.

3.2. Reconstituer la nature… questions de temps

La destruction occasionne une perte de nature immédiate et certaine tandis que la compensation par des projets de restauration écologique ne se fait que de façon différée dans le temps et sans garantie véritable quant à sa pérennité.
Perte immédiate, restauration différée. Selon l’engagement du maître d’ouvrage, et comme cela est d’usage pour les autorisations et dérogations individuelles (Barnaud et Coïc, 2011 p. 69), les actions de compensation doivent débuter simultanément au chantier, limitant en théorie le délai de compensation. C’est en vérité oublier la disproportion d’échelle entre la vitesse de destruction de l’écosystème – dont les opérations de défrichement et de terrassement prendront tout au plus de quelques semaines à quelques mois – et la vitesse de reconstitution, ou même de restauration, d’une fonction, d’un habitat ou d’une population dans un écosystème bocager humide hérité de plusieurs siècles de pratiques agricoles. De même qu’il est infiniment plus rapide de creuser une mare que de la voir colonisée par une faune et une flore aussi riche et variée que celles observables dans une mare ancienne, les surfaces « compensées » ou « restaurées » ne verront leur richesse spécifique attendue que plusieurs dizaines d’années après la mise en place de mesures de compensation. Citons à titre d’exemple, outre les mares, la constitution d’une haie bocagère dense à arbres vieux et souches creuses. On ne peut aller plus vite que les cycles biologiques et les successions écologiques ne le permettent.
Ces haies bocagères denses, que AGO-Vinci propose de « recréer » ne pourront jamais retrouver les fonctionnalités et les spécificités de celles, associées à des talus, qui auront été détruites sur la ZAD. Outre leurs rôles significatifs dans le fonctionnement du réseau hydrographique (réorientation, ralentissement et infiltration des eaux superficielles), elles ont aussi la particularité d’être associées, pour certaines, à des talus oligotrophes, remarquables par leur ancienneté et par leur intérêt biologique. Ces talus sont le produit d’une construction humaine et d’une histoire agraire de plusieurs siècles. Formés à partir d’un substrat qui n’avait pas encore reçu d’amendements minéraux notoires, ils ont conservé un caractère oligotrophe favorisant le développement d’une flore et de tout un cortège vivant qui leur sont inféodés (Chicouène, 2013).
Or, le bocage de Notre-Dame-des-Landes renferme la plus grande densité de haies bocagères du département de Loire-Atlantique et même de la région des Pays de la Loire, avec une densité de 121 ml/ha. Ce maillage bocager si singulier, tant par sa densité que par sa qualité, est le fruit d’une histoire humaine et écologique de plusieurs siècles, qui s’inscrit dans une temporalité complètement différente – et difficilement compensable – de celle des aménagements d’AGO-Vinci.
Perte définitive – restauration temporaire. La compensation pose aussi la question de la garantie à long terme des opérations de compensation. En effet, la marge de manœuvre foncière étant restreinte, les mesures compensatoires proposées aussi bien pour l’aéroport que pour le barreau routier se feront en grande partie par des contractualisations avec des agriculteurs afin d’« améliorer » le bocage et les zones humides existantes en périphérie de la ZAD. Outre le fait qu’il ne s’agit le plus souvent que de simples mesures agri-environnementales, leur pérennité peut être mise en doute puisque les contractualisations se feraient sous la forme de baux ruraux de 9 ans dont la reconduction n’est en rien garantie – par exemple si l’agriculteur refuse de collaborer avec AGO-Vinci du fait d’un refus des nuisances aéroportuaires ou s’il gagne plus à intensifier sa ferme ou à la céder qu’à poursuivre la contractualisation.
À titre d’exemple, l’agricultrice Katia F., éleveuse exploitant des parcelles vers L’Épine (« enveloppe de compensation Nord est ») a été démarchée par Vinci pour signer un bail agri-environnemental éligible comme surface de « réponse au besoin de compensation ». Or la parcelle envisagée pour le contrat se trouve être dans le prolongement de la piste nord, et ferait inévitablement partie, comme cela est visible sur les plans prospectifs du dossier de dérogation, de la zone impactée (drainages, grillages de sécurité, bruit intense) par l’extension de ladite piste; extension prévue d’ici à 2050 en cas de vérification des perspectives de trafic attendues. Cet exemple illustre le fait que, faute de foncier suffisant pour réaliser une compensation véritable, AGO-Vinci se voit contraint de compenser sur des surfaces qu’il sait vouées à la destruction en cas de vérification de ses prospectives. Ainsi, à compenser sur des zones inappropriées, les mesures de compensations ne peuvent qu’entraîner une perte nette à une échéance de 30 ans après mise en service, en contradiction avec l’objectif assigné à toute compensation.
Cette limite a d’ailleurs déjà été soulignée dans d’autres cas de mise en œuvre de mesures compensatoires dans le cadre de la gestion de zones humides. Ainsi, rien n’empêche un maître d’ouvrage d’utiliser un terrain servant de mesure compensatoire pour réaliser un nouvel aménagement dessus (Lucas, 2009). C’est le cas, par exemple, d’une papeterie qui, pour la construction de son entreprise, a dû recourir à des mesures compensatoires sur un terrain du Conseil Général. Celui-ci a revendu ce terrain à quelqu’un d’autre, pour la construction d’un autre établissement à la place des mesures compensatoires (Etchecopar Etchart, 2011).
Dans le cadre d’une concession de 55 ans dans un écosystème dont la restauration écologique nécessiterait plusieurs décennies, il est absolument inacceptable qu’aucune garantie, par une sécurisation réglementaire, ne soit donnée quant à la pérennité des mesures compensatoires. Les seules intentions proclamées du porteur de projet ne garantissent pas que les mesures compensatoires mises en œuvre précisément dans la zone d’extension du futur aéroport ne seront pas tout simplement supprimées le jour où le trafic aérien nécessitera de nouveaux aménagements.

3.3. Reconstituer la nature… questions de lieux

Concernant l’évaluation des surfaces à compenser, l’incidence de l’aménagement est minimisée puisque le projet d’aéroport et sa desserte routière sont seuls pris en compte, le reste du bassin versant étant considéré comme étant composé de surfaces « naturelles » alors qu’une analyse devrait déjà nous montrer une imperméabilisation existante du territoire. De plus, il n'est présenté aucune analyse prospective de l’évolution foncière qui permette une estimation du devenir des parcelles comprises dans les « enveloppes de compensations ». Il est pourtant évident – et cela constituait d’ailleurs un argument de taille lors de la DUP – qu’une réalisation du projet aéroportuaire modifierait profondément la dynamique industrielle et commerciale de la zone et, incidemment, sa dynamique foncière : dessertes routières, zones d’activités, drainages, urbanisation. L’ignorance étant savamment entretenue sur le devenir foncier de la région entourant l’aéroport où sont localisées les « enveloppes de compensation », AGO-Vinci peut alors envisager sans vergogne, comme nous l’avons vu précédemment, de mener des opérations de compensation sur des zones qui se verraient détruites si le fonctionnement de l’aéroport se montrait à la hauteur des attentes du concessionnaire.
D’autre part, le type de mesures compensatoires envisagées au sein de la concession correspond plus à des mesures d’aménagement et à des mesures agri-environnementales améliorées. Ainsi, les reprofilages des berges, la mise en place de micro-seuils en enrochement et le reméandrage, ne permettent pas le rétablissement des échanges entre les cours d’eau et les nappes latérales qui auront été détruits. Des projets de restauration de ruisseaux recalibrés par la mise en place de programme de « remontée » du fond de cours d’eau (rechargement) seraient nécessaires notamment pour répondre aux impacts liés à la suppression (2315 ml) et au busage (450 à 700 ml) des cours d’eau. Il en est de même des mares de compensation, dont les premières ont été creusées illégalement, et de la « gestion » de prairies naturelles prévues par AGO-Vinci. Sans compter que ces opérations peuvent être lourdes. En effet, certaines techniques d’ingénierie utilisées pour la restauration écologique sont tout bonnement comparables à du génie civil. Les engins et techniques utilisés pour creuser, déplacer ou changer le profil du terrain participent à la dégradation du sol et très souvent à son surtassement, un objectif qui va à contresens de l’objectif de restauration.
Comme le rappelle le SDAGE Loire-Bretagne, « de simples mesures d’entretien d’une zone humide existante ne peuvent être considérées comme des mesures compensatoires à la destruction d’une zone humide. La compensation devra apporter une plus-value écologique » (Fiche d’aide à la lecture du SDAGE Loire-Bretagne - Application de la disposition 8B-2 du SDAGE Loire-Bretagne sur les zones humides – page 6).
Plus largement, AGO-Vinci prétend compenser de façon dispersée dans diverses parcelles fragmentées et diverses « enveloppes » des fonctionnalités d’un écosystème bocager humide qui s’expriment de façon cohérente à la jonction de deux bassins, ceux de la Loire et de la Vilaine. Or, contrairement à ce que peut laisser penser l’expression consacrée dans le dossier de dérogation rédigé par Biotope, la nature ne se déplace pas dans des « enveloppes » comme des lettres à la poste ! Elle ne se segmente et ne se compte pas comme des flux financiers ou des voyageurs aériens… En réalité, une véritable compensation, sans perte nette, aurait impliqué de restaurer 1600 ha de zone humide d’un seul tenant, dans une zone d’agriculture intensive se situant de la même façon à la jonction de deux bassins importants. Au lieu d’une approche globale du besoin de compensation, le projet qui nous est proposé s’apparente à un droit à détruire compensé par pièces détachées (dans des bassins versants qui ne sont pas connectés), par fragments de fonctions, par des « améliorations » de zones humides en aval de bassin versant sachant que le rôle majeur (hydrologique, épurateur, biodiversité) est en amont, à la jonction de deux bassins.

3.4. Le leurre de l’approche fonctionnelle

Malgré l’emphase mise sur la fonctionnalité, celle-ci n’est évaluée que de façon partielle. En plus des lacunes déjà soulignées, nous pouvons noter que la garantie d’équivalence par rapport aux milieux destinés à être détruits n’est pas assurée. Certaines fonctionnalités n’ont pas du tout été prises en compte, telles que le rôle des zones humides dans le cycle du CO2. D’autres ont été diluées par une mise en équivalence faussée. Ainsi, par le système des Unités de Compensation, deviennent commensurables (c’est-à-dire comparables sur une même unité de valeur) des fonctions hydrologiques de type source avec des fonctions écologiques de type épuration, mais aussi des habitats d’importance majeure pour des couleuvres et ceux essentiels aux chauves-souris. Ces unités permettent donc de rendre fongibles les fonctions identifiées et de les échanger aux dépens du maintien des fonctions initialement présentes. La solution trouvée est presque miraculeuse, elle permet de compenser la perte d’une zone humide jouant un rôle de régulation hydraulique par la conversion d’une culture en prairie, ou bien la conversion d’une peupleraie en boisements alluviaux et pour des surfaces comparables de bénéficier d’une plus-value de compensation. Cette perte de correspondance entre les impacts réels et les mesures compensatoires mises en place ne peut garantir à terme que les fonctionnalités détruites seront compensées. L’ambition de « pas de perte nette » (no net loss) ne peut être assurée par une telle approche. En pratique, on remplace des fonctions rares et irremplaçables en tête de bassin versant par des fonctions ordinaires et faciles à « produire » par l’ingénierie écologique en aval et dans des zones agricoles déjà artificialisées. La garantie d’équivalence est alors tronquée par l’oubli de la nature même des termes mis en rapport, qu’il s’agisse de fonctions, de surfaces ou d’espèces.
Le problème majeur est que ce type d'approche est déjà à l’étude au sein d’autres bureaux d’études peu scrupuleux et pourrait ainsi faire « passer » de nombreux dossiers au détriment de la conservation des zones humides alors que la politique menée jusqu’à présent allait dans le sens de leur protection. C’est un retour en arrière énorme. Les inventaires zones humides dans le cadre des SAGE venaient tout juste d’engager une prise de conscience des acteurs du territoire de la présence et de la nécessité de conserver ces milieux. On leur donne aujourd’hui le mode d’emploi pour contourner cette réglementation ! La validation scientifique de cette méthode, notamment par l’aval que pourrait donner le Comité d’expertise scientifique, aurait pour conséquence de légitimer, pour tous les dossiers Loi sur l’eau, cette abstraction de l’échangeabilité des fonctionnalités des zones humides qui ouvre grand la porte à une marchandisation de la nature.

4. Nature à vendre ?

Le glissement lexical qui s’opère au profit de la fonctionnalité des habitats dans les politiques de protection de la nature n’est pas sans conséquence normative. En effet, les fonctionnalités des habitats, les fonctions des écosystèmes, sont les précurseurs des fameux « services écosystémiques », le nouveau paradigme en vogue supposé permettre aux écologistes de parler le même langage que les décideurs. Il est même étonnant que Biotope n’ait pas encore franchi le pas de ne plus parler qu’en terme de services, car ces services ne sont pas loin, cachés derrières les fonctionnalités d’épuration ou de régulation des crues.

4.1. Les prémices d’un nouveau marché

Pour Robert Costanza, l’écologue et économiste qui a proposé en 1997 un premier calcul de la valeur monétaire des services de la nature à l’échelle globale, les services écosystémiques « consistent en des flux de matière, d’énergie et d’information en provenance d’un stock de capital naturel, qui se combinent avec les services des activités industrielles en humaines pour générer du bien-être humain ». Reprenant les calculs économiques de Costanza, l’Union Internationale de Conservation de la Nature voit en la nature « la plus grande entreprise de la terre ». Le Millenium Ecosystem Assessment, publié par les Nations Unies en 2005 après avoir mobilisé des centaines d’experts, a imposé cette nouvelle représentation dans les arènes internationales. La nature y devient une entreprise de « services » : en arrière-boutique, des « services d’appui » pour reproduire le tissu écologique lui-même ; et au guichet, trois types de « services » rendus aux humains par la nature : les « services d’approvisionnement » (correspondant à ce qui était autrefois appelé « ressources » : bois, production alimentaire, etc.), les « services de régulation » (du climat, des maladies, de la pluviométrie, de la qualité de l’eau, etc.), et les « services culturels » (fonction récréative et touristique, spirituelle de la nature, etc.).
Le nouveau mode de gestion de la biodiversité entend calculer la valeur monétaire des services rendus par celle-ci en vue d’internaliser ces fonctions écologiques dans le calcul économique en créant des mécanismes permettant à des individus ou collectifs utilisateurs des services, par exemple des collectivités consommatrices d’eau potable, de rémunérer les populations qui gèrent les milieux, par exemple les agriculteurs d’un bassin ayant des pratiques respectueuses de la qualité de l’eau. C’est le principe du « paiement pour service écologique ». Après avoir marchandisé les éléments de la biodiversité, on en marchandise désormais les services et c’est là une caractéristique majeure de l’économie verte. Les forêts tropicales sont alors conceptualisées comme des « équipements, grands pourvoyeurs mondiaux de stockage de l’eau, de stockage du carbone, de conservation des sols » et d’hébergement de biodiversité (Steiner et Sukhdev, 2009).
Cette nouvelle approche s’accorde avec la financiarisation de l’économie et des ressources naturelles. De nouveaux fonds d’investissement fleurissent et tentent de se positionner sur ces nouvelles marchandises fictives que sont les services écosystémiques : EKO Asset Management Partners, Inflection Point Capital Management, Innovest Strategic Value Advisors, Canopy Capital, Caisse des Dépôts et Consignation en France… en sont quelques exemples.
Aux États-Unis, près de 500 « banques de biodiversité » (par habitats ou par espèces) ont été établies depuis les années 1990 sur 80000 ha et pour un chiffre d’affaire annuel de 3,8 milliards de dollars. Ces banques sont nées de l’obligation réglementaire (ou d’engagements volontaires d’entreprises soucieuses de leur image) faite aux opérateurs de compenser dans un endroit Y les dégâts causés par une activité économique en un endroit X. Dans ce cas, la compensation se fait en achetant au gestionnaire de la réserve Y (banque de biodiversité) des « crédits » supposés égaux ou supérieurs à la valeur de ce qui a été dégradé en X. En bonne logique libérale, c’est là un mécanisme de flexibilité qui incite à compenser là où c’est le moins cher plutôt qu’à veiller à l’intégrité de territoires qui ne sont nullement interchangeables.
Ce marché émerge aujourd'hui en France où les opérateurs peuvent achetés des « crédits » auprès de banques d’un nouveau genre, des banques « d’actifs naturels » à l’instar de la CDC-Biodiversité, créée en 2008. Récemment, l’État Français a labellisé de nouveaux opérateurs de compensation autorisant des multinationales à se positionner comme opérateurs de compensation, notamment quand elles possèdent du foncier comme c’est le cas pour les opérateurs industriels. Ces multinationales pourraient faire des profits supplémentaires grâce à ce nouveau marché compensatoire. Telle entreprise dégrade la biodiversité ici, telle autre lui propose de compenser cette perte par une opération de restauration sur son terrain, et voilà le marché du carbone appliqué à la biodiversité, avec toute la réussite qu’on lui connaît pour diminuer les taux de CO2... À l’instar des États-Unis, il sera bientôt possible d’échanger des espèces et des fonctions écologiques sur des marchés comme des titres d’actifs financiers.

4.2 Tout n’est pas compensable !

La compensation écologique repose sur l’illusion que l'ingénierie écologique et la toute puissance de la technologie sont capables de restaurer la nature de façon équivalente. Pourtant, une vaste étude rassemblant des données disponibles pour 621 zones humides restaurées ou crées et 556 zones humides de référence montre que les pratiques de restauration sont très généralement incapables de reconstituer le niveau de fonctionnalité original (Moreno-Mateos et al. 2012). Les prétentions de compensations équivalentes de la fonctionnalité des zones humides ont donc toutes les chances de n’être que de fausses promesses. Quand bien même seraient élaborées les théories scientifiques les plus exhaustives sur la restauration d’une zone humide et de ses fonctionnalités dans son ensemble, nul ne pourrait anticiper la réussite de ces opérations, vu le manque de connaissances sur la dynamique globale des écosystèmes et les effets toujours inattendus. Il est donc important de rappeler que les mesures compensatoires ne sont que l’ultime échelon de la séquence « Éviter Réduire Compenser ». Que certains impacts ne puissent être compensés (comme l’expérience le prouve pour les zones humides; Moreno-Mateos et al. 2012) doit suffire à privilégier l’alternative « Éviter » de la séquence (Brownlie et al. 2012). La question de l’évitement n’est jamais posée comme en attestent certains projets, dont l’autoroute A65, aujourd’hui sous-utilisée. C’était un projet inutile que l’on aurait pu éviter. Comme le rappellent Barnaud et Coïc, « la généralisation de tels mécanismes risque fort d’aller à l’encontre des objectifs affichés tout en évitant la remise en cause des stratégies de développement économique. Plus d’un expert craint de voir la compensation financière devenir “une licence de destruction” de la nature » (Barnaud et Coïc, 2011, p.83).
C’est pourtant bien ce qui est en jeu à travers la mise en œuvre des mesures compensatoires d’AGO-Vinci face à la destruction des zones humides de Notre-Dame-des-Landes : la généralisation d’un droit à détruire en France, porté par une jurisprudence, que vous avez aujourd’hui la possibilité d’entériner ou non par votre expertise.

Références

Barnaud, G., Coïc, B., 2011. Mesures compensatoires et correctives liées à la destruction des zones humides : revue bibliographique et analyse critique des méthodes. Service du Patrimoine Naturel – MNHN. Septembre 2011.
Brownlie, S., King, N., & Treweek, J. 2012. Biodiversity tradeoffs and offsets in impact assessment and decision making: can we stop the loss?. Impact Assessment and Project Appraisal, (ahead-of-print), 1-10.
Chicouène, D. 2013. Gestion des talus oligitrophes du bocage pour préserver la biodiversité. Penn ar bed. 212.
Etchecopar Etchart, Cl. 2011. La gestion des zones humides dans les dossiers Loi sur l’au. État des lieux de la mise en œuvre des mesures compensatoires. Onema, Master 2 Pro « Dynamique des Ecosystèmes Aquatiques », UFR Sciences & Techniques Côte Basque, 30 p. + annexes.
Lucas, M. 2009. La compensation environnementale, un mécanisme à améliorer. Revue juridique de l’environnement. 1, 59-68.
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Merot, P., Hubert-Moy, L., Gascuel-Odoux, C., Clement, B., Durand, P., Baudry, J., & Thenail, C. 2006. A method for improving the management of controversial wetland. Environmental management, 37, 258-270.
Moreno-Mateos, D., M. E Power, F. a Comín, R. Yockteng (2012) Structural and functional loss in restored wetland ecosystems. PLoS Biology 10 (1) e1001247.
Quétier, F., 2012. La compensation écologique. Regards croisés sur la biodiversité - Société Francaise d’Écologie, Regards et Débats R34, Article en ligne : http://www.sfecologie.org/regards/2012/07/03/r34-f-quetier/.
Steiner et Sukhdev, 2009. Steiner, A., Sukhdev, P. (2009). Why the world needs a Green New Deal. http://www.qfinance.com/macroeconomic-issues-viewpoints/why-the-world-needs-a-green-new-deal?page=1
Walker, S., Brower, A. L., Stephens, R. T. T., Lee, W. G., 2009. Why bartering biodiversity fails. Conservation Letters, 2, 149-157.
[1] Les décompenseurs en lutte est un groupe de contre-expertise des compensations en pièces détachées et au rabais qui visent à justifier un aéroport injustifié et à marchandiser toujours plus la nature. Il est constitué de naturalistes en lutte, d’occupantEs de la ZAD, de membres d’Attac et de Bretagne Vivante, et de citoyenNEs concernéEs par l’intégrité du site et le retrait des grands projets inutiles.
[2] Nous nous concentrerons sur le dossier aéroportuaire bien que le dossier du barreau routier présente des problèmes similaires.
[3] Carte de la répartition de la loutre : http://www.gmb.asso.fr/cartes/Carte_Lulu.html
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mer 13 Mar - 17:26

Citation :
À Notre-Dame-des-Landes, la mobilisation mieux enracinée que jamais 13/03

Les opposants au projet d’aéroport sortent de l’hiver plus forts et plus nombreux et abordent sereinement les échéances déterminantes du mois d’avril.

La petite cabane installée au bord de la route départementale pour l’accueil des visiteurs enregistre des arrivées quotidiennes. Un « zadiste » se charge des salutations et affiche un large sourire, malgré la pluie et la marée de boue qui submerge les alentours. « Une dizaine de personnes arrivent chaque jour, beaucoup plus le week-end, lance-t-il enthousiaste. Les gens arrivent de toute l’Europe. »

Avec la fin des travaux de la « commission de dialogue » et de la trêve hivernale, le début du mois d’avril pourrait voir relancer les menaces d’expulsion des occupants « illégaux » de la zone visée par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En attendant, la vie continue de s’organiser sur la « Zad », avec la certitude que ce qui s’est construit ici depuis 2008 sera difficile à détruire.

« Les constructions avancent chaque jour un peu plus »

La mobilisation s’est étoffée depuis la vague de destruction de l’automne. Deux à trois cents occupants ont installé une vingtaine de petits campements sur la zone. Des barricades, dont certaines gardées jour et nuit, sont dressées sur les routes et les chemins gorgés d’eau qui traversent les bois. Aux carrefours stratégiques, les petites équipes de gendarmerie mobiles constamment présentes se contentent de contrôler les passages. Une routine s’est installée et les constructions avancent chaque jour un peu plus.

Les zadistes peuvent aussi compter sur de nombreux amis. Début décembre, une réunion des Comités de soutien rassemblait sur la zad les représentants de 180 comités de soutien dans toute la France. Et le mariage tient, malgré quelques difficultés, entre les paysans locaux opposés à l’aéroport et les occupants venus combattre « l’aéroport et son monde ».

Fin janvier, la ferme Bellevue, désertée par son occupant était réoccupée à son tour par le collectif de paysans « Copain 44 ». La demeure est aujourd’hui encerclée par des dizaines de tracteurs prêtés par les paysans locaux et l’activité y a repris grâce à la solidarité. Des sympathisants se relaient toutes les 24 h pour venir soutenir le jeune paysan qui assure la permanence sur l’exploitation.

L’expulsion immédiate de cette ferme, ordonnée le 28 février, a été différée face à la mobilisation. La préfecture a annoncé le 1er mars qu’elle s’abstiendrait de demander une intervention policière jusqu’à la fin des travaux de la commission de dialogue.

Périlleuse volte-face

Dans Le Monde daté du samedi 9 mars, le président de la « commission de dialogue », Claude Chéreau, exprimait des doutes sur les arguments des défenseurs du projet d’aéroport, jugeant que « tout dossier qui attend une trentaine d’années perd beaucoup de ses possibilités de conviction ». Une sortie surprenante, pour l’ancien conseiller de Mitterrand, nommé par Matignon en novembre pour calmer le face-à-face explosif sur la « zad », sans toutefois que cela ne remette en question le projet d’aéroport.

Dimanche soir, l’intéressé revenait sur ses déclarations, niant les « doutes », que lui prêtait samedi Le Monde. Il est « tout à fait légitime de songer à un nouvel aéroport dès maintenant, même si la saturation n’est pas encore complètement au rendez-vous [dans l’actuel aéroport Nantes-Atlantique] », lançait-il même sur le plateau de France 3.

« Il se passe quelque chose, assure Frédérique, habitant du village voisin de Vigneux-de-Bretagne concerné lui aussi par le projet d’aéroport. Cette lutte est un symbole de beaucoup de choses… Sur les 30 000 personnes présentes sur la Zad le 17 novembre [durant la grande manifestation de réoccupation] il y avait 30 000 motivations différentes. »

« Le point commun de nos luttes, c’est qu’on les a perdues »

En sortant renforcée de l’hiver qui impose par moment des conditions de vie « épouvantables » sur la zone humide, la coalition des « zadistes », aussi hétéroclite que solidaire, semble aujourd’hui indéracinable, si ce n’est au prix d’un bras de fer politiquement périlleux pour Jean-Marc Ayrault. « Il y a toujours eu des suspicions sur notre capacité à nous installer ici pour longtemps, explique un « zadiste » chargé de l’accueil des journalistes. Mais ils ont compris aujourd’hui que nous sommes venus ici pour y vivre. »

L’occupation est pensée pour durer et avec le répit d’au moins un an et demi obtenu le 29 janvier par la quinzaine de fermes encore en activité, auprès de la cour de cassation, il est désormais certain que les travaux ne pourront pas commencer comme prévu (après report) au printemps.

« Le point commun de toutes les luttes anticapitalistes qu’on a vécu chacun de notre côté, c’est qu’on les a toutes perdues. Cela pourrait se finir différemment ici, raconte un « zadiste ». On commence à réfléchir à comment réoccuper ces terres qui sont en grande partie inoccupées, si l’aéroport était abandonné. »

La date du 13 avril a d’ores et déjà été arrêtée pour un nouveau gros rassemblement de réoccupation des terres agricoles, « sème ta zade », quoi que décide le gouvernement.
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Jeu 14 Mar - 16:46

Citation :
Réunion publique du Collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes : GRANDS TRAVAUX ET URBANISATION DE NOTRE-DAME-DES-LANDES AU GRAND PARIS, RESISTONS AUX GRANDS PROJETS DE METROPOLES !

DIMANCHE 17 MARS au Lavoir moderne parisien 14 h - 19 h

Rencontres et débats entre les opposant-e-s au projet d’aéroport de Notre-Dames-des-Landes et des collectifs de région parisienne en lutte contre les choix d’urbanisation et les grands projets imposés en Ile-de-France. A l'initiative du collectif francilien de soutien à Notre-Dame-des-Landes http://www.nddl-idf.org/, et avec :

Associations en lutte contre des projets de tri indutriel et de méthanisation des déchets sur Romainville et Ivry,
COSTIF (Coordination pour la Solidarité des Territoires d’Ile-de-France et contre le Grand Paris),
Collectif pour le Triangle de Gonesse (contre le projet Europa City d'Auchan),
collectifs franciliens contre les gaz de schiste,
Flins sans circuit F1,
Monts 14 (membre du collectif contre la Tour Triangle),
Souriez vous êtes filmés,
Terres fertiles/Saclay.
Avec le soutien des des Amis de la Confédération paysanne, Amis de la Terre, ATTAC, Quartiers en transition, collectif No TAV.

De Notre-Dame-des-Landes au Grand Paris, les pouvoirs publics nous vendent de faramineux projets d’urbanisation sous couvert de progrès, de désenclavement des quartiers par les transports, de création d’emploi et de développement local. En réalité, ces arguments cachent des intérêts tout autres, tandis que ces plans promettent les conséquences les plus néfastes, que ce soit sur l’habitat et son prix, sur les populations, ou sur des zones encore rurales vouées à la destruction.
A Nantes, où le projet de « futur nouvel aéroport » s’inscrit dans un plan pour la compétitivité économique de la région Grand Ouest censé attirer
investissements et entreprises, le « développement local » va consister d’abord à bétonner des terres agricoles et l’écosystème précieux de Notre-Dame-des-Landes et à détruire les maisons de ses habitant-e-s.
A Paris et dans sa banlieue, des projets semblables veulent reconfigurer les pôles urbains au mépris du cadre de vie, et bien-sûr de la volonté des populations. Le tout pour que les capitales régionales ou nationales puissent se livrer une âpre concurrence pour attirer les capitaux et les classes aisées.

Ces questions sont au cœur de nos luttes, ainsi que celle de la connivence entre pouvoirs publics et grosses entreprises de construction. Les raisons de combattre « l’aéroport et son monde » résonnent en Île-de-France, où des habitant-e-s ont engagé des combats contre divers aménagements, notamment liés au Grand Paris, mais pas seulement. Bétonnage de terres agricoles fertiles, ouverture de nouvelles décharges et construction d'usines d'incinération, construction d'infrastructures hors de prix commandées à des multinationales du BTP, partenariats public-privé, spéculation immobilière et foncière, embourgeoisement des quartiers populaires et éviction des indésirables…
Nous, rurales-aux ou citadin-e-s, habitant-e-s d’Ile-de-France, nous n’y voyons aucun intérêt ! Ces gigantesques projets dessinent un monde dont
nous ne voulons pas, nous dépossèdent de nos quartiers comme du choix de nos modes de vie.

A ce modèle, nous préférons un monde inventé par nous tou-te-s. Nous ne donnerons pas le pouvoir à Vinci et consorts ou à des maire-sse-s intéréssé-e-s, car nous sommes capables de créer nos propres quartiers : habiter des villes et des quartiers écologiques et populaires, moins chers, irrigués non plus par le tout-bagnole mais par des pistes cyclables et pédestres, des transports en communs, des circuits courts de production alimentaire.
Habitant-e-s de l'agglomération parisienne, la lutte de Notre-Dame-des-Landes vous parle aussi de vous. La ZAD est partout !

Grande rencontre le dimanche 17 mars 2013 de 14 h à 19 h au Lavoir moderne parisien (35, rue Léon - Paris 18e - M° Château-Rouge, Marcadet-Poissonniers).

Programme : Description de la métropolisation autour de Nantes et en Île-de-France, puis échanges sur les luttes locales.
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Ven 15 Mar - 19:00

Citation :
Notre-Dame-des-Landes : friture à la commission Fabienne Proux 11/03

Le président de la commission sur l'aéroport mis en place par Jean-Marc Ayrault a émis des réserves sur le projet.

Alors qu'il lui reste encore une semaine d'auditions, notamment de grands élus à l'instar de Jacques Auxiette, président de la région des Pays de la Loire, le président de la commission du dialogue sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, créée par le premier ministre en novembre 2012, a lâché un pavé dans la mare ce week-end. «Je ne suis ni pour ni contre. Je ne remets pas en cause le projet, mais j'exprime des doutes sur certains arguments présentés qui, sans entacher la valeur du projet, ne sont pas valides», a assuré Claude Chéreau dans Le Monde puis dans Ouest-France. Selon lui, la saturation de l'aéroport actuel «est relative», «ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas se préoccuper de ce que sera la situation dans dix ans».

Claude Chéreau pointe également du doigt les réelles retombées économiques du futur équipement, mises en avant par les partisans du projet qui «ne sont pour l'instant pas chiffrées», constate-t-il. Selon Claude Chéreau, les arguments des opposants ne seraient pas davantage pertinents, «Notre-Dame-des-Landes n'est pas une zone si merveilleuse que cela sur le plan de la biodiversité». Pour éviter tout malentendu, il a insisté sur France 3 Pays de la Loire dimanche soir, ne pas avoir «de doute sur le projet aéroportuaire lui-même» qui «se justifierait par d'autres arguments» que celui de la saturation, notamment les nuisances sonores…

Situation délicate

Ainsi, la commission demanderait des compléments d'information, notamment sur le plan de l'exposition au bruit des Nantais, l'évolution du trafic actuel de l'aéroport et les dessertes tant routières que ferroviaires, loin d'être finalisées. L'ancien conseiller de Lionel Jospin s'est placé dans une situation délicate avant même la rédaction de son rapport et surtout sa présentation à Jean-Marc Ayrault fin mars début avril.

Pour Alain Mustière, président de l'Association citoyenne pour la réalisation d'un aéroport international à Notre-Dame-des-Landes (Acipran), Claude Chéreau a commis une «erreur» en s'exprimant avant la fin du travail de la commission du dialogue. Du côté des opposants, les déclarations de Claude Chéreau montrent que la commission du dialogue n'est pas un simple «gadget» et qu'elle devrait faire des «recommandations objectives», se réjouit Jean-Philippe Magnen, porte-parole national EELV (Europe Écologie-Les Verts) et vice-président du conseil régional des Pays de la Loire. Si les compléments d'enquête demandés par la commission devraient permettre «une sortie par le haut» de ce dossier, EELV espère surtout «qu'un cabinet indépendant analysera enfin l'optimisation des installations et des dessertes de l'aéroport existant», ce qui n'a encore jamais été réalisé.
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Sam 16 Mar - 13:31



Citation :
Une cinquième colonne ou comment certain-ne-s opposant-e-s luttent contre l’aéroport mais pas contre son monde ! Les Amis de l’Égalité

Il en est des formules qui ont un sens comme des poésies. Dès que l’on escamote un vers, cela ne veut plus rien dire. En 1789 , une de ces formules était : « La liberté, l’égalité, la fraternité, OU LA MORT . » La bourgeoisie savait bien qu’elle ne pourrait pas assumer ce programme. Alors, elle procéda en deux temps. Elle supprima le deuxième terme de la formule : « Ou la mort. » Mais le reste de la formule était bancal : la liberté, l’égalité, la fraternité... c’était encore trop. Cela devint : Liberté, Égalité, Fraternité. Liberté de quoi ? Égalité où ça ?Fraternité entre qui ?

En 2012, à Notre Dame Des Landes, les résistants qui tiennent la ZAD ont eux aussi résumé leurs combats en une formule : CONTRE L’AEROPORT ET SON MONDE . Là encore ce que l’on peut appeler des faux amis ou même pour certains une cinquième colonne, tentent aujourd’hui de tronquer cette lutte pour la vider de son contenu. Il suffit de supprimer le deuxième terme de cette formule : « Et son monde ». Et la lutte devient : « Contre l’aéroport NDDL, dans le cadre de cette société qu’il ne faut pas remettre en question. » Ils peuvent ainsi espérer déplacer le centre de gravité de cette lutte du terrain politique sur celui d’une démarche légale devant les juridictions nationales et européennes. Ce projet serait inutile et un contre sens économique dans le cadre très respectable de notre belle société capitaliste productiviste. Ce qui sous -entend que si c’était utile et économiquement rentable, on regarderait ailleurs... Les mots pour tronquer et trahir font partie de l’arsenal de l’idéologie dominante au même titre que l’emploi de la violence par les forces armées et policières qui sont sur le terrain. Faire, ou laisser croire que ce type de lutte peut se gagner en discutant avec une commission du dialogue, ou devant les tribunaux aux ordres de l’état , c’est impuissanter la lutte politique qui ne connaît que le rapport de force. La démarche n’est pas nouvelle, c’est celle que l’on rencontre dans les conflits sociaux, quand pour contenir la colère des salariés, les organisations syndicales et politiques privilégient les recours devant les tribunaux plutôt que l’action directe des salariés. Le résultat est connu, reproductible, durable, ...etc. … c’est la capitulation devant ce monde capitaliste, ses lois et ses tribunaux. C’est en cela que l’on peut parler de cinquième colonne qui sabote de l’intérieur la colère et l’envie d’en finir avec le système du profit et de l’exploitation. La classe au pouvoir ne peut arriver à ses fins QUE grâce à cette cinquième colonne au sein des résistances populaires. La propriété privée, l’appareil judiciaire, les lois rédigées par le pouvoir, etc. … Tout cela fait partie et constitue le:ET SON MONDE .
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Dim 17 Mar - 15:17

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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Lun 18 Mar - 18:58

Citation :
L'ombre des municipales plane sur Notre-Dame-des-Landes Joel Cossardeaux | 17/03

Le contexte des municipales de 2014 risque de peser sur le calendrier. Promoteurs et opposants au projet défendent mercredi leur position à Bruxelles.

Nouvelle zone de turbulence en vue pour le projet d'aéroport du Grand-Ouest. La commission des pétitions du Parlement européen auditionne mercredi les opposants, qui l'ont saisie en novembre, ainsi que les défenseurs de ce dossier qui vont s'employer à démontrer que la plate-forme aéroportuaire envisagée entre Nantes et Rennes respecte en tous points le droit communautaire.
Mercredi, les eurodéputés auront à apprécier le degré de conformité de cet aménagement avec la directive sur l'eau et la directive Natura 2000. Les deux parties qui s'opposent doivent être fixées le jour même. Soit les membres de la commission des pétitions estimeront que la France n'est pas en règle, auquel cas ils décideront d'aller plus avant pour obtenir d'elle une solution aux problèmes. Soit ils ne trouveront rien à redire et refermeront le dossier. « Si c'est le cas, le Parlement ne pourra plus exercer la même pression sur la France », redoute Sandrine Bélier, députée européenne EELV, mais satisfaite de voir que « dossier n'est plus seulement franco-français ».

Paris se veut ' zen '

A l'avant-veille de ce grand oral bruxellois, Paris se veut plutôt zen. « Nous ne sommes même pas en précontentieux. Il s'agit d'une demande d'information de cette commission qui s'intéresse à tous les projets d'infrastructure », estime-t-on dans l'entourage proche de Jean-Marc Ayrault. Matignon s'en remet à la procédure initiée en novembre dernier pour calmer les esprits. La « commission du dialogue » doit rendre son rapport fin mars, début avril. « L'objectif, qui était de permettre un nouvel échange de fonds, a été vraiment atteint», juge-t-on encore à Matignon, en parlant d'une« évolution plutôt positive » du dossier. Et d'indiquer qu'« il y aura sans doute une détente dans le calendrier ».
En principe, Vinci doit donner le premier coup de pioche ce printemps. Mais le groupe va être retenu dans son élan par les interrogations que Claude Chéreau, le président de la commission du dialogue, vient d'émettre sur le projet, notamment s'agissant du seuil de saturation de Nantes-Atlantique l'actuel aéroport. « Sur ce sujet, comme sur l'exposition au bruit et l'impact économique, il faut lancer une vraie expertise indépendante », considère Ronan Dantec, sénateur EELV de Loire-Atlantique. « Cela nous entraîne forcément vers un report ».

Laisser passer les municipales de mars 2014

Jusqu'à quand ? Chez les écologistes, certains considèrent déjà que le gouvernement pourrait être tenté de laisser passer les municipales de mars 2014. Des comités locaux opposés au projet sont présents un peu partout en France et vont commencer à surveiller de près les prises de position des élus PS. « Ils n'ont pas envie de payer de leur personne pour défendre un projet qui ne concerne pas leur territoire », estime un élu EELV. A Matignon, également, on insiste sur la dimension locale du projet de Notre-Dame-des-Landes.
Reste qu'à Nantes, le ton est nettement moins précautionneux. « Il ne peut y avoir ni retard ni moratoire, ni, a fortiori, abandon du projet », a martelé la semaine dernière Jacques Auxiette, le président de la région des Pays-de-la-Loire, en pointant « certaines outrances et caricatures » dans le camp des écologistes.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mar 19 Mar - 15:21

Citation :
[url=http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-L-Europe-veut-aller-vite-sur-le-dossier-Notre-Dame-des-Landes_40815-2170696------44109-aud_actu.Htm]L’Europe veut aller vite sur le dossier Notre-Dame-des-Landes 08/03[/url)

La députée européenne Sandrine Bélier, au premier plan, siège dans la commission qui entendra aussi Alain Mustière (à gauche), président de l’association qui défend le projet d’aéroport.

Les députés européens veulent entendre rapidement les opposants au projet controversé d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Mais aussi ses défenseurs. La commission dite des pétitions vient de l’inscrire le dossier à son ordre du jour du 20 mars. « Les parlementaires veulent aller vite, il y a urgence. Sur le terrain, de nombreux signes montrent que l’État français est décidé à engager rapidement les travaux, afin de rendre la situation irréversible », explique la députée écologiste Sandrine Bélier. Le 20 mars, les députés européens commenceront par écouter les pétitionnaires qui dénoncent des atteintes au droit communautaire. À savoir, l’Acipa (principale association d’opposants), les élus du Cedpa et les grandes associations de défense de l’environnement. Les députés vont aussi entendre une association (Acipran) qui, défend le projet. Puis les juristes européens donneront leur avis sur les infractions supposées. Le représentant de l’État français est invité à s’expliquer devant la même commission. Enfin, les députés débattront de la suite à donner aux pétitions qui leur ont été présentées. S’ils estiment qu’il y a eu bien infraction, ils demanderont à l’Etat français de se mettre en conformité avec les directives européennes. En parallèle, la Commission européenne s’est auto-saisie du dossier, et dans une étape précontentieuse, a demandé des explications que la France doit fournir avant la mi-avril.
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mer 20 Mar - 18:44

Citation :
AÉROPORT DE NOTRE-DAME-DES-LANDES UNE LUTTE ANTICAPITALISTE ! Sandra Cormier Revue Tout est à nous ! 40 (février 2013)

Premier affrontement d’envergure avec le gouvernement et sa politique, le mouvement d’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes relance le débat sur les alternatives possibles au système capitaliste et ouvre des perspectives sur les formes de lutte à adopter.

un certain nombre d’enseignements peuvent déjà être tirés du mouvement d’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. La répression violente et massive des opposant-e-s, au mois d’octobre 2012, par un gouvernement dit « de gauche » a été un facteur important. Le mouvement a alors pris un caractère national. Celui-ci se déroulant sur les terres mêmes du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le mouvement a parallèlement et rapidement cristallisé les mécontentements et tensions à la gauche du PS, vis à vis de sa politique sociale, économique et environnementale. Enfin, dans un contexte plus global de crise du capitalisme, alors que le PS a ratifié le pacte budgétaire, préparant ainsi aux classes populaires une nouvelle cure d’austérité pour payer la dette, ce projet est devenu le symbole d’une politique en faveur des plus riches.

Les manifestations contre l’aéroport ont évolué en manifestations de protestation contre le pouvoir, à peine six mois après la mise en place du gouvernement PS. Le mouvement a alors changé de nature. Alors qu’on ne l’attendait pas vraiment, il est venu s’inviter dans l’actualité sociale comme le premier affrontement d’envergure au gouvernement et à sa politique, nous rappelant par là-même que l’étincelle peut venir de n’importe où et qu’il est difficile de prévoir à l’avance d’où elle jaillira.

Des espaces d’élaboration politique

Le développement du mouvement, l’attraction qu’il suscite, reposent également sur la dimension alternative qu’il incarne, notamment pour une jeunesse précarisée et sans perspectives. Cette lutte se distingue en effet par les espaces qu’elle a réussi à créer en termes d’échanges et d’élaboration politiques. Des espaces au sein desquels les opposants au projet débattent du pouvoir, d’anti-sexisme, d’économie, d’écologie... Cette lutte est également le lieu d’expériences autogestionnaires, au sein desquelles se développent d’autres formes de production et de consommation. Un « vivre autrement » qui répond également à des besoins immédiats. Plus largement, ce mouvement renvoie à la possibilité d’un autre monde, quand bien même l’expérience reste limitée politiquement, car aussi bien dans ces formes de résistance qu’à travers l’expérimentation de pratiques alternatives, il pose des problèmes globaux dans une dimension anticapitaliste.

Au-delà de ces aspects, ce mouvement nous amène également à prendre en compte le rôle que peuvent jouer les luttes locales dans le développement d’une conscience politique anticapitaliste. Les mouvements locaux s’organisent le plus souvent autour d’éléments concrets, matériels, comme c’est le cas ici avec l’aéroport et ses conséquences. De par leur plus grande proximité avec les lieux de vie et enjeux quotidiens des populations, ils paraissent plus accessibles. Dit autrement, pour beaucoup de gens, il apparaît plus facile et possible de peser sur la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ou sur le TGV Lyon-Turin, que de s’attaquer aux marchés financiers.

Dans le cadre d’un système opaque comme le capitalisme, ces luttes constituent des points d’ancrage, sur lesquels il est possible de développer une argumentation politique, de proposer des perspectives. En résumé, la construction d’un aéroport, le maintien de centrales nucléaires abritent des choix de société. Lutter contre l’aéroport, c’est donc aussi lutter pour une véritable transformation écologique et sociale, lutter contre le capitalisme. Ici, il n’est pas question de luttes « Nimby »1, égoïstes. Au contraire, l’espace local est l’espace à partir duquel se construisent résistances et alternatives plus globales. Et dans une certaine mesure, ces luttes nous mettent à l’épreuve, en tant que militant-e-s anticapitalistes, dans notre capacité à articuler enjeux locaux et globaux, questions sociales et environnementales en proposant une véritable alternative au capitalisme.

Convergence des luttes

La réunion des comités des 15 et 16 décembre derniers a d’ailleurs mis en évidence combien ce mouvement devient, par son caractère exemplaire, le catalyseur d’un certains nombre de luttes locales, et comment il contribue à les faire converger. On y retrouve les opposants aux lignes ferroviaires à grande vitesse (LGV), au gaz de schiste, au nucléaire, aux lignes à très haute tension (THT)... Une solidarité trans-locale rendue notamment possible par les rencontres contre les « grands projets inutiles et imposés ».

Cette convergence s’articule principalement autour de l’écologie radicale, la critique du productivisme, la décroissance. Une victoire à Notre-Dame-des-Landes serait d’ailleurs un signal pour l’ensemble de ces mobilisations, et par extension pour l’ensemble du mouvement social. Un signal que la victoire est possible ! Ces éléments mettent en évidence la porosité croissante des luttes, également visible au travers des modes d’action. L’occupation des lieux, qui a une place centrale dans le mouvement de Notre-Dame-des-Landes, entre en résonance avec les formes d’occupation de l’espace public mises en œuvre par d’autres mouvements comme celui des Indignés, Occupy ou les manifestants de la place Tahrir au Caire. Ce transfert d’expériences est également présent au cœur du tissu militant qui compose le mouvement, que ce soit par le biais des agriculteurs qui se sont battus au Larzac, ou des Zadistes qui ont combattu pour beaucoup le contrat première embauche (CPE). Cette porosité des luttes est un élément que nous ne devons pas sous-estimer, parce qu’il permet de comprendre en quoi ce mouvement, par son exemplarité, est fondamental pour tous les autres. o

1. Acronyme de l’expression « Not In My Backyard », qui signifie « pas dans mon jardin ».

Au cœur de la Zad, l’alchimie d’un mouvement

Le mouvement de résistance à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans le soutien populaire dont il bénéficie. Une solidarité essentielle dans le cadre d’une stratégie d’occupation. Tous les jours, des gens viennent sur la zone d’aménagement différée (Zad), devenue zone à défendre, afin d’apporter leur soutien aux occupant-e-s, par leur présence ou par une aide logistique. Mais la principale force du mouvement de résistance est avant tout le produit d’une symbiose entre ses principaux acteurs. Si la cohabitation entre les « historiques », paysans du cru et jeunes Zadistes, n’a pas toujours été facile, elle constitue aujourd’hui le principal ressort de la lutte. Cette union entre deux mondes, qui paraissent a priori éloignés, est le produit de liens patiemment tissés depuis ces dernières années. Les violences policières d’octobre dernier ont parachevé ces liens. Les ordonnances d’expulsions également, puisque agriculteurs et Zadistes partagent à présent la même situation d’illégalité.

Deux aspects majeurs fondent l’union entre ces deux composantes. En premier lieu, le profil du tissu militant. Les agriculteurs présents dans le mouvement se définissent comme des « paysans travailleurs ». Ces paysans ont toujours eu un lien important avec le mouvement ouvrier. Ils ne s’identifient pas au statut de chef d’exploitation, se définissant même comme des « passeurs de terre », à l’instar de Michel Tarin, figure historique du mouvement. Ce qui les rapproche des jeunes Zadistes, lesquels s’opposent à toute forme de propriété capitaliste. Les agriculteurs sont également porteurs d’une tradition syndicale ouvrière et paysanne, caractéristique de la Loire-Atlantique. Ils sont très politisés, à l’instar des jeunes Zadistes, qui pour certains ont combattu le contrat première embauche (CPE) ou milité au sein de la mouvance autonome. Certains des agriculteurs ont été acteurs du mouvement de résistance au Larzac, dans les années 1970. Au côté de Bernard Lambert1, ils ont participé à la construction du mouvement « paysans travailleurs », qui donnera naissance à la Confédération paysanne.

Le deuxième aspect repose sur une critique partagée du modèle de production et de consommation capitaliste, dont l’enjeu principal est la terre et son utilisation. On a donc des populations agricoles et des jeunes urbains qui se battent ensemble pour la préservation de la « terre nourricière » et, par extension, pour le droit à l’autoproduction, dans un contexte ou l’accès à celle-là est rendue difficile par la spéculation dont elle fait l’objet. Au-delà de ces aspects, les opposants partagent la même conviction que le modèle de développement tel que nous le connaissons est dépassé.

1. Bernard Lambert (1931-1984) est un agriculteur, homme politique, syndicaliste agricole à l’origine de la création de la Confédération paysanne et grande figure des luttes paysannes dans l’Ouest de la France au cours des années 1970.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Ven 22 Mar - 4:06

Citation :
Saint-Affrique : relaxe et sursis dans l'affaire " NDDL " 20/03

En guise de soutien, une cinquantaine de sympathisants avait participé à leur comparution devant le tribunal de Rodez, le 5 mars dernier. (Y.E.)
Le tribunal correctionnel de Rodez a rendu son verdict, mardi, pour les deux opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Cinq mois après les faits, le tribunal de Rodez a rendu son jugement concernant les deux opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des- Landes, poursuivis après l’occupation de la mairie de Saint-Affrique.

Ils avaient comparu en audience le 5 mars. Pour les deux prévenus poursuivis pour "violence volontaire sur agent dépositaire de la force publique" et "résistance avec violence", la sanction est tombée dans l’indifférence presque générale.

Pour l’un, ces "longs mois de procédure" se soldent par une relaxe. Le second a été condamné à 500 euros d’amende avec sursis. En novembre 2012, l’occupation symbolique de la mairie de Saint-Affrique par une trentaine d’opposants - comme ce fut aussi le cas à Rodez ou Millau - s’était soldée par l’intervention musclée des CRS.
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Ven 22 Mar - 14:14

Citation :
Membre de la commission des Pétitions, il craint une " instrumentalisation " 20/03

"Seul membre titulaire français de la commission des Pétitions, je suis partagé sur la procédure", écrit sur son blog le député (UMP) européen Philippe Boulland.

Alors que ladite commission a pour ordre du jour, ce mercredi au Parlement européen, "un débat sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes" en recevant les pétitionnaires "pro" et "anti", l'élu de Picardie craint "une instrumentalisation politique" :

" Un manque de sérieux "

"Je suis heureux de voir que des citoyens, des associations et des élus se tournent vers le Parlement européen pour exprimer leurs inquiétudes ou leur volonté de voir se créer le nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes en France, écrit l'élu. Mais il y a un manque de sérieux. Outre la campagne médiatique autour du projet, la commission des Pétitions, qui se doit d’agir avec neutralité et objectivité, se retrouve au cœur d’un débat dont elle n’a pas tous les éléments."

Car estime-t-il, "de nombreuses questions trouveront au moins un début de réponse lors de deux échéances qui auront lieu après cette réunion" : "Le 21 mars, en effet, les autorités françaises sont censées rendre leurs réponses à la Commission européenne suite à la procédure précontentieuse – même si la France peut demander un délai supplémentaire. Et d’ici au 2 avril, la commission de dialogue aura, elle aussi, rendu ses conclusions."

Une délégation de la commission bientôt sur place, près de Nantes ?

Le député européen propose de fait d'attendre "d’avoir tous les éléments pour débattre concrètement du sujet".

Pourquoi ? "Contrairement à ce qui a été dit, les députés européens n’ont pas tous souhaité accélérer la procédure, justement pour éviter une utilisation électoraliste du sujet, explique Philippe Boulland. La commission des Pétitions du Parlement européen se doit de rester objective dans cette affaire. Elle ne doit pas donner une image d’instrumentalisation politique, qui risquerait de décevoir les pétitionnaires- dont l’attente est forte- et de discréditer la commission aux yeux des parties."

Et de révéler qu'il a "par ailleurs d’ores et déjà demandé à ce qu’une délégation mène sur place une mission d’enquête à court terme afin de disposer de tous les éléments nécessaires pour statuer sur le respect ou non des directives européennes".

Réunion à suivre en direct dès 15h :

Ce mercredi comme ces prochains jours dans le "dossier Notre-Dame-des-Landes", au lendemain de l'annulation du transfert de l'aéroport de Toulouse, les yeux seront à coup sûr tournés vers l'Europe. Chacun dans l'espoir d'y gagner un sérieux coup de pouce à son argumentaire.

Citation :
Notre-Dame-des-Landes, l’île BatailleuseTHIERRY BEINSTINGEL 20/03

Tarmac. La commission des pétitions du Parlement européen s’est penchée hier sur le projet d’aéroport.

Le feuilleton désormais sans fin de Notre-Dame-des-Landes s’est enrichi hier d’un nouveau rebondissement. La commission des pétitions du Parlement européen s’est réunie pour examiner le projet du nouvel aéroport. Rappel des faits : la commission des pétitions avait été saisie fin 2012 par trois associations d’opposants et, à leur grande surprise, Bruxelles avait été prompt à réagir.

Cette vigilance de la commission marque un nouveau déplacement important de ce projet. D’abord, timidement régional, élaboré à la fin des Trente Glorieuses dans une perspective de développement du trafic aérien, il est devenu enjeu national, renforcé encore plus par la nomination du maire de Nantes comme Premier ministre. De la même manière, les premiers opposants, délaissés dans l’ombre rêveuse d’un nouveau Larzac, ne cessent d’être rejoints par d’autres, venus des quatre coins du pays.

Avion. L’escalade ne s’arrête pas là puisque c’est sur le plan international qu’il faut examiner maintenant l’opportunité du nouvel aéroport. Quelles seraient les répercussions environnementales ? Les potentielles infractions au regard du droit européen ? Autant de questions qu’on ne soupçonnait même pas au début du projet, mais qu’il faut prendre en compte désormais. Racontée ainsi, l’actualité occulte tout sentiment, s’en tient aux faits et rabote toute littérature.

Moment de détente : pas très loin de là, à Saint-Florent-le-Vieil, l’écrivain Julien Gracq sort de sa maison rue du Grenier-à-Sel, descend la courte pente qui mène vers la Loire. Il y a un peu de vent. Un avion laisse une traînée blanche dans le ciel, l’eau heurte quelques barques et les piles du pont tout proche. Un pêcheur en cuissardes remonte un casier. Julien Gracq regarde la rive juste en face, c’est une île que des robinsons sans hâte cajolent depuis toujours. Lui revient alors en mémoire ce qu’il avait écrit dans Lettrines : «Aspects paradisiaques de la terre cultivée dans l’île Batailleuse.»

Fin de la récréation. Rien de tout ça à Notre-Dame-des-Landes, pas d’angélisme, pas de bon sauvage rousseauiste, pas de retour à la nature. Mais ceux qui y sont installés, comme les rares robinsons de l’île Batailleuse, s’occupent des sols, valorisent cet espace qu’on reconnaît comme unique et nécessaire pour l’équilibre écologique de la région. Ils attendent qu’on leur démontre l’utilité de l’aéroport, le remplacement des terreaux riches et humides par un tarmac poissé de carburants fossiles en voie de disparition.

«Ancrage». La commission des pétitions a rendu hier soir son avis : les pétitions qui lui ont été soumises restent ouvertes dans l’attente de la réponse que Paris doit donner le 15 avril sur les points qui inquiètent les opposants. A l’issue de la réunion, la présidente de la commission a exprimé sa satisfaction : «C’est un des rares cas dans lesquels notre commission parvient à discuter avant que les faits ne se soient produits.» Cette sagesse aurait plu à Julien Gracq, professeur pointilleux de géographie, auteur de la Forme d’une ville, sur Nantes justement : «Une ville qui s’est inventée, qui continue de s’inventer elle-même au jour le jour, sans grand ancrage dans son passé, sans fixation excessive à ses souvenirs.»

Car c’est bien l’enjeu que rappelle Bruxelles : on ne peut pas faire comme si les décisions du passé étaient indépendantes de l’avenir, on ne peut pas ignorer à l’infini notre entourage devenu maintenant planétaire et à sauvegarder.
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Sam 23 Mar - 15:59

Citation :
Notre-Dame-des-Landes: la France dans le viseur du Parlement européen

COMMUNIQUÉ DE PRESSE – Bruxelles, le 20 mars 2013

Le dossier de Notre-Dame-des-Landes a été examiné aujourd’hui au Parlement européen. C’est au sein de la commission des Pétitions du PE qu’ont été auditionnés les représentants des différents collectifs et associations mobilisés autour du projet d’aéroport du Grand Ouest en présence de la Commission européenne.
A la sortie de l’audition, Sandrine BELIER, membre de la Commission des Pétitions réagit : « Cette audition a permis de rendre publics les doutes sérieux qu’émettent actuellement les parlementaires européens et la Commission européenne sur la compatibilité du projet avec de nombreuses directives européennes. Les débats ont clairement démontré que l’Etat français ne peut continuer dans cette voie au risque de méconnaître manifestement et volontairement le droit européen qu’il a pourtant transposé en droit français. Nous attendons donc la réponse de la France mi-avril pour ré-examiner le dossier et décider d’envoyer une commission d’enquête parlementaire sur le terrain. Le Parlement européen, en conclusion de cette audition, par la voix de la Présidente de la Commission des pétitions, a affirmé que nous ne laisserons pas le gouvernement multiplier des demandes de délais afin de gagner du temps et créer une situation d’irréversibilité. »
Intervention de Sandrine Bélier en soutien aux pétitions contre le projet d’aéroport de NDDL le 20 mars au Parlement européen
L’eurodéputée EELV ajoute : « Le débat n’est plus franco-français, il est maintenant très officiellement européen ! Pour une fois que nous pouvons agir en amont d’un projet destructeur, les parlementaires européens seront à la hauteur de leur responsabilité. Ils ont décidé d’adresser aux citoyens français et au gouvernement un message clair et fort : nous ne sommes pas déconnectés de nos territoires et nous n’accepterons pas un projet contraire aux valeurs et aux textes que cette assemblée a voté et défend. Les citoyens français ont le droit d’être protégés par le droit européen et nous y veillerons.  »
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Dim 24 Mar - 16:56

Citation :
Pour l’OCDE, l'aéroport de Notre Dame des Landes serait un poids pour les générations futures ? Sylvaine Salliou 22/03

Dans sa dernière étude économique consacrée à la France, l’OCDE critique certains investissements de la France, destinés selon elle à un "rendement relativement faible". Parmi eux, des "aéroports régionaux". Or Notre-Dame-des-Landes est le principal projet d’aéroport en France.

" La France étant dotée d’infrastructures de réseau et de transports bien développées, certains investissements supplémentaires ont probablement un rendement relativement faible ", écrit l’Organisation pour la coopération et le développement économique dans ses " Etudes économiques " (page 27). Elle poursuit : " certaines lignes de train à grande vitesse ne seront sans doute jamais rentables et des projets prestigieux, notamment la construction du nouveau siège du ministère de la Défense, de stades ou d’aéroports régionaux, risquent de représenter une charge pour les générations futures " .
Enfin, elle émet cette recommandation : " La rentabilité des projets d’investissement public devrait être évalué avec soin " .
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mar 26 Mar - 3:35

Citation :
Notre-Dame-des-Landes : pourquoi le chantier sera forcément retardé Sophie Caillat 21/03

Comment gagner encore du temps pour ne pas perdre la face ? C’est le dilemme de Jean-Marc Ayrault, grand promoteur du projet d’aéroport du Grand-Ouest à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes. Dans les couloirs de Matignon et du Parlement, il se murmure que les travaux ne pourront pas commencer avant les municipales. Soit dans plus d’un an. Alors qu’ils doivent officiellement démarrer au printemps.

Depuis ce mercredi, le dossier est devenu européen. La commission des pétitions du parlement européen (une procédure pré-contentieuse ouverte aux citoyens) a demandé à l’Etat français de lui donner, d’ici le 15 avril, des éclaircissements sur la façon dont il entend se conformer à la directive européenne sur l’eau et la protection des espèces. La direction générale de la concurrence s’est également saisie du sujet en raison des subventions publiques dont bénéficierait l’aéroport.

Ce mercredi ont été auditionnés à Bruxelles les opposants et promoteurs du projet. La commission a décidé que la « pétition » (la doléance) restait ouverte, ce qui fait dire à Sandrine Bélier, eurodéputée EELV présente à l’audition, que :

« L’Europe est saisie officiellement, ce n’est plus un dossier franco-français. Elle est à l’écoute et attend la réponse de l’Etat français, qui n’avait pas envoyé de représentant. Il est possible que la commission décide ensuite de se déplacer sur place pour constater si la France respecte le droit européen. »

Envoyer l’armée ?

Une étape importante a donc été franchie pour les opposants au dossier, même si la guerre de l’opinion fait rage, plus que jamais. L’Association citoyenne pour la réalisation d’un aéroport international à Notre-Dame-des-Landes (Acipran) a dénoncé ce jeudi une « agressivité inadmissible » contre l’Etat français de la part des députés européens. Et son président d’ajouter :

« Affirmer que l’Etat français ait tenté de créer sur le terrain une situation irréversible avec le recours à la forcé armée en est même une caricature. »

Pourtant, le recours à l’armée a bien été évoqué indirectement par Jacques Auxiette, président de Région et du syndicat mixte aéroportuaire, qui a déclaré à Ouest-France :

« Ce n’est pas plus compliqué qu’au Mali ! Assumer quand on expulsera. C’est ça l’Etat de droit. Le rôle de l’Etat n’est pas d’être complice. »

Une sortie très mal prise par les écologistes. Jean-Philippe Magnen, porte-parole d’EELV et vice-président de la Région :

« n’imagine pas comment Matignon, qui a témoigné d’une volonté d’apaisement, pourrait ordonner les expulsions et le démarrage des travaux comme prévu en avril ».

« On ne pourra plus construire d’infrastructure en France »

Début avril justement, le Premier ministre se verra remettre les conclusions de la « commission du dialogue » installée en décembre. Son président, Claude Chéreau, a confié au Monde ses doutes sur la pertinence des arguments des pro-aéroports.

La commission est partagée et « pourrait suggérer au gouvernement des compléments d’enquête », qui ferait prendre du retard au projet. Les écologistes ne s’attendent pas pour autant à ce que la commission plaide pour un moratoire, souhaité par eux.

Commentaire de Françoise Verchère, conseillère générale Front de gauche opposée au projet reçue par la commission du dialogue :

« Ils nous ont dit qu’ils étaient embêtés, car si on ne fait pas cet aéroport, ça veut dire qu’on ne peut plus construire d’infrastructures en France. Nous, on attend qu’ils nous justifient factuellement en quoi le bruit et les prévisions de trafic rendent nécessaire un nouvel aéroport. Les problème, c’est qu’ils n’arrivent pas à remettre en cause un choix fait il y a quarante ans, ils n’arrivent pas à changer de logiciel. »

Le lancement d’une étude sur l’optimisation de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique serait une voie de sortie honorable. Pendant que les commissions dialoguent et pétitionnent, l’occupation du terrain s’amplifie. La zone est défendue par bien plus de gens qu’en octobre, au moment des premières interventions policières.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mer 27 Mar - 3:44

Citation :
Actualité et appel à mobilisation pour la Ferme de Bellevue par le COPAIN (Collectif des Organisations Professionnelles Agricoles INdignées par le projet d'aéroport)

Bientôt deux mois que les paysans du Copain 44 et des autres départements, les membres des comités de soutiens et les zadistes occupent et protègent la Ferme de Bellevue.

Audience du 20 mars au tribunal de Saint Nazaire, et situation juridique actuelle:
Le mercredi 20 mars, huit paysannes et paysans du Copain 44 comparaissaient devant le tribunal d'instance de Saint Nazaire, assignés dans le cadre d'une deuxième procédure de référé déposée par AGO Vinci pour les motifs suivants, entre autres, « violation du droit de propriété... non respect des règles élémentaires d'hygiène et de sécurité... troubles de voisinage... impossibilité de débuter les travaux projetés (démolition)... risque de dégradation de l'immeuble (aurait-on le sens de l'humour chez AGO ?) ». Le jugement sera rendu le jeudi 28 mars 2013. Ce nouveau référé fait suite au premier jugement rendu le 28 février qui condamnait les 10 paysans, déclarés résidant dès la fin janvier, à l'expulsion immédiate assortie d'astreintes journalières.

Avant de déclarer à l'huissier, le 1 mars, qu'ils n' habitaient plus là, les dix avaient fait appel du jugement. Après s'être déclarés résidant, le 2 mars, les huit nouveaux occupants se sont déclarés comparants volontaires dans le cadre de la procédure d'appel. Ce sont donc bien, aujourd'hui 18 paysannes et paysans du Copain 44 qui sont poursuivis en justice par AGO Vinci. Mercredi 20 mars, deux cents personnes sont venues les soutenir devant le tribunal d'instance de Saint Nazaire avec tracteurs, pelles, bêches, râteaux, plants et semences. Un tunnel maraîcher à été monté devant l'entrée du tribunal pour rappeler que Notre-Dame-des-Landes est aux portes des agglomérations de Nantes et Saint Nazaire, où il est urgent, aujourd'hui, de répondre à la demande en forte croissance d'une alimentation produite localement.

Symboliquement, les paysannes et paysans du Copain 44 on semé à la volée des céréales sur le bitume pour démontrer que ce n'est surement pas en bétonnant 1600 ha à Notre Dame des Landes que l'on répondrait à ce besoin vital.

Appel à mobilisation à la ferme de Bellevue :

Nous aurons connaissance de la décision de la juge des référés le jeudi 28 mars à midi. Les paysans du Copain 44 appellent à un rassemblement de soutien le 28 mars 2013 à partir de 12h00 à la Ferme de Bellevue En fonction du rendu du jugement, il sera décidé de la suite à donner à notre action. Quoiqu'il en soit, les paysans du Copain 44 ont décidé d'accentuer la mobilisation sur le site de Bellevue dès le 28 mars, et de renforcer le dispositif de protection autour de la ferme. Il est donc fait un appel urgent à tous les paysans, actifs ou retraités, de Loire- Atlantique et de tous les départements alentour, pour acheminer sur le site tracteurs et matériels agricoles opérationnels ou réformés. Des transports sont possibles.
Contacter rapidement l'un des trois contacts en bas de page.

On a aussi un besoin en foin : il faudrait une quinzaine de bottes à arriver la semaine prochaine.

La mise à l'herbe du 10 Mars :

Le dimanche 10 mars, deux cent personnes sont venues accompagner la mini transhumance de quatorze vaches, issues d'une dizaine d'élevages, depuis le carrefour des Ardillières jusqu'aux prairies de la Ferme de Bellevue. Un grand pique-nique était partagé, ensuite, dans la cour de la ferme sous un soleil printanier. Les paysans veulent réaffirmer, par ces actions symboliques, leur volonté de maintenir les fermes de la Zad en production, de protéger terres et bâtis du saccage et de la destruction, et de réclamer toujours la remise à plat de la DUP de 2008.

La journée « Sème ta Zad » :

Le 13 Avril, la manifestation « Sème ta Zad » est organisée par une commission agricole, ouverte à tous, qui se réunit à la Châtaigne et tente de réfléchir à ce que pourrait être l'occupation des terres libres quand le projet d'aéroport sera abandonné. Le Copain 44 suit les travaux de cette commission depuis plusieurs mois, et sera présent lors de la manifestation.

Pour plus d'information, vous pouvez consulter le site dédié, où vous trouverez les textes d'appel et toutes les informations sur le déroulement de la manifestation: http://zad.nadir.org/semetazad , ou par contact courriel à: semetazad@riseup.net

Banderoles de bords de route: Les kits de quatre banderoles sont disponibles depuis quelques jours.

Les personnes qui les ont prépayés peuvent les enlever au Gab 44 à Nozay ou contacter Vincent au 06 87 52 34 26 pour les récupérer à Bellevue. Il y a une vingtaine de kits en plus que vous pouvez acheter au prix de 30 euros le kit de quatre en vous adressant au Gab44: 02 40 79 46 57.

Les tracteurs vigilants :

Les tracteurs sont toujours postés en protection des parcelles agricoles en production, pour empêcher leur saccages par les fouilles dites archéologiques. Une vigilance quotidienne est assurée sur toute l'emprise de la Zad et du barreau routier.

La vie continue à Bellevue :

A la Ferme, la vie continue de s'organiser, plusieurs soirées et réunions y ont déjà été organisées. Récemment, une trentaine d'enfants sont venus assister à un après-midi contes. Les permanences se structurent, des collègues paysans et citoyens des départements voisins les renforcent par leurs présences hebdomadaires, de nuit comme de jour, et participent aux chantiers en cours. Membres des comités de soutiens et paysans, n'hésitez pas à prendre contact pour y participer activement.

Pour toute info, contacter:
Cyril Bouligand : 06 21 04 76 84
Dominique Guitton : 06 30 47 01 56
Vincent Delabouglise : 06 87 52 34 26
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mer 27 Mar - 16:29

Citation :
Le projet "Sème ta ZAD" est stratégiquement crucial pour préserver les terres de la ZAD. C'est le prolongement de la manifestation de réoccupation du 17 novembre. Au delà d'une manifestation symbolique, c'est le meilleur moyen d'enraciner sur le terrain notre volonté d'un avenir
épanouissant et de rejeter le cataclysme capitaliste qu'on nous impose par la force.
Nous espérons que vous serez présent.e.s pour cette résistance florissante !
Merci de faire circuler cette invitation dans vos réseaux !
Nous aurons besoin d'aide quelques jours avant la manif pour préparer l'accueil et les chantiers des différents collectifs agricoles. Renseignez-vous sur le site pour connaître les chantiers proposés.

Nous faisons dès maintenant une collecte de bandes textiles ou de vieux draps pour réaliser des rubans de balisages (rubalise) recyclés, pour délimiter les zones de cultures et les zones sensibles.
Merci de les apporter à toutes les réu de prépa ou de les déposer directement au champ Rouge et Noir (entre les Fosses Noires et les Vraies Rouges).

Vous trouverez ci-dessous une liste de matériel dont nous avons besoin pour nous installer et cultiver avec vous. En ce qui concerne les semences nous sommes déjà comblé.e.s.
Mais apportez ce que vous voulez partager. Nous organiserons des bourses d'échange de graines pour partager ce trésor et pour enfreindre allègrement une fois encore, les lois insensées.

De belles affiches seront disponibles ce soir au B17 pour redécorer les
bourgs environnants
(vous pouvez les télécharger en petit format sur le site)

Voici la liste de nos " rêves les plus fous " , on a l’habitude de se démerder avec trois fois rien mais les outils ça simplifie la vie !

Il est préférable concernant les animaux que des contacts s’établissent directement entre des donateurs et les bénéficiaires le week-end de la manifestation.

Plants : Arbres - Fruitiers - Légumes - Aromatiques - Plantes médicinales
Graines : Céréales - Légumineuses - Graines de toutes variétés
Animaux : Essaims d’abeilles ...
Apport pour le sol : Fumier - Calcaire - Terreau - BRF - Paille - Déchets verts (sauf trop acides)
Outils : Brouettes - Grelinettes - Pelles - Bèches - Fourches/Bèches - Binettes - Pioches - Rateaux - Fourches - Faux - Haches - Scies - Petits outils à main - Tronçonneuse - Godets - Outils de traction animale - Tracteurs à moteur + machines outils - Remorques - Broyeur à végétaux ...
Systèmes d’irrigation : Tuyaux - Raccords - Gouttes à goutte - Pompes à eau - Tonnes à eau - Bidons propres - Arrosoirs
Structures : Serres / Baches / Cables - Arceaux de tunnels nantais - BRF - Chassis pour semis - Tuteurs - Cabanes en kit - Ruches + Matériel Apicole
Materiel à enclos : Fils de fer / Grillage / Piquets / Batteries / Foin / Paille
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Sam 30 Mar - 2:57

Citation :
DIMANCHE 31 MARS à partir de 19h30 Café l'Ecole Buissonnière St Potan 22600 La Motte 02 96 25 47 78 the.yellow.bar@gmail.com
 
AEROPORT DE NOTRE DAME DES LANDES soirée d'information et de réflexion autour d'une soupe et du film :  Notre Dame des Landes, au cœur de la lutte
  
Bonjour à toutes et à tous,
 
Le projet d’aéroport imaginé sur le site de Notre Dame des Landes (44) dans les années 60 fait la une de l’actualité depuis plusieurs mois. En dépit de ses incohérences et des incertitudes quant à son financement, les principaux décideurs continuent de s’arc-bouter sur ce projet.

Alors que le dérèglement climatique est désormais incontestable, que le prix des carburants ne cesse d’augmenter, que la destruction des écosystèmes s’accélère et que l’artificialisation des terres agricoles se poursuit (plus de 2000 hectares de terres agricoles et zones humides sont menacés), est-il bien raisonnable d’investir plus de 250 millions d’euros d’argent public pour aider une multinationale à saccager notre environnement ? Pourquoi ne pas écouter ceux et celles qui préconisent un simple réaménagement de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique ? A l'heure de l'indispensable transition énergétique, nous demandons l'arrêt des expulsions et l'abandon de ce projet d'aéroport. Même si certains médias nous font espérer une issue favorable, nous restons vigilants.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce qui se passe là-bas et pourquoi pas mettre en place un collectif d’opposants à cet aéroport NDDL pour le pays de Loudéac, nous vous invitons le dimanche 31 mars à partir de 19h30 au Bar « L’école buissonnière » à La Motte (22).
 
Nous commencerons par diffuser le film « Notre Dame des Landes, au cœur de la lutte » et poursuivrons par une discussion sur le sujet.
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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Dim 31 Mar - 3:27

Citation :
À Notre-Dame-des-Landes, c'est la fin de la trêve hivernale Delphine de Mallevoüe 27/03

La fin de la trêve hivernale et le prochain rapport de la commission du dialogue annoncent le retour des hostilités à Notre-Dame-des-Landes. Les opposants qui ne veulent pas être expulsés sont sur le pied de guerre.

La commission du dialogue et la trêve hivernale aidant, les opposants au projet aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes avaient bénéficié de six mois de tranquillité dans leur maquis nantais. Mais la guerre des tranchées est sur le point de reprendre avec le retour des pelleteuses et des expulsions par les forces de l'ordre.
En effet, la commission du dialogue mise en place par le gouvernement arrive à son terme - son président, Claude Chéreau, doit rendre son rapport autour du 4 avril - et la trêve hivernale cesse le 30 mars, après avoir été rallongée de quelques jours en raison de la vague de froid sévissant actuellement dans le pays.
Déjà, une décision du tribunal de Saint-Nazaire a ordonné mardi la reprise immédiate des expulsions des habitants de la ZAD (zone d'aménagement différé) sur le site de La Châtaigneraie, site emblématique de réoccupation des lieux où se sont installées une demi-douzaine de cabanes lors d'une grande mobilisation le 17 novembre dernier. Un autre jugement doit être rendu ces jours-ci sur l'expulsion de la ferme de Bellevue, autre site de la résistance «zadiste».

Les huissiers dans les starting-blocks

De nouvelles autorisations de travaux ont par ailleurs été accordées il y a un mois à Vinci, gestionnaire du projet aéroportuaire, pour défricher et dessoucher la zone, sans attendre les résultats de la commission d'évaluation scientifique. «Nos huissiers sont dans les starting-blocks pour faire les constats, prévient Julien Durand, porte-parole de l'Acipa, l'association historique de l'opposition au projet, composée essentiellement d'agriculteurs. Vinci a d'autant moins le droit de commencer le défrichage que les experts scientifiques n'ont pas rendu leur avis et que nous entrons dans une période où il est interdit afin de protéger certaines espèces.»
En alerte, les opposants jamais démobilisés reforment donc les troupes, scrutant à la loupe la moindre décision, le moindre faux pas juridique et tout mouvement préfectoral, prêts à sortir leur bataillon d'avocats spécialisés et leur arsenal pour ceinturer le site. Sur 25 kilomètres, ils s'apprêtent à former une chaîne humaine pour défendre les 2000 hectares menacés pour la construction de l'aéroport Grand Ouest. Une opération «en pleine préparation», dit un opposant en ébullition, qui aura lieu le 11 mai.
Le 13 avril, c'est l'opération «Sème ta ZAD» qui sera lancée. Pour conforter leur résistance, les «zadistes» ancreront leur présence en portant «cinq projets professionnels d'exploitation, maraîchage et petits élevages», explique l'un d'eux.
Le 15 avril, la France devra apporter des précisions sur des «manquements» soulevés dans le dossier, sur des points de droit environnemental européen. Faute de quoi elle pourrait être poursuivie devant la Cour de justice européenne. Les pétitions déposées par les opposants au Parlement européen ont été maintenues ouvertes, après leur audition devant la commission des pétitions du Parlement, le 20 mars dernier, à Bruxelles.

Souffler le froid et le chaud

Dans les bois, à Notre-Dame-des-Landes, les AG continuent de rythmer le quotidien et de nouveaux panneaux pour la lutte poussent aux côtés des crocus, annonçant «un printemps fleuri en mouvements», dit Julien Durand. «On s'attend au pire, s'inquiète-t-il, surtout quand on entend le président de région (le socialiste Jacques Auxiette, fervent défenseur de l'aéroport, NDLR) demander à François Hollande de faire à Notre-Dame-des-Landes ce qu'il a été capable de faire au Mali!»
Après plus de 75 auditions de pro et anti-Notre-Dame-des-Landes, la commission du dialogue est attendue au tournant sans qu'«on en espère grand-chose» toutefois, explique l'Acipa. «Ils ont soufflé le froid et le chaud pendant six mois, croyant endormir les opposants en leur faisant miroiter une discussion de fond. C'était de la poudre aux yeux pour faire baisser les tensions et asseoir leur propre détermination», déplore une élue qui a participé aux auditions.
Dialogue ou non, le calendrier des travaux accuse du retard. Une réunion a eu lieu à la préfecture de Nantes en février concernant «les hypothèses de recalage du planning global de l'opération». L'ouverture de l'aéroport était prévue officiellement fin 2017. Les constructions de la DGAC (87 millions d'euros) devraient être différées, selon nos informations, et la desserte routière de l'aéroport est reportée d'au moins six mois, selon des documents de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement des Pays de la Loire.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Dim 31 Mar - 15:40

Citation :
Notre Dame des Landes : humain ou journaliste ? Hervé Kempf 28/03


Le printemps arrive, après un hiver long, rude, et roboratif. La bataille n’est pas finie. Mais peut-on raconter la Zad et rester humain ? Le reporter s’interroge.

Elle porte un bonnet de laine vert, sur lequel est cousu un crâne et deux tibias croisés : le signe des pirates. A. est postée dans une cabane sommaire près d’une chicane de la départementale D 281, sur l’est de la ZAD, près de l’embranchement des Fosses noires. A. peste contre les gendarmes, qui viennent régulièrement tester le dispositif des chicanes. Elle a même bloqué aujourd’hui la route, ce qui oblige les voitures à rebrousser chemin.

On est le matin du samedi 23 mars, et la D 281 est hérissée de cabanes, de panneaux et d’obstacles attentivement surveillés par les zadistes. En décembre, une vive discussion avait animé l’assemblée générale de la Zad : fallait-il maintenir ces obstacles, au risque de se couper de la population locale, ou les défaire, au risque de séparer nettement, par la circulation routière, la zone en ses parties est – où se trouvent les plus radicaux des zadistes, autour de Far Ouest - et ouest – où se trouvent les bases de La Vache Rit, la Chataigneraie et la ferme de Bellevue ?

L’action a tranché : on barre ! Et les chicanes ont été refaites, enrichies de cabanes pour abriter les veilleurs, qui se relaient presque en permanence, et communiquent entre eux par talky-walkies.

C’est dans une cahute en face de la tour qu’on trouve W. et un autre guetteur. « On ne bloque pas, dit W., on ralentit ». Il y a des trous dans la chaussée, ici et là. « Bon, les météorites font les trous ». On discute de l’ambiance, de Radio Klaxon qui n’émet plus depuis trois semaines [elle est revenue en ondes le 26 mars], des difficultés à se rendre à Bellevue à travers les champs boueux, les gendarmes verrouillant toujours le carrefour des Ardillières, des rumeurs d’intervention policière – « c’est permanent, ça file des coups de stress ». W. a l’œil rouge, il s’est heurté contre un bois dans l’obscurité, à l’aube. Isabelle lui passe du tabac, et on discute, pendant qu’il se roule une cigarette, de l’Etat au service des intérêts privés, en face de la banderole tendue au bord de la route, sur laquelle se lit : « Ici, l’Etat emprisonne blesse pour Vinci, au Mali il tue pour Areva ! ».

On repart avec Isabelle Rimbert, photographe qui a le « projet militant » de photographier les acteurs de la Zad, permanents ou non, et qui est venue gentiment me chercher à Nantes ce matin. Il faut redescendre vers Vigneux, et revenir par la D 81 en passant les Ardillières, où les gendarmes ne nous arrêtent pas, vers La Rolandière et Hors Contrôle. Pas grand monde, en ce samedi matin, ça dort encore, profitant de cette belle matinée où il ne pleut pas, pour la première fois depuis plusieurs jours. Je vais chercher des bottes dans la « free shop », une tente sur le champ d’Hors Contrôle où se trouvent des vêtements bien rangés et quelques paires de bottes dépareillées et surtout en tailles Enfant. J’ai de la chance, j’en trouve deux qui vont bien...

On discute avec une amie qui vit par là. Elle raconte la fatigue, les épreuves de l’hiver, la pluie. « Tout le monde est fatigué, c’est la tension tout le temps ». Il y a la police, qui ne relâche jamais son étreinte, la violence, les problèmes pratiques comme la gestion des poubelles, les tensions entre les uns et les autres : « Les ‘rebelles’, à l’est, accusent ceux de l’ouest d’être des ‘bobos, des bourgeois’. Il faut qu’on renoue. Mais on ne peut pas lâcher. Tous les anciens zadistes, qui avaient été expulsés en octobre, ont reconstruit, c’est du bonheur, ça fuse, du côté de Bellevue, de Limabout. »

Tout le monde a tenu, malgré la rigueur d’un hiver très pluvieux : « Chapeau pour ceux qui sont restés : tu te lèves, il y a la boue, la pluie. Et à l’est, ils ont bien tenu les chicanes ». D’ailleurs, « à la dernière assemblée générale, il n’y a pas eu de masques, pas de ‘plus radicaux’ que d’autres, juste des humains qui discutaient ensemble. Ca fait du bien. Il faut arriver à tout lier, les préoccupations des uns et des autres, ensemble : la nature, l’anticapitalisme, le sexisme, les paysans… »

« On est en phase de transition, c’est glauque… mais le printemps revient ». Et les prochains rendez-vous, plus encore que la remise du rapport de la Commission de dialogue, c’est la journée Sème ta Zad, le 13 avril, et la Chaine humaine, le 11 mai.

On repart chercher un lieu pour la photo. Isabelle veut me photographier, comme des dizaines de personnes qu’elle a déjà saisies dans sa boite. « Quel lieu préfères-tu dans la Zad ? » Je ne sais pas, c’est partout qui m’intéresse, la Zad elle-même. Et si l’on me mettait simplement devant des genêts en fleur, devant un champ, parce qu’après tout, la clé de départ de toute l’aventure, c’est le refus de voir détruire la nature, non ? Je garde le carnet à la main, comme le signe de la position compliquée du journaliste – dedans-dehors, requis-détesté, allié-ennemi…

On est près de la Chataigneraie. Après la photo, Isabelle repart tandis que je poursuis la marche vers la ferme de Bellevue.

J’écoute les chants et pépiements d’oiseaux, observe les grandes prairies qui respirent sous le soleil, les bourgeons qui apparaissent aux arbustes des haies, un scarabée qui traverse la voie, des vaches qui ruminent.

On n’entend pas de bruit, pas de voiture, mais le chant d’un coq résonne soudain : la ferme de Bellevue est toute proche. J’y accède par une route barrée par deux tracteurs attelés à une charrette. Voici la ferme, sa cour, je passe à côté de la porcherie où une truie grogne fortement.

Plus loin, dans la longère, une porte ouvre sur la salle commune. Des gens déjeunent. « Bonjour, c’est bien Bellevue ? Je peux entrer ? – Oui, entre. Tu as mangé ? » Ils m’invitent à partager le repas, autour de Romain, le paysan installé ici. Ils m’expliquent les travaux en cours, le troupeau de vaches qui a été constitué, les tours de garde programmés pour qu’il y ait toujours des personnes ici, les projets de culture sur un champ voisin.

N. parle de l’importance des discussions ici, des contacts humains qui s’y lient.

Arrive... appelons-la Camille. Elle est à La Souardine, un collectif qui s’est créé non loin. Elle vient chercher un outil, relativement à la greffe d’arbres fruitiers. On se salue. Mais elle me morigène : "Ce que tu as écrit, l’autre fois, en parlant de moi, ça ne va pas. Tu ne m’avais pas prévenue. - Mais je n’ai rien écrit de très précis ni compromettant, il n’y a pas ton nom. - Oui, mais des amis ont pu me reconnaitre, et puis, c’est ma vie." Une sorte de silence. "On te parle en tant qu’humain, pas en tant que journaliste".

Elle part, sans m’en vouloir ; sur le pas de la porte, elle sourit, disant quelque chose comme "Continue ton boulot, c’est bien ce que tu fais". Mais l’épisode me laisse songeur. L’heure tourne, et d’ailleurs, tout le monde part dans tous les sens pour diverses occupations. Je pars en traversant les champs, réfléchissant à l’étrange séparation entre "humain" et "journaliste".

Un mythe réel qui fabrique en permanence sa légende

D’une certaine manière, la Zad ne veut pas de journaliste. Il n’y a pour l’instant quasiment pas de récits développés du vécu de cette communauté de hasard et de choix, alors que films et photos abondent. Mon carnet, l’outil indispensable du journaliste pour noter les détails que la mémoire ne peut tous retenir dans la profusion des faits et des émotions qui vibrent dans les moments denses, ce carnet est d’un usage difficile sur la Zad, générant une suspicion aussi grande que l’appareil photo, et peut-être même plus grande. Car le regard de la photographie est perçu comme un reflet de la réalité, accepté dès lors que le visage n’est pas saisi sans le consentement, tandis que l’écrit est incontrôlable, il signifie l’altérité de l’interprétation imprévisible.

La Zad est un mythe réel qui fabrique en permanence sa légende, dans une oralité qui transmettra par la poésie du souvenir les hauts faits et les grandes misères de ces jours aventureux. Ici, on veut vivre pleinement le présent, la relation humaine dans sa densité instantanée. Les mots sont importants - il existe peu de lieux où l’on discute autant et aussi intensément de questions essentielles -, mais ils s’inscrivent dans la chair des locuteurs bien plus que dans la logique référentielle de l’écrit. L’écrit, d’ailleurs, renvoie à l’institution, à l’autorité, c’est un outil dont il faut certes user, par internet bien plus, au demeurant, que par l’imprimé, mais pour influer sur le monde extérieur dans la relation indispensable qu’il faut établir avec celui-ci, pas pour exprimer l’intensité et la singularité du vécu quotidien de la légende.

Et c’est donc en me demandant comment je pourrais exercer mon métier de journaliste, c’est-à-dire ma mission de témoin, si je veux rester un humain, que je chemine à travers champs. Ils sont totalement détrempés, et tout en goûtant le calme de cette marche dans le bocage qu’éclaire une lumière cristalline, j’imagine avec horreur le revêtement de béton dont certains s’obstinent à vouloir étouffer cette terre qui respire.

Voici la Chataigneraie. Le village est devenu le rendez-vous des collectifs de toute la France, dont des délégations viennent ici quelques jours, et où se déroulent presque tous les soirs des événements, projections de films ou discussions. Un homme lave son linge dans une bassine. Un groupe déjeune sur une table dehors. On entend des coups de marteau. Plus loin, un gars montre à une fille comment faire un truc de charpente. Je note un carton, posé sur une fenêtre "Sexistes, homophobes, transphobes, specistes, agistes, validistes, interdits ici et ailleurs". Agistes, c’est la discrimination à l’égard des personnes âgées, et le validisme, à l’égard des invalides.

Plus loin, je me rends compte qu’il fait chaud. J’enlève mon pull. Car l’essentiel de toute cette histoire, au moment présent, c’est que le printemps arrive.

" On vit dans la nature "

Mais l’heure tourne. Je retrouve Isabelle Rimbert, qui va me déposer à Nantes. E., un zadiste, vient avec nous, il a quelque chose à y faire. Il est sur la Zad depuis janvier, il est venu à cause de la répression d’octobre et novembre, et depuis, il est resté.

Je lui demande si ce n’était pas trop dur, de vivre dans le froid, l’humidité, le manque total de confort. "Non, non. On vit dans la nature, dans la forêt, on ré-apprend à faire du feu, des cabanes. Et puis on essaye de construire une nouvelle société..."
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Lun 1 Avr - 14:41

Citation :
Le tribunal autorise l'expulsion des occupants d'une ferme AFP 28.03

Le tribunal de Saint-Nazaire a autorisé jeudi l'expulsion d'agriculteurs anti-aéroport occupant une ferme vouée à la destruction sur le site du projet d'aéroport de Nantes à Notre-Dame-des-Landes, a-t-on appris de source judiciaire.
Compte-tenu du fait que le rapport de la commission de dialogue sur cet aéroport - dont les travaux ont permis une trêve de fait des interventions des forces de l'ordre depuis quatre mois - doit être rendu début avril, la probabilité de leur expulsion immédiate de la ferme de Bellevue jeudi était très faible.

Le tribunal de Saint-Nazaire avait déjà autorisé mardi l'expulsion d'opposants à l'aéroport qui occupent un hameau de cabanes en bois sur le site de la "Châteigne".
La ferme de Bellevue est destinée à être démolie dans le cadre du projet controversé de nouvel aéroport de Nantes, programmé pour 2017.
Les intenses manifestations et les violents heurts avec les forces de l'ordre qui ont accompagné à l'automne 2012 la tentative d'expulsion des quelque 300 opposants anticapitalistes installés sur place ont déjà entraîné le report de plusieurs mois de certaines phases de travaux comme le défrichage, prévu initialement en janvier 2013.
La commission de dialogue mise en place par Jean-Marc Ayrault fin novembre pour apaiser la crise doit rendre son rapport début avril.

Citation :
Nous vous rappelons que l'assemblée du comité de soutien à la ZAD de Rennes se réunit un lundi sur deux à 19h30 à la Maison de la Grève, hébergée au 37 rue Legraverend.

Ce soit, lundi 1er avril, assemblée à 19h30 : organisation autour de la manifestation de réoccupation agricole des terres de la ZAD, SEME TA ZAD, qui aura lieu le 13 avril.

En espérant retrouver beaucoup de monde de divers horizons autour de Sème Ta ZAD
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Nico37



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MessageSujet: Re: Manif anti aéroport Notre Dame Des Landes (44)   Mer 3 Avr - 0:06

Citation :
La résistance se (ré)organise 29/03

Nouveau combat en vue à Notre-Dame-des-Landes. Le tribunal de Saint-Nazaire (44) a autorisé l'expulsion des agriculteurs anti-aéroports occupant la ferme de Bellevue. Sur place, la résistance s'organise.


"On s’attendait à cette décision. On est là depuis deux mois et on reste. On se relaye au niveau départemental, et avec des agriculteurs du Morbihan, d’Ile-et-Vilaine, de Vendée", commente Cyril Bouligand, agriculteur du collectif Copain, dans les colonnes de Presse Océan. Il fait partie des opposants à la construction de l'aéroport de Notre-dame-des-Landes qui occupent depuis plusieurs mois la ferme de Bellevue. La décision dont il parle ? Celle prise par le tribunal de Saint-nazaire, hier matin.

150 opposants mobilisés

La justice a ordonné l'expulsion des occupants de cette ferme vouée à la destruction. Hier midi, toujours selon Presse Océan, ils étaient 150 mobilisés sur le site pour affirmer une nouvelle fois leur détermination. L'expulsion pourrait-elle survenir dans les heures à venir ? Sur le papier, oui. Dans les faits, certainement pas tout de suite. Le rapport dela commission de dialogue mise en place fin 2012 est attendu début avril. Le gouvernement devrait attendre ces informations avant d'agir.

Deux actions prévues

Sur place, au moins deux actions sont déjà programmées. Le 13 avril, les opposants prévoient d'ensemencer l'emprise de terrain prévue pour le futur aéroport. Et le 11 mai, une immense chaîne humaine constituée de plusieurs dizaines de milliers de personnes devrait ceinturer la zone concernée.

http://www.youtube.com/watch?v=S0LSBDrc0-4
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