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 Interview Fred Alpi

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Newo

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MessageSujet: Interview Fred Alpi   Mar 8 Fév - 12:59


Merci à Fred Alpi pour son investissement à cette interview.

Newo, Des Couteaux Et Des Fleurs : Raconte-nous ton parcours musical.

Fred Alpi : Mon parcours musical commence à Amiens, quand j’ai 14 ans, avec le punk rock et C.Q.F.D., groupe dans lequel je jouais de la basse. J’ai fait mon premier concert avec ce premier groupe, et je garde encore en mémoire la jubilation que j’ai éprouvée ce jour-là, et qui ne m’a jamais quitté sur scène depuis. J’ai ensuite découvert des sons plus nouveaux, la new wave puis surtout la musique industrielle, qui m’a fait déménager à Bruxelles en 1986, puis à Berlin en 1987. J’y ai rejoint Sprung aus den Wolken, un groupe dont j’avais rencontré les membres en Scandinavie, et avec qui j’avais sympathisé. Après plusieurs années passées à sillonner les salles de concerts alternatives dans toute l’Europe, et un album (Round and Around), j’ai décidé de venir m’installer à Paris en 1990. L’aventure Sprung aus den Wolken touchait à sa fin du fait que le chanteur se consacrait à la peinture à temps complet, ce qu’il fait toujours aujourd’hui d’ailleurs. J’ai paradoxalement redécouvert la chanson et la langue françaises à Berlin. J’avais désormais envie de jouer de la guitare, et surtout de chanter dans cette langue. Paris me semblait un bon endroit pour ça. J’ai passé près de cinq années à chanter des classiques de la chanson française dans le métro parisien, et l’été sur les terrasses de quelques capitales européennes, jusqu’en 1995. Il était temps de passer à mes propres chansons, et j’ai fait mes premiers concerts avec un répertoire personnel en 1997, seul sur scène. Ayant rencontré des musiciens avec qui je m’entendais bien, j’ai sorti mon premier album en trio électrique en 2000 (Ici & maintenant), puis un second en 2003 (Les chiens mangent les chiens). Bien qu’énergique, la formule montrait ses limites sur le plan mélodique et celui de la compréhension des textes, notamment en concert. Je suis donc passé à une formule en duo acoustique, plus adaptée à mes envies, ayant eu la chance de rencontrer Gilles, talentueux guitariste avec qui je joue depuis plus de six ans maintenant. Nous avons sorti notre premier album en 2007 (Se reposer ou être libre), et nous nous préparons à sortir notre nouvel album en mars 2011 (J’y croyais pas). Il sera toujours en duo acoustique, ce qui semble de l’avis général, et du nôtre en particulier, être la meilleure formule pour des chansons où le texte tient une place importante. J’ai également été en parallèle à mes projets, entre 2004 et 2008, guitariste de la Brigada Flores Magon, ayant rejoint le groupe en raison de notre proximité militante depuis plusieurs années. Nous avons fait de nombreux concerts, et sorti un album et un DVD live (Tout pour tous). Ayant pour ma part de plus en plus de plaisir à chanter et jouer de la guitare avec les années, et ayant toujours besoin d’électricité, de bruit et de fureur, j’ai décidé de monter The Angry Cats, un rock’n’roll trio qui me permet d’explorer de nouveaux horizons. Nous sortirons notre premier album, fait de compositions originales, en anglais, à l’automne 2011.


Se reposer ou être libre, titre de ton dernier album. Cela signifie-t-il que pour être libre, on doit agir à chaque minute sans connaître de repos ?

Effectivement, la liberté n’est jamais définitivement acquise, et elle demande à être conquise en permanence. Elle peut à tout instant être remise en question par l’environnement social, politique, économique, culturel, mais parfois plus encore par le manque de lucidité ou de courage que l’on a par rapport à soi-même. On peut se laisser aller à des routines, des certitudes, des lâchetés ou à des facilités qui nous mènent à des impasses, tant dans notre rapport à nous-mêmes qu’à notre rapport aux autres. La révolution commence par celle qu’on se fait à soi-même, bien avant celle qu’on voudrait faire faire aux autres. Elle demande à être permanente pour donner un sens véritable à toute une vie. Cette recherche ne signifie pas une vie de souffrance, bien au contraire, mais une honnêteté intellectuelle et physique par rapport à soi-même, ce qui demande un effort certain. Il est parfois nécessaire de prendre du repos et de la distance pour avancer, et surtout la volonté que la vie ici et maintenant soit celle qu’on veut vivre. Et donc se donner les moyens de la vivre à long terme, et pas seulement pendant quelques années. Ce sont donc des choix de vie exigeants, mais très excitants, car ils dépendent en grande partie de nous-mêmes et de l’énergie que nous y consacrons. J’ai depuis toujours le sentiment que celles et ceux qui font ces choix sont récompensés de cette cohérence existentielle, car ils/elles élaborent leur vie de façon cohérente avec leurs pensées.

Raconte-nous ta rencontre avec Gilles, le deuxième guitariste.

J’avais fait savoir à des amis musiciens que j’étais à la recherche d’un guitariste de blues, car lorsque je compose mes chansons, toujours à la guitare acoustique, c’est cette musique qui en est la base, avec toute sa richesse. C’est Tio Manuel (Wunderbach) qui m’a permis de rencontrer Gilles, et aussi de faire notre premier concert en duo avec lui d’ailleurs. Gilles et moi venons d’horizons musicaux très différents, et c’est une volonté commune de sortir de nos ghettos respectifs qui nous réunit. Gilles me fait découvrir énormément de musiques que je ne connaissais pas, ou mal, et m’a donné l’envie de jouer beaucoup plus de guitare. C’est un guitariste exceptionnel, et le fait de jouer avec lui me motive beaucoup pour progresser et découvrir de nouvelles façons de jouer, et de poser les mots sur la musique. Je crois que ce que je lui apporte, c’est une vision et une énergie qui n’existe que rarement dans le milieu du blues, devenu avec le temps assez académique. On s’entend très bien sur le plan humain également, on rigole beaucoup, ce qui est essentiel pour moi. Et comme très souvent les gens talentueux, il est à la fois curieux, modeste et généreux.

Deux mots reviennent souvent quand je lis des interviews : amour et anarchie. Ces mots rythment ton inspiration.

Je suis inspiré par ce que je vis au quotidien, tout simplement. Et ce sont donc des questionnements et des sentiments qui découlent de ma relation avec mon entourage, plus ou moins proche. Le privé est politique, et les deux s’entremêlent souvent. Les rapports amoureux sont l’expression de la vision du monde qu’on a, et vice-versa. Les joies et les peines des relations amoureuses ont souvent les mêmes fondements que les relations sociales à une échelle beaucoup plus importante. La recherche d’un bien vivre ensemble sur la base de la liberté, de l’égalité et de la solidarité ne sont pas plus faciles dans une relation intime limitée à quelques individu-e-s que dans une démarche politique concernant des millions de personnes. L’amour et l’anarchie sont effectivement les deux valeurs essentielles de mon existence. Ce n’est pas facile tous les jours, mais en définitive, je trouve que ça vaut la peine, car elles m’apportent toutes les deux une vitalité concrète et constructive au quotidien.

Commençons par l'amour. Question people : es-tu un individu d'un amour ou de plusieurs amours ?

Ce n’est pas une question people, c’est une question fondamentale, qu’on n’est pas du tout obligé de traiter sur un mode voyeur au prétexte que l’amour est l’expression de l’intime. L’amour est multiforme, capable de générer le meilleur comme le pire. Ça peut être une énergie émancipatrice exceptionnelle, basée sur la liberté, l’égalité et la solidarité dont je parlais précédemment, à l’opposé de l’échange de services auquel le résument les tenants des théories ultralibérales et autres atrophié-e-s des sens. Je suis de par la vie qui est la mienne aujourd’hui l’individu de plusieurs amours, successives. J’ai aimé à plusieurs reprises, très intensément et très sincèrement, et j’aimerai encore, quelles que soient les formes que ces amours peuvent prendre. Et quand j’aime, quand je dis je t’aime, c’est pour toujours. Je n’ai jamais regretté d’avoir aimé. Les déceptions que je ressens proviennent du fait que les relations amoureuses que j’ai connues n’ont pas duré plus longtemps qu’elles ne l’ont fait, parce qu’elles étaient arrivées au terme d’une certaine logique.

Comme beaucoup d'artistes, souhaites-tu être sur scène pour retrouver des morceaux d'amour envoyés par le public ?

Je considère qu’être sur scène, qu’elle soit petite ou grande, c’est un échange affectif avec le public. Je ressens depuis toujours cette interaction entre ce qui se passe sur scène et dans la salle, et c’est pour ça que j’aime pouvoir improviser afin de pouvoir exprimer au mieux ce que je ressens à cet instant, et qui est toujours unique. Et c’est effectivement un échange amoureux, malgré ses limites, dont il me semble important d’être conscient de part et d’autre de la scène. Il ne faut pas être dupe, et ne pas croire que le public vous aime en tant que personne. Il aime l’énergie qui est dégagée à ce moment-là, et ce qu’il en ressent. En avoir conscience aide à ne pas tomber dans une surestimation de son ego. Et en tant que public, ne pas croire que ce que l’artiste dégage à un certain moment représente la totalité et la réalité de ce qu’il est au fond de lui.


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MessageSujet: Re: Interview Fred Alpi   Mar 8 Fév - 13:12


Newo, Des Couteaux Et Des Fleurs : Fais-tu une différence entre anarchie et anarchisme ?

Fred Alpi : On peut considérer que l’anarchie est un objectif à atteindre, et l’anarchisme le moyen d’y parvenir. Mais dans le cas de la démarche anarchiste, les fins et les moyens doivent se confondre. On ne peut prétendre atteindre des fins justes par des moyens injustes, comme dans d’autres pensées politiques ou philosophiques qui pensent que la fin justifie les moyens. L’anarchie de comptoir, de salon ou de forum internet n’ont aucun intérêt, car elle n’est que théorique. C’est la vie qu’on mène en réalité qui donne sa valeur véritable à une pensée.

Penses-tu qu'un jour l'Humanité connaîtra l'Anarchisme et l'Amour ?

Un tel but est de fait impossible à atteindre, car il n’a pas de limites. Le plus important me semble être la démarche qui tend vers ce but. Cela permet de vivre ici et maintenant avec cette intention et ces pratiques, malgré leurs imperfections. Je ne crois pas au grand soir, qui est une notion religieuse et non politique. La seule chose qui ait du sens en tant qu’anarchiste est de penser sa vie et vivre ses pensées de façon cohérente, sans attendre.

Es-tu plus révolté aujourd'hui qu'à l'âge de 20 ans ?

Sans aucun doute, parce qu’à 20 ans ma révolte était très spontanée et instinctive, comme c’est souvent le cas à cet âge-là. C’est souvent un bon début, mais ça ne suffit pas à mener le combat de toute une vie, même si on entend le terme combat dans son acception la plus modeste, c’est-à-dire celle de notre trop courte vie individuelle. Aujourd’hui, ma révolte est réfléchie et argumentée, et je l’ai confrontée à la réalité de mon existence dans la société actuelle. Elle est donc bien plus intense. Il m’a fallu réfléchir et agir pour continuer à vivre le plus possible en cohérence avec mes idées, faire des choix de vie parfois difficiles, mais qui ont renforcé la démarche philosophique et politique qui est la mienne. Je ne l’ai jamais regretté, parce que j’ai compris qu’il n’y a rien de plus précieux qu’une présence au monde choisie, quelles que soient les difficultés que ça implique. J’ai dans le même temps rencontré beaucoup de révoltés de 20 ans rentrer dans le rang à 30 ou 40 ans, trahissant leurs prétendus idéaux contre une illusoire sécurité matérielle ou une reconnaissance sociale symbolique, car ils n’avaient pas le courage d’assumer la vie qui en découle. Certains jeunes rebelles, surtout parmi les plus radicaux, sont en fait profondément fascinés par le système capitaliste qu’ils prétendent combattre, et en deviennent les plus zélés serviteurs. Les milieux alternatifs génèrent à mon avis le meilleur comme le pire, c’est-à-dire à la fois des individu-e-s qui parviennent à transformer leur révolte adolescente en une démarche de vie constructive, mais aussi les renégats et les faux rebelles les plus cyniques, qui renient tout ce qu’ils ont affirmé défendre en échange d’une vie médiocre d’employé servile ou de chefaillon d’entreprise. La sécurité de l’emploi et le tintement du tiroir-caisse font autant de dégâts que la défonce, toujours au service du pouvoir en définitive, dans les milieux alternatifs.

Parle-nous du Kung-Fu, art martial que tu pratiques.

J’ai commencé à pratiquer le Kung-fu en même temps que la musique, il y a près de 35 ans maintenant. Je n’étais doué ni pour l’un ni pour l’autre, mais j’avais une soif d’apprendre et de pratiquer qui ne m’a jamais quitté. J’ai donc progressé lentement dans l’une et l’autre disciplines, et je pratique toujours les deux au quotidien. La complémentarité entre elles me semble évidente, car elles demandent toutes les deux curiosité, patience et persévérance. La pratique du Kung-fu, qui ne transforme personne en superman soyons clairs, m’a permis avant tout de me connaître, de m’accepter, de m’assumer et de construire la vie qui est la mienne, tant sur le plan physique que psychologique. Ça m’a également évité de tomber dans les pièges de la défonce, qui a gâché la vie de tant de mes ami-e-s, quand elle ne les a pas tué-e-s, au moins moralement. Cette persévérance porte ses fruits chaque jour, puisque c’est sans aucun doute ce qui me permet aujourd’hui d’avoir l’énergie indispensable à la pratique du rock’n’roll. J’ai la chance de pouvoir vivre de mon métier de professeur de Kung-fu et de Qi Gong, ce dont je suis le premier étonné d’ailleurs, jamais je n’aurais cru cela possible. Cette pratique, et la nécessité de la réflexion indispensable à sa transmission, est vraiment devenue un art de vivre, qui me permet, outre le fait de rester en bonne santé, de remettre régulièrement en question mes fonctionnements physiques et psychologiques. C’est une démarche anarchiste extrêmement concrète, où l’on est en permanence amené à réfléchir aux relations entre soi-même et son environnement, qu’il soit proche ou lointain. C’est une école de la liberté du corps et de l’esprit, dont je recommande la pratique à toutes celles et ceux qui souhaitent s’émanciper, même si ce n’est bien entendu pas la seule voie possible.

Questions chaudes :

Que penses-tu de l'action de certains anarchistes dans le monde qui envoient des lettres piégées à des ambassades ?

Je ne connais pas assez le détail de ces actions pour porter un jugement définitif à leur sujet. Certaines actions violentes symboliques peuvent être efficaces car elles déclenchent des prises de conscience, d’autres sont très contre-productives car elles ne sont pas comprises par celles et ceux qu’elles sont censées concerner. Cela pose la question générale de l’usage de la violence dans une démarche révolutionnaire, et surtout de savoir à quoi, ou à qui elle sert en définitive. Il semble d’une part illusoire de penser que les rapports de domination actuels puissent être remis en question sans une répression féroce de la part des gouvernants, et il faut bien se défendre. Le système capitaliste est très violent, il tue sciemment des millions de personnes chaque année, y résister et s’en défendre est donc légitime. D’un autre côté, je pense en tant qu’anarchiste qu’on n’atteint pas des objectifs justes par des moyens injustes, et que la violence peut vite le devenir. Les guerres, quelles qu’elles soient, voient des pacifistes sincères se transformer en véritables fascistes, parce que la violence est un pouvoir auquel il est facile de se soumettre, même malgré soi, et en croyant bien agir. La violence est un ultime recours, et toujours une défaite. Elle est parfois inévitable, et préférable à la lâcheté, qui génère une violence plus brutale encore, même si elle est plus sournoise.

Facile de parler de la chrétienté à un libertaire, mais quelle est ta vision de l'islam ?

Elle est la même que celle que j’ai de toutes les religions, à savoir qu’elles sont des systèmes d’aliénation mentale, de soumission et de résignation volontaire, dont les femmes sont toujours les premières victimes. Pour autant, je ne cautionne pas les attaques ciblées contre l’islam menées actuellement par certains libertaires, car elles cautionnent de fait le discours raciste dominant bien plus qu’elles ne luttent réellement contre l’obscurantisme. C’est selon moi aussi malvenu que de critiquer le judaïsme en 1940.

As-tu le courage de critiquer la politique de Monsieur Sarkozy, Président de la République Française ?

Je ne pense pas qu’il faille être très courageux pour critiquer la politique menée par Sarkozy, qui n’est qu’un avatar de la société du spectacle au service du capitalisme. J’y consacre toutefois une chanson dans mon prochain album, qui s’appelle le Fric, la Frime, la Cocaïne, fléau qui touche toutes les sociétés du spectacle, qu’elles soient capitalistes ou alternatives d’ailleurs.

T'es-tu vacciné contre la grippe ?

Non, même si je ne suis pas anti-vaccin. Mais j’ai connu autour de moi des cas d’allergie violente au vaccin contre la grippe H1N1, dont la diffusion a plus servi les intérêts de l’industrie pharmaceutique que ceux de la santé publique.

J'ai vu à plusieurs reprises ton soutien (concerts, service d'ordre en manifestations,...) à la CNT issue de l'anarcho-syndicalisme. En France, deux syndicats représentent ce mouvement, CNT/AIT et CNT-les Vignoles. Peux-tu nous expliquer pourquoi scission il y a eu ? Et de quel syndicat es-tu proche ?

La scission s’est faite en raison d’un désaccord concernant la place d’un syndicat anarcho-syndicaliste dans le monde du travail. Cette question traverse régulièrement, et aujourd’hui encore, les deux organisations, et toutes les organisations anarcho-syndicalistes du monde d’ailleurs. C’est un débat, qui n’est pas tranché, sur la cohérence par rapport aux principes et l’efficacité sur le terrain. En clair, un syndicat qui participe aux élections professionnelles peut-il encore se prétendre anarcho-syndicaliste, mais s’il ne le fait pas, a-t-il la moindre chance de peser sur les luttes sociales dans le monde du travail ? D’un côté le purisme ne mène qu’à l’isolement élitiste et à une pratique virtuelle, mais d’un autre côté une pratique ne respectant pas ses principes de base ne peut pas atteindre les objectifs qu’elle prétend défendre. Immobilisme ou compromission ? À mon avis, un gramme de pratique vaut un kilo de théorie, dans ce domaine comme dans les autres, même si je considère que la théorie est indispensable pour donner des perspectives à des actions qui sinon ne dépassent pas le stade du défoulement. Me trouvant à Paris, je suis proche de la CNT Vignoles, pour des raisons affinitaires et géographiques plus que politiques d’ailleurs. Mais j’ai toujours eu de très bons rapports avec des militants d’autres organisations libertaires, que ce soit la Fédération Anarchiste, le SCALP, Alternative Libertaire ou la CNT AIT. Je ne suis jamais parvenu à être d’accord sur tout avec aucune organisation, y compris la CNT Vignoles, et c’est pour cela que j’ai toujours une relation distancée avec elles. J’en suis plus un compagnon de route qu’un véritable militant. J’aime aussi beaucoup discuter avec les féministes radicales et antiracistes, dont les préoccupations et la vision du monde me semblent souvent proches des miennes, car comme je l’ai dit plus haut, le privé est politique, et la révolution commence par soi-même.

Comment vois-tu l'évolution de l'anarcho-syndicalisme dans les prochaines années en France ?

Le fonctionnement anarcho-syndicaliste peut être une réponse à une organisation différente de la société, et des luttes pour y parvenir, au-delà de la CNT d’ailleurs. On voit depuis quelques années que les coordinations de luttes sociales s’organisent de plus en plus selon ces principes, qui sont notamment l’assemblée générale souveraine, l’action directe, la grève générale, les mandatés révocables à tout instant et le refus des permanents. Ce sont des principes assez sains car ils évitent les dérives liées à la course au pouvoir, même alternatif. Leur efficacité repose toutefois sur une implication large de toutes celles et ceux qui sont concernés. Ne pas vouloir de chef nécessite de se prendre réellement en charge. C’est en ce sens que la liberté ne se donne pas, mais qu’elle se prend.

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MessageSujet: Re: Interview Fred Alpi   Mar 8 Fév - 13:24


Newo, Des Couteaux Et Des Fleurs : As-tu un téléviseur ? Que penses-tu de cet objet qui se retrouve dans plus de 95 % des foyers ?

Fred Alpi : Je n’ai pas la télé, je ne l’ai jamais eu chez moi, et même enfant, je la regardais assez peu chez mes parents. J’ai toujours préféré être dehors avec des amis, notamment pour faire de la musique. J’aime beaucoup regarder des films, même si le temps me manque, mais je n’attends pas la télé pour ça. Je suis effaré quand je tombe sur une télévision sur le niveau de bêtise crasse, de cynisme mercantile et de manipulation politique qui s’en dégage. La télévision pourrait sans doute être un outil d’émancipation, d’éducation et de culture, mais c’est presque exclusivement une arme de destruction massive de l’intelligence, dont les fins et les moyens se résument à « dépenser pour ne pas penser ». Il n’est pas exagéré de dire que la télévision est pour l’instant un outil quasi exclusivement destiné à créer le consentement au système par le biais de la consommation.

Tu as connu les membres des Bérurier Noir. Quelles étaient et quelles sont tes relations avec eux ?

Je n’ai rencontré les membres de Bérurier Noir qu’après la dissolution du groupe, car je n’habitais pas en France pendant une bonne partie des années 80. Et les premières fois que j’avais écouté le groupe, à leurs débuts, j’avais trouvé que musicalement ça n’apportait pas grand-chose, c’était du punk qui arrivait avec cinq ans de retard. Mais c’est vrai que l’intérêt de ce groupe, c’est tout ce qu’il véhiculait autour de lui, et que je ne connaissais pas. J’ai donc fait la connaissance des membres du groupe avant même d’écouter vraiment leur musique, plus particulièrement Masto, un voisin, et Loran. Et nous nous sommes très bien entendus, car ils avaient eux aussi une grande curiosité de la vie. Ce sont des gens très ouverts d’esprit, ce qui n’est toujours le cas dans le milieu du punk rock, souvent enfermé dans ses conservatismes et ses uniformes. Je pense toutefois que la reformation du groupe n’était pas une bonne idée, même si ça a été l’occasion de passer de bons moments, et pour moi de comprendre réellement ce que le groupe avait représenté. Mais l’essentiel, c’est-à-dire le lien entre l’énergie musicale et la réalité politique du moment, n’était plus là. S’étant arrêté pendant 14 ans, la démarche du groupe correspondait à celle de l’époque de sa première dissolution, et tout avait changé depuis, ce qui a créé un décalage évident. Le groupe l’a d’ailleurs vite compris, et de nouveau arrêté. Les projets solo de ses membres sont bien plus intéressants et en phase avec le monde d’aujourd’hui. Je rencontre toujours Masto et Loran régulièrement.

Ton dernier album est sorti en 2007. Quand penses-tu sortir un nouvel album sous le nom de Fred Alpi ?

Le prochain album sort en mars 2011, il s’appelle « J’y croyais pas », et est enregistré, comme le précédent, en duo avec Gilles Fegeant. Il sortira le 31 mars, avec un concert gratuit aux Combustibles, près de Bastille, à Paris.
Il me faut toujours quatre années de maturation pour préparer un album. Le temps de l’écriture est long, et je ne veux pas refaire un album qui sonne exactement comme le précédent, même si je continue dans le même esprit. Nous avons pris le temps d’essayer beaucoup de versions des différents morceaux qui s’y trouvent. Et ça a été possible parce que tous les enregistrements ont été faits chez moi, c’est une grande liberté, maintenant relativement accessible avec le développement et la baisse des coûts du home studio. Quant à son contenu, c’est toujours une colère pleine d’amour. Il sera bientôt en écoute sur mon site. L’album est illustré par Thierry Guitard, le dessinateur qui avait fait les dessins pour le livre « Pirates de tous les pays » de Marcus Rediker, que j’ai traduit pour les Éditions Libertalia.

Amour, anarchisme, qu'elles seront les autres thèmes des compositions ?

Comme pour mes albums précédents, les thèmes sont les reflets de mes préoccupations, de mes questionnements et de mes rencontres. Il y aura donc à la fois des morceaux au contenu politique explicite, mais aussi des portraits et des tranches de vie. Quelques titres pour vous donner une idée : « Surveiller et punir », « J’y croyais pas », « Le Fric, la Frime, la Cocaïne », « C’est pour ton bien »…

Combien de titres se coucheront dessus ?

Il y aura 12 titres originaux, dont un en anglais et un en suédois, mais aussi deux versions allemandes de deux de mes anciennes chansons. Je les ai chantées plusieurs fois en Allemagne, et plusieurs personnes là-bas voulaient les retrouver sur un album.

Avec cette sortie, as-tu déjà prévu des concerts en France ou à l'étranger ?

Oui, il y aura des concerts en France, en Allemagne et en Suisse, nous sommes en train de caler les dates pour 2011.

Parle-nous du groupe The Angry Cats.

The Angry Cats est une grande surprise dans ma vie je dois l’avouer. Le rockabilly est un style musical que j’écoute depuis longtemps, sans en être un expert, mais je ne m’attendais pas à en chanter et à en jouer un jour. Comme beaucoup de guitaristes issus du punk rock, j’ai longtemps méprisé la technique instrumentale, pensant à tort qu’elle tuait la spontanéité, ce qui est une grande erreur. La spontanéité est surtout une question de personnalité, la technique peut au contraire lui permettre de se renouveler et de s’enrichir. Le nombre important de punks « spontanés » à 20 ans lâchant l’affaire à 30 ans parce qu’ils s’ennuient avec la musique qu’ils jouent en est la preuve. J’avais moi aussi l’impression de tourner en rond à la guitare il y a quelques années, et j’ai décidé d’apprendre à jouer mieux, parce que j’éprouvais malgré tout de plus en plus de plaisir avec cet instrument. La fréquentation de Gilles, excellent guitariste comme je l’ai déjà dit, m’a également motivé, parce que j’ai été impressionné par l’aisance et la relation qu’il a avec la guitare. Et je me suis mis à bosser des techniques de rockabilly, parce que j’aime ce son et ce dynamisme, différent de tout ce que j’avais fait jusqu’à présent. J’ai commencé à travailler les grands classiques du genre, d’Eddie Cochran à Johnny Burnette en passant par Johnny Cash, Elvis Presley et Chuck Berry, et bien sûr les Stray Cats, groupe que j’apprécie particulièrement pour sa faculté d’avoir renouvelé le genre. Après quelques temps, j’ai eu envie de jouer ces morceaux en trio, juste pour m’amuser, et je me suis pris au jeu. Après quelques concerts très encourageants, je me suis mis à écrire et composer des morceaux originaux, qui constituent désormais l’essentiel du répertoire du groupe maintenant. Après des débuts avec d’autres musiciens, c’est désormais Torz et Swan qui m’accompagnent à la batterie et à la contrebasse. J’aime beaucoup jouer en trio, c’est très exigeant, mais ça donne aussi une très grande liberté d’improvisation, ce qui est très agréable en concert. Nous préparons notre premier album, qui sortira à l’automne 2011 a priori.


Ton site est en travaux. Quels sont les changements que tu y apporter ? Y aura-t-il plus de vidéos ? Tous les textes de toutes les chansons ? Ou des animations 3D avec son dolby surround digital quadri stéréo très en vogue en ce moment dans des salles sombres ?

J’aime bien avoir un nouveau site avec chaque nouvel album, ça permet de mettre à jour le contenu. Il n’y aura rien de spectaculairement nouveau sur le fond, car l’ancien était assez complet, mais le graphisme s’inspirera de celui de la pochette du CD, réalisée par Thierry Guitard. On y retrouvera bien sûr les chansons en écoute libre, les textes de toutes les chansons, et des vidéos quand elles existent. Rien de compliqué sur le graphisme, le fond m’intéresse plus que la forme.

Questions à choix non multiples (niveau très difficile) :
- Plutôt blues ou punk ?

J’aime l’énergie du punk, mais je cherche à l’exprimer dans une musique fortement influencée par le blues, qui offre beaucoup plus de subtilités et de richesse dans les sensations.

- Plutôt Brigada Flores Magon ou The Angry Cats ?

J’ai retrouvé avec The Angry Cats un groupe avec de l’énergie, de la curiosité et de l’enthousiasme, qualités indispensables pour faire de la musique, et qui faisaient depuis longtemps défaut à la Brigada, groupe aujourd’hui disparu comme c’était prévisible, les choix de vie de ses plus anciens membres les ayant éloignés à la fois de la musique et d’une démarche libertaire.

- Plutôt studio ou scène ?

Pour moi, la musique, c’est avant tout sur scène qu’elle doit vivre, l’énergie y est unique. Mais j’ai malgré tout de plus en plus plaisir à enregistrer, parce que ça permet aussi de découvrir de nouvelles pistes, indispensables pour ne pas se répéter et enrichir sa démarche musicale. Le studio suscite un réel développement des sens, qu’on peut exprimer sur scène par la suite. L’un et l’autre se nourrissent mutuellement.

- Plutôt guitare électrique ou guitare acoustique ?

Elles me procurent toutes des plaisirs différents, complémentaires et irremplaçables. C’est pour ça que j’ai besoin d’avoir des projets parallèles pour jouir de toutes les sensations qu’elles permettent.

- Plutôt Bruxelles ou Paris ?

Tu aurais pu rajouter Berlin, ville où j’ai vécu, et que j’adore aussi. Pour l’instant, je me sens bien à Paris, ça fait longtemps que j’y habite, et c’est là que j’ai le mieux réussi à vivre la vie que je souhaitais. C’est une ville fatigante, mais qui a en même temps une énergie stimulante. Et j’y ai de bons amis, ce qui est vital pour moi, l’amitié étant à mon sens un des sentiments humains les plus nobles. Je retrouve malgré tout régulièrement avec plaisir mes amis Bruxellois ou Berlinois, parce que c’est surtout grâce à eux que j’aime ces villes.

- Plutôt paresse ou action ?

Je ne suis définitivement pas paresseux, parce que j’ai compris que les plus belles choses que l’existence pouvait apporter nécessitent d’y consacrer de l’énergie et de l’amour. L’argent ne peut rien acheter de tout ça, et la paresse peut rapidement nous mettre sous dépendance, étant donné la façon dont le monde fonctionne. Je suis pourtant capable de rester des heures en contemplation devant un coucher de soleil ou un paysage, dans une nature sauvage. L’action n’est dans mon cas pas une fuite, comme elle l’est parfois pour des personnes terrorisées à l’idée de se retrouver face à elles-mêmes. L’important est selon moi ce qui permet la curiosité de soi et du monde.

Dernières questions ? Et ton futur, comment le vois-tu ?

J’espère pouvoir continuer à mener mon existence dans la direction que j’ai choisie, et qui demande beaucoup d’efforts. Mais c’est me semble-t-il la seule façon pour moi de rester libre, de faire de la musique et d’avoir des relations saines et mutuellement enrichissantes avec toutes ces femmes et ces hommes hors du commun que ce mode de vie permet de rencontrer.


Crédit photos : Patrick Parchet

www.fredalpi.com
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MessageSujet: Re: Interview Fred Alpi   Sam 9 Avr - 2:16


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Interview Fred Alpi
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