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 Cellule(s) invisible(s) - revue de presse

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Newo

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mer 8 Juin - 23:49


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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Dim 19 Juin - 13:27

Roman fiction

Citation :
Pousser les situations à l'extrême ? L'Honorable Société semble à peine tirer sur le fil du réel. Soit un vol d'ordinateur qui tourne mal : Soubise, son propriétaire, rentre trop tôt, chez lui, où des barbouzes le tuent sous les yeux de militants écolos qui venaient de hacker sa machine. L'enquête est confiée au Quai des Orfèvres, mais la nouvelle de cette mort inquiète Elisa Picot-Robert, héritière d'un empire industriel du BTP, très proche de Pierre Guérin, le candidat de droite et probable vainqueur de l'élection présidentielle. Il va falloir, pendant les deux semaines de l'entre-deux-tours, vendre à l'opinion la thèse d'un meurtre perpétré par des "éco-terroristes" tendance Tarnac, et empêcher les policiers de la Crim' de comprendre que la mort de Soubise cache un secret : une fois au pouvoir, Guérin entend privatiser le secteur nucléaire.

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/06/09/le-roman-noir-de-la-politique_1533788_3260.html

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Lun 11 Juil - 0:21

Vous souvenez-vous vous de cette affaire que l'on nommait : l'affaire de Tarnac ? C'en est où ? Où se trouve la ministre de l'Intérieur de l'époque, qui avait mis sur la place publique cette histoire pour garder sa place publique au ministère ? Et pourquoi la justice ne réagit pas aussi rapidement que la justice new-yorkaise ?

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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Lun 18 Juil - 22:44

Citation :
Dans le bourg de Peyrelevade, sur cette vieille terre de résistances, nous avons décidé de fêter à notre manière l’abolition des privilèges que la Révolution française proclama, et qu’il nous reste à réaliser.
Deux siècles et demi après la première nuit du 4 août, la mise à sac de la planète par une oligarchie prédatrice qui vaut bien les aristocraties d’antan, atteint un point de non-retour. Les gouvernements qui avaient renfloué la Banque aux dépens des peuples prétendent maintenant sacrifier les peuples pour satisfaire la Banque.

Mais, des revolutions arabes aux places occupées d’Espagne et d’Europe, des émeutes de Grèce à celles de Londres, des blocages français aux grèves chinoises, le rêve d’un monde plus libre, plus égalitaire et plus fraternel connaît une nouvelle jeunesse.

Du 4 au 6 août prochain, venus des quatre coins du monde, insurgés victorieux, musiciens, travailleurs en butte à l’exploitation, saltimbanques, chômeurs heureux, étudiants enragés, citoyens au bord de la crise de nerf, cinéastes, irradiés en furie, militants lassés de s’indigner ou radicaux mélancoliques, écrivains, habitants des campagnes et des banlieues, bloggeurs, tous peu soucieux de leur reconnaissance par la société existante, se retrouveront dans les rues du bourg de Peyrelevade. Deux jours et deux nuits durant, il y aura des films, des interventions, des discussions, de l’ivresse, de la musique et des
chants, l’inattendu au coin de la ruelle et les murs couverts d’expressions énigmatiques, un banquet et un bal populaire aussi. Il y aura sur cette nouvelle place Tahrir en zone rurale la même disposition à se rencontrer et à se parler que dans les rues de Tunis le 14 janvier dernier ou sur les piquets de blocage en France pendant le mouvement contre la réforme des retraites. Pour s’arracher ensemble au cours programmé de la catastrophe, et crier « Dégage ! » à tout ce qui entend nous gouverner.

Il y aura à la fin une assemblée d’où partiront, à coup sûr, des projets de bouleversement pour le siècle qui vient.

Comme disait un graffiti de la Puerta del Sol : « L’impossible ne peut qu’advenir. »

Nous vous attendons donc à Peyrelevade pour les Nuits du 4 août.

Les 4, 5 et 6 août, à Peyrelevade

En présence de Satoshi Ukai, Fantazio, Gilles Clément, Zoubeir Chahab, Gilles Perrault, Ouffnoon, Eric Hazan, Hakima Berrada, Quntet de bœufs, John
Jordan, Isabelle Frémeaux, Krekekekex koax koax, Florent Gouget, Danser dans le silence, Arterroriste, Mylène Sauloy, bien d’autres encore et vous peut-être.

Le site des Nuits du 4 août : http://www.nuitsdu4aout.com

Pour télécharger l'affiche : http://ddata.over-blog.com/4/54/92/03/nuitsdu4aoutweb.pdf

diffusion@soutien11novembre.org


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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 6 Aoû - 0:54

Citation :
Tarnac, un acte préparatoire 05 Août 2011 Par Dominique Conil

Aujourd'hui, à 17 heures, onva lire des textes de Jean-Marie Gleize. Il pleuvra peut-être. Cela se passeraà Peyrelevade, bourg voisin de Tarnac, plateau de Millevaches, où l'on arrived'un peu partout, de France et bien sûr d'ailleurs. Là, pendant trois jours ettrois nuits, en hommage à cette nuit du 4 août et à l'abolition des privilèges«que la Révolution proclama, etqu'il nous reste à réaliser», dit le texte du programme.

Ainsi donc, sous tente ouabri, va-t-on lire Jean-Marie Gleize, son Tarnac,un acte préparatoire. Et ce sera, sans doute, trèsbien : « Un mouvementrévolutionnaire ne se répand pas par contamination
Mais par résonance ». C'est l'une des phrases qui vous reste en tête, parmi d'autres, dans les fougères.

Sans doute yaura-t'il résonances multiples, - « lapluie continuera plusieurs heures, plusieurs jours et plusieurs nuits. Ellecontinue après, longtemps après. Elle ne peut effacer la poussière ».

Ceux qui sont familiers del'œuvre de Jean-Marie Gleize, poète, essayiste, sauront déjà que ce Tarnac làest forcément très loin des « réutilisations » de l'actualité, supports depromotion, avec vide intérieur. Le livre est dédié à Julien Coupat et sescamarades, mais il est à l'inverse inspiré,nourri de trois pôles, qui se succèdent, par strates et rapprochements, sanshiérarchie, parcours qui a la force d'une rêverie éveillée, phrases qui tendentvers le nécessaire, intime du politique, au plus près de la phrase finale, «ne rien mentir». Les fragments autobiographiques sont essentiels, mais pas lissés: «Je trace un mot à la craie sur gris ardoise de l'ardoise. Cette phrase est friable».

Tarnac, ici centre assombri-approfondidu monde, est d'abord un lieu d'enfance,et même lieu de naissance, un lieu deforêts « fermées » : « Ceque voit l'enfant, ce qui le pénètre sans qu'il le sache ». Jean-MarieGleize a grandi ici. Talus, frondaisons, eau, « par temps d'orage le vent soulève lescharpentes comme les feuillets d'un livre, les précipite et les brise ».

Présent, aussi, H.A-G, patriarchemort en 1964 et reçu dans le tiers-ordre franciscain en 1908, dont les cahiers,quelques notes, ont été retrouvées dans une boîte de fer-blanc; un autre parcoursvers la non-propriété.

Et enfin, détonateur dutexte, ouverture, source d'autres évocations, le 11 novembre 2008, avec, en ceslieux familiers, l'arrivée massive de la police venue perquisitionner et interpellerceux qui vivent autrement, présentés immédiatement et avec fracas comme« terroristes »

Enumération des loissuccessives qui ont forgé l'arsenal antiterroriste « Il est illusoire de demander que ce régime procédural soit appliqué defaçon moins large et moins brutale : il est précisément conçu pour êtreappliqué comme il l'est ».

Et ainsi le livre tout entiers'inscrit-il dans « l'acte préparatoire », si peu défini par lelégislateur.

A la trace franciscaine, àl'enfance, répond, comme motif , l'évocation politique. C'est même ce quiapparaît, progressivement, comme dans ces dessins-énigme pour enfants :sauras-tu retrouver la révolution dans ce tableau ?

« Je reprends à partir du mot « communiste ».

« Communiste est ce mot enfermé dans l'eau, ce corpsenfermé dans l'eau. Ici à Tarnac le brouillard se couche à la surface de l'eau

Froisse les talus de fougères c'est la nuit »

Enfermé dans l'eau, GillesTautin, militant maoiste de 1968 poursuivi par la police à Flins, noyé dans la Seine. Le temps n'est pas aboli, il estdans une autre continuité. Dans un passionnant entretien avec la revuePoezibao, Jean-Marie Gleize évoque un « présent antérieur » etsimultanément un « présent à venir ».

Aujourd'hui donc, non loin des forêts , à Peyrelevade,on lira Jean-Marie Gleize et c'est très bien ( même si son Tarnac est aussi ce genrede livre avec lequel on noue une relation de lecture intime,silencieuse, à laquelle on ajoute son propre désordre, ses prolongations,l'effet de résonance , oui, est puissant). L'affiche des Nuits du 4 août le dit : il faut des lieux,de la musique, les mots adéquats.

Comme , extrait du chapitre 15, en forme de journal, ces mots très très adéquats :

Le 21 mars- On a
frappé sur un arbre.- Le sol a tremblé, oui. ( c'est
alors que le lac gris du
ciel devient presque noir
puis devient noir et c'est
la nuit, et maintenant la
musique commence ou
recommence, elle vient de
la forêt, la traverse et
c'est tout). Le2 avril.
N'entrez pasen guerre,
Vous y êtes. Vous n'entrez
pas, vous y êtes.
Rimbaud : « je suis
en grève ». Dans cette
Indistinctionreconquise,
Alors se
(« je buvais, accroupi
dans quelque bruyère
entourée de bois de
noisetiers Par un
brouillard ») des zones
d'autonomie active zones
d'autonomie provisoires
Des couloirs de
repliement si besoin pour
reprendre ailleurs plus
loin à couvert, la pratique
de « je suis en grève »/
pour une politique
du présent de la présence
d'invention permanente
gestes-regards,
fabrication continue des
cabanes -

Tarnac, un acte préparatoire de Jean-Marie Gleize, 163 pages, éditions du Seuil, collection Fiction et cie,18 euros.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 20 Aoû - 9:52

Citation :
Gauche radicale : une « affaire Tarnac » en Serbie Par Ivana Milanović Hrašovec (Vreme)

Les dégâts s’élèvent à 18 euros.

Depuis le 31 août 2009, six jeunes proches de la mouvance anarchiste sont détenus dans les prisons serbes pour avoir graffé sur l’ambassade de Grèce et lancé deux cocktails Molotov en soutien à la grève de la faim d’un anarchiste grec.

Leur procès a débuté le 17 février. Accusés de « terrorisme international », ils risquent de 3 à 15 ans de prison.

La société civile serbe, choquée, se mobilise en masse contre cette détention arbitraire. Le syndrome « Tarnac » aurait-il atteint Belgrade ?

Les « six de Belgrade »

Le pire est toujours à observer dans les milieux où « l’homme n’est ni un héros parce qu’il l’a mérité, ni un un voleur parce qu’il l’a cherché ». C’est là que tout dépend des alliances et des desseins bureaucratiques et politiques qui, comme le veut la règle, n’exercent pas leurs sentences équitablement.

C’est dans ces conditions que six jeunes, pour la plupart étudiants - Ratibor Trivunac, 29 ans, Tadej Kurepa, 25 ans, Ivan Vulović, 25 ans, Nikola Mitrović, 30 ans, Sanja Dojkić, 20 ans et Ivan Savić, 26 ans - , se sont retrouvés accusés de terrorisme international, d’avoir agi pour le compte d’un groupe organisé qui dépendrait de l’initiative anarcho-syndicaliste (ASI).

Quatre d’entre eux sont accusés d’être les auteurs de l’attentat, un est accusé d’en être l’instigateur et le dernier d’être complice. Ils ont tous été arrêtés après avoir lancé des cocktails Molotov sur l’ambassade grecque le 25 août 2009 et sont détenus depuis cinq mois et demi. Alors qu’on commençait à se demander si leur procès allait un jour débuter, l’audience a été fixée au 17 février 2010.

Pendant ce temps, des juristes, des sociologues, des professeurs d’université, des personnalités publiques, contredisent les décisions juridiques qui sans cesse rallongent la détention des accusés et condamnent l’alourdissement de l’inculpation pour terrorisme international, un chef d’accusation très grave. Ils s’expriment de diverses manières sur le comportement global de la justice. Certains la qualifient de « comédie de Nušić », d’autres y voient une démonstration de force par rapport au traitement d’actes de terrorisme international, tandis que d’autres encore y observent une forme de discrimination.

Comment en est-on arrivé là ?

À l’origine, la responsable est en fait la police grecque. En décembre 2008, la police a, selon les déclarations des témoins, tué sans raison un garçon de quinze ans. Fait qui, dans un climat d’insatisfaction nationale, a ravivé les troubles qui régnait déjà, surtout entre les anarchistes grecs et le gouvernement de droite. Un des émeutiers emprisonnés, Todoris Iliopulos, a commencé une grève de la faim et au moment où il entamait son 40ème jour de grève, de nombreuses organisations anarchistes ont réagi. Une campagne internationale qui appelait à une manifestation devant les ambassades grecques a alors été lancée. L’appel n’est arrivé jusqu’aux anarchistes serbes que tardivement.

Après le 25 août, tous ceux qui ont communiqué à propos d’une possible manifestation, par SMS, email ou téléphone ont été arrêtés. L’organisation anar a été poursuivie. Quatre des accusés sont des membres de l’ASI, deux n’en font pas partie et pour l’un de ces deux garçons, tous les autres disent ne pas le connaître.

La nuit du 24 au 25 août avait lieu à Belgrade un évènement prévu depuis bien longtemps : le concert de la reine de la pop, Madonna. Même si la ville était obnubilée par le concert, et que la rue Francuska ou se trouve l’ambassade de Grèce était vide après minuit, tout le monde n’était pas allé voir Madonna. Pas d’automobile garée, pas de passant et pas de personnel dans les locaux de l’ambassade, comme chaque nuit à cette heure.

La fille, la plus jeune du groupe, qui venait apparemment tout juste de rallier l’ASI et qui porte aujourd’hui le poids d’une accusation pour terrorisme international, a dessiné un graffiti sur le mur de l’ambassade avec le symbole anarchiste, la lettre A dans un cercle.

Les jeunes garçons, postés en face de l’ambassade, ont jeté deux bouteilles de bière d’un demi-litre remplies d’un liquide à base d’essence. Les reste d’une des bouteilles ont été retrouvés sur le trottoir sous une fenêtre, à près d’un mètre de l’ambassade, les restes de l’autre bouteille ont été retrouvés, hors de la zone délimité de l’ambassade, éloignés de celle-ci de six à sept mètres, voire même plus. Le lancer de la première bouteille a endommagé la fenêtre de l’ambassade. Il n’y a pas eu de feu. Un des jeunes s’est alors approché de la fenêtre devant laquelle la bouteille était tombée et a enflammé les restes du liquide qui s’est déversé sur le rebord de celle-ci. Ensuite, ils ont qui quitté les lieux.

Un des témoins dit s’être approché du feu et avoir éteint de sa main la petite flamme qui brûlait sur le rebord. Les contours de la fenêtre ont été noircis. L’ambassade estime les dégâts à 18 euros et les enregistrements vidéo existants ainsi que les témoins ont confirmés que les lieux étaient vides à ce moment, il n’y avait donc aux alentours rien ni personne qui aurait pu être mis en danger.

Une enquête qu’on laisse traîner volontairement

Le tribunal était loin de penser de la sorte. Les 3 et 4 septembre 2009, on a informé la population de l’arrestation des cinq assaillants de l’ambassade de Grèce et de la recherche du sixième, en fuite. Des connaissances de l’inculpé, interrogés par Vreme racontent qu’il était en vacances en Grèce et qu’il s’est rendu à la police serbe dès à son arrivée à la frontière. Depuis le début de l’enquête, le 4 septembre, l’enquête a soigneusement traîné près de deux mois. Des avocats expérimentés estiment que toute la procédure aurait pu être beaucoup plus efficace et que tout aurait pu se terminer en trois à quatre semaines, vu que les accusés ont été entendus et confrontés, que la reconstitution des faits a eu lieu et que les témoins ont aussi été entendus. Selon eux, dans ce genre de cas, normalement, tout se termine beaucoup plus vite .

L’enquête judiciaire s’est enfin terminée le 2 novembre et l’accusation de terrorisme international a alors été lancée, accusation qui peut être punie de trois à quinze ans de prison. Il a ensuite fallu attendre encore deux mois pour que cette accusation soit validée par la justice, le 31 décembre 2009. L’affaire a encore traîné un mois et demi, jusqu’à l’audience du 17 février 2010.

Pendant ce temps, les accusés sont restés emprisonnés et leurs contacts avec le monde extérieur réduits au minimum. Ils sont séparés les uns des autres, incarcérés dans des cellules de 10 à 15 prisonniers.

Ces « terroristes » sont des citoyens calmes, instruits, pour la plupart étudiants, un d’entre eux a même une moyenne de 9,6/10, et ils étaient tous inconnus des services de police - à part Trivunac qui est connus pour ses performances politiques, comme lorsqu’il brûla le drapeau américain lors de la visite du vice-président américain Joe Biden, fait qui lui a valu dix jours de prison.

Aujourd’hui, dans leurs cellules, ils sont confrontés à un choc des cultures, entourés de dealers, de tueurs, de voleurs d’automobiles, de gangsters, etc. L’un d’entre eux, Tadej Kurepa, s’est même fait racketter. Des prisonniers ont essayé d’extorquer 2.000 euros à sa famille pour payer les soins médicaux d’un mafieux atteint du Sida. Deux mois plus tard, on a constaté qu’il avait l’oeil au beurre noir, et il a été transféré dans une autre partie de la prison, après examen médical.

La détention des six jeunes plusieurs fois prolongée, pour des motifs à chaque fois différents...

Les raisons justifiant le maintien en détention des anarchistes ont changé à plusieurs reprises. Au début, on prétendait qu’ils ne pouvaient pas être en liberté pour qu’ils ne gênent pas l’enquête et qu’ils n’influencent pas les témoins. Ensuite, le procureur a estimé qu’il fallait mieux qu’ils restent en détention car les chances de récidives étaient grandes, même si Iliopoulos, l’anarchiste grec pour lequel ils ont manifesté, avait été remis en liberté.

Lorsque l’enquête a pris fin et l’accusation énoncée, une fois encore, on ne les a pas autorisés à sortir de prison car le Tribunal de première instance a estimé que les faits commis dans un lieu public, mettaient en danger les biens et la vie d’autrui. Le Tribunal estime qu’ils n’ont pas leur place en liberté, qu’il faut les garder enfermés le plus longtemps possible.

La défense n’a rien pu faire. L’appel de la décision de prolonger la détention n’a jamais abouti et l’enfermement est presque automatiquement prolongé. (...).

Pendant ce temps la société serbe est bousculée. Le groupe qui suit l’évolution du procès des six anarchistes a organisé une manifestation devant le Ministère de la Justice ou une centaine de citoyens ont réclamé que les accusés soient relâchés et que soit annulée « la scandaleuse accusation politique de terrorisme international ». Les manifestants clamaient que devant ces mêmes tribunaux, des auteurs de crimes monstrueux se défendent en liberté.

Dégâts à l'ambassade

Une table ronde a été organisée après l’annonce de l’accusation de terrorisme international et dans une lettre ouverte signée par un grand nombre de professeurs, d’artistes et de journalistes, il est dit que ce procès contre six jeunes, est en fait un procès politique.

Dans la lettre ouverte du groupe de professeurs de l’université de Belgrade et de personnalités publiques, il est souligné qu’en qualifiant de terrorisme international « le bris d’une fenêtre de l’ambassade de Grèce, vide de personnel, à l’aide de deux bouteilles enflammées qui n’ont pas déclenché d’incendie », les organes de l’État mettent ces délits au même rang (selon le code pénal de la République de Serbie) que les génocides ou les crimes de guerres.

Il n’y a pas si longtemps que ça, note la lettre, lors des manifestations organisées le 21 février 2008 après l’annonce de l’indépendance du Kosovo, l’ambassade des États-Unis à Belgrade a été incendiée. Le bâtiment de l’ambassade a été très endommagé par l’incendie et l’un des manifestants a perdu la vie. Le seul participant à ce saccage qui a été arrêté, est accusé d’avoir exécuté des faits graves contre la sécurité générale.

L’étiquette « gauche radicale » pour mieux les stigmatiser

Personne n’a été accusé de terrorisme même quand ont été visées les ambassades de Croatie, de Bosnie, du Royaume-Unis, d’Allemagne et ce lors d’actions organisées qui ont causé des dégâts bien plus importants.

Il est vrai que les liens avec la Grèce orthodoxe, déjà perturbée par les émeutes provoquées par les anarchistes, sont un peu plus particuliers.

De même, personne n’a été accusé de terrorisme lorsque la mosquée Bajrakli fut incendiée et que plusieurs automobiles garées aux alentours furent détruites. Le procureur n’a, à cette occasion, pas tenu compte de la mise en danger de la vie et des biens d’autrui.

La rigueur s’applique, comme toujours aux plus petits, à ceux qui n’ont ni influence ni hautes relations.
Des « enfants » de Vršac, à peine âgés de 18 ans, en ont eux aussi, fait les frais lorsqu’ils collaient des affiches « Liberté pour les anarchistes arrêtés » et qu’ils on été emmenés au poste et accusés d’entrave à la justice. En réaction, 30 personnalités publiques en colère, se sont délibérément accusées d’entrave à la justice pour avoir participé à la table ronde.

Comme cerise sur le gâteau, depuis le 1er janvier 2010, les six arrêtés ne dépendent plus de la Cour d’assise mais de la nouvelle Haute Cour, un nouveau juge et un nouveau procureur ont donc repris le dossier. Les inculpés eux, restent toujours enfermés pour le même motif : terrorisme international.

L’étiquette « gauche radicale » qui leur a été accolée sert à les assimiler à la véritable pathologie de cette société, nationaliste et violente : la droite radicale.

Les syndicalistes anarchistes revendiquent (contrairement aux autres) avoir pris part à diverses manifestations politiques et sociales, avoir participé aux manifestations du 5 octobre 2000, organisé les grèves étudiantes de 2006 et 2007, la Gay Pride, encouragé les grèves ouvrières, les manifestations antifascistes... etc.

Les groupes gauchistes en Serbie sont peux nombreux et sont sans réelle influence sur les évènement sociaux, à part peut-être chez les étudiants. Il n’y a aucune agression ou fait violent relaté dans leurs actions, au contraire.

En réalité, l’existence d’une extrême gauche serbe était (presque) inconnue. C’est comme si quelqu’un essayait de l’inventer, quelqu’un qui saurait en tirer des avantages, peut-être l’extrême droite ...
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 3 Sep - 21:40

Citation :
La farce de Tarnac UNE HISTOIRE D’IMPUISSANCE RADICALE Pierre Bance vendredi 2 septembre 2011

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, en trois endroits du territoire, selon le même mode opératoire, des tiges de fer à béton sont posées sur des caténaires. Quelque 160 TGV, Thalys et Eurostar subissent des retards, parfois de plusieurs heures. Un modèle de sabotage, efficace et sans danger pour les agents comme pour les voyageurs. Une inquiétante démonstration de la vulnérabilité de ce mode de transport. La technique aurait ravi Émile Pouget qui, à n’en point douter, l’aurait prise en exemple [1].

L’État, au vu des premiers renseignements aurait pu la jouer fine, se contenter de compléter ses fiches. Il se montre balourd. Il lui fallait des coupables. Il les aura, ce ne sera un cadeau pour personne. Trois jours après les faits, dans le village de Tarnac, en Corrèze, l’antiterrorisme français montre ses muscles : routes bloquées, hélicoptères, policiers cagoulés, perquisition brutale pour arrêter devant les caméras, avec force gesticulations, une dizaine de jeunes vivant en communauté dans une ferme ; des membres de la mouvance « anarcho-autonome » selon le ministère de l’Intérieur, intentionnellement approximatif sur la qualification. La farce commence.

La logorrhée insurrectionnelle

Les preuves contre les suspects s’avèrent, au fil de l’enquête, des plus minces. La plus sérieuse, qui n’est pas une preuve, à peine un indice, est un écrit : L’insurrection qui vient ayant pour auteur un Comité invisible [2] ; l’instruction accuse Julien Coupat, présumé chef du groupe de Tarnac, d’en être le rédacteur, ce qu’il nie [3].

On y lit page 101 : « Inutile de s’appesantir sur les trois types de sabotage ouvrier : ralentir le travail, du “ va-y-mollo à la grève du zèle ; casser les machines, ou en entraver la marche ; ébruiter les secrets de l’entreprise. Élargis aux dimensions de l’usine sociale, les principes du sabotage se généralisent de la production à la circulation. L’infrastructure technique de la métropole est vulnérable : ses flux ne sont pas seulement transports de personnes et de marchandises, informations et énergie circulent à travers des réseaux de fils, de fibres et de canalisations, qu’il est possible d’attaquer. Saboter avec quelque conséquence la machine sociale implique aujourd’hui de reconquérir et réinventer les moyens d’interrompre ses réseaux. Comment rendre inutilisable une ligne de TGV, un réseau électrique ? Comment trouver les points faibles des réseaux informatiques, comment brouiller des ondes radios et rendre à la neige le petit écran ? ».

Rien d’original, rien de pénalement répréhensible. Quand bien même un des interpellés ou plusieurs en seraient les auteurs, l’intention, si elle ne s’accompagne d’un commencement d’exécution, n’est ni un crime ni un délit. D’ailleurs, ce texte plus qu’une intention traduit une observation sur la fragilité des systèmes de communication et les possibilités de leur sabotage offertes à tout intéressé.

Il n’est pas besoin d’aller à la page 101 pour deviner la tendance politique du Comité invisible. « Des rues entières de Barcelone ont brûlé en solidarité » avec les émeutiers des banlieues de novembre 2005, apprend-on dès la deuxième page. Rien ne s’est passé à Barcelone, juste quelques poubelles enflammées par des fêtards comme tous les samedis soir de botellón. Le Comité invisible est bien visible. Son texte rappelle les affiches anonymes, écrites en petits caractères, que l’on voit sur les murs des villes faisant l’éloge de l’insurrection des métropoles, appelant à des solidarités improbables, demandant la libération d’inquiétants personnages du Moyen-Orient… Plus que d’anarcho-autonomes on a affaire à des autonomes délirants ( [4], des scénaristes de science-fiction ; il faut avoir la malveillance d’un journaliste de Libération pour appeler L’insurrection qui vient un « bréviaire anarchiste » [5] ; la lecture d’Émile Pouget l’instruirait.

Le Comité invisible croit que, par l’émeute urbaine, se construit une société nouvelle. La révolte des banlieues de 2005 devient une légende, « un incendie qui n’en finit plus de projeter son ombre sur les consciences » [6] ! On se lasse rapidement de cette lecture, de cet amoncellement de formules fabriquées. Un chapitre cependant attire l’attention : « S’organiser » ; même si l’on a peu de goût pour les incantations sataniques, la métaphysique du pillage, la mystique apocalyptique et les accès de délirium sur l’implosion de la civilisation dans une guerre civile gothique, peut-être y trouvera-t-on quelques idées d’organisation puisque le mot d’ordre du Comité invisible, qui clôt le livre, est : « Tout le pouvoir aux communes ! ». L’affaire commence par une mise en garde impertinente, adolescente :

« Il n’y a pas à s’engager dans tel ou tel collectif citoyen, dans telle ou telle impasse d’extrême gauche, dans la dernière imposture associative. Toutes les organisations qui prétendent contester l’ordre présent ont elles-mêmes, en plus fantoche, la forme, les mœurs et le langage d’États miniatures. Toute les velléités de “faire de la politique autrement n’ont jamais contribué, à ce jour, qu’à l’extension indéfinie des pseudopodes étatiques » [7].

Heureusement surgit le Comité invisible pour nous montrer la route et là, les choses se gâtent. S’organiser s’est se constituer en communes. Pourquoi pas. Mais, « commune » dans le langage du Comité invisible n’a pas le sens qu’en retiennent communistes et anarchistes ; « commune » est, en fait, utilisé pour « groupe affinitaire », ce qu’est la « commune » de Tarnac. « Pourquoi les communes ne se multiplieraient pas à l’infini ? Dans chaque usine, dans chaque rue, dans chaque village, dans chaque école. […] une multiplicité de communes qui se substitueraient aux institutions de la société : la famille, l’école, le syndicat, le club sportif, etc. » [8] . En attendant la substitution miraculeuse, la commune organise le financement de son aristocratique marginalité : « Outre le RMI, il y a les allocations, les arrêts maladie, les bourses d’études cumulées, les primes soutirées par des accouchements fictifs, tous les trafics, et tant d’autres moyens » [9]. Halte au feu ! En attendant un changement du monde par la superposition des territoires autarciques sur une zone donnée [10], le si peu invisible comité nous propose de tous sauter dans un en-dehors élitiste, de s’imprégner de la mentalité du profiteur petit-bourgeois, d’envisager un autre futur en auto-organisant de minables combines de pillards opportunistes, en fédérant ponctuellement, selon le cours des événements, de douteuses communes de sangsues, certes « unités élémentaires de la réalité partisane » fonctionnant sur le mode du consensus [11]. On a déjà entendu cela après Mai 68, avec le résultat qu’on connaît : « Prendre des transgressions sur le papier pour des ruptures dans l’histoire mondiale » [12]. L’insurrection qui vient n’est que de la littérature aux formules stéréotypées et répétitives ciselées par les situationnistes, il y a cinquante ans. La brochure n’apporte rien au projet politique d’un changement radical et n’est pas même intéressante du point de vue littéraire, pas plus que la revue-sœur des autonomes désirants, Tiqqun, cocktail indigeste des théories du biopouvoir de Michel Foucault et de la société du spectacle du Guy Debors, dont l’un des rédacteurs fut Julien Coupat [13].

Il est une lecture plus effrayante de ces textes, celle des communistes libertaires qui les rattachent à la mouvance « appeliste », référence à un appel de 2003 inspiré des positions de la revue Tiqqun. Leur analyse fait apparaître « une mystique communautaire » qui entretien un « rapport réactionnaire à la “ modernité » et développe « un inquiétant fondamentalisme spirituel et moral ». Cette conception vitaliste ouvrirait la porte « à un élitisme qui séparerait les “ hommes libres des “mentalités d’esclave » [14]. Comment ne pas adhérer à ce point de vue quand, au-delà des écrits, l’observation du comportement des intéressés le confirme ?

La Sainte-Alliance du Cinquième

Venons-en à l’alliance entre médias, intellectuels et bourgeoisie parisienne pour sauver Coupat et ses ouailles. Il n’a pas fallu longtemps aux uns et aux autres pour faire de l’anecdote une affaire nationale, des hérauts de la logique insurrectionnelle de jeunes intelligences martyres d’une justice impitoyable. Hélas, les intéressés ne sont à la hauteur ni de ce qu’ils prétendent être, ni de ce que leurs avocats voudraient qu’ils soient. Ayant écrit « que les communes sont évidemment vulnérables à la surveillance et aux enquêtes policières, à la police scientifique et au renseignement » [15], on aurait pu les croire préparés à l’éventualité répressive, à une arrestation qui serait venue leur donner une légitimité révolutionnaire, affirmer leur dangerosité et conforter leur thèse du complot. Il n’en est rien. Leur suffisance leur laissait-elle penser que leur statut social, leurs relations les protégeaient de l’État honni ? Et voilà, que les dangereux agitateurs, les apologistes de la guérilla urbaine pourraient n’être que des pleurnichards.

Tout le monde conviendra que si les membres du groupe de Tarnac n’ont rien à voir dans cette affaire de sabotage, il y a une injustice, à l’aune du droit bourgeois, à les détenir puis les poursuivre. Tout le monde, sauf la police et la justice qui auront du mal à reculer après avoir commis l’erreur d’arrêter des « protégés » alors qu’il devait y avoir quelques paumés vaguement politisés dans le coin qui auraient fait l’affaire.

Dès le lendemain des arrestations la bourgeoisie du Cinquième arrondissement engage la contre-offensive pour défendre ses enfants. Elle agira dans les médias amis par journalistes interpelés et interposés. Le Monde et Libération prennent le parti des inculpés sur une trame répétitive : ils élevaient des canards, faisaient de la littérature, participaient à des manifestations, sans plus ; si l’on ne peut prouver leur responsabilité dans le sabotage qu’on les remette en liberté. Pour des affaires similaires, ils ne s’étaient jamais tant mobilisés. Un réflexe de classe pour venir au secours des leurs, des intellectuels propres, dont l’activité « politique est une activité luxueuse » ( [16], respectable puisque présumée limitée à l’écriture.

Du côté des intellectuels, le mentor de la mouvance Tiqqun, le philosophe italien Giorgio Agamben, se fend d’une tribune libre dans Libération à peine huit jours après les faits pour dénoncer la mise en œuvre abusive de la procédure et des moyens antiterroristes [17]. Le Monde ne pouvait être en reste, il publie, pour la « libération immédiate » des inculpés, un appel d’une trentaines d’intellectuels [18], non des moindres : Giorgio Agamben encore, Alain Badiou, Miguel Benasayag, Daniel Bensaïd, Luc Boltanski, Judith Butler, François Cusset, François Gèze, Jean-Luc Nancy, Jacques Rancière, Jérôme Vidal, Slavoj Žižek, etc., ne manque qu’Antonio Negri qui, plus que les autres, aurait des raisons d’être solidaire, mais son silence n’est peut être pas un hasard, les « Tiqqun » l’ayant souvent asticoté. Comment expliquer une mobilisation si rapide ? Á la solidarité de classe, s’ajoute, une solidarité de l’intelligence ( [19]. Des politiques de la bonne gauche en remettront une couche : Martine Billard, Patrick Braouezec, Daniel Cohn-Bendit, Cécile Duflot, Noël Mamère, Jack Ralite… et Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme ( [20]. Ce sont ensuite les éditeurs qui se manifestent pour soutenir Éric Hazan, éditeur de L’insurrection qui vient, entendu comme témoin, nouveau signe que la justice déraille [21]. Les militants aussi s’indignent, notamment anarchistes et autonomes, et réagissent par une manifestation de 1 200 personnes à Paris fin janvier 2009 [22] ; elles n’avaient pas encore compris qu’on avait – surtout – pas besoin d’elles.

Les Pieds Nickelés évangélistes

Le 29 mai 2009, Julien Coupat, dernier gardé à vue de « la nouvelle pensée insurrectionnelle » [23], est remis en liberté ; les contrôles judiciaires seront allégés en décembre. Ouf ! On a évité une nouvelle affaire Sacco et Vanzetti. Pour apprécier quel genre de révolutionnaires sont les inculpés de Tarnac, il suffira de lire Le Monde ; en 2009, outre les dizaines d’articles sur l’affaire [24], le quotidien leur a accordé pas moins de cinq tribunes libres et un long entretien avec Julien Coupat [25]. Jacques Attali, Alain Minc et même Bernard-Henri Lévi n’en reviennent pas, le record paraît indépassable [26]. Cette générosité ne gêne aucunement les intéressés.

Sans vergogne et toujours aux avant-postes, Agamben cite la réponse d’un jeune communiste aux fascistes qui l’interrogeaient pendant la guerre d’Espagne : « Je n’ai jamais été un terroriste, mais ce que vous croyez qu’un terroriste est, je le suis » [27]. Á propos de L’insurrection qui vient, le Comité invisible précise que « les rédacteurs n’en sont pas les auteurs » [28]. On comprend l’idée, c’est un classique du camouflage autonome au même titre que la cagoule ou l’anonymat des déclarations, et on s’attend à ce que dans l’affaire de Tarnac, les insurgés en devenir déclarent : « Non nous ne sommes pas les auteurs du sabotage mais nous le revendiquons ». C’eut été autrement plus crâne que « C’est pas nous. Laissez-nous sortir », accompagné d’un pathos larmoyant sur les descentes de police, les gardes à vue, les prisons, les policiers, les juges… Les militants d’Action directe sont d’une autre trempe ; ils assument sans nous demander de sortir nos mouchoirs [29].

Les petits génies qui veulent embraser la planète ont du mal à admettre qu’ils se sont fait prendre comme des Pieds Nickelés. Quand ils ne geignent pas sur leur sort, plutôt que de parler de l’affaire qui leur vaut une mise en examen, ils récitent leur catéchisme transcendantal et débitent leurs illusions kabbalistiques. Prenons un exemple de mission messianique dont ces élus se croient investis. D’abord se distinguer. Gabrielle Hallez imagine qu’on l’a relâchée avec une autre inculpée, Marion, parce qu’elles sont « blanches, issues de la classe moyenne, ayant eu l’opportunité de faire des études » [30]. Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron répondaient aussi à ces critères et aucun juge n’eut l’idée de les relâcher. Si la justice a libéré les Tarnaquoises, c’est parce qu’elle a mesuré sa bourde et qu’elles ne sont que des troisièmes couteaux de la militance communautaire. Ensuite prêcher. « Finalement, écrit Gabrielle, la prison est peut-être en passe de devenir un des rares lieux où s’opère la jonction tant redoutée par M. Sarkozy », la connexion entre les étudiants et les jeunes de banlieues Pour ceux qui n’auraient pas compris, dans une autre tribune, Benjamin Rosoux (Tarnac) et Maka Kanté (Cité du Val-d’Oise) développent le message [31]. Un récit d’une pitoyable condescendance dans lequel le fils de bourges éveille le fils d’immigrés à la conscience politique :

« Un blanc. Un Noir, Cité du Val-d’Oise. Petite village de Corrèze. Parents immigrés africains de première génération. Classe moyenne de province. Diplôme universitaire. Déscolarisation précoce. Nos histoires se croisent au hasard d’une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque de la reproduction sociale. Désertion des “possibilitésˮ d’un plan de carrière universitaire et professionnel tout tracé. Désertion de la perspective de rejoindre la France qui se lève vraiment tôt, celle qu’on croise à cinq heures du soir dans le RER, celle qui nettoie la scène où la France qui compte se produira au grand jour » [32].

Le fanfaron prétentieux

Si Julien Coupat n’est pas le « chef » de la Commune de Tarnac ; certainement en est-il l’animateur intellectuel, aussi son entretien dans Le Monde du 26 mai 2009 a retenu l’attention [33]. Se dévoile un fanfaron prétentieux. Aux journalistes qui lui demandent s’il se définit « comme un intellectuel ? Un philosophe ? », il répond :

« La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d’Héraclite comme échappée d’un monde révolu. Á l’heure de l’intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier “l’intellectuelˮ, sinon l’étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l’aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir ? » [34].

Quelle action politique propose-t-il pour en finir avec « la clique sarkozyste » ? Étant entendu que la gauche est « trop compromise », que l’extrême-gauche n’a que « la grisaille soviétique à offrir » et que les bureaucraties syndicales sont « plus vendues que jamais », il ne reste que… la rue. Les réactions viscérales, les révoltes spontanées, les émeutes cruelles, les insurrections barbares, nous sauveront du pêché consumériste. Pour sa part, Coupat, ne revendique aucune action personnelle, il s’en défend même. Sorbonnard qui prêche aux autres ce qu’il se défend d’avoir fait lui-même, histoire de ménager ses arrières pour le procès à venir [35]. Imaginez-vous un si brillant rhéteur, « accrochant trois bouts de fer sur des caténaires » [36] ?

Parabole. Lors d’une manifestation, un groupe d’autonomes, adeptes de l’affrontement façon Coupat s’abritait derrière un service d’ordre syndicaliste pour lancer des projectiles divers sur le rassemblement du Parti socialiste. Lassés les militants du service d’ordre les saisissent pour les mettre hors du cortège, au contact de l’ennemi. Á la première charge de la police, ils fuirent comme une volée de moineaux et ne durent leur salut qu’aux ouvertures des lignes du service d’ordre magnanime [37].

Coupat et ses semblables viendront encore souvent se réfugier derrière un service d’ordre, aujourd’hui constitué de leurs avocats, de la presse, de la bonne société des droits de l’homme.

Conclusion

Tarnac-Le-Piteux sonne comme un rappel aux militants et aux intellectuels sur la prudence dont il faut faire preuve avec les médias pour ne pas être transformés « en troublions officialisés » [38] mais aussi pour éviter que les agissements de quelques illuminés soient une occasion pour ridiculiser l’action militante et déconsidérer le projet communiste. Sur le plan politique, il confirme que les plus radicaux sur le papier ne sont pas les plus courageux dans l’adversité, que l’on ne parviendra pas au communisme avec des écrits d’hallucinés vantant les insurrections inorganisées, la petite délinquance, l’hédonisme rural ou les pitreries devant un escadron de CRS. Ces tigres de papier encouragent d’autant à inventer une organisation efficace pour combattre et remplacer le capitalisme par une société anti-autoritaire débarrassée du parti, de l’État et du pouvoir. De cela, les intellectuels qui renouent avec l’idée du communisme ont-ils conscience ? Pour Jacques Rancière, la réponse ne fait pas de doute :

« Il s’agit de construire les lieux d’une problématisation autre du politique, des lieux vraiment autonomes qui témoignent d’une singularité forte, avec des thèses claires sur ce qu’on entend par politique, sur ce qu’on peut vouloir et que l’on pense pouvoir. Il n’y a pas besoin pour cela de l’arrogance du Comité invisible. L’ultra gauche aujourd’hui tient souvent un discours de pédagogue abrutisseur au sens jacotiste du terme en se présentant comme la dernière lueur d’intelligence critique brillant au sein d’un monde de crétins aliénés » [39].

Reste une question, et là on ne parle plus de Coupat et compagnie mais de Hard et Negri, Laclau et Mouffe, Rancière, Badiou, Žižek, Holloway… : les radicalités savantes sont-elles des guides sur le chemin d’un autre futur ?

[1] Entre de nombreuses éditions : Émile Pouget, L’Action directe (1904) suivi de Le Sabotage (1912), Marseille, Éditions Le Flibustier, 2010, 138 pages.

[2] Comité invisible, L’insurrection qui vient, Paris, La Fabrique éditions, 2007, 126 pages. Après « l’affaire », le succès inespéré de l’ouvrage a justifié une édition en anglais : The Invisible Committee, The Coming Insurrection, Los Angeles, Semiotext(e), 2009, 136 pages. Le livre précise qu’il « est signé d’un nom de collectif » (page 12).

[3] Par définition, un groupe « anarcho-autonome » n’a pas de chef.

[4] « Dépourvue de toute visée stratégique, cette violence urbaine […], mise en images télévisuelles, se donne à elle-même en spectacle. Après le spectacle stade suprême du fétichisme marchand, sonne l’heure du simulacre comme stade suprême du spectacle » ; ce passage de Daniel Bensaïd convient à la suite de l’histoire (Le Spectacle, stade ultime du fétichisme de la marchandise. Marx,Marcuse, Debord, Lefebvre, Baudrillard…, sl, Nouvelles éditions Lignes, « Fin de la philosophie », 2011, 140 pages, citation page 30).

[5] Libération, 13 novembre 2008.

[6] L’insurrection qui vient, page 8. Chaque page de ce livre trahit une fascination pour le feu qui s’avère être une rédemption par le feu.

[7] L’insurrection qui vient, page 82 ; « s’engager » est souligné dans le livre.

[8] L’insurrection qui vient, page 90.

[9] L’insurrection qui vient, page 92

[10] Contra : « On ne saurait résister à l’Empire par un projet visant à une autonomie locale et limitée », Michael Hardt et Antonio Negri, Empire (Exils, 2000), Paris, 10/18, « Fait et cause », 2004, 571 pages, citation page 259.

[11] L’insurrection qui vient, page 107

[12] Louis Pinto, Le Café du commerce des penseurs. Á propos de la doxa intellectuelle, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, « Savoir/agir » collection de l’association Raisons d’agir, 2009, 150 pages, citation page 44.

[13] Tiqqun, Contribution à la guerre en cours, Paris, La Fabrique éditions, 2009, 200 pages (une sélection d’articles de 1999 et 2001). Une revue « à mi-chemin entre la poésie et la philosophie politique », Adam Garuet, « Radical, chic, et médiatique », Agone, n° 41-42, Les intellectuels, la critique et le pouvoir, 2009, page 157

[14] Gaspar, Alternative libertaire Rennes, « Une mystique communautaire », Alternative libertaire, n°197, juillet-août 2010, page 22. Voir ci-après, note (39), la citation de Jacques Rancière

[15] L’insurrection qui vient, page 105.

[16] Bernard Aspe, cité par Yves Citton, « Projectiles pour une politique post-radicale », La Revue internationale des livres et des idées (RILI), n° 2, novembre-décembre 2007, page 20.

[17] Libération, 19 novembre 2008. Tout laisse à penser qu’Agamben s’est contenté d’apposer sa signature.

[18] « Non à l’ordre nouveau », Le Monde, 28 novembre 2008.

[19] « C’était un étudiant brillant, quelqu’un d’extrêmement gentil », dira de Coupat le sociologue Luc Boltanski, Le Monde, 21 novembre 2008

[20] « Tarnac ou l’antiterrorisme à grand spectacle. Il est temps que l’on revienne au respect de l’État de droit », Le Monde, 3 février 2009

[21] « De l’affaire Coupat à l’affaire Hazan ? Au nom de la lutte contre le “terrorismeˮ, la liberté d’expression est menacée », Le Monde, 21 avril 2009.

[22] Le Monde, 31 janvier 2009.

[23] La formule est de Nicolas Truong dans un article du Monde du 8 juillet 2009, documenté et ambigu comme il se doit.

[24] Comment expliquer qu’un chroniqueur du Monde des livres, Jean Birnbaum, puisse être aussi durs pour ceux qui se revendiquent du communisme (Le Monde, 5 février 2010) et aussi complaisant pour nos insurgés (Le Monde, 16 octobre 2009), autrement que par une pesée des dangers. Plus inattendues encore, Les Lettres françaises qui, par la plume d’Éric Vuillard, encensent les écrits de Tiqqun et du Comité invisible (janvier 2010, supplément à L’Humanité du 9 janvier 2010) ; décidément, les « cocos » ne sont plus ce qu’ils étaient

[25] Les titres, surtitres et sous-titres des textes ont leur importance pour faire prévaloir la victimisation. Gabrielle Hallez, « Tarnac ou les fantasme du pouvoir. Interpellation musclée, garde à vue absurde : l’une des supposés terroristes témoigne », Le Monde, 21 janvier 2009. Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yildune, « Face à un pouvoir toujours plus absurde, nous ne dirons plus rien. Les huit co-mis en examen de Julien Coupat dans l’affaire de Tarnacˮ ont décidé de ne plus répondre au juge, jusqu’à la fin des poursuites », Le Monde, 17 mars 2009. Julien Coupat interrogé par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot, « Entretien avec le principal suspect dans l’affaire des sabotages contre la SNCF. Julien Coupat : “ La prolongation de ma détention est une petite vengeanceˮ », Le Monde, 26 mai 2009. Yildune Lévy, « Deux ou trois choses que j’avais à vous dire. Les incohérences ubuesques du contrôle judiciaire dans l’“affaire de Tarnacˮ », Le Monde, 21-22 juin 2009. Maka Kanté, Benjamin Rosoux, « Villiers-le-Bel, Tarnac… “Fallait pas nous mettre dans la même prison !ˮ », Le Monde, 23 novembre 2009. Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu, Yildune, « Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires. Cette société n’a pas de procès à intenter à personne, sinon à elle-même », Le Monde, 4 décembre 2009.

[26] Encore, le 25 février 2011, dans Le Monde papier est publié « Paris-Texas, une proposition politique des mis en examen de Tarnac », un texte dans lequel le Collectif fait un parallèle grossier entre le Printemps arabe et leur affaire. La complaisance du Monde est flagrante car, le même jour, un texte de la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, sur son budget, et un autre de Bernadette Groison, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU), sur les services publics, doivent se contenter du Monde.fr. Quelques jours après, le 2 mars 2011, c’est le père de Julien Coupat, Gérard, médecin, qui en remettra une couche dans Libération avec sa tribune « De Tarnac à Tunis, tombeau pour une ministre ».

[27] Cité par Aude Lancelin, « Quand Julien Coupat animait “Tiqqunˮ », Le Nouvel observateur, 29 mai-3 juin 2009.

[28] L’insurrection qui vient, page 12.

[29] Ce qui n’est pas le cas de tous leurs thuriféraires ou de leurs soutiens.

[30] Le Monde, 21 janvier 2009, précité note (25).

[31] Le Monde, 23 novembre 2009, précité note (25).

[32] Faire un rapprochement avec les militants de la Confédération nationale du travail espagnole qui, avant la guerre civile de 1936, refusaient le statut de prisonniers politiques pour former les droits communs, serait oublier que c’était à une toute autre échelle, dans une toute autre situation historique, avec une toute autre mentalité et pour un tout autre projet.

[33] Lire, par exemple, le commentaire d’Olivier Duhamel dans Libération du 4 juin 2009.

[34] « Pour qui » est souligné par Coupat

[35] La Cour d’appel de Paris a rejeté, le 22 octobre 2010, la demande d’annulation de l’enquête antiterroriste visant la communauté de Tarnac. Lui a fait suite une question prioritaire de constitutionnalité déposée par Me Patrice Spinosi (Le Monde.fr, 29 mars 2011) ; elle a été rejetée par la Chambre criminelle de la Cour de cassation par un arrêt n° 2117 du 29 mars 2011 (http://www.courdecassation.fr/juris...). L’affaire suit son cours

[36] Selon les mots de Coupat dans Le Monde du 26 mai 2009

[37] Manifestation du Forum social européen, à Paris, le samedi 15 novembre 2003. Le service d’ordre est celui de la Confédération nationale du travail. Pour un compte-rendu de cet événement, Le Monde, 18 novembre 2003

[38] Nicolas Truong, Le Monde, 8 juillet 2009.

[39] Jacques Rancière, Et tant pis pour les gens fatigués. Entretiens, Paris, Éditions d’Amsterdam, 2009, 700 pages. Entretien publié dans Le Sabot, outil de liaison locale sur Rennes et ses environs, n° 4, mars 2009 ; citation page 673. Joseph Jacotot est un pédagogue qui a inspiré Le Maître ignorant, livre majeur de Jacques Rancière (Le Maître ignorant. Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle [Fayard, 1987], Paris, 10/18, « Fait et cause », 2004, 234 pages.).
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 10 Sep - 5:52

Citation :
Saison 4 d’Engrenages : le tournage est lancé !

" (...)

On retrouvera les six héros de la série,(...).Ils auront à faire au milieu terroriste de l’ultra gauche, comme le dévoile le pitch de la saison diffusé par Canal+ :

Le groupe DPJ de la capitaine (...) est chargé d’élucider l’affaire d’un étudiant déchiqueté par la bombe artisanale qu’il fabriquait. L’enquête conduit les policiers à travers les réseaux de contestation citoyenne qui s’opposent publiquement à la politique d’immigration et aident les sans-papiers. Bientôt le groupe de (...) se trouvent face à quelques activistes d’une ultra gauche très radicale qui prônent la guérilla urbaine et ont pour cible directe la police.

Le cabinet d’avocat (...) survit grâce à l’aide juridictionnelle aux sans-papiers auprès de qui il s’est fait une clientèle. (...) entraînée par sa haine de la police et des institutions accepte de déborder de son rôle d’avocate et se fait piéger par la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) qui surveille les activistes d’ultra gauche.

(...)"

Qui a(ura) été choisi comme conseiller au scénario :?:
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 25 Fév - 17:36

http://www.20minutes.fr/ledirect/885973/affaire-tarnac-garde-vue-relance-affaire-sabotages-sncf
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/02/25/affaire-de-tarnac-nouvelle-interpellation
http://www.francesoir.fr/actualite/faits-divers/tarnac-un-forgeron-en-garde-a-vue-dans-l-affaire-des-sabotages-188240.html
http://www.francesoir.fr/actualite/faits-divers/tarnac-une-enquete-qui-dure-depuis-plus-de-trois-ans-188338.html
http://www.humanite.fr/societe/laffaire-tarnac-490895
http://www.ladepeche.fr/article/2012/02/25/1291948-tarnac-nouvelle-garde-a-vue-dans-l-affaire-de-sabotage.html
http://www.lejsl.com/actualite/2012/02/25/vers-un-scandale-tarnac
http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/24/tarnac-un-homme-soupconne-d-avoir-fabrique-les-crochets-place-en-garde-a-vue_1647904_3224.html
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/tarnac-un-homme-en-garde-a-vue_1086121.html
http://www.paris-normandie.fr/article/faits-divers/fin-de-la-garde-a-vue-du-normand-proche-du-groupe-de-tarnac
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120224.AFP8532/sabotages-sncf-un-homme-proche-du-groupe-tarnac-en-garde-a-vue-24-heures.html
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120224.AFP8469/sabotage-de-lignes-tgv-en-2008-un-homme-en-garde-a-vue.html
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 28 Fév - 21:47

Citation :
Affaire de Tarnac : retour sur quatre ans d'enquête et de rebondissements 27.02.12

Le 11 novembre 2008, la police procède à plusieurs arrestations dans le village de Tarnac en Corrèze.

La chronologie des quatres années d'enquête dans l'affaire du "groupe de Tarnac" est complexe, car plusieurs affaires se superposent. Initialement, il s'agit de l'enquête sur le sabotage des lignes SNCF, mais les suspects ont ensuite contesté l'instruction et déposé plusieurs plaintes, notamment pour usage de faux et atteinte à l'intimité de la vie privée. Vendredi 24 février, un homme proche du "groupe de Tarnac" a encore été placé en garde à vue par les policiers de la sous-direction de la lutte antiterroriste (SDAT).
En 2003, Julien Coupat, 28 ans, achète la ferme Le Goutailloux à Tarnac (Corrèze). Une petite communauté s'installe avec lui. En 2005, ils reprennent l'épicerie du village. Depuis 2002, Julien Coupat est fiché par les Renseignements généraux, faisant suite à une occupation sur le campus de Nanterre. En 2005, sa fiche est "mise sous surveillance".

2008

4 avril : Début des écoutes téléphoniques de l'épicerie. Celles-ci sont révélées par un employé de France Télécom. Dès le lendemain, il est convoqué, avec son responsable, à la direction générale à Bordeaux. A sa sortie, il reçoit une lettre de mise à pied à titre conservatoire.

8 novembre : Quatre sabotages sont déplorés par la SNCF dans l'Oise, l'Yonne et en Seine-et-Marne. Julien Coupat et Yldune Lévy justifient leur proximité de l'une des lignes : "On a fait l'amour dans la voiture, comme plein de jeunes."

11 novembre : Interpellation et placement en garde à vue de neuf personnes. Lors de la perquisition, la police saisit des ordinateurs, des coupe-boulons, des cartes SNCF, des documents d'identité découpés et deux gilets pare-balles.

15 novembre : Quatre personnes mises en cause sont remises en liberté sous contrôle judiciaire. Il s'agit de Bertrand Deveaux, Elsa Hauck, Aria Thomas, et Mathieu Burnel. Les autres sont écroués. Tous sont mis en examen pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste" et Julien Coupat, pour "direction ou organisation d'un groupement formé en vue de la préparation d'un acte terroriste".

25 novembre : Dans une lettre ouverte, les parents des neuf autonomes demandent la libération de leurs enfants. Ils dénoncent les méthodes utilisées par la police, la complaisance des médias et la présomption de culpabilité qui pèse sur leurs enfants.

2 décembre : Trois nouvelles personnes sont remises en liberté sous contrôle judiciaire. Il s'agit de Gabrielle Hallez, Manon Glibert et Benjamin Rosoux. Yldune Lévy et Julien Coupat restent derrière les barreaux. Le juge des libertés et de la détention estime pourtant que la détention de Julien Coupat n'est pas "indispensable à la manifestation de la vérité", mais la chambre de l'instruction ne le suit pas et se prononce pour son maintien en détention.

2009

16 janvier : Yldune Lévy est libérée. La mobilisation s'organise pour demander la libération de Julien Coupat. Des rassemblements ont lieu dans plusieurs villes. Le Comité de soutien aux inculpés du 11 novembre voit le jour.

13 mars : Troisième rejet de la demande de mise en liberté de Julien Coupat. Jeudi 2 avril, quatre des avocats des personnes mises en examen dénoncent au siège de la Ligue des droits de l'homme les "dérives" d'une procédure "toxique pour les libertés publiques".

28 mai : Remise en liberté de Julien Coupat. Après six mois de détention, il est soumis à un contrôle judiciaire strict. A la suite de sa libération, Jean-Claude Marin, procureur de la République de Paris, déclare : "Si la mise en examen d'une personne ne préjuge en rien de sa culpabilité, sa remise en liberté au cours de l'information judiciaire ne saurait être interprétée comme le signe de l'absence ou l'insuffisance de charges contre elle."

25 novembre : Les avocats de la défense dénoncent des "anomalies" dans l'enquête. Lors d'une conférence de presse, Me Thierry Lévy, William Bourdon et Jérémy Assous relèvent notamment qu'"aucun des fonctionnaires de police chargés de la surveillance continue […] n'a déclaré avoir vu l'un d'entre eux sortir du véhicule ou y entrer, ni avoir vu personne sur la voie ferrée". Ils soutiennent aussi que les traces de pneus relevées à proximité de la voie sabotée ne "sont pas compatibles" avec la voiture de Coupat. Jerémy Assous, l'avocat d'Yldune Lévy, dénonce la fabrication de preuves. Pour lui, les policiers n'ont pas réalisé cette filature. "Ils n'y étaient pas et ils ont inventé."

2010

22 octobre : La cour d'appel de Paris valide l'intégralité de l'enquête. La chambre de l'instruction rejette la demande d'annulation de l'enquête. La défense avait demandé l'annulation de deux pièces du dossier : la surveillance (illégale) du domicile de Julien Coupat à partir du 15 août 2008 et le placement sur écoute sauvage de l'épicerie de Tarnac.

2011

13-14 janvier : Une reconstitution a lieu en Seine-et-Marne. "Ce n'était pas une reconstitution, nous avions demandé une reconstitution qui n'a pas eu lieu", déclare alors Me Thierry Lévy, l'un des avocats de la défense. Selon lui, plusieurs actes demandés au cours de la nuit – notamment la vérification de la capacité des enquêteurs à identifier Julien Coupat au pied des voies – leur ont été refusés.

2 février : Plusieurs plaintes sont déposées par la défense. Une plainte auprès du procureur de Brive-la-Gaillarde pour "interception de correspondances" et "atteinte à l'intimité de la vie privée", une autre "pour subornation de témoins" à Clermont-Ferrand.

2012

3 janvier : Ouverture d'une information judiciaire pour "atteinte au secret des correspondances" et "atteinte à l'intimité de la vie privée" par la juge d'instruction de Brive-la-Gaillarde, Cécile Lasfargues. La justice enquête sur des écoutes illégales menées avant l'affaire du sabotage. C'est une petite victoire pour les mis en examen de Tarnac.

24 février : Un homme proche du "groupe de Tarnac" est placé en garde à vue par les policiers de la sous-direction de la lutte antiterroriste (SDAT). Il est soupçonné d'avoir fabriqué les crochets utilisés lors des dégradations commises sur une ligne TGV en 2008.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Lun 5 Mar - 0:34

Citation :
Affaire de Tarnac : l'indignation du sculpteur interpellé en Normandie 04 mars 2012 GILLES LAMY

Contre-enquête. Ils étaient soupçonnés de terrorisme. José Torres et son fils racontent l’intervention des policiers.

ROUEN (Seine-Maritime). Ancien militant libertaire, ancien syndicaliste CGT, accusé à tort de trafic d’armes en 1970, ce qui lui a valu huit mois de prison à la Santé… José Torres en a vu d’autres. Mais qu’on le prenne, lui ou son fils, pour l’un des terroristes qui a saboté des lignes de TGV en 2008 (*), il ne le supporte pas. C’est pourtant chez lui, à Roncherolles-sur-le-Vivier, que les policiers de la Sdat (Sous-direction de la lutte anti-terroriste) ont débarqué le jeudi 23 février (Paris-Normandie du 24 février). « Je veux que les choses soient claires. Je n’ai rien à voir avec cette affaire ! », martèle-t-il avant de raconter l’intervention policière.
« Il était 8 h du matin et j’étais au lit, poursuit le sculpteur âgé de 86 ans. J’ai entendu mon chien aboyer. Je suis sorti en pyjama et j’ai vu une vingtaine de policiers accompagnés d’un juge d’instruction. Ils ont demandé après mon fils. Il venait de se lever. Ils l’ont menotté et l’ont emmené ».
José Torres ne comprend pas. « J’ai demandé ce qui se passait. On m’a répondu que c’était pour l’affaire de Tarnac ». Lorsqu’il était étudiant, son fils a été co-locataire de l’un des membres du « groupe de Tarnac », qui sont tous en liberté aujourd’hui. Cette ancienne proximité et le fait qu’il ait une formation de ferronnier auraient amené les policiers à le soupçonner d’avoir fabriqué les crochets utilisés pour le sabotage.
« N’importe quel homme qui sait souder pourrait fabriquer ces crochets », assure le fils, qui a été libéré après 35 h de garde à vue dans les locaux de la Sdat. Son père, qui travaille le métal, a d’ailleurs été interrogé pendant deux heures chez lui. « Parce que ces objets sont fabriqués avec des fers à béton soudés, ils m’ont soupçonné aussi », s’indigne José Torres. Les policiers ont d’ailleurs perquisitionné sa maison et son atelier pendant 7 heures. « Tous les forgerons de France doivent-ils s’attendre à une descente de la cellule anti-terroriste ? », ironise sa femme, qui déplore l’état dans lequel les policiers ont laissé les chambres de ses deux fils.
« Ils connaissaient mon existence depuis longtemps, ajoute le fils. Ils ont justifié leur intervention en prétendant qu’ils avaient eu de nouvelles infos ».
Aujourd’hui, la famille s’étonne surtout que les policiers aient déployé « des moyens aussi importants à partir d’indices aussi légers ».

(*) Les actes de sabotage commis en novembre 2008 avaient affecté les lignes à grande vitesse (LGV) Nord, Est et Sud-Est après que les crochets eurent été percutés par les trains-balais, chargés de vérifier quotidiennement la sécurité des voies avant l’ouverture au trafic commercial. Dans cette affaire, dix personnes ont été mises en examen, notamment pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Les suspects ont contesté l’instruction et déposé plusieurs plaintes. Ils ont tous été libérés, y compris, en mai 2009, Julien Coupat, chef présumé du groupe.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 8 Mar - 1:56

Citation :
Tarnac, une affaire d’État PAR SIMON GOUIN (7 MARS 2012)

Où s’arrête le terrorisme ? Où commence son instrumentalisation ? Dans son livre, Tarnac, Magasin général, le journaliste David Dufresne tente de comprendre comment l’affaire qui a rendu célèbre un petit bourg de Corrèze et médiatisé une fantasmatique « ultragauche » a pu naître. Trois ans et demi d’enquête, à rencontrer les inculpés, les services de renseignement, les politiques. Et une volonté de décrypter les arrière-pensées et les manipulations, jusqu’au concept orwellien de « préterrorisme ». Entretien.

Basta ! : Vous tentez de comprendre les logiques qui animent les différents protagonistes. Pourquoi avoir laissé de côté la question de la culpabilité des inculpés de Tarnac ?

David Dufresne : La question de savoir, plus de trois ans après les faits, qui a posé les fers à bétons (sur une ligne de TGV, ndlr), reste très secondaire, au regard du reste de l’opération. L’obsession de la justice et de la police dévoile autre chose que ce qui est légitime : rendre justice. C’est ce qui m’intéresse : comment une telle « affaire » peut-elle être orchestrée, créée, exploitée, à d’autres fins que la simple volonté de rendre justice. C’est une « affaire » éminemment politique, bien avant qu’elle n’éclate au grand jour. Avec l’approche de l’élection présidentielle, Tarnac me semble une occasion de réfléchir à ces questions : qu’est-ce que le terrorisme ? Qu’est-ce que l’antiterrorisme, la violence, le militantisme, la police de renseignement ? On pourrait poser ces questions à François Hollande, qui, à titre d’élu corrézien, a défendu les gens de Tarnac tardivement. Ou à Nicolas Sarkozy, qui a publié un communiqué de presse triomphant le matin des arrestations. Toute l’affaire s’est déroulée sous son règne et, en partie, sous l’impulsion de certains de ses proches.

Vous racontez notamment les guerres que se livrent les services de renseignement, les difficultés engendrées par la fusion des services quatre mois avant les sabotages. Et leur fonctionnement : pression, rendement, rémunération des indics…

Cette « affaire » devait servir de prétexte à plusieurs volontés politiques. Elle permet d’abord à Michèle Alliot-Marie de se positionner, en tant que ministre de l’Intérieur, sur un créneau particulier : le terrorisme. Je parle de créneau parce que c’est ainsi que les policiers le nomment. Ils parlent aussi de marché, de parts de marché… Michèle Alliot-Marie va instituer des réunions antiterroristes, tous les jeudis soirs, au sein de son ministère. Réunions ultraconfidentielles, qui réunissent tous les patrons de police et qui n’ont jamais eu lieu avant, ni après elle. « L’affaire Tarnac » devait aussi servir à faire briller la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), le « FBI à la française » voulu par Sarkozy et créé en juillet 2008, soit quatre mois avant les sabotages. En réalité, les services qui devaient travailler ensemble vont se faire la guerre. Au sein de la DCRI, c’est la guerre de tranchées entre ceux qui viennent de la DST et ceux qui viennent des RG. Puis il y aura la guerre entre la DCRI et les RG parisiens. Ensuite, une autre rivalité cruciale, celle entre les gendarmes, d’un côté, et la DCRI et la Sous-Direction antiterroriste, de l’autre.

Pourquoi certains policiers acceptent-ils de vous rencontrer ?

En partie à cause de la guerre des polices. Mais aussi du fait que je prenais le temps, le temps d’une enquête au long cours. Je m’intéressais à leur travail, à sa banalité, à son quotidien. Tout le monde apprécie que l’on s’intéresse sincèrement à son travail. Arrive un moment où ils voulaient légitimement livrer leur point de vue, raconter les pressions subies, leurs propres doutes, ou leurs convictions. Il y a aussi ceux qui veulent se venger de ne pas avoir reçu la petite enveloppe des 100 ou 150 euros que leurs collègues ont eue, lors d’une réception discrète au ministère de l’Intérieur. Enfin, certains veulent me manipuler. Ils parlent sur ordre – ou non, d’ailleurs.

Certains prennent des risques…

Une des policières de la DCRI m’explique qu’elle pourrait passer au service « compromission », également surnommé en interne « la Stasi ». Le risque ultime ? Se faire virer, après procès. Lors de nos rencontres, certains me demandent d’éteindre mon portable, d’autres de me débarrasser de mon carnet de notes. Je prends ça pour du bluff puis je comprends au fil du temps que c’est sérieux. Très souvent, les rendez-vous sont fixés par des intermédiaires.

Vous décidez de respecter le off des sans-grade, des exécutants, mais pas de Joël Bouchité, l’ex-patron des RG, ni de Bernard Squarcini, le patron de la DCRI. Pourquoi ?

Le choix est simple, même s’il m’a fallu des mois pour m’y résoudre. Tous savaient que j’écrivais un livre. Et le temps que prenait Bernard Squarcini pour me recevoir au 8e étage de la DCRI, par exemple, en disait long sur la coloration politique de cette affaire. Si je le mets sous pseudonyme, si je ne dis pas qui il est, je tombe dans le travers que je reproche, qui est en gros d’être toujours dans le vague : « dans l’entourage de… », « de source proche de l’enquête », « dans le cabinet du ministère ». Par ailleurs, ces gens-là sont des personnages publics, ils doivent leur nomination aux politiques. On sait que Bouchité et Squarcini sont proches de Sarkozy. Ils sont là où ils sont parce qu’ils agissent dans les cercles du pouvoir. Il faut assumer cela et, dès lors, dire les choses telles qu’elles sont, ne pas les camoufler. Ce qui n’est pas le cas de l’enquêteur de base.

Votre livre commence par le procès-verbal qui demande l’ouverture d’une enquête préliminaire, puis par votre rencontre avec l’une des mises en examen, Gabrielle H. Pourquoi débuter ainsi ?

La cote D1, qui marque le début du dossier d’instruction, contient en dix lignes ce que les policiers vont chercher à prouver pendant des années. Ces derniers agissent comme des mathématiciens qui voudraient démontrer coûte que coûte leur hypothèse de départ, et non comme des enquêteurs à charge et à décharge. Avec ce PV, on entre de plain-pied dans la logique policière, avec son jargon, son vocabulaire. Quant à la rencontre à Tarnac avec Gabrielle H., c’est l’occasion d’entrer dans le village, dans l’épicerie, et de confronter cette « affaire » à cette réalité, très éloignée des fantasmes des uns (policiers) et des autres (journalistes, commentateurs). Tout le livre est ainsi construit, dans un va-et-vient.

Tout au long du récit, vous décrivez vos sentiments, vos espoirs, vos désillusions… Pourquoi choisissez-vous cette forme d’écriture ?

Je suis venu à l’écriture par les fanzines et la critique rock, un genre très empreint du « nouveau journalisme », du gonzo journalisme, du « je », de l’expérience, du fait que l’on assume poser un regard sur les événements, et pas uniquement un regard clinique. Ce regard « factuel », « professionnel », est dérisoire. Il constitue parfois un mensonge. Exemple, quand on scrute les procès-verbaux reproduits dans le livre, on mesure combien ils sont parfois complètement orientés. Ce qui est présenté dans la presse comme étant une vision objective des faits, issue de l’instruction, est en réalité tout à fait subjectif.

Face à cette subjectivité qui ne dit pas son nom, je pense qu’il faut porter son propre regard subjectif, en restant le plus honnête intellectuellement. L’objectivité, pour aller très vite, revient à faire un journalisme de statu quo, un journalisme d’administration. Les flics, la justice sont les tenants de la version officielle. L’« objectivité factuelle » revient souvent à placer la version officielle en avant. Personnellement, j’étais dans la mêlée, pas au dessus. Je raconte la mêlée.

Votre livre est entrecoupé de larges extraits de procès-verbaux issus du dossier d’instruction. Que nous apprennent-ils ? Pourquoi avoir choisi de les publier tels quels ?

Pour la forme d’abord : d’une certaine manière, le procès-verbal est un genre littéraire en soi. C’est une grammaire, une syntaxe particulière. Il y a cette sécheresse du mot, parfois un côté désuet, ou roublard, toujours une bataille psychologique entre quelqu’un qui interroge et un interrogé. En l’espèce, il y a de véritables moments de bravoure. Et sur le fond, reproduire ces PV est une façon de s’interroger : à quoi ça rime de publier chaque jour des articles avec trois bouts de PV ? Regardons la question posée avant, celle d’après. Regardons le contexte. Regardons comment cette parole est recueillie. C’est valable pour pratiquement toutes les affaires : la parole est recueillie dans des conditions exécrables, justement pas « objectives » du tout ! Or, la presse, pour des raisons de place, va à l’essentiel, c’est-à-dire à la petite phrase, l’aveu, extorqué ou non, la citation idéale, et écarte tout le reste. J’ai décidé d’en publier suffisamment pour démontrer la logique à l’œuvre.

Au fil des pages, on découvre les méthodes policières de renseignement, l’univers carcéral décrits par les accusés : les conditions d’isolement sensoriel à Levallois-Perret, les prélèvements d’ADN, les nombreux interrogatoires…

Il ne s’agit pas de s’apitoyer mais de raconter la réalité. Rappeler qu’un individu en interrogatoire ne dort pas, et que ces conditions vont forcément le mettre dans une position de faiblesse. Rien de nouveau sous le soleil, certes. Et c’est bien justement le problème ! Plus emblématique encore de cette « affaire » est le travail des renseignements généraux puis de la Direction centrale du renseignement intérieur. Comment on leur apprend à faire des choses à la limite de la légalité, comme poser une balise pendant qu’une voiture est au garage, en réparation. Comment, si elle n’est pas en réparation, il faut se débrouiller pour le faire sur un parking, avec deux équipes, une chargée de surveiller le proprio, pendant que l’autre s’affaire sur le véhicule… Je raconte tout cela, les écoutes, les balises. Je reproduis un manuel de stage de formation du groupe opérationnel des ex-RG.

Joël Bouchité, l’ex-patron des renseignements généraux, vous révèle qu’il y avait bien une balise sous la voiture de Julien Coupat, bien avant les dégradations. Or cela pose problème…

Oui, car dans le dossier d’instruction, il n’y a trace d’aucune balise. C’est toute la question de la « judiciarisation du renseignement » et de la DCRI : elle a à la fois la casquette renseignement et la casquette judiciaire. Ce qui est recueilli dans des zones extrêmement grises par le renseignement (indics, écoutes, balises), sous le sceau désormais du secret défense, peut se retrouver « habillé » pour atterrir dans un dossier judiciaire. La question juridique, et morale, est de savoir comment on passe de l’un à l’autre. En termes de droit, si la balise n’a pas été autorisée, cela veut dire que tout le PV de surveillance de la nuit des sabotages – que la justice prête pour l’un d’eux à Julien Coupat et à Yildune Lévy – peut être annulé. Et s’il n’y a plus de PV de surveillance, l’instruction s’écroule.

Vous analysez aussi le traitement médiatique de l’affaire. Vous parlez des « grandes oubliettes de la petite actualité » et que la presse ne sort pas du dyptique innocent/coupable ou pour/contre.

La question n’est pas dans le noir/blanc. Mathieu Burnel, un des inculpés, l’analyse fort bien. La question est : est-ce que vouloir s’extraire de l’époque, c’est un crime ? Est-ce un crime d’ouvrir une ferme à des activistes, à des militants du monde entier ? C’est à cause de cela qu’on va surveiller ces gens. Cette question est bien plus signifiante. De dire que ce sont uniquement des gentils épiciers, ce n’est pas vrai. Évidemment qu’il y a des rencontres politiques, des discussions radicales qui sont menées. Mais est-ce qu’on est dans le terrorisme ? Est-il légitime d’utiliser contre eux les moyens de l’antiterrorisme – les plus importants d’un point de vue policier ? Est-ce qu’on peut discuter la notion de « préterrorisme » ? Et si oui, ça commence quand ? C’est ce que je demande à Squarcini.

C’est la notion de préterrorisme, que vous interrogez tout au long du livre, et que définit Bernard Squarcini, le patron de la DCRI.

C’est le grand dilemme de l’antiterrorisme. Car c’est une police qui, plus qu’aucune autre, a failli si les gens qu’elle poursuit commettent leurs actes. C’est une police préventive, mais pas au sens prévention de la délinquance : au sens d’essayer d’agir avant que les agissements n’aient lieu. Elle doit pour cela surveiller des gens qu’elle soupçonne capables de commettre des crimes et elle les arrête avant qu’ils ne les commettent. Sauf qu’on n’a absolument pas la certitude que les gens commettraient les crimes dont on les soupçonne.

Prenons Bernard Squarcini. À ses yeux, la « bande de Tarnac » – il l’appelle comme ça –, c’était « un pot au feu qu’il fallait laisser mijoter ». C’est ça, le préterrorisme du point de vue policier. On voit bien dans cette histoire les risques que ce « concept » fait courir aux libertés individuelles et collectives. Le terrorisme est une des clés de voute de la police sécuritaire. Contrairement à l’image qu’elle se donne, cette police n’a rien d’exceptionnel. Elle fait absolument partie du dispositif sécuritaire dans son ensemble. Ça commence par Vigipirate dans les gares à Paris, depuis des années. Ça se poursuit avec les niveaux d’alerte, etc. Cette notion de préterrorisme doit pouvoir être débattue. Tarnac en est l’occasion.

Propos recueillis par Simon Gouin

À lire : David Dufresne, Tarnac, Magasin général, Éditions Calmann-Lévy, mars 2012.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Ven 9 Mar - 0:48



Dernière édition par Nico37 le Sam 10 Mar - 15:48, édité 2 fois
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Ven 9 Mar - 23:16

Citation :
"Tarnac, magasin général": affaire personnelle, affaire d’époque 06/03/2012

Après Prison Valley, le journaliste David Dufresne signe un épais témoignage sur l’affaire de Tarnac, tel qu’il l’a vécue depuis son commencement. A base d’interviews, procès-verbaux et impressions.

David Dufresne l’a prise à cœur, cette histoire de Tarnac, depuis plus de trois ans. Comme nous tous, journalistes ayant suivi l’affaire que Dufresne souligne par l’italique, tout au long de son bouquin. Pour y avoir participé puis s’en être éloigné, il sait parler de la course médiatique, de ses règles plus ou moins loyales, un peu à la façon de Laurence Lacour dans Le Bûcher des innocents.

Tarnac l’a empêché de dormir la nuit, Tarnac lui a fait faire des kilomètres, des allers-retours en bagnole et en esprit. Il le raconte, sans s’interdire la première personne. Le genre de dossiers où, dans les films, le pisse-copie solitaire finit par dessiner sur les murs en fumant plein de clopes, une bouteille de whisky demi-bue posée à côté de son chat.

Sauf qu’à Hollywood, le bougre tenace résout toujours l’énigme avant le générique. Là, Dufresne sait dès le départ qu’il ne trouvera pas “la” solution, la clé de l’énigme. Il ne confondra pas le saboteur de caténaires en série, ni ne prouvera la “manipulation politique” dénoncée par les avocats de la défense. Il va juste essayer de comprendre. Il en fait une affaire personnelle, comme, l’explique-t-il, tous les protagonistes du dossier.

Pour achalander son Magasin général, le journaliste a rencontré tous ceux qu’il a pu atteindre. Il raconte leurs anecdotes et leurs points de vue irréconciliables, chacun de son côté de la ligne de front. Juge contre avocats, parents contre accusateurs, police contre mis en examen, police contre police. L’auteur les laisse parler, ne tranche pas, quitte à ressortir avec plus de questions qu’en entrant. Il met un point d'honneur à ne pas faire semblant de savoir.

Affaire personnelle, aussi, pour les mis en examen, qui ont expérimenté chacun à leur manière la prison et/ou le contrôle judiciaire, les questions absurdes des flics qui fouillaient leurs bibliothèques et des journalistes qui fouillaient leurs poubelles. L’exposition de leur personne, subie puis assumée, quitte à essuyer les procès en “peoplisation”.

Affaire personnelle pour le juge d’instruction et les policiers, sans cesse blessés par les piques contre leur enquête, les avocats énervants, les journalistes innocentistes, les interrogés ingouvernables. Alors qu’eux, professionnels, ont le droit et le devoir d’arrêter, de mettre en garde a vue, mais n’y adjoignent pas le privilège de la parole. Dufresne leur donne l’occasion de s’expliquer, sans bien savoir si ces flics viennent se livrer en cachette ou en service commandé.

“Je suis dans une affaire qui me dépasse”, a dit Julien Coupat à sa mère, citée dans le livre. L’affaire d’une époque, ajoute Dufresne. Quelle époque? Celle où, parmi 4000 “actes de malveillance” constatés chaque année sur les voies SNCF, quelques crochets sur des caténaires se transforment en affaire terroriste parce qu’ils seraient animés d’une volonté politique.

Celle où le refus de répondre à la police, le silence face à l’injonction de transparence, est déjà une faute. Où le dossier transforme la discrétion en clandestinité, l’anonymat en dissimulation. En disséminant des extraits de la procédure dans son récit, l’auteur permet par moments de la saisir, l’époque, à travers une question des enquêteurs :

“Vous êtes âgé de 27 ans. Tous les jeunes de votre génération ont été élevés dans un monde où la technologie domine, télévision, informatique, téléphonie mobile. Or vous nous avez déclaré ne pas posséder de téléphone portable. Bien que ce soit évidemment votre droit le plus entier, pourquoi ce choix?”
Procès-verbal D427, extrait de Tarnac, Magasin Général.
Dufresne montre à quel point le pouvoir politique s’est saisi de cette affaire, pour “détecter la menace” avant qu’il ne se passe quoi que ce soit, intervenir pour empêcher. Et communiquer.

Le récit, pour qui s’est penché sur l’affaire, qui a passé du temps à y perdre son temps, se lit d’une traite. Pour Dufresne, au bout de trois ans d’enquête, ce livre a des allures de libération. Il condamne pourtant ses confrères à continuer d’errer dans le dossier. Issus de boutiques concurrentes, nous avons parfois fraternisé dans ce passe-temps commun : Tarnac, question personnelle et question d’époque.

Tarnac, magasin général, David Dufresne, Calmann-Lévy, 7 mars 2012.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 10 Mar - 15:18

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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 13 Mar - 1:38

Citation :
TARNAC PRODUCTION 12 MARS 2012 GUILLAUME DASQUIÉ

Tarnac dossier judiciaire scandaleux, dérive éloquente de l'antiterrorisme à la française. Certes. Mais aussi et surtout grand cirque de l'information, dans lequel les médias usent de la même indignation affectée pour des thèses opposées. Choses vues et réflexion avec David Dufresne, auteur de "Tarnac, magasin général".

L’affaire de Tarnac, symptôme à un plus d’un titre. Pas seulement d’une nouvelle forme de militantisme dur sur-interprété par des services antiterroristes toujours soucieux de justifier leurs pouvoirs dérogatoires. L’affaire de Tarnac montre aussi des médias qui pendant plusieurs mois ne parviennent pas à reconstituer cette complexité-là sans parti pris. L’information selon laquelle des militants ont bien dégradé des voies ferrées, mais que leurs actes relèvent du vandalisme et non pas du terrorisme, appartient au domaine de l’indicible. Comme si elle ne plaisait à personne.

Comme si, dans les médias, les stratégies de communications des uns et des autres profitaient alternativement d’une chambre d’écho. Celles des services de renseignement, de la police, des avocats, de la ministre de l’intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, et des militants politiques proches du groupe de Tarnac. Ce jeux des médias dans l’affaire de Tarnac apparaît tout au long du livre “Tarnac magasin général”, que vient de publier l’auteur et journaliste David Dufresne aux éditions Calman-Lévy. L’affaire judiciaire y passe au second plan et laisse la place à une comédie politico-médiatique. Piquante. Entretien.

L’affaire de Tarnac présente des médias versatiles, reprenant d’abord sans trop de discernement les affirmations policières, puis, dans un deuxième temps, cherchant à démontrer que les militants de Tarnac n’ont jamais dégradé de voies ferrées, avec le même entrain. Comment analysez-vous ce passage entre deux postures radicales ?
Effectivement, il existe un effet de balancier. Il s’est opéré en trois semaines. Dans un premier temps, le discours de Michèle Alliot-Marie se retrouve partout, comme dans ce journal de 13h de France 2 du 11 nov 2008, jour de l’arrestation, peut-être le plus caricatural. Toute la phraséologie policière transpire dans le commentaire. Le reportage dit « Ils avaient une épicerie tapie dans l’ombre » [une sentence aujourd’hui détournée par des cartes postales, en vente dans l’épicerie de Tarnac, NDLR]. Puis les mis en examen, les proches, et les comités de soutien s’organisent et développent leur discours, que certains ont qualifié d’innocentiste, et qui va supplanter le premier. Une raison à cela: dans les journaux, au Monde, à Libération comme à Mediapart, par exemple, c’est une question d’hommes, de journalistes, de rivalités. Comme ce sont des titres où la contestation interne peut s’exprimer, ça s’exprime aussi dans leurs pages.

Pourquoi de nombreux journalistes ont-ils immédiatement adhéré à la thèse policière ?

Il faut comprendre la propagande de départ. Le cabinet de Michèle Alliot-Marie « travaille » alors les rédactions depuis longtemps pour les convaincre de l’existence d’une résurgence de la violence ayant pour origine une nouvelle extrême gauche, qui prendrait son origine dans les mouvements anti-CPE. Le cabinet de Michèle Alliot-Marie a demandé à la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) puis à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) de monter des dossiers sur ce thème.

Ceux-ci étaient présentés et débattus lors des fameuses réunions du jeudi soir de la place Beauvau [révélées par le livre de David Dufresne, NDLR], des réunions uniquement consacrées à l’anti terrorisme et réunissant les patrons de la police. Joël Bouchité, de la DCRG et Bernard Squarcini de la Direction de la surveillance du territoire (DST, bientôt transformée en DCRI, NDLR) y participent.

La ministre est présente, prend des notes, elle est très attentive et exigeante. J’ai rencontré un certain nombre de participants à ces réunions. Les chefs de la police étaient impressionnés par MAM. Sur le mode: on ne contredit pas un ministre! En outre, en matière d’antiterrorisme, la DCRI va alors être créée, chacun doit prendre un « créneau », c’est le terme employé par plusieurs policiers, devenir légitime dans une spécialité. Bouchité voudrait prendre l’extrême gauche et la contestation radicale tandis que Squarcini ne prendrait que les islamistes.

Ces enjeux de pouvoir et de légitimité créent des effets de loupe considérables sur les sujets qu’ils abordent. Comme par exemple le rapport de juin 2008 du ministère de l’Intérieur, brandissant quasiment le retour d’Action directe. Tout le scénario de l’affaire de Tarnac est préparé dans ce cadre. Et les contacts du ministère dans les médias font le reste. En entretien, Squarcini m’a confié : « pour nous le groupe de Tarnac c’était un pot de feu qu’on laissait mijoter ». Il y a aussi Alain Bauer, le consultant en sécurité de l’Élysée, qui vient d’acheter « L’insurrection qui vient » [un essai politique attribué au groupe de Tarnac, NDLR]. Il lui accorde beaucoup d’importance. Un tel homme d’influence, qui a l’oreille du président, en parle à des amis journalistes. Il en remet aussi un exemplaire à un Frédéric Pechenard, le directeur de la police nationale.

Au moment de l’interpellation du groupe de Tarnac, largement médiatisée, les esprits ont déjà été préparés, mais comment cette mise en condition s’exerce au moment ultime ?

L’enquête préliminaire est ouverte en avril 2008. Au mois de novembre, elle n’est pas encore bouclée. Mais arrive la nuit du 7 au 8 novembre durant laquelle des voies ferrées font l’objet d’actes de vandalisme. Ça fait l’ouverture dans les journaux de 20 heures. L’Élysée s’informe et appelle le Ministère de l’Intérieur, qui appelle les services de sécurité, comme toujours lorsqu’un sujet sécuritaire occupe l’espace médiatique. Certains, dans ces services, veulent attendre. Mais le pouvoir politique exige une réponse médiatique. La Sous direction antiterroriste chargée de l’enquête de terrain voudrait peaufiner ses investigations en prolongeant la surveillance.

Gérard Gachet, porte-parole du ministère de l’Intérieur évoque des SMS de journalistes: la place Beauvau craint alors les fuites. Le pouvoir exécutif choisit le 11 novembre pour bénéficier d’une caisse de résonance énorme, l’actualité étant essentiellement occupée par les commémorations ce jour-là: c’est une constance, en France, le 11 novembre, depuis 1918, il ne se passe rien! À 6h du matin, 150 policiers investissent Tarnac et débutent les perquisitions dans les différents corps de ferme. À 8h32, les perquisitions sont en cours mais déjà un communiqué du ministère de l’Intérieur annonce triomphalement l’opération. Vers 10h un journaliste de France 3 arrive de Limoges, passe les barrages et réalise des images, très fortes, violentes, avec des policiers en cagoule surarmés, alors que l’opération est toujours en cours.

Une heure plus tard environ, vers la fin de matinée, Michèle Alliot-Marie organise une conférence de presse dans son bureau alors que la perquisition est toujours en cours. Mais à ce moment-là, les policiers savent qu’ils n’ont rien trouvé quant à d’éventuels préparatifs d’actes terroristes. Trop tard, la machine est lancée. MAM construit une image qui est celle de ces conférences de presse des années 80, au moment des affaires Action directe et du terrorisme en relation avec l’extrême gauche. Moins de deux heures plus tard, Claire Chazal invite Guillaume Pépy, le patron de la SNCF [victime des dégradations, NDLR] qui renchérit sur le plateau de TF1. Le point d’orgue, c’est la Une de Libération du lendemain qui annonce « L’ultra gauche déraille ». Alors que tous les experts s’accordent sur le fait que les dégradations des caténaires ne pouvaient pas provoquer le moindre déraillement. Toute cette construction médiatique de la place Beauveau a permis de convaincre de l’existence de cette menace terroriste là. Enfin, le lundi matin, l’Assemblée nationale acclame MAM d’une standing ovation. Le film parfait.

Comment cette croyance est-elle balayée puis remplacée par une autre ?

Les gens de Tarnac se sont mis à parler, ils ont signé des tribunes, produit un discours. Puisqu’ils ont été pointés par les médias, ils répondent par les médias. Dans notre époque, les deux vecteurs d’infamie ce sont le terrorisme et la pédophilie, deux accusations médiatiques a priori indiscutables et dont les personnes visées ne peuvent pas se remettre. C’est pour cette raison, d’ailleurs, précisément, qu’il faut les discuter. Et là, un mouvement de balancier s’opère. Les journalistes qui suivent l’affaire établissent une nouvelle narration: l’histoire devient, grosso modo, la bataille «des méchants flics contre les gentils épiciers». De leur côté, des policiers de base, loin des calculs politiques du début, veulent défendre leur travail. Ils se sentent seuls. Certains sont convaincus de la légitimité de leur travail d’autres doutent – notamment de la qualification de terrorisme des actes délictueux. Et puis une interview de Bernard Squarcini dans Le Point marque un tournant, où le ministère de l’Intérieur tente d’adapter sa narration. Il évoque la notion de « pré-terrorisme », affirme que les services « ne fabriquent pas de dossiers ».

Quelles leçons en tire l’appareil sécuritaire ?

Une gorge profonde m’a décrit avec beaucoup de détails comment fut décidé de lancer des « leurres médiatiques », dès que le vent s’était mis à tourné. Pour elle, ceux qui ont provoqué l’incendie ont subi un retour de flamme. Il fallait éteindre l’incendie en tentant de justifier a posteriori cette dérive. Par exemple en organisant diverses arrestations dans les mois suivant pour entretenir le doute, taire les critiques, alimenter les journalistes amis aussi.

À ce titre, j’ai mieux compris pourquoi Bernard Squarcini m’a longuement reçu pour ce livre. Nos rendez-vous faisaient partie des consignes pour tenter de dégonfler l’affaire. Aujourd’hui, beaucoup de policiers me disent que depuis ils ne veulent plus toucher à l’extrême gauche, car ses membres auraient trop de relais dans la presse. Les flics disent, à la fois tétanisés et rigolards: «les autonomes, c’est fini, on ne peut pas les fliquer tranquille.»
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mer 14 Mar - 3:32

Citation :
Affaire de Tarnac : Un policier oublie des documents liés à l'enquête lors d'une perquisition 12/03/2012

Tarnac, petit village de Corrèze, a été le théâtre de l'arrestation du groupe de Julien Coupat, présenté comme un groupe terroriste.

JUSTICE - Des enquêteurs ont dû changer leur numéros de portable après cette «étourderie»...

C’est un policier étourdi qui a participé à une perquisition, le 23 février dernier, près de Rouen dans le cadre de l’affaire Tarnac. Selon Europe 1, un agent de la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (SDAT) a oublié sur place une série de documents liés à l’enquête.

Rien de très important, a tempéré une source proche de l’enquête, selon laquelle ces documents n’étaient pas judiciaires mais ont simplement servi à préparer l’intervention (comme des photos de repérage, ou des plans). Toujours selon cette source, ces papiers n’ont ainsi «aucun intérêt après la perquisition». Des policiers, dont les coordonnées téléphoniques figuraient sur les documents, ont toutefois dû changer de numéros de portable.

L’enquête piétine

Un homme d’une trentaine d’années avait été interpellé lors de cette perquisition. Il était soupçonné d’avoir fabriqué les crochets utilisés pour saboter des lignes à grande vitesse, en octobre et novembre 2008. Il avait été remis en liberté le lendemain, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui.

L’enquête dans cette affaire dite de Tarnac – du nom du village de Corrèze où résidaient une partie des membres du groupe présumé auteur des faits – piétine depuis près de quatre ans. Une dizaine de suspects ont été poursuivis dans cette affaire mais tous – y compris le leader supposé du groupe Julien Coupat – ont été remis en liberté.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Ven 16 Mar - 1:10

Citation :
Mark Kennedy: la taupe de Tarnac 13/03/2012 | 10H44



Pendant sept ans et dans toute l’Europe, le policier anglais Mark Kennedy s’est fait passer pour un gauchiste radical. En France, il a fourni à la DCRI des informations sur les mis en examen de Tarnac. Récit d’une infiltration.

Son grand corps blond tatoué aux bras, sa queue de cheval et ses petits yeux qui louchent ont fait la une des journaux anglais en janvier 2011. Mark Stone, militant gauchiste international. Mais l'habit ne fait pas le rebelle : sous la fausse identité de Stone se cache le policier Mark Kennedy.

De 2003 à 2010, Stone/Kennedy a infiltré la gauche radicale anglaise et européenne. Il a vécu undercover chez les activistes écologistes, altermondialistes, anarchistes et antifascistes, partageant leurs repas, leurs fêtes, leurs manifs. Parfois leurs lits. Ils ont fini par découvrir sa trahison mais trop tard. Tout ce qu'ils faisaient et disaient depuis sept ans était déjà entre les mains de la police.

Stone a aussi œuvré en France. Il semble même avoir joué un rôle important dans l'affaire de Tarnac. Dans plusieurs pays européens, son rôle d'agent provocateur a suscité des scandales. En France, ses activités restent méconnues.

L'infiltration commence en 2002. Mark Kennedy, policier à Londres depuis huit ans, rejoint la National Public Order Intelligence Unit, une agence britannique qui surveille les "extrémistes domestiques" (anarchistes, défenseurs de la cause animale...).

Sa mission débute en août 2003 : il doit s'immerger dans le milieu des écologistes radicaux et gagner leur confiance. Il enfile un bermuda, attache ses longs cheveux et se rend seul sur le campement du groupe écolo Earth First. Il s'y fait des amis et leur offre ses bras pour soutenir leur cause. Il donne même de l'argent. Il dit gagner sa vie à l'étranger comme alpiniste professionnel.

En 2009, des activistes commencent à se méfier

Avec les écolos britanniques, il débat, manifeste, danse et boit. Personne ne doute de ce militant si zélé, toujours prêt à accrocher une banderole sur une centrale électrique ou à conduire ses camarades sur les lieux d'une action dans son pick-up bleu. Pendant sept ans, il voyage. Dans onze pays, il infiltre et espionne, nous apprend un rapport de la police anglaise : réunions internationales, "camps climat", villages alternatifs, contre-sommets.

Mais en 2009, malgré six ans de parfaite intégration, des activistes commencent à se méfier de lui. En avril, quand vingt-sept écolos sont arrêtés pour avoir planifié l'invasion d'une centrale à charbon, Mark est le seul à ne pas être poursuivi. En octobre 2010, sa petite amie, une militante, trouve dans son sac un passeport au nom de Mark Kennedy. Elle se confie à ses camarades.

Ensemble, ils enquêtent et trouvent des documents confirmant sa fausse identité. Ils comprennent que leur camarade est policier. Un matin, six personnes l'interrogent pendant plusieurs heures dans une maison de Nottingham, jusqu'à ce qu'il avoue. Ils le laissent partir et alertent le Guardian, qui révèle l'espionnage de l'extrême gauche par la police anglaise.

Un pied dans l'affaire de Tarnac

Quels dégâts a commis l'infiltré ? Durant toute la période où il a agi, les polices européennes se sont coordonnées. Elles ont échangé un maximum d'informations sur les déplacements internationaux des activistes, installé des dispositifs de sécurité inviolables lors des contre-sommets, surveillé au plus près les mouvements jugés potentiellement déstabilisateurs ou terroristes. Pièce clandestine de ce dispositif, Kennedy a surveillé des militants allemands, islandais, italiens, espagnols et français.

C'est ainsi qu'il met un pied dans l'affaire de Tarnac. Rappelons les événements de novembre 2008 : la police antiterroriste française lance un raid sur la ferme de Tarnac, en Corrèze, arrête là-bas et dans d'autres villes vingt personnes qu'elle soupçonne d'avoir comploté pour ébranler l'Etat en sabotant des voies SNCF. Dix sont mises en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

En avril 2008, quand le parquet ouvre une enquête préliminaire sur ce groupe de Tarnac, il a très peu d'éléments. Il dispose du travail des Renseignements généraux (RG) sur certains de ces militants. Dans ces dossiers, plusieurs informations viennent de Mark Kennedy, qui travaillait aussi pour des policiers français. L'agent a croisé au moins trois fois les jeunes gens de Tarnac. A chaque fois, ses observations ont laissé une trace dans le dossier judiciaire établi contre les comploteurs présumés. "Il est à notre sens fort probable qu'il ait joué un rôle très important", affirme Joseph Breham, l'un des avocats des mis en examen.

Le premier contact entre Stone et les habitants de Tarnac a lieu en février 2007 à Varsovie, en Pologne. Un vendredi, cent à deux cents militants venus de toute l'Europe se retrouvent dans une salle publique pour décider des actions à mener contre le G8 d'Heiligendhamn, prévu en juin.

Un autonome français de 30 ans participait à ce rassemblement. Il nous décrit les lieux : "Ça ressemblait à un centre social. Nous étions dans une salle où se tenaient parfois des concerts." Rien de secret : tous les débats sont annoncés sur des affiches et sur le site alternatif Indymedia. "C'était plutôt ouvert, ajoute notre témoin. Pas un truc black bloc clandestin." Dans la foule des altermondialistes, des activistes du réseau Dissent! et des partisans de Die Linke (l'équivalent du Parti de gauche en Allemagne), cinq personnes du "groupe de Tarnac".

Sur la manière de contre-manifester au sommet du G8, les stratégies divergent. "Depuis Seattle et Gênes, c'est la discussion systématique : faut-il s'approcher de la zone rouge, bloquer les voies d'accès au sommet, faire autre chose ?" Rodées aux contre-sommets, les polices européennes renforcent chaque année leur dispositif de sécurité. Il devient de plus en plus difficile pour les militants de s'approcher des lieux. C'est là que les cinq Français de Tarnac proposent un plan B : faire irruption par surprise à Hambourg ou Berlin, loin du sommet, là où les forces de police ne se seront pas déployées préventivement. Dans la salle, Mark Stone les écoute. Il est venu avec des militants écolos anglais.

" Notre seul lien avec la Pologne est cette réunion-là "

Un an après, en juin 2008, la direction des RG remet au ministre de l'Intérieur un rapport confidentiel-défense (publié en mars 2012 par Mediapart) intitulé : "De la contestation anti-CPE à la constitution d'un réseau préterroriste international : regard sur l'ultragauche française et européenne". Dans ce rapport, trois personnes du groupe de Tarnac sont citées noir sur blanc comme ayant participé à la réunion de Varsovie. Le document les désigne comme "premier cercle" d'un "groupe informel d'ultragauche de type autonome" préparant des actions violentes en Europe.

A la même période, la police française demande l'ouverture d'une enquête préliminaire sur le groupe de Tarnac. Dans leur demande au procureur, les policiers s'inquiètent des "rendez-vous internationaux de la mouvance anarcho-autonome" et citent comme premier exemple celui de la Pologne.

Pour les mis en examen de Tarnac, c'est une certitude : Mark Stone a révélé leur présence à Varsovie à la police française. L'un d'eux nous explique : "Le début de l'enquête policière se fonde sur nos prétendues relations à l'étranger. Notre seul lien avec la Pologne est cette réunion-là, à laquelle Stone a assisté. D'autres informateurs auraient pu signaler notre présence en Pologne, mais cela s'est répété ensuite : à chaque fois que Stone nous a croisés quelque part, des éléments sur nous ont atterri dans les dossiers de la police." Il se souvient du policier infiltré : "Tu voyais sa gueule, tu t'en rappelais. Il avait un œil qui regardait par là, il était un peu plus vieux que la plupart des participants et parlait anglais au milieu d'Allemands et de Polonais."

" Du moment qu'il décide de vivre avec nous, c'est indétectable ! "

Joël*, militant français du réseau Dissent!, actif dans l'organisation des contre-sommets, assistait à la réunion de Varsovie. Il y avait remarqué Stone parce qu'il l'avait déjà croisé pendant la préparation du contre-sommet de Gleneagles, en 2005.

" Pour moi, Mark faisait partie des gens qui avaient créé Dissent! en Angleterre. Je l'ai rencontré à Londres dans un squat qu'il avait ouvert avec des amis. Je ne lui ai pas vraiment parlé. Ce n'était pas quelqu'un qu'on abordait facilement : il était très british, un peu en retrait. "

Lorsque le policier est démasqué quatre ans plus tard en 2010, Joël n'en revient pas. " Pour éviter l'infiltration, on dit qu'il faut bien connaître les gens. Mais du moment qu'il décide de vivre comme nous, d'être parmi nous pendant des années, c'est indétectable ! Personne n'avait aucun doute à son sujet. "

Indétectable, indétecté, Mark Stone fait son nid dans des petits cercles de militants pourtant prudents. Un an après Varsovie, en janvier 2008, on le retrouve à New York. Accompagné d'un ami anarchiste américain qui vit en Angleterre, il est dans le bureau d'une activiste new-yorkaise, à Manhattan. Se joignent à eux un autre Américain, un Japonais vivant aux Etats-Unis et deux Français : Julien Coupat et sa compagne Yldune Lévy, en vacances à New York. Ils ne connaissent que l'ami américain de Mark. Celui-ci les invite à rencontrer ses copains.

"Ce sont des potes de potes de pays différents, avec à l'évidence des centres d'intérêt communs, qui se retrouvent au même endroit et discutent quelques heures, explique un proche de Julien Coupat. Tout le monde fait ça." Quel souvenir les participants de cette réunion gardent-ils de Mark Stone ? "Il avait toujours l'air normal, avec ses tatouages et ses piercings, comme un poisson dans l'eau", raconte l'un d'eux.

D'après ce témoin, le policier infiltré avait expliqué qu'il était venu à New York "voir son frère". Durant la réunion, Julien Coupat prend quelques notes dans son carnet. Ce jour-là, il griffonne ce prénom : "Mark".

Quelques jours après, Julien Coupat et Yldune Lévy rentrent en France. Pour cela, ils franchissent la frontière Etats-Unis/Canada illégalement, en pleine nature, loin des douaniers. Pourquoi ? Pour entrer aux Etats-Unis, ils devaient posséder un passeport biométrique et donc donner leurs empreintes digitales. Comme ils s'y refusent, ils sont passés par le Canada, qui n'exige pas d'empreintes, en franchissant la frontière par les bois.

A l'aller, pas de problème. Au retour, des camarades américains les conduisent en voiture au plus près de la frontière puis les laissent la franchir à pied pour les récupérer côté canadien. Mais avant qu'ils ne se rejoignent, la police canadienne contrôle la voiture. Elle découvre le sac à dos de Julien Coupat, son permis de conduire, son carnet et des photos de Times Square. Comprenant que le Français a dû franchir la frontière illégalement, la police canadienne saisit ses affaires, qui lui seront par la suite restituées.

Qui pouvait révéler aux RG la présence des Français à Manhattan ?

Quatre mois plus tard, en France, la Sous-division antiterroriste (Sdat) demande au procureur d'ouvrir une enquête préliminaire sur le groupe de Tarnac, dont aucun membre n'a encore été arrêté. La police antiterroriste motive sa demande en dressant le portrait d'une "structure clandestine anarcho-autonome entretenant des relations conspiratives avec des militants de la même idéologie implantés à l'étranger".

Pour le prouver, les policiers citent le voyage américain de Julien Coupat et Yldune Lévy, leur passage clandestin de la frontière et leur participation à une "réunion d'anarchistes américains à New York". Ils évoquent également un engin incendiaire lancé contre un centre de recrutement de l'armée américaine à Times Square, pour lequel l'enquête n'a trouvé aucun coupable. La police américaine a pourtant écarté une participation des Français à cette attaque puisqu'ils avaient déjà quitté les Etats-Unis.

Dans leur lettre au procureur, les policiers de la Sdat affirment que ces informations leur ont été fournies par les RG. Qui pouvait révéler aux RG la présence des deux Français à la petite réunion anarchiste de Manhattan ? Les mis en examen confirment que leurs soupçons se portent sur Mark. L'un deux précise : "Les Américains présents ce jour-là ont par la suite été inquiétés par la police : ça ne peut donc pas être eux qui ont informé les policiers français. Reste le Japonais et Stone. Vu ce qu'on sait de lui maintenant, j'en déduis que l'information vient de Stone."

Au bon endroit, au bon moment. Pendant l'été 2008, trois mois avant leur arrestation, les habitants de Tarnac voient débarquer dans leur ferme deux visiteurs. Mark Stone et son copain américain, celui qui l'accompagnait à New York. Une visite amicale, tourisme militant. "L'été, à Tarnac, il y a toujours plein de gens qui passent", raconte un résident de la ferme du Goutailloux, transformée en lieu de rendez-vous et d'habitation collective.

" Les visiteurs vont et viennent, deux jours ou deux semaines. Ils dorment sous la tente ou chez des gens. S'il y a des travaux à faire, les volontaires participent, les autres se baignent, lisent, cuisinent, se promènent, regardent des films. Stone est passé par là comme des centaines de personnes depuis des années. Je n'ai aucun souvenir de lui sinon qu'il était là. Ce n'était pas un pote et il ne nous collait pas aux basques. "

" Une fois de plus, Stone est parmi nous et un renseignement parvient à la police "

Fin juillet. Mark Stone campe à Tarnac. A Paris, un policier antiterroriste rédige ce procès-verbal :

" Ce jour, sommes avisés par une source désirant garder l'anonymat qu'un membre important de la mouvance anarcho-autonome d'origine italienne et agissant au niveau européen est susceptible de se rendre, le 30 juillet 2008 en milieu d'après-midi, à la gare de Limoges (Haute-Vienne), en provenance de Paris, afin d'y être pris en charge dans le but de rencontrer le nommé Julien Coupat. "

Cet Italien, que la police considère comme un "membre important de la mouvance", se nomme Marcello Tari, c'est un chercheur indépendant, auteur d'un livre sur le mouvement autonome italien des années 70 édité en France.

Notre témoin de Tarnac ne croit pas à une coïncidence : "Une fois de plus, alors que Stone est parmi nous, un renseignement parvient à la police. Les autres militants qui passaient à la ferme n'ont pas attiré l'attention du dénonciateur mais Marcello Tari, si. Tari était présent au même G8 que Stone, qui l'a peut-être repéré à ce moment-là : comme Stone, Tari est un peu plus vieux que la moyenne."

Quels furent les liens entre Mark Stone et la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur, issue de la fusion entre les RG et la DST) ? En février 2011, L'Express apporte une nouvelle information sur les activités de Stone en France. Dans un court article, le magazine avance qu'il a informé des policiers français sur Tarnac : "C'est en partie grâce à lui que la DCRI a pu reconstituer les déplacements à l'étranger de Coupat." Sans rien dire de plus.

Un mois plus tôt, dans le quotidien anglais The Daily Mail, Stone avait délivré un indice : "Je ne serais jamais allé à l'étranger sans l'accord de mes supérieurs et de la police locale."

Ses explications concordent avec celles du rapport d'inspection de la police anglaise, rendu public en février 2012. Selon ce rapport, "Mark Kennedy a visité ou servi dans onze pays, à plus de quarante occasions, dont quatorze visites en Ecosse. La National Public Order Intelligence Unit (responsable de Stone - ndlr) concluait des accords avec les pays hôtes pour les déplacements de Mark Kennedy à l'étranger."

Quelques jours après la remise du rapport, le Home Office (équivalent du ministère de l'Intérieur) développe : "Tous les déplacements de Mark Kennedy étaient autorisés par le Royaume-Uni, avec l'accord des Etats concernés et un soutien du pays hôte. (...) L'autorisation de déplacement était négociée et facilitée par le réseau approprié d'officiers de liaison." Accord du pays hôte, c'est-à-dire de la France et de ses autorités. Mais il sera difficile d'en savoir plus.

A Scotland Yard, à Londres, on ne veut rien nous dire : "Nous ne communiquons pas sur les policiers infiltrés, qu'ils soient toujours en mission ou pas." A Paris, la DCRI a refusé de répondre à nos questions. Quand nous contactons Stone, en septembre 2011, il se dit prêt à témoigner : "Vous rencontrer et discuter de votre article pourrait m'intéresser", nous répond-il par mail. Mais au final, il ne donne jamais suite.

" Un policier infiltré étranger, c'est plus sûr qu'un indic "

Un lieutenant de police, qui veut rester anonyme, revient sur la collaboration entre Mark Stone et la DCRI. Il nous explique qu'un officier français, chargé des mouvements altermondialistes et des contre-sommets à la Section contestation et violences des RG, gérait les infos fournies par Stone.

Début 2007, précise notre source, l'officier montre à ses collègues la photo d'un homme posant devant une tente et le décrit comme un policier anglais infiltré avec qui il travaille. Ses collègues sont heureux de l'apprendre : "Un policier infiltré étranger représente une source de grande qualité, explique le lieutenant. C'est plus sûr qu'un indic : il ne craint pas de trahir ses copains, il s'oriente où on le lui demande." Selon le policier, Mark Stone pouvait informer les Français de deux façons.

" Soit il avait un officier traitant à la Section traitement du renseignement qui le rencontrait et faisait passer ses infos à la Section contestation et violences ; soit il envoyait ses rapports à sa hiérarchie en Angleterre, qui transmettait tout renseignement utile à la France par le biais de la Division des relations internationales des RG. "

Stone aurait aussi renseigné la DST (Direction de la surveillance du territoire). Cette fois, l'homme qui nous l'affirme est un haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur de l'époque. Il suivait de près le dossier de Tarnac.

" Un policier de la DST m'a révélé que Mark Stone les informait. Selon lui, les services secrets anglais ont prévenu la DST que leur agent travaillait sur le territoire français. Par politesse, ils ont proposé à la DST de bénéficier de ses informations. Un officier traitant français, de la Sous-direction du contre-terrorisme, lui a été affecté et le débriefait régulièrement. "

De quoi parlait Stone à son officier français ? " Selon mon contact à la DST, Stone était considéré comme un très bon spécialiste de l'ultragauche européenne. Les services français voient cette mouvance comme une nouvelle menace terroriste depuis 2005 environ. En matière de terrorisme, aucun renseignement n'est anodin. "

A l'époque, la moindre info sur les voyages à l'étranger des militants de Tarnac peut renforcer le soupçon d'une conspiration extrémiste et violente. "En 2008, la DCRI avait besoin d'un acte fondateur pour prouver son efficacité dans la lutte antiterroriste. Alain Bauer et Michèle Alliot-Marie avaient souscrit à la possibilité d'un attentat d'extrême gauche sur le sol français. Tarnac leur a fourni l'occasion qu'ils cherchaient pour frapper un grand coup."

" Une violation grave de la notion de procès équitable "

Pour l'un des avocats du groupe de Tarnac, William Bourdon, la contribution de Mark Stone à l'enquête française pose problème.

" Si c'est avéré, c'est aussi grave que les écoutes téléphoniques effectuées à Tarnac avant toute procédure judiciaire. La façon dont la police obtient ses preuves doit être encadrée. On dévoie la notion de terrorisme pour obtenir des preuves que l'on ne pourrait jamais utiliser dans d'autres affaires. Les services de renseignement possèdent probablement un dossier bien plus épais que le dossier judiciaire. Mais il n'a pas été dévoilé aux avocats de la défense. C'est une violation grave de la notion de procès équitable. "

En 2010, après les mises en examen dans l'affaire de la SNCF, Stone continue de fréquenter les proches de la bande de Tarnac. Il passe plusieurs jours en Allemagne chez une militante antinucléaire soupçonnée d'avoir commis des sabotages sur des voies de chemin de fer dans son pays plusieurs années auparavant. Elle connaît Julien Coupat. Le juge d'instruction, Thierry Fragnoli, s'est déjà intéressé aux liens du groupe de Tarnac avec des militants allemands.

Fin 2010, Stone envoie un mail à l'anarchiste américain qui l'avait mis en contact avec les Français. D'après un mis en examen de Tarnac, Stone questionnait son ami sur les projets des Français pour le G8 de Deauville prévu en mai 2011. L'Américain, qui aujourd'hui ne veut plus entendre parler de cette histoire, n'a jamais eu le temps de lui répondre : Mark Stone a été démasqué quelques jours plus tard.

Dans les autres pays européens où Stone a travaillé, l'affaire a fait scandale. En Angleterre, son rôle d'agent provocateur, établi par la justice, a fait annuler deux procès d'activistes. La police anglaise a subi huit enquêtes différentes au sujet de Stone/Kennedy, entraînant des réformes dans l'organisation des services.

Le sujet est d'autant plus sensible qu'il a été reproché au policier d'avoir entretenu des relations sexuelles et amoureuses avec certaines militantes à l'insu de ses supérieurs. "Quelque chose a très mal tourné", a déclaré le ministre de l'Intérieur britannique. Sans oublier que l'affaire Kennedy, en éveillant la méfiance des activistes et des journalistes, a permis à ceux-ci de démasquer huit autres policiers infiltrés dans les milieux d'extrême gauche.

Allemagne, Irlande, Islande

En Allemagne, où Stone a habité de longues périodes chez des militants anarchistes et antifascistes, la gauche parlementaire a mitraillé le gouvernement de questions. Savait-il ? Stone a-t-il enfreint la loi ? La police cautionnait-elle ? Le gouvernement refuse de répondre aux parlementaires.

Le 26 janvier 2011, le quotidien britannique The Guardian révèle, sans être démenti, le contenu d'une réunion à huis clos au Bundestag. Le chef de la police fédérale, Jörg Zierke, affirme que Stone a été invité en Allemagne pour infiltrer le mouvement antifasciste. Il a ainsi travaillé sous contrat pour trois länder, lors de cinq visites entre 2004 et 2009. L'agent anglais a commis au moins deux délits, dont un incendie volontaire, mais les poursuites ont été abandonnées. "La police ne peut s'attaquer aux réseaux internationaux organisés et conspiratifs qu'en agissant de manière internationale et conspirative", justifie le chef de la police allemande.

En Irlande, un responsable travailliste a demandé cinq fois au ministre de la Justice de clarifier les activités de l'agent sur le territoire. Stone est soupçonné de s'être attaqué, avec d'autres militants, à des policiers irlandais pendant un sommet de l'UE à Dublin.

En Islande enfin, le ministre de l'Intérieur a ouvert une enquête. Stone aurait mis en relation des militants et leur aurait enseigné des techniques de résistance non violente et de blocage des routes. Partout, l'affaire déclenche des débats parlementaires, remet en cause des enquêtes policières ou provoque de nouveaux procès. Sauf en France. Pourtant, en 2009, Stone s'est rendu à Strasbourg dans trois réunions préparatoires du contre-sommet de l'Otan. Nul ne se demande si là-bas, comme dans d'autres villes d'Europe, l'infiltré anglais a encouragé des violences.

Camille Polloni

*le prénom a été modifié
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 17 Mar - 5:00

Citation :
Quand le juge de Tarnac interloque PATRICIA TOURANCHEAU

Selon nos informations, Thierry Fragnoli fait l’objet d’une requête en récusation après un invraisemblable mail à des journalistes.

Les frasques du juge antiterroriste Thierry Fragnoli, qui instruit à la hussarde le dossier dit de Tarnac, vont-elles entraîner son dessaisissement ? Libération a appris que les avocats de Julien Coupat, mis en examen pour «organisation d’une association de malfaiteurs terroristes», déposent aujourd’hui une «requête en récusation», auprès du premier président de la cour d’appel de Paris, contre Thierry Fragnoli. Des «propos subjectifs» qu’il a tenus à des journalistes trahiraient un «parti pris...

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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 17 Mar - 15:28

Citation :
En France, l'affaire de Tarnac s'enlise de plus en plus

Dans l'affaire de Tarnac, Julien Coupat, avec d'autres membres d'un groupe ultra-gauche, sont mis en cause dans le sabotage d'une ligne TGV en 2008.

Depuis trois ans et demi, la justice française enquête sur les agissements d'un groupe présenté comme appartenant à la mouvance d'ultra-gauche et dont le meneur serait Julien Coupat. Plusieurs membres de ce groupe sont mis en cause dans le sabotage d'une ligne TGV en 2008. Mais, aujourd'hui la défense accuse le juge d'instruction Thierry Fragnoli en charge du dossier de dérapage.

Le 23 février dernier, le juge Fragnoli accompagné de policiers, débarque chez un forgeron normand. Ils le soupçonnent d'avoir confectionné les fers à béton ayant servi à saboter la ligne de TGV. Sur place les policiers oublient une sacoche contenant des photos de suspects et un procès verbal de garde à vue en blanc, non réglementaire.

Lorsque le juge apprend que cet incident va être relaté par le Canard enchaîné, il n'hésite pas à envoyer un mail à certains journalistes, pour les convaincre que ces documents n'ont aucun intérêt. Ces journalistes triés sur le volet, le juge les appelle les amis de la presse libre, précisant entre parenthèse: celle qui n'est pas affiliée à Julien Coupat et Jeremy Assous. Une initiative encore jamais vu dans la magistrature.

Pour Jeremy Assous, avocat de Julien Coupat, c'est bien la preuve d'une instruction à charge : « J’en veux pour preuve qu’il est dans l’incapacité la plus totale de démontrer qu’il a ordonné un acte à décharge. Les policiers et les magistrats ne cessent d’établir des scénarios tous plus grotesques les uns que les autres pour impliquer les mises en cause. Mais, cela fait très longtemps qu’il ne maitrise absolument plus. Il a perdu tout sang froid. Il a perdu toute impartialité dans cette affaire ».

Pour ces faits le juge Fragnoli pourrait être sanctionné par sa hiérarchie et dessaisi du dossier de Tarnac. Mais, pour le moment la chancellerie ne souhaite pas faire de commentaires.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 22 Mar - 2:45

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Tarnac : « On a créé un fantasme de terrorisme »

Le journaliste David Dufresne a enquêté pendant trois ans sur les dessous de « l’affaire Tarnac ». Entretien sur un livre choc.

Comment expliquer que, trois ans et demi après le sabotage des lignes SNCF de novembre 2008, « l’affaire Tarnac » connaisse encore des rebondissements ?

David Dufresne : Le scénario écrit ne s’est pas déroulé comme prévu. Cette affaire est représentative des méthodes employées par l’antiterrorisme. Le hic, c’est d’avoir mis des moyens aussi énormes pour surveiller des militants. Des gens radicaux, certes, pas des colleurs d’affiche. Mais, trois ans et demi après, cela paraît totalement déloyal et injustifié.

Pourquoi les « 10 de Tarnac » et leur entourage continuent-ils à être inquiétés ?

Dans de nombreuses affaires, des personnes placées en garde-à-vue sont relâchées… pour voir qui elles vont contacter. C’est souvent après la garde-à-vue que la véritable surveillance commence. Les Tarnac sont toujours surveillés dans l’attente d’un faux-pas, de n’importe quoi qui viendrait justifier les soupçons policiers. Mais juger les gens sur ce qu’ils ont pu devenir quatre ans après les faits, c’est intenable.

D’où le lien que vous faites, en exergue, avec l’auteur de science-fiction Philip K. Dick et sa nouvelle Minority Report ?

Tout le spectre de la société est aujourd’hui sommé de montrer patte blanche, et papiers, avant de mettre le nez dehors. K. Dick a imaginé, en 1956, une police dont l’action se fonde sur des prédictions, la « Précrime ». Aujourd’hui, Bernard Squarcini, patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), parle de « pré-terrorisme ». Dans le cadre du terrorisme, le besoin d’agir en amont n’est pas absurde : si l’attentat a lieu, il est trop tard pour sauver des gens. Mais à propos de Tarnac, c’est absurde. D’autant que, quand je demande à Squarcini quand débute un « commencement », ses réponses restent floues.


En quoi cette affaire est-elle un épisode-clé du quinquennat ?

Elle se fait sous le règne de Nicolas Sarkozy avec, à la manœuvre, la DCRI, son grand enfant, fusion de la Direction de la surveillance (DST) du territoire et des Renseignements généraux (RG). Il la présente comme un « FBI à la française » et place à sa tête un homme à lui, Bernard Squarcini. La première grosse affaire, Tarnac, tourne au fiasco. Elle illustre à quel point la police est transformée en bras armé du politique. Celle-ci agit sur ordre, très vite et de manière spectaculaire : 150 policiers sont envoyés de Paris dans un petit village. On est vraiment dans le marketing de la peur.

Est-ce complètement nouveau ?

Ce n’est pas le travail de Nicolas Sarkozy seul, on hérite aussi de ce qui s’est passé ces quinze dernières années. La gauche a fait « aussi bien » avec les Irlandais de Vincennes ou les écoutes de l’Elysée. Le trait de l’époque, c’est cette imbrication des pouvoirs : politique, judiciaire, policier et médiatique. Alors qu’il devrait y avoir des contre-feux, tout cela marche d’un seul pas pour faire plaisir au prince, qu’il soit président, ministre, ou rédacteur en chef.

Par ailleurs, ce genre d’affaires se déroule dans une relative indifférence. Défendre les libertés est devenu un luxe. Dès qu’on critique le système sécuritaire, on est exclu du débat. C’est pourtant en période de crise qu’il faut être vigilant car c’est là que les lois les plus dures passent. En 2008, on a créé un fantasme de terrorisme. Je dis « fantasme » parce que, jusqu’à présent, il n’y a aucune preuve matérielle de terrorisme. Et si on veut discuter de pré-terrorisme, on n’est pas nombreux...

Vous décrivez un groupe d’action partagé entre une action locale à Tarnac et une action politique plus large contre les politiques migratoires et anti-G8. Que représente ce groupe ?

Le nommer, c’est rentrer dans une logique policière. Je dirais que ce sont des activistes, des radicaux, des penseurs, des militants... Quelque chose qui n’est pas défini et que ce n’est pas à moi de définir. Je les appelle : « les Tarnac ».

Qu’est-ce qui vous a mis la puce à l’oreille : le sentiment d’une injustice ou le soupçon d’une instrumentalisation ?

Les premières rencontres avec les gens de Tarnac, les indiscrétions de flics qui me disaient que l’histoire n’était pas aussi belle que ce qu’on racontait... Surtout, cette arrestation spectaculaire dans le village le 11 novembre 2008. Je me suis dit : « C’est une mise en scène énorme ! » Mais je ne me doutais pas que le problème était si profond.

Comment vous êtes vous positionné en marge de ce « grand magasin de l’antiterrorisme » auquel la presse a participé ? On se souvient de la une de Libé : « L’ultra-gauche déraille »...

Quand j’ai commencé à enquêter, je travaillais pour Mediapart. Puis j’ai souhaité quitter la rédaction pour me consacrer entièrement à cette enquête. Pendant trois ans, j’ai vécu de piges, d’un documentaire, Prison Valley, et de la fabrication de sites internet locaux... Je ne veux pas jouer le donneur de leçons, ni juger les confrères, mais Tarnac aurait été l’occasion d’un examen de conscience de la part de la presse.

À quels obstacles vous êtes-vous heurtés ?

Le plus dur a été d’assumer la solitude, le choix de ne pas partager les informations dont j’étais détenteur. C’était indispensable mais difficilement tenable dans certaines situations. Et désagréable, car tout le monde, légitimement, se méfie de vous.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 22 Mar - 22:53

Citation :
La lutte antiterroriste a-t-elle déraillée 16/03/2012

L'avocat et les mis en examen de l'affaire de Tarnac sont venus à la rescousse d'un chercheur du Cern soupçonné de liens avec le terrorisme.

Quel rapport entre l'affaire de Tarnac et Adlène Hicheur, physicien au Centre européen de recherche nucléaire (Cern) à Genève, jugé à la fin du mois pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ? Aucun, si ce n'est une dénonciation, par les avocats des deux dossiers, du mode de fonctionnement de la section de l'antiterrorisme, qualifiée de "justice d'exception qui ignore les droits de la défense", à l'occasion d'une conférence de presse organisée jeudi matin au siège de la Ligue des droits de l'homme à Paris.

Si l'affaire de Tarnac, évoquant le sabotage de lignes de TGV en 2008, a été très médiatisée, en revanche, l'histoire de ce physicien d'origine algérienne, soupçonné de préparer un attentat au nom d'al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), est beaucoup moins connue. Arrêté le 8 octobre 2009 chez ses parents, à Vienne (Isère), Adlène Hicheur sera jugé, en deux demi-journées, les 29 et 30 mars prochains, pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

Attentat contre des chasseurs alpins

Au moment de son interpellation, Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, affirme que "la France a peut-être évité le pire", tandis qu'un quotidien parle d'un "expert du nucléaire travaillant pour al-Qaida". En fait, Adlène Hicheur, docteur en physique des particules aujourd'hui âgé de 35 ans, est, à cette époque, chercheur au Cern à Genève et enseignant à l'École polytechnique de Lausanne (EPFL). Il est soupçonné de préparer un attentat contre le 27e bataillon de chasseurs alpins, basé à Crans-Gevrier, en Haute-Savoie.

Deux ans et demi plus tard, Adlène Hicheur est toujours incarcéré à Fresnes. Pourtant, les charges retenues contre lui apparaissent assez minces. Pour preuve, le chercheur se retrouve seul sur le banc des accusés. C'est pour le moins curieux quand on évoque une "association de malfaiteurs". En clair, la justice ne peut guère lui reprocher que des échanges d'e-mails en arabe avec un certain Mustapha Debchi, vivant vraisemblablement en Algérie et présenté comme un responsable d'al-Qaida au Maghreb islamique.
Une discussion par Internet

Les propos tenus par Adlène Hicheur dans sa correspondance ne sont, en effet, pas innocents. Le 10 mars 2009, il écrit : "Il s'agit de punir l'État à cause de ses activités militaires au pays des musulmans (Afghanistan) alors, il support (sic) d'être un pur objectif militaire (comme exemple base d'aviation de la commune de Karan Jefrier près de la ville d'Annecy, en France). Cette base entraîne des forces et les envoie en Afghanistan" (traduction littérale d'un e-mail en arabe).

Assis sous le portrait d'Alfred Dreyfus, au siège de la Ligue des droits de l'homme, Patrick Baudouin, avocat d'Adlène Hicheur, souligne qu'il ne s'agit que d'une discussion par Internet. "Il n'y a jamais le moindre début d'intention, de mise en oeuvre d'un projet précis relatif à la préparation d'un acte terroriste concret." Prenant ensuite la parole, Halim Hicheur, frère d'Adlène, rappelle que celui qui a menacé un adversaire politique d'être "pendu à un croc de boucher" n'a pas été inquiété par la justice.
Les jeunes de Tarnac

Étrangement, l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris du juge Christophe Teissier ne mentionne que très anecdotiquement l'interrogatoire de Mustapha Debchi par la justice algérienne, qui remonterait à février 2011. On ignore même si cet homme, présenté comme un responsable de l'Aqmi, est actuellement emprisonné.

"Si l'affaire de Tarnac a déraillé, si les juges et les policiers se sont ridiculisés, c'est parce que ce dossier impliquait de jeunes gens intelligents, diplômés, blancs, issus de la classe moyenne. La population a pu s'identifier à eux, les comprendre. Et ils ont été libérés. Malheureusement, Adlène Hicheur n'a pas bénéficié du même phénomène, car il est d'origine algérienne, il est soupçonné d'être un musulman radical", constate Jérémie Assous, avocat des mis en examen de l'affaire Tarnac.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 24 Mar - 2:55

Citation :
Après Toulouse, une question s’impose : ET TARNAC DANS TOUT ÇA ? 22 mars 2012

Le hasard a fait que j’ai terminé la lecture du livre de David Dufresne, Tarnac Magasin général (Calmann-Lévy), quelques jours avant l’assassinat de militaires français et l’attentat terroriste contre une école privée juive [1].

À l’écoute des informations peu à peu distillées par la presse sur le passé de Mohamed Merah, notamment le fait qu’il a été pendant un temps surveillé et même interrogé par la DCRI, à l’écoute des critiques - y compris guidées par d’immédiats et transparents intérêts politiciens - adressées à cet organisme, issu en 2008 de la fusion entre les Renseignements généraux et la DST, le rapprochement avec l’affaire dite « de Tarnac » s’impose à l’esprit.

Pas « dangereux », Merah, de retour d’Afghanistan et du Pakistan. Mais signalés « dangereux », Julien Coupat et Yildune Levy pour avoir franchi sans passer par un poste de douane la frontière entre le Canada et les USA.

Pas de « moyens » pour détecter l’achat par Merah d’un arsenal de guerre. Des moyens énormes, en hommes (et en femmes), en matériels, et en temps, pour trouver... rien du tout à la ferme du Goutailloux. Rappelons que l’opération façon western à grand spectacle de Tarnac débouchera sur des gardes à vue, des inculpations et des emprisonnements, le tout sous le régime « antiterroriste ».

Certes, et le livre de Dufresne le rappelle dans le détail, l’affaire judiciaire « de Tarnac » intervient comme apothéose d’une farce bâclée, dans laquelle jouent des rôles non négligeables tel gougnafier, marchand de peur, spécialiste autoproclamé de la terreur, et telle godiche politicarde persuadée de laisser son nom sur le livre d’or de la pensée policière.

Pourtant, rien de semblable n’aurait été possible sans l’existence d’un arsenal législatif dit « antiterroriste » - moyen de ce que j’ai désigné comme système de terrorisation démocratique - patiemment fabriqué depuis 1986 (au moins) et dopé, au niveau européen, par les attentats du 11 septembre 2001 [2].

Or force est de constater que de la farce honteuse de Tarnac et des drames de Toulouse, l’« antiterrorisme » a permis la première et s’est montré incapable de prévenir les seconds.

On ne s’étonnera donc pas que M. Sarkozy ait conclu son communiqué de victoire, après la mort de Mohamed Merah, en annonçant... que l’arsenal législatif « antiterroriste » serait, pour la énième fois depuis vingt-cinq, alourdi et renforcé.

Sur le rapprochement entre Tarnac et le cas d’Adlène Hicheur, détenu, et dont le procès aura lieu le 30 mars 2012, on peut trouver l’écho d’une conférence de presse commune des inculpés de Tarnac et des proches d’Hicheur dans cet article de presse.

J’ajoute ici, pour l’histoire, un grand moment comique de radio (sur RTL), que nous devons au Premier ministre François Fillon : « Aucun élément ne permettait d’appréhender » Merah avant les drames. « On n’a pas le droit dans un pays comme le nôtre de surveiller en permanence sans décision de justice quelqu’un qui n’a pas commis de délit [...] Nous vivons dans un Etat de droit ».

Le livre de Dufresne explique très bien comment des opérations de surveillance, par exemple, sont a posteriori intégrées dans les procédures judiciaires et « habillées » de légalité.

[1] Il n’aura pas échappé à la sagacité de mon lectorat que je n’évoque pas dans les mêmes termes un acte de guerre - tuer des soldats, même de dos et même hors « théâtre d’opération » comme disent les militaires avec tant de poésie - et le fait de mitrailler des gamins à l’entrée d’une école. Cela ne signifie pas pour autant que j’approuve l’acte de guerre, tant je suis persuadé qu’il est préférable - autant que faire se peut - de laisser une chance aux individus. Beaucoup de jeunes soldats français reviennent d’opération plus que dubitatifs sur les justifications et l’efficacité de la politique militaire française. Les descendre comme des pipes à la foire ne fait que renforcer un esprit de corps militaire et nationaliste.

[2] J’ai au moins un reproche à faire à David Dufresne : pourquoi, dans un gros livre de 486 pages, ne pas consacrer dix lignes à la définition légale, précise, actuelle, de ce qui peut être qualifié « terroriste » ? Le lecteur peut (mais doit) la déduire de plusieurs passages du livre. Or tous les débats autour de mon livre m’ont convaincu que la plupart des gens ignorent l’état actuel du droit français (et européen). Ce fut d’ailleurs, pour une bonne part, le ressort de l’indignation suscitée par l’emprisonnement prolongé de Julien Coupat et la qualification des fait qui lui sont reprochés.
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 24 Mar - 17:44

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Dim 25 Mar - 18:27

Citation :
Perte de documents, courrier du juge aux journalistes : les bourdes se multiplient. David Le Bailly - Paris Match

Faut-il en rire ? La débandade de cette affaire a atteint, la semaine dernière, un point culminant avec l’e-mail envoyé à des journalistes par le juge antiterroriste Thierry Fragnoli, et qui commence par : « Bonjour amis de la presse libre (je veux dire celle qui n’est pas affiliée à Coupat/Assous). » Par Coupat/Assous, il faut entendre le duo composé de Julien Coupat, présenté comme la tête pensante de la bande de Tarnac, et de son avocat Jérémie Assous. Sans aucune prudence, le juge s’engage à réagir en « off » sur un rebondissement de l’affaire que s’apprête à révéler « Le Canard enchaîné » ! Jérémie Assous et William Bourdon, l’avocat d’Yldune Lévy – l’épouse de Coupat –, n’ont pas manqué de réagir : ils demandent la récusation de Fragnoli, accusé d’instruire à charge contre leurs clients.

Une obsession sécuritaire qui s’est trop souvent assise sur les libertés publiques

Cette bourde du juge n’est que la dernière d’une longue série qui fait de l’affaire de Tarnac un fiasco retentissant et un cas emblématique. Le mois dernier encore, lors d’une perquisition chez un forgeron, les fines gâchettes de la Sdat (sous-direction antiterroriste) ont égaré une mallette contenant adresses et photos des suspects sous surveillance ! Comment en est-on arrivé là, trois ans et demi après l’arrestation spectaculaire des dix de Tarnac, présentés comme des terroristes par Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur ? C’est ce qu’a voulu comprendre le journaliste David Dufresne dans un livre très détaillé *. Il ne se prononce pas sur la culpabilité ou l’innocence de Coupat, mais plonge dans un contexte politique, une ambiance paranoïaque, les rivalités entre services ; autant d’ingrédients qui ont rendu possible ce fiasco. L’auteur décrit surtout une obsession sécuritaire qui s’est trop souvent assise sur les libertés publiques.

« Tarnac, magasin général », de David Dufresne, éd. Calmann-Lévy.
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