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 Cellule(s) invisible(s) - revue de presse

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Newo



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 10 Mar - 14:17

Citation :
Les avocats du groupe de Tarnac vont déposer plainte contre la police
Mardi 22 février 2011 - 15:25

Du nouveau dans l'affaire Tarnac. Les enquêteurs avancent des indices pour accréditer la culpabilité de Julien Coupat et d'Yldune Lévy tandis que les avocats de ces derniers portent plainte en visant la police.

L’affrontement entre le groupe de Tarnac et la police ne faiblit pas. Vendredi dernier, les enquêteurs ont révélé une nouvelle preuve tendant à accréditer la culpabilité de Julian Coupat et d’Yldune Lévy.

En 2008, ces derniers ont été accusés d’avoir commis un acte de sabotage sur une ligne SNCF et ont été mis en examen à ce titre pour « direction d’une association de malfaiteurs à vocation terroriste ».

Les accusations reposent en grande partie sur un PV des enquêteurs dressé en 2008. Dans la nuit du 7 au 8 novembre, les policiers prennent en filature le couple Coupat-Lévy en Seine-et-Marne, grâce à une balise GPS.

Dans la nuit, ils voient leur véhicule stationner à proximité d’une voie ferrée à Dhuisy. Le lendemain matin, au même endroit, le passage du TGV provoque une gerbe d’étincelles et laisse penser à une tentative de sabotage.

Deux tubes compromettants ?

Le nouvel élément (révélé par nos confrères du Nouvel Obs) qui accrédite la thèse repose sur la découverte de deux tubes en PVC. Ils ont été trouvés en février 2010, dans la rivière de la Marne, à proximité de l’endroit où le véhicule du couple de Tarnac aurait stationné en novembre 2008. Longs de deux mètres, ces deux tubes auraient pu servir à hisser le crochet du sabotage.

Grâce au code de fabrication qui figure sur les tubes, les enquêteurs ont identifié la possible origine de ces pièces : un magasin Bricorama à Châtillon (92). Or, le 7 novembre 2008, lors de la filature, les policiers avaient perdu le signal du véhicule du couple de Tarnac quelques minutes, à proximité du magasin. Ils les soupçonnent de s’être rendu sur place – le passage de la voiture dans le parking souterrain de Bricorama pouvant expliquer la perte du signal GPS.

Faux et usages de faux en écriture publique

Après la révélation de cet élément,le groupe de Tarnac a riposté, comme le révèlent nos confrères des Inrocks cette semaine dans un dossier de trois pages. Leurs avocats ont annoncé le dépôt d’une plainte contre X. pour faux et usages de faux en écriture publique. Ils visent en fait le PV que les policiers ont rédigé après leur nuit de filature, en novembre 2008. Ce PV comporterait des « invraisemblances », selon les avocats, notamment une mauvaise appréciation des distances et une confusion entre le chiffre 3 et 5 dans le minutage de la filature.

Deux autres plaintes devraient être déposées : l’une pour subornation de témoin (un témoin qui avait témoigné contre Julien Coupat avait évoqué « des pressions policières ») et l’autre pour écoutes illégales – des écoutes visant l’épicerie de Tarnac et qui avaient été découvertes par un agent de France Télécom.

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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 10 Mar - 15:09

Citation :
Article de Karl Laske à paraître... demain jeudi 10 Mars 2011 dans Libération.
_________________________________________

Tarnac : l’épicerie était sur écoute sauvage
Justice. Une plainte a été déposée par les militants.

C’est une opération secrète, et peut-être l’une des clés de l’affaire de Tarnac. Il y a un an, l’un des gérants de l’épicerie du village corrézien a révélé avoir découvert l’existence d’un dispositif d’écoutes visant leurs lignes téléphoniques, huit mois avant leur mise en cause dans les sabotages des lignes TGV. En mars 2008, des barbouzes, ou des policiers, s’étaient mis au travail sans qu’on sache encore pourquoi et sur ordre de qui.

L’écoute sauvage, confirmée par des agents de France Télécom, n’est jamais apparue au dossier d’instruction. Au nom de Benjamin Rosoux, cogérant de l’épicerie de Tarnac, Me William Bourdon vient de déposer plainte auprès du procureur de Brive-la-Gaillarde pour «interception de correspondances» et «atteinte à l’intimité de la vie privée». «Il y a un fil rouge dans ce dossier, c’est celui de la manipulation, commente Me Bourdon, et cette enquête démontrera l’existence d’écoutes clandestines, antérieures à la procédure, en violation de la loi.» Alors que les juges antiterroristes se sont désintéressés de ces faits, l’avocat a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) pour obtenir de France Télécom un historique du suivi technique des lignes de l’épicerie. L’opérateur avait répondu que «les données 2008» n’étaient «plus consultables». Mais la Cada a jugé que, si France Télécom devait répondre de la fourniture de l’accès téléphonique, il n’en était pas de même pour son intervention technique,
qui n’est plus de son ressort exclusif.

L’opérateur a opté pour le silence. Et pour cause : il a engagé une procédure disciplinaire contre Gilles C., l’agent qui a découvert et débranché le système d’écoute devant l’un des gérants de l’épicerie, le 4 avril 2008. Le terminal de carte bancaire des militants épiciers ne fonctionnait plus normalement. «L’écoute provoquait un affaiblissement des signaux, a expliqué à Libération un délégué du personnel de France Télécom. L’agent a coupé la dérivation et rétabli la ligne. Puis il a appelé le chef de département qui lui-même a averti le service national qui s’occupe des écoutes.» Très vite, le technicien fait l’objet d’une mise à pied et de quinze jours de suspension, pour avoir laissé entrer un particulier avec lui dans le central téléphonique.

Il est donc «avéré que les interceptions des lignes téléphoniques ont eu lieu», concluent les plaignants, qui jugent «extrêmement probable» que les commanditaires des écoutes «soient les forces de l’ordre en charge de l’enquête de Tarnac». Or, signalent-ils, «l’enquête préliminaire dans l’affaire n’ayant été ouverte que le 16 avril 2008, à la date des interceptions, aucun fondement juridique ne pouvait justifier une quelconque écoute».
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 12 Mar - 14:19

Citation :
Le cogérant de l'épicerie de Tarnac dépose plainte pour atteinte à la vie privée
SAMEDI 12 MARS 2011 - 05:30

Benjamin Rosoux, le cogérant de l'épicerie de Tarnac, a déposé plainte auprès du tribunal de Brive pour « atteintes à l'intimité de la vie privée » et « interception de correspondances ».

L'affaire de Tarnac n'en finit plus. Entre méandres judiciaires et recours déposés par la défense. Après les saisines, Me William Bourdon, l'avocat de Benjamin Rosoux, cogérant de l'épicerie de Tarnac, est passé au cran supérieur. Voilà quelques jours, il a déposé plainte pour « atteintes à l'intimité de la vie privée » et « interception de correspondances » auprès du tribunal de grande instance de Brive (*).
La plainte intervient dans le cadre des écoutes téléphoniques découvertes à l'épicerie. La défense soupçonne la police de les avoir effectuées sans l'autorisation d'un magistrat et bien avant l'ouverture de toute enquête préliminaire. Une pièce de plus à rajouter au dossier pour attaquer, une nouvelle fois, une instruction jugée « fragile » par les conseils des « dix de Tarnac ».

" Montrer que le dossier est bancal "
« Le cogérant de l'épicerie a souhaité déposer plainte sur cette affaire d'écoutes téléphoniques pour démontrer une évidente manipulation policière et un affranchissement des forces de l'ordre sans l'autorisation d'un magistrat, explique-t-on au cabinet parisien de Me Bourdon. Certaines procédures n'ont pas été respectées. Pour ces écoutes clandestines antérieures à la procédure, il y a même eu des dommages collatéraux (un agent de France Télécom qui était intervenu pour débrancher le système d'écoute a été suspendu de ses fonctions durant plusieurs jours, NDLR). Il s'agit pour nous, à travers toutes ces plaintes, de montrer que le dossier est bancal ».

Contacté, le procureur de Brive n'a pas souhaité commenter le dépôt de plainte.

(*) Le tribunal de Brive est la juridiction compétente car situé dans le département de l'infraction présumée.

Magali ROCHE

magali.roche@centrefrance.com
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 19 Mar - 20:14

Citation :
Texte du socioflic Cibois justifiant les doctrines contre-insurrectionnelles

Démasquer les méthodes du collectif de Tarnac

Les «mis en examen dans l'affaire dite de Tarnac» viennent de préciser leur attitude dans Le Monde du 25 février : il faut les critiquer mais aussi leur répondre. Les critiquer d'abord : il n'est pas possible d'identifier la France avec la Tunisie de Ben Ali sous prétexte de persécutions policières. En effet, si la police les pourchasse, c'est, disent-ils, pour des «motifs dérisoires» comme s'attaquer à des distributeurs automatiques, des voitures, ou poser «quelques innocents crochets» sur des caténaires. L'aveuglement est ici total car si ces violences ne portent pas atteinte aux personnes, elles relèvent du mécanisme qui est celui de toute insurrection dont la légitimité est à peser avec soin.

La rébellion peut être un devoir moral, on l'affirme depuis Sophocle dans le cas d'Antigone et la Résistance l'a rappelé, mais il faut que les actions utilisées soient adaptées au but recherché pour qu'elles deviennent légitimes. Ce n'est pas le cas : on ne lutte pas contre la crise en «bloquant les flux», périphrase employée pour bloquer les TGV. De plus, les «tarnaciens» retrouvent des réflexes classiques : comme on n'arrive pas à faire la révolution, on se rabat sur des objectifs plus limités et, comme ceux-ci sont l'objet de poursuites pénales, se produit alors le cercle de la répression protestation qui devient la justification idéale. Comme la réalité de la répression ne peut être mise en doute, elle légitime d'une manière rétroactive ce qui a été fait auparavant.

Dans une démocratie comme la France, c'est l'action non-violente qui doit être utilisée car son efficacité est liée au fait que l'on doit arriver à convaincre. Une manifestation, une grève, un boycott, une pétition supposent autrement d'énergie qu'un sabotage ponctuel : il faut argumenter, expliquer et ne pas rester dans les certitudes du cercle restreint de ses camarades. Penser que l'on a raison contre l'apathie des masses et que l'on est la conscience qui réveillera les intelligences ne devrait plus être pensable après ce qui a été vécu au siècle précédent. Comme c'est le cas des tarnaciens, il faut leur répondre, mais pas à la manière du pouvoir en place.

J'emprunterai ma réponse à Eugenio Scalfari, le créateur et ancien directeur du quotidien La Repubblica, conscience de la gauche italienne. Il reprend, après les attentats en Espagne de mars 2004, l'image du révolutionnaire qui doit être dans son milieu comme un poisson dans l'eau et utilise l'expérience de l'éradication du terrorisme dans l'Italie des années de plomb.

«Si les poissons grands et petits du terrorisme nagent dans une eau nutritive et abondante, ils seront imprenables et de toute façon se reproduiront, ils élargiront leur rayon d'action, ils se répandront comme un cancer jusqu'à ce qu'ils infestent tout l'organisme social et le tuent. Il n'existe qu'une recette efficace pour combattre le terrorisme : il faut assécher l'eau qui l'entoure et le laisser à sec et, une fois ceci fait, extirper les racines du phénomène.» (La Repubblica du 16 mars 2004).

L'astuce des tarnaciens est de montrer qu'ils ne pratiquent pas de méthodes terroristes comme les brigades rouges alors qu'ils en ont le même modèle intellectuel : ils veulent par leurs actions symboliques accélérer les prises de conscience. Les assimiler à des terroristes comme le voudrait le pouvoir est exagéré et ils ont raison sur ce point. Leur attitude n'en est pas moins injustifiable car elle nie les règles de l'action politique : il faut donc «assécher l'eau qui les entoure» en n'ayant aucune complaisance vis-à-vis de leur action.

Pour «extirper les racines du phénomène», il faut agir contre la crise et la financiarisation de l'économie : il faut s'attaquer aux prélèvements indus qui sont générés par la mondialisation de l'économie et par exemple employer des armes qui ont montré leur efficacité planétaire comme le boycott. Mais ce genre d'action fait appel à l'intelligence humaine et ne cherche pas à frapper les imaginations par un geste violent symbolique : c'est plus difficile, mais plus efficace. Le cercle vicieux de la répression protestation doit être cassé : il faut juger rapidement les actes commis et eux seuls. Mais si, face au traitement actuel de la crise, l'indignation est nécessaire, l'action collective non violente l'est encore bien davantage.


Philippe Cibois, professeur émérite de sociologie de l'université de Versailles-St-Quentin en Yvelines
Leur presse (Le Monde), 7 mars 2011.

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 19 Mar - 20:16

Citation :
« La politique de la peur a besoin de nouveaux ennemis »
Par Grégoire Morizet , Sud-ouest.fr

Hier, l'auteur libertaire et journaliste Serge Quadruppani est revenu, lors d'une conférence, sur les lois sécuritaires et antiterroristes.

Serge Quadruppani est un auteur protéiforme : essayiste, romancier (1), traducteur, éditeur ou encore journaliste, notamment à « Siné Hebdo », et plus sporadiquement au « Monde diplomatique ». Autant dire que son cœur est à gauche. Ses tripes aussi. Mais ce n'est pas qu'un homme de livres. Il lui arrive aussi de donner de sa personne pour les « injustices ». La plus récente en date, est l'affaire de Tarnac, dans laquelle Julien Coupat a été accusé dans un premier temps de « terrorisme, puis de sabotage ».

Mais hier, il était en conférence au bar associatif périgourdin Les Thétards pour parler de « la politique de la peur » (2), un thème qui lui est cher. Il s'y était déjà frotté en 1989 dans son premier livre, « L'Antiterrorisme en France ».

« Tous en guerre »

Dans son dernier essai, il a comparé les différentes « lois sécuritaires et antiterroristes » adoptées par les États après le 11 septembre 2001 : « En France, c'est la gauche qui a commencé avec Jospin mais sous Sarkozy, on est passé à la vitesse supérieure. » Pour lui, il s'agit d'un mouvement général et profond : « La politique de la peur a besoin de désigner en permanence de nouveaux ennemis : immigrés, jeunes, enfants… »

Selon lui, cette politique a toujours existé. « Elle est liée à notre civilisation même. Nous sommes tous en guerre contre tous à cause de la concurrence. C'est une politique consciente et délibérée qui répond à des peurs diffuses dans nos sociétés. » Le glissement sémantique de la vidéosurveillance vers la vidéoprotection serait un exemple des mesures sécuritaires.

Malgré ce regard très sombre, il refuse de plonger dans le fatalisme. S'il devait voir une lumière, elle viendrait des révolutions arabes qui « sont des anti-11 septembre ».

(1) Son dernier roman est « Saturne », aux éditions du Masque, 261 p. 17 euros. (2) « La Politique de la peur », éd. du Seuil, coll. Non-conform. 225 p. 18 euros.


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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 19 Mar - 20:21

Citation :
Partout : deuxième lettre de Dan depuis la prison de la Santé

Dan, Olivier et Camille ont été arrêtés la nuit du 12 au 13 janvier 2011 à Belleville (Paris) suite à des tags comme «Algérie - Tunisie / Insurrection», «Vive l’anarchie»… Après un début de garde à vue dans le commissariat du XXe arrondissement, les flics de la Crim’ du 36 quai des Orfèvres se sont emparés de l’affaire et les ont transférés dans leurs locaux. La juge d’instruction Patricia Simon, a ensuite décidé de les envoyer en prison. Depuis, Camille est sous contrôle judiciaire, Olivier et Dan sont à La Santé depuis presque 2 mois (le premier repasse devant la juge d’instruction Simon pour interrogatoire le 11 mars et Dan le 21 mars)…

Officiellement, l’instruction ne concerne que les tags (des «dégradations en réunion»), la violation du contrôle judiciaire précédent (leur interdisant de se voir) et les divers refus de signalement (empreintes, ADN). Pourtant, cette même Patricia Simon est comme par hasard chargée de plusieurs dossiers montés par la Crim’ du 36 quai des Orfèvres à propos d’attaques et de manifestations contre la machine à expulser à Paris. Pour rappel, Olivier et Dan, avaient déjà été mis en examen dans le cadre de la lutte contre la machine à expulser en février 2010 (l’un accusé de tags dans une BNP, l’autre d’une tentative d’incendie d’un distributeur de billets) puis Olivier encore une fois en juin 2010 (accusé d’avoir acheté une bombe de colle qui aurait pu servir lors d’une occupation d’Air France).

Enfin, suite à plusieurs petits combats avec l’Administration Pénitentiaire, Dan a obtenu une cellule individuelle et changé de division (toujours à La Santé). Comme rétorsion, les matons se sont comme par hasard débrouillés pour égarer sa carte de circulation interne samedi dernier, contraignant sa famille à effectuer un parloir avec hygiaphone, avant de la retrouver juste après. La lutte et la solidarité continuent, dedans comme dehors…


Partout : deuxième lettre de Dan depuis la prison de la Santé

«Peu importe de marcher quand on a des ailes pour voler.»

Comme toujours, alors que le pouvoir nous promet l’apocalypse en tentant de couper court à toute velléité de transformation sociale des rapports à coups d’incarcérations, de harcèlement judiciaire, d’interdictions de communiquer et de dispositifs de surveillance aux ridicules prétentions d’omnipotence, la lutte continue et les rencontres brisent l’isolement de ceux que l’on cherche à écraser en silence ; car dans un monde de dominations, la liberté et son combat ne peuvent que rompre ce silence de mort qu’ils souhaiteraient voir régner parmi ceux pour qui cette vie de servitude est insoutenable.

Dans la révoltes à l’intérieur des prisons pour étrangers à travers l’Europe [… comme par exemple à Vincennes près de Paris, Gradisca, Trapani, Turin et Modena en Italie, ou Steenokkerzeel à Bruxelles, où les sans-papiers enfermés en centre de rétention se sont révoltés fin février, incendiant leurs cages, s’évadant et saccageant le mobilier.] comme dans les mouvements insurrectionnels massifs au Maghreb et au Moyen-Orient, sonne le même cri de colère : la liberté entière, immédiate et inconditionnelle.

Partout la volonté de faire sauter la dernière arche, partout les mêmes cris de rage, partout ce même amour de la vie. Mais partout aussi les sirènes hurlantes de la répression, le bruit des clés dans les portes blindées, le coup de marteau cinglant du juge qui te prive de ta liberté, le coup de matraque du flic qui vient stopper ton élan, le coup de feu assourdissant du militaire qui vient transpercer tes rêves ou le coup de tampon du préfet qui te reconduit à la frontière.

Partout s’oppose à la lutte contre l’existant, l’arsenal du statu quo, qu’il soit juridique, militaire, politique ou citoyen. On brise, on isole, on désigne. «Terroriste», «criminel», «marginal», «déséquilibré», «saboteur», «clandestin», «despérado», «extrémiste».

Qu’elle soit démocratique ou dictatoriale, partout l’usine à gaz judiciaire et policière sévit là où elle sent que son règne s’effrite, partout où la haine rentrée de l’oppression éclate au grand jour, se partage et se transforme en une joie incontrôlable, celle remplie des rires et des larmes de bonheur des bienheureux brisant leurs chaînes, poignardant l’ennui d’une morne vie ; l’échine courbée dans un atelier, l’esprit enfermé dans un 17 mètres carré, les mains attachées dans un commissariat dégueulasse ou les poches vidées dans un étal de marchandises convoitées.

Alors ça vole, ça pille, ça rigole, ça réapprend à courir pour de bonnes raisons, ça tire la langue, ça refuse et ça jette des pierres là où l’on souhaiterait nous voir prostrés dans la frustration d’une vie sans vie, trop courte, trop longue. Dans le faux décorum d’une paix sociale négociée par d’autres que nous.

Mais la beauté se trouve du côté de ceux qui se révoltent.

Dans une période de «crise» où les gens ont de moins en moins de choses à perdre, le pouvoir ne peut que craindre tout élan de liberté réelle. Je ne parle pas des éternelles Cassandres de la gauche, qu’elles soient parlementaires ou de Tarnac [Cf. la proposition des «10 de Tarnac» adressée à la bourgeoisie dans son journal préféré, Le Monde du 25 février 2011, où ils proposent à Sarkozy de s’exiler dès maintenant (mais aussi où ils tentent encore une fois de récupérer des camarades et compagnons, tout en minimisant à chaque fois les faits que l’État reproche à ces derniers, et en les sortant de leur contexte de lutte). ] ; je ne parle pas de toux ceux ceux qui voudraient nous faire croire que pour se débarrasser de tout pouvoir, il faudrait d’abord y accéder, ni de tous ceux qui pensent qu’il faut se contenter des armes que nous concèdent ceux au pouvoir pour mener nos luttes, non, ne soyons pas si pessimistes et résignés.

Soyons infidèles, incontrôlables et ingouvernables.

Il paraît clair, en ce qui me concerne, qu’Olivier et moi ne sommes pas en prison pour quelques tags, ni même pour un non respect d’obligations judiciaires, nous sommes incarcérés en raison d’un rêve que nous portons profondément dans nos cœurs, l’absence totale d’autorité, la volonté de combattre la mort qu’est cette vie que l’on veut nous faire endurer, et parce que nous n’avons jamais hésité à prendre la rue pour en discuter, pour exprimer ces désirs de liberté à tous ceux qui voulaient bien en discuter avec nous et les partager. Nous sommes incarcérés pour ce que nous sommes, non pas pour ce que nous avons ou aurions fait, ce ne sont que des prétextes.

Le fait que tout continue, que les discussions, tables de presse, débats, nouvelles rencontres et actions ne fassent que se multiplier depuis nos arrestations montre bien que pour étouffer nos révoltes et nos solidarités, les pouvoirs en place et le pouvoir en général ne pourront qu’abdiquer ou être détruits, et les dernières révoltes dans les pays arabes nous montrent aussi que ce désir est plus fort que les balles, aussi vrai qu’il voyagera toujours à travers barreaux et panoptiques.

Spéciale dédicace à tous ceux qui, en Libye comme ailleurs, jouaient en cachette aux fléchettes sur les portraits de leurs oppresseurs et qui aujourd’hui jouent avec d’autres armes, et le rire aux lèvres. Une autre pour tous ceux qui ne restent pas au chaud malgré la répression, rage et courage !

Ni patries, ni frontières, ni nations.
Ni justice, ni paix.

Liberté. Partout !

4 mars 2011, depuis la Maison d’Arrêt de La Santé,
Dan

P.-S. : Vous pouvez toujours m’envoyer vos pensées, de la manière que vous estimerez la plus adéquate, et notamment par courrier en français ou anglais à : Sayag Daniel - no 293350 - 42 rue de la Santé - 75674 Paris cedex 14.

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 19 Mar - 20:51

Citation :
2 livres (passés un peu inaperçus)... librement "inspirés" de "l'affaire de Tarnac" :

- "Tomates" de Nathalie Quintane, éditions POL 2010
(premières pages : http://www.pol-editeur.com/pdf/6378.pdf)
(en conversation avec Eric Hazan :
http://www.dailymotion.com/video/xfkrli_tomates-et-insurrection-d-ns-le-texte_news)

- "Tarnac, un acte préparatoire" de Jean-Marie Gleize, éditions du seuil 2011
(très courte présentation sur le site de l'éditeur :
http://www.seuil.com/fiche-ouvrage.php?EAN=9782021028348)
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mer 23 Mar - 22:27

Citation :
Le monde appartient à ceux qui se soulèvent tôt

LEMONDE.FR | 23.03.11 | 09h10

Que la sociologie prenne souvent parti pour le maintien de l'ordre, c'est un fait connu, mais il est plus inhabituel de voir un sociologue s'engager carrément du côté de la police. Tel est pourtant le cas de l'auteur d'un article intitulé "Démasquer les méthodes du collectif de Tarnac" publié le 7 mars sur Le Monde.fr
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/07/demasquer-les-methodes-du-collectif-de-tarnac_1488695_3232.html.

Comme dans une garde à vue, M. Cibois feint de comprendre l'inverse de ce qu'ont écrit les "mis en examen de Tarnac" dans une tribune publiée dans Le Monde daté 24 février
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/24/paris-texas-une-proposition-politique-des-mis-en-examen-de-tarnac_1484538_3232.html
: "Il importe peu de savoir à qui, pour finir, on imputera les actes qui furent le prétexte de notre arrestation." Tenir ces lignes pour un aveu, ou pire, pour la revendication des actes en question : il faut pour cela avoir l'âme d'un policier ou d'un juge d'instruction antiterroriste.
Quiconque a un peu suivi l'affaire sait que les sabotages en question ont été revendiqués par un groupe allemand le jour même des faits, que le crochet est comme une signature des antinucléaires allemands, et que cette méthode ne comporte aucun danger pour la vie humaine. La dernière fois que la France a convoyé outre-Rhin des déchets nucléaires, il s'est trouvé quelque 50 000 personnes pour essayer de bloquer le convoi. Traiter de "terroristes" ceux qui s'opposent à l'empoisonnement du monde par le lobby nucléaire relève de la terreur d'Etat.

Si l'on s'en tient aux faits, cette affaire se réduit à la tentative désespérée d'attribuer à deux personnes un sabotage, celui de Dhuisy, en
Seine-et-Marne. Ce sabotage n'a d'ailleurs arrêté aucun train. Il a endommagé huit petits bouts de plastique qui ont été changés en un
tourne-main par la SNCF – ce qui a peut-être coûté deux ou trois mille euros, à mettre en balance avec les deux ou trois millions d'euros de
frais engagés pour l'instruction de l'affaire. Cette disproportion entre les faits et la procédure est bien la preuve – l'une des preuves – du
caractère politique de cette instruction.

Un sociologue n'est pas tenu d'être historien, c'est vrai, mais il y a des limites à l'ignorance. M. Cibois propose de déployer contre les gens de Tarnac les méthodes utilisées par l'Etat italien contre les Brigades rouges dans les années 1970. Il reprend même à son compte la métaphore répandue à l'époque : "Assécher la mer pour prendre le poisson." Cette riche idée, dont la "démocratie" italienne ne s'est jamais relevée, a signifié : lois d'exception, torture, tirs à balles réelles sur des manifestants, rafles massives, assassinats ciblés. Francesco Cossiga, ministre de l'intérieur de l'époque, a reconnu plus tard avoir mené une guerre. M. Cibois, partisan de "l'action collective non violente", propose donc de mener "dans une démocratie comme la France" une guerre du même genre. On reconnaît là une pensée que M. Cibois partage avec son collègue Alain Bauer, comme lui prêt à tout pour défendre "la société". Il est vrai que pour un sociologue, la société est en quelque sorte un gagne-pain.

"Il n'est pas possible, écrit M. Cibois, d'identifier la France avec la Tunisie de Ben Ali sous prétexte de persécutions policières." En effet, l'empilement des lois sécuritaires depuis dix ans – avec, dernière en date, une Loppsi 2 digne de la présente démocratie chinoise – n'est pas le seul symptôme de la "Benalisation" du régime en France. Il faut y ajouter le placement de proches du président, voire de sa famille, à des postes-clefs de l'économie et des médias, le caractère tristement fantoche de l'opposition officielle, l'extension de la misère dans un corps social dont les "élites" se disputent les derniers morceaux de choix. Sans compter le chiffre annuel record des gardes à vue, les yeux crevés au flashball, les morts du taser, les étouffés dans les fourgons de police, les chauffards abattus aux barrages "en légitime défense". En attendant que M. Cibois et consorts aient fini de soupeser la légitimité de l'insurrection, soutenons, appuyons tous ceux qui sont entrés en lutte ouverte avec ce régime. Le monde appartient à ceux qui se soulèvent tôt.

Eric Hazan, éditeur
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Lun 28 Mar - 22:35

Citation :
Tarnac: trois plaintes visent la police antiterroriste Par Louise Fessard
[Paru le 26 mars 2011 sur mediapart.fr]

Après la reconstitution de la nuit du 13 au 14 janvier 2011 qualifiée de «simulacre» par leurs avocats, les dix mis en examen du groupe de Tarnac s'attaquent aux deux pièces maîtresses de l'enquête menée par le juge antiterroriste Thierry Fragnoli sur le sabotage de la ligne TGV-Est dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008. A savoir la déposition anonyme du 14 novembre 2008 qui présentait Julien Coupat comme capable de tuer pour ses idées ; et le procès-verbal de filature de Yildune Lévy et Julien Coupat
dans la nuit du 7 ou 8 novembre, qui démontrerait leur présence à proximité des lieux du sabotage sur la ligne TGV-Est.

Les mis en examen de Tarnac ont récemment déposé trois plaintes contre X : pour subornation de témoin (au tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand, le 23 février 2011), pour interception de correspondances et atteinte à l'intimité de la vie privée (au TGI de Brive-la-Gaillarde le 25 février), et pour faux et usage de faux en écriture publique (au TGI de Nanterre le 1er mars).

Le 7 novembre, une vingtaine de policiers de la Sdat (sous-direction antiterroriste) et de la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur) filent depuis son départ de Paris la Mercedes de Julien Coupat et Yildune Lévy, membres de l'«ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome».
Le couple, qui se sent suivi, joue pendant plusieurs heures au chat et à la souris avec eux sur des petites routes de Seine-et-Marne aux abords de la ligne TGV-Est.

Après avoir dîné dans une pizzeria puis dormi quelques heures dans leur voiture à Trilport, Julien Coupat et Yildune Lévy seraient, selon les agents du Sdat, revenus à proximité de la ligne TGV, à Dhuisy (à 26 kilomètres de Trilport). En pleine nuit, ils auraient stationné une vingtaine de minutes sur une voie de service, proche de l'endroit où sera découvert au matin un crochet métallique posé sur les caténaires de la ligne LGV. Puis ils repartent à Paris.

Mais la plainte pour faux et usage de faux en écriture publique, déposée par Yildune Lévy et Julien Coupat, pointe de nombreuses failles dans les récits des policiers. Et notamment dans le récit de la filature, connu sous le nom de PV 104 et daté du 8 novembre 2008, qui constitue, selon les conseils des jeunes gens, l'unique élément à charge retenu contre le couple.

Les nouvelles précisions apportées en mars 2010 par deux agents de la Sdat (le lieutenant Mancheron et le capitaine Lambert), à la demande expresse du juge, ne font qu'empirer la chose, puisqu'ils se contredisent eux-mêmes sur plusieurs points cruciaux. «C'est Dupond et Dupont», s'amuse l'un des avocats du groupe, Me Jérémie Assous. Chronologie.

Une silhouette sur les voies ?

3h50. Selon le PV 104, la Mercedes, qui «cheminait à allure normale», parcourt les 26 kilomètres entre Trilport et Dhuisy en dix minutes. Soit une petite moyenne de 160 km/heure. Les policiers de la Sdat prétextent depuis une erreur de «transcription». Ils indiquent avoir confondu le chiffre «3» et le chiffre «5».


4h. La Mercedes de Julien Coupat se gare près de la voie ferrée. Les enquêteurs sont incapables de se mettre d'accord sur son emplacement exact, un coup à droite du pont de la voie ferrée, un coup à gauche, voire carrément sous ou sur le pont. Selon le PV 104, le véhicule a été observé à l'arrêt «sur la voie de service au pied du pont de chemin de fer». C'est cette voie secondaire à droite du pont que les gendarmes choisissent d'ailleurs de «geler» pour préserver les éventuelles preuves. Mais d'après la nouvelle version de mars 2010 du capitaine Lambert, la Mercedes aurait en fait été garée sur une autre voie de service, à gauche du pont.

Certains procès-verbaux évoquent la présence d'un individu sur la voie de la ligne ferroviaire entre 4h et 4h20. D'après le lieutenant colonel Gosset, un gendarme chargé des constatations, un officier de la Sdat lui aurait déclaré le 8 novembre au téléphone que la personne suivie «a accédé à l'emprise de la voie ferrée à l'endroit du sabotage sans qu'il puisse déceler ses agissements».

Curieusement, les enquêteurs de la Sdat se montrent plus prudents dans leurs PV et se gardent bien de mentionner une silhouette sur les voies.
«Eu égard à la configuration du terrain, les policiers n'ont pas pu observer directement les individus sans risque d'être détectés par eux», relate le PV 104.

Le capitaine Lambert précise même dans son procès-verbal de mars 2010, que «le chauffeur du véhicule 1 (...) s'est avancé à pieds sur la route pour monter en haut d'une butte formée par la chaussée (...). C'est après avoir parcouru plusieurs centaines de mètres que le fonctionnaire a pu distinguer brièvement à l'aide du matériel d'intensification de lumière le véhicule Mercedes qui était stationné sur la voie d'accès à l'emprise SNCF».

Pourquoi après avoir parcouru plusieurs centaines de mètres, se contenter d'observer «brièvement» le véhicule sans se soucier du comportement de ses occupants, pourtant soupçonnés d'avoir des intentions criminelles ? Selon les avocats, la reconstitution du 13 janvier 2011 jette un doute supplémentaire sur l'authenticité des récits des policiers.

«Il a été constaté que si un individu avait été présent près du véhicule Mercedes, lorsque celui-ci était stationné sur la voie d'accès à l'emprise SNCF, il aurait nécessairement été aperçu par le conducteur du véhicule V1 à l'aide de son matériel d'intensification de lumière», expliquent-ils.
Surtout s'il a été fait usage d'une lampe frontale, comme le suggèrent les policiers, qui ont par la suite retrouvé un emballage de lampe parmi les objets jetés par Julien Coupat dans une poubelle de Trilport.

4h20. La Mercedes redémarre. Une partie des policiers poursuivent la filature. Que font les autres policiers restés sur place ? Mystère, car «il n'y a aucune précision apportée sur la surveillance de la Sdat entre 4h20 et 5 heures», indiquent les avocats.

Nouveau record à 324km/h

5h. Les policiers restants effectuent, selon le PV 104, «une minutieuse recherche aux abords immédiats de la voie ferrée et du pont de chemin de fer». D'après cette première version, les policiers se positionnent «à l'endroit exact où le véhicule a été observé à l'arrêt». Au contraire, selon la deuxième version de mars 2010, «les véhicules du dispositif restés sur place se sont stationnés (...) du côté opposé au lieu où était stationné le véhicule Mercedes».

Ce «afin de ne pas polluer les lieux où pouvaient avoir été commise une infraction». Mais relèvent les avocats, ces policiers si soucieux de ne pas «polluer les lieux», n'en inspectent même pas les abords et n'effectuent aucun gel des lieux au fin de préservation des traces et indices. Et ils ne semblent pas avoir pris la peine de prévenir la gendarmerie ou la SNCF de l'endroit de stationnement de la Mercedes de Julien Coupat.

«A l'évidence, s'ils avaient été avisés (...), la SNCF n'aurait pas stationné son camion sur la voie de service principale, et la gendarmerie n'aurait pas relevé de traces et d'indices que la Sdat revendique à présent comme siens», remarquent les avocats.

Une équipe de la Sdat se rend donc sur la voie de chemin de fer «en enjambant le grillage» selon le capitaine Lambert. Sacrée enjambée puisque la clôture métallique et les portails mesurent environ deux mètres de haut, selon les constats des gendarmes.

Le capitaine raconte alors que «ne découvrant aucun indice suspect, les fonctionnaires sont revenus sur leurs pas et c'est alors qu'ils venaient de dépasser le pont à 5h10 qu'un TGV arrivant de Paris a été repéré et qu'il a été donné pour ordre (...) aux effectifs de s'écarter de la voie ferrée (...). Ceux-ci ont alors sauté dans le talus situé de part et d'autre de la voie ferrée». Selon le PV 104, certes moins épique, les policiers n'ont pas du tout été surpris par le TGV. Ils sont «par mesure de précaution, restés sur place jusqu'au passage du TGV chargé de l'ouverture de voie».

Le passage du premier TGV provoque, selon le PV 104, «une gerbe
d'étincelle au niveau de la caténaire accompagné d'un bruit sec».

5h25. Selon le capitaine Lambert, «l'ensemble des effectifs ont quitté la zone immédiatement (après l'inspection des voies, ndlr) pour se rendre sur la commune de Trilport». Mais d'après le tableau de trafic téléphonique fourni en juin 2010 par la police, les enquêteurs sont encore à Dhuisy à 5h25, d'où ils passent plusieurs appels à leur hiérarchie.

5h30. Selon le PV 104, les policiers sont de retour à Trilport. Ils fouillent la poubelle où ils ont vu Julien Coupat jeter des objets quelques heures plus tôt. Un nouveau record est pulvérisé. Les enquêteurs auraient donc parcouru un trajet de 26 kilomètres en cinq minutes, à la vitesse de 324 km/heure. Deux fois plus vite que la Mercedes de Julien Coupat et Yildune Lévy à l'aller.

5h50. Les policiers quittent Trilport, après avoir trouvé un emballage de lampe frontale et des plans du réseau TGV dans la poubelle. Derner hic, le tableau de trafic téléphonique signale des appels des enquêteurs depuis Dhuisy jusqu'à six heures du matin, alors qu'ils sont tous censés être partis depuis longtemps.

«Ils n'ont rien vu»

Et pendant ce temps que font les policiers qui suivent la Mercedes ? A 4h45, selon le PV 104, ils constatent que «le véhicule s'arrête au pied du pont de La Marne sur la commune de Trilport, puis après quelques minutes repart en direction de Paris». Plus d'un an après, le 24 mars 2010, des plongeurs repêchent à l'aplomb du pont de La Marne, plusieurs tubes de PVC ayant pu servir à poser le crochet métallique sur les câbles de la voie à grande vitesse.

Selon le Nouvel Obs, les enquêteurs soupçonnent Julien Coupat d'avoir acheté ces tubes de PVC le 7 novembre dans un Bricorama de Châtillon alors qu'ils avaient perdu sa trace entre midi et 14h50. «Il était suivi à bonne distance grâce à une balise GPS placée sur sa vieille Mercedes», explique la source «proche de l'enquête» du Nouvel Obs. A midi le signal disparu comme cela arrive quand la cible entre dans un parking souterrain. Et justement le Bricorama de Châtillon en possède un pour ses clients.»

Oups ! La pose d'une balise GPS est illégale si elle n'a pas été autorisée par un juge. «Si cette information s'avérait justifiée, elle pourrait démontrer l'absence d'authenticité du PV 104, les services de police ne pouvant raisonnablement déclarer procéder à des constatations visuelles alors qu'ils ne faisaient que suivre une balise», écrivent les avocats.

Conclusion : une vingtaine de policiers chevronnés ont suivi le couple pendant un jour mais «ils ne les ont pas vus à côté de la voie ferrée, ni en train de poser les fers à béton, ni les jeter dans la Marne, ils n'ont rien vu quoi», ironise Me Thierry Levy. Fort opportunément, le 14 novembre, alors que neuf membres du groupe de Tarnac sont en garde à vue depuis trois jours, un témoin sous X apporte de nouveaux éléments.

Entendu par deux officiers de police judiciaire de la Sdat, il décrit les gardés à vue comme «un groupe sectaire dont les membres ont été endoctrinés par Julien Coupat». Ce dernier «souhaite le renversement de l'Etat par le biais d'actions de déstabilisation qui auraient pu aller jusqu'à des actions violentes».

«Une volonté de tromper»

«C'est ce témoignage, les présentant comme un vrai groupe criminel, qui va donner l'apparence de sérieux aux interpellations, car les filatures n'ont pas donné grand-chose», estime un des avocats du groupe, Me Thierry Lévy. Alors que la rumeur sur l'identité de ce témoin crucial se répand dans les médias, la Sdat l'entend à nouveau le 11 décembre 2008 mais cette fois sous son vrai nom, Jean-Hugues Bourgeois, éleveur bio dans le Puy-de-Dôme de son état.

Le discours est inversé, Jean-Hugues Bourgeois déclare tout ignorer du projet politique du groupe de Tarnac. «Le but semblait être de noyer le poisson en me faisant apparaître parmi d'autres témoins», expliquera Jean-Hugues Bourgeois au juge, le 26 novembre 2009.

«A ce moment là, seuls les enquêteurs de la Sdat savent qu'il s'agit de la même personne, qui a témoigné une fois sous X et l'autre fois sous sa vraie identité, mais ils n'en avisent personne, dit Me Louis Marie de Roux, l'un des avocats des mis en examen. Il y a une volonté de tromper tout le monde.»

Un an plus tard, interviewé par TF1, Jean-Hugues Bourgeois explique que manipulé par la Sdat, il a signé une déposition sous X préparée à l'avance. «Le mec (l'OPJ de la Sdat, ndlr) m'explique très posément que (...) le problème c'est qu'il y a tout un tas d'infos, d'interceptions de mails, d'infos de gars infiltrés en squat, ce genre de choses, qui ne sont pas exploitables dans une procédure judiciaire et que juste ils ont besoin d'une signature», raconte Jean-Hugues Bourgeois.

Interrogé dans la foulée par le juge, l'agriculteur fait état de pressions mais refuse d'être plus précis et de revenir sur les faits. Yildune Lévy et Julien Coupat ont donc déposé une plainte contre X pour subornation de témoin.
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Nico37



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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 29 Mar - 19:21

Citation :
Tarnac : une QCP examinée par la Cour de cassation

le 29/03/2011 10h40

Une question prioritaire de constitutionnalité (QCP) déposée par la défense de Julien Coupat doit être examinée ce mardi après-midi devant la Cour de cassation du palais de justice de Paris. Le groupe de Tarnac conteste notamment le fait qu'on ait écarté des débats pour des seules raisons de délai ainsi que des actes de procédure dont l’irrégularité serait avérée. Il s'agit notamment de la surveillance visuelle du domicile de Julien Coupat, mise en place en 2008 par les policiers sans autorisation. Julien Coupat, sa compagne et huit autres personnes sont mises en examen, notamment pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, après des sabotages sur les lignes TGV en 2008.
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mer 30 Mar - 20:22

Citation :
Patrice Spinosi, avocat de Julien Coupat
Tarnac : nouvelle tentative de la défense pour faire annuler une partie de l'enquête
LEMONDE.FR | 29.03.11 | 18h31 • Mis à jour le 29.03.11 | 18h53

La défense du groupe de Tarnac, ces dix personnes mises en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste après des sabotages de lignes SNCF fin 2008 , a fait, mardi 29 mars, une nouvelle tentative pour faire annuler une partie de l'enquête qu'elle estime entâchée d'irrégularités. L'un des avocats de Julien Coupat, Me Patrice Spinosi, a plaidé devant la Cour de cassation une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) – nouvelle procédure permise par la révision de la Constitution et rendue célèbre par le récent procès de Jacques Chirac – sur laquelle la Cour pourrait se prononcer dès mercredi matin.

Sur quels points cette question prioritaire de constitutionnalité portait-elle ?

Dans le dossier, au début de l'instruction, le domicile de Julien Coupat a été placé sous surveillance par les policiers en août 2008 sans autorisation. Nous avons donc demandé l'annulation des pièces de la procédure liées à cette surveillance. Mais cette nullité a été refusée en octobre 2010 par la cour d'appel de Paris, non parce qu'elle a estimé que cette surveillance était légale : elle n'a pas jugé sur le fond. Elle a rejeté la nullité, car cette demande a été faite trop tardivement dans l'instruction. En France, aujourd'hui, la défense n'a que six mois pour relever la nullité de pièces du dossier. Et dans cette affaire, elle n'a été demandée qu'au bout d'un an et demi environ. Mais le parquet, lui, a jusqu'à la fin de l'instruction. Il y a donc ici atteinte au principe d'égalité des armes. Notre QPC consiste donc à exiger que désormais, sur ce point, les droits de la défense s'alignent sur ceux de l'accusation, et que n'importe quel mise en examen puisse demander la nullité d'une pièce jusqu'à la fin de l'instruction. Car imaginez, de façon plus générale : un mis en examen change d'avocat au bout d'un an et celui-ci remarque des irrégularités dans le dossier que son prédécesseur n'avait pas vues. Aujourd'hui, il ne peut pas en demander la nullité.

Ce que vous reprochez à la procédure judiciaire en cours, c'est que personne n'a jamais remis en cause cette surveillance sans autorisation ?

Oui. Il est quand même extraordinaire qu'on doive se battre pour qu'un juge veuille bien examiner le contenu du dossier qui contient un certain nombre de pièces irrégulières. On est là dans une affaire ultra-sensible, où les policiers ont commis de nombreuses fautes. On ne peut quand même pas condamner quelqu'un sur la base de pièces obtenues de façon illégale ! Et cette loi qui limite le temps laissé à la défense pour dénoncer des pièces a jusqu'ici empêché qu'un juge se penche sur le fait que les policiers n'étaient pas autorisés à surveiller le domicile de Julien Coupat. Et qu'ils ont commis une atteinte grave à ce droit fondamental qu'est en France le droit à la vie privée. Pour une simple raison de délai, les pièces obtenues sans autorisation seraient recevables ? C'est inacceptable.

Vous avez plaidé mardi devant la Cour de cassation. Quelle est la prochaine étape ?

La Cour doit décider si elle transmet, ou pas, notre QPC au Conseil constitutionnel. On pourrait avoir la réponse dès mercredi matin. Si la réponse est négative, alors nous pourrions saisir la Cour européenne des droits de l'homme. Si la réponse est positive, alors le Conseil constitutionnel devra examiner notre question. Il faut changer cette loi qui impose ce délai de six mois et aligner le régime de l'ensemble des parties sur celui du parquet. Cette procédure existait d'ailleurs dans le droit français jusqu'en 1993, et n'a été changée que pour des questions d'organisation, de gestion administrative. Cela ne peut prévaloir sur le respect d'une liberté fondamentale. Si ce verrou était remis en cause, alors cela nous permettrait une nouvelle saisine de la chambre d'instruction qui pourrait entraîner l'annulation d'une partie importante du dossier contre Julien Coupat et les autres mis en examen.
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Lun 4 Avr - 23:43

Citation :
"En matière d'antiterrorisme, rien n'est tout blanc ni tout noir" Marc Trévidic - SOCIÉTÉ - le 3 Avril 2011

Pour le juge antiterroriste Marc Trévidic, la principale menace qui pèse sur ses fonctions tient à la confusion entre affaires à la teneur réellement terroriste et les autres. Le terme même de terrorisme lui apparaît toujours susceptible d'être instrumentalisé. Refusant tout manichéisme, le juge considère qu'on peut récupérer certains jeunes égarés dans le terrorisme.

En février, on l'a entendu porter avec humour et sans détour la voix des juges en colère contre les attaques répétées de Nicolas Sarkozy contre l'institution judiciaire. Marc Trévidic, juge antiterroriste et secrétaire général de l'Association des magistrats instructeurs, n'a pas la langue dans sa poche. Son livre, Au cour de l'antiterrorisme, est une plongée à la première personne dans les coulisses d'une justice souvent secrète, l'antiterrorisme. Sans langue de bois et sans évacuer les problèmes éthiques rencontrés dans l'exercice de ses fonctions.

(...)

"Ne considère-t-on pas un peu trop rapidement comme terroristes des personnes qui ne s'en prennent qu'aux biens et pas aux personnes ?"


Á ce titre, que pensez-vous du traitement de l'affaire Tarnac ?

Marc Trévidic. J'évite toujours d'en parler parce que ce sont des collègues qui l'instruisent. C'est le problème d'une atteinte aux biens qualifiée terroriste : il faut voir de l'intérieur si ça tient. Je prends souvent un exemple : la personne qui faisait sauter des radars. Au départ, on pourrait très bien se dire qu'après tout il ne terrorise personne. Ou, avec un peu d'humour : il rend plutôt service. Mais si vous allez sur les lieux et que vous constatez que le radar est à un mètre de la route, qu'un motard qui passe peut être tué par un éclat de radar, vous avez déjà une vision du dossier un peu différente. Il faut regarder concrètement chaque dossier. Je ne peux pas répondre sur Tarnac parce que, pour savoir si la qualification est tenable ou pas, il n'y a que ceux qui connaissent très bien le dossier qui peuvent le dire. De toute façon, le problème reste: ne considère-t-on pas un peu trop rapidement comme terroristes des personnes qui ne s'en prennent qu'aux biens et pas aux personnes ? C'est un problème de fond.

(...)
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 5 Avr - 19:39

Citation :
Affiches du FN «non à l'islamisme»: Jean-Marie Le Pen relaxé à Nanterre - AFP
Créé le 05.04.11 à 17h28 -- Mis à jour le 05.04.11 à 18h12

JUSTICE - Une peine d'emprisonnement avec sursis avait été requise...

Jean-Marie Le Pen, accusé par le Mrap d'incitation à la haine raciale pour avoir diffusé lors des élections régionales des affiches de campagne jugées offensantes à l'encontre des musulmans, a été relaxé ce mardi par le tribunal correctionnel de Nanterre.

Le président d'honneur du Front National avait déjà été écarté des fins de la poursuite pour les mêmes faits début décembre 2010 par le Tribunal correctionnel de Paris qui avaient débouté les deux associations plaignantes pour de pures questions de procédures.

De la prison avec sursis avait été requise

Après la décision, l'avocat du Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples, Khaled Lasbeur, s'est déclaré «surpris», estimant que «les faits incitant à la haine raciale et à la discrimination étaient établis». Une peine d'emprisonnement avec sursis avait été requise le 1er mars contre l'ancien président du Front national, Jean-Marie Le Pen.

L'affiche litigieuse représentait une femme intégralement voilée à côté d'une carte de France recouverte du drapeau algérien sur laquelle se dressaient des minarets en forme de missiles, avec pour titre: «Non à l'islamisme».

Affiche diffusée sur Internet

Le tribunal a estimé que cette affiche avait été diffusée sur Internet dans un contexte particulier, celui des élections régionales, dans lequel des propos sont proférés parfois avec exagération et que la place de l'islam en France s'inscrivait dans le débat politique français.

Le tribunal, qui s'est prononcé cette fois sur le fond de l'affaire, a également constaté que les islamistes ne constituaient pas juridiquement un groupe de personnes au regard de la loi du 29 juillet 1881 visée par le plaignant, motivant ainsi la relaxe.

Un «procès d'intention»

Lors des dernières élections régionales, en février 2010, le mouvement «jeunesse» du Front national avait diffusé ces affiches en région Provence-Alpes-Côte d'Azur et sur son site Internet, puis partout en France. A l'époque, l'affaire avait suscité des protestations de l'Algérie.

Lors de l'audience à Nanterre, l'avocat du Mrap avait produit une vidéo d'un discours du 7 mars 2010 dans lequel Jean-Marie Le Pen «revendique la paternité de l'affiche, constituant de ce fait l'infraction de provocation à la haine», selon le procureur de la République. Absent mardi, l'avocat de Jean-Marie Le Pen, Wallerand de Saint Just, avait dénoncé un «procès d'intention» fait à son client.
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 9 Avr - 15:01

Citation :
Tarnac, le récit intérieur et communautaire de l'insurrection
Á partir du raid policier sur ce village limousin, le 11 novembre 2008, Jean-Marie Gleize pose la question de l'inscription de la politique en poésie : la question révolutionnaire est pour lui une « question musicale ».

Tarnac, un acte préparatoire,Jean-Marie Gleize Éditions du Seuil. 164 pages, 18 euros.

Pour qu'il y ait « association de malfaiteurs en vue de commettre une action terroriste », il suffit : premièrement, d'être plus d'un, deuxièmement, d'avoir accompli un « acte préparatoire ». Le lien entre l'« acte préparatoire » et l'« action » en elle-même n'est pas défini, non plus que celui qui unit les membres du « groupe ». En clair, n'importe quoi peut préparer au terrorisme, et n'importe qui, faire partie de la bande. Magie des mots qui peuvent envoyer au secret des jeunes gens contre qui aucun acte précis n'a pu être retenu. De quoi intéresser un poète. Avec cet autre fait : le seul élément du dossier constitué contre Julien Coupat et ses amis, mis à part le fait de ne pas avoir de portable et de tenir une boutique autogérée dans un village déserté par les commerces, est d'avoir - peut-être - écrit un livre dont le titre comprend le mot inquiétant d'« insurrection ». Qu'auraient-ils fait de « la constante insurrection de l'herbe » plusieurs fois répétée dans le Pré, de Francis Ponge, semble demander Jean-Marie Gleize, qui cite le texte à plusieurs reprises ?

Est-ce cela qui a déclenché chez lui la nécessité d'écrire ce Tarnac, acte préparatoire qu'il nous propose aujourd'hui ? Cela, parce qu'on poursuit aujourd'hui, à nouveau, pour vouloir « changer l'état de choses existant ». « Tarnac sera le nom d'un récit intérieur et communautaire », annonce l'auteur d'emblée, car « la question révolutionnaire est désormais une question musicale ». L'ouvrage se présente dès lors comme le tressage de trois fils principaux. L'un est ce qui s'est passé le 11 novembre 2008, quand 150 policiers investissent Tarnac. L'autre, le retour dans le texte de ce mort de dix-sept ans, Gilles Tautin, lycéen, militant maoïste, noyé dans la Seine en tentant, en juin 1968, d'échapper à la police. Le troisième renvoie à cet homme, « F », tertiaire de saint François, dont le livre donne quelques extraits des carnets de méditation, retrouvés dans une boîte en fer-blanc. Histoire de la poussière. Avec quatre photos très sombres de la forêt autour du village. « F » était de Tarnac, comme l'auteur. Ainsi naît de cette nuit, de cette eau qui enferme le corps de Gilles Tautin, de l'actuel et des deux mémoires, une exigence. Devant l'inacceptable, dire « un poème n'est pas une île » est nécessaire. Plus encore de « construire son dialecte » : « Communiste est pour moi ce mot enfermé dans l'eau. » Tarnac contribue ainsi, sans payer tribut aux tentations régressives, à « faire de chaque page un poste de tir ».

Alain Nicolas
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Dim 10 Avr - 12:50


ledesertdureel.over-blog.com
Bienvenue dans le désert du réel, où croît aussi ce qui sauve.
http://ledesertdureel.over-blog.com/article-tarnac-ou-l-anti-terrorisme-comme-mode-de-controle-social-62768343.html

_________________
Contre ce Monde, pour l'Humanité.
http://www.dailymotion.com/Newo
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 12 Avr - 22:43

Citation :
"Sécurité Globale" se présente comme une - je cite - "revue de référence française consacrée aux questions de sécurité intérieure et aux enjeux sécuritaires internationaux, Sécurité globale offre une plate-forme de recherche et de débats sur des thématiques comme le terrorisme, la criminalité organisée, les crises sanitaires, la gestion des catastrophes naturelles et industrielles. Son approche se veut autant conceptuelle qu’opérationnelle, selon une logique qui vise à éclairer la globalité des enjeux de sécurité de ce XXIe siècle naissant." (!!!) : http://choiseul-editions.com/revues-geopolitique-Securite-Globale-23.html

La revue est publiée en partenariat avec, entre autres :
"La Fondation pour la recherche stratégique", "le Haut comité français pour la défense civile", "le Centre français de recherche sur le
renseignement", "l'Assemblée française des Chambres de commerce et d'industrie"... (liste complète de son "comité éditorial" et détail des
autres crapules de son "conseil scientifique" : http://choiseul-editions.com/revues-geopolitique-Securite-Globale-23.html)

Dans son numéro 12, daté Eté 2010, un dossier intitulé "A la recherche de l'ultra-gauche"

Au sommaire, entre autres articles :

- "Renseignement, l’état de la réforme" par BAJOLET Bernard
- "L’ultra-gauche : le retour des autonomes ?" par DAGUZAN Jean-François
- "De quoi Tarnac est-il le nom ? Herméneutique d’une sombre histoire" par RAUFER Xavier
- "Ultra-gauche : le mot, l’idée, l’action" par BAUER Alain et HUYGHE François-Bernard

"De quoi Tarnac est-il le nom ? Herméneutique d’une sombre histoire" par RAUFER Xavier (.pdf)
"L’ultra-gauche : le retour des autonomes ?" par DAGUZAN Jean-François (.pdf)
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 26 Avr - 6:38

Citation :
Le terrorisme d’extrême-gauche vu par Europol

Dans son rapport annuel sur le terrorisme, Europol parle surtout de la menace islamiste, mais note aussi une augmentation des attentats d'extrême-gauche, après une année marquée par la violence politique en Grèce.

611 personnes ont été arrêtées pour des faits de terrorisme en Europe en 2010. C’est moins que l’année précédente, mais l’organisation Europol ne veut pas avoir l’air de lever le pied sur d’éventuelles menaces à venir.

Si l’islamisme reste la priorité des polices européennes, leur rapport (en anglais) traite aussi des possibilités d’attentats séparatistes, d’extrême-gauche, d’extrême-droite ou d’actes isolés.

Europol, en croisant des renseignements donnés par les Etats membres, donne une idée des craintes partagées par les pouvoirs publics et dresse le bilan des actes effectivement commis. En ce qui concerne le terrorisme d’extrême-gauche, très présent sur la scène politique grecque en 2010, en voici un panorama.

Le terrorisme anarchiste, un problème de type grec

Le rapport d’Europol, qui repose sur des informations policières, ne prétend pas sociologiser les terroristes mais aider à adapter les politiques publiques à la menace perçue. La crise économique et l’augmentation du chômage chez les jeunes, y compris diplômés, sont donc avancés comme seule explication du regain de violence politique.

De la part des groupes anarchistes “révolutionnaires, anticapitalistes et anti-autoritaires”, le rapport note une augmentation du nombre d’attentats cette année et une violence accrue. Ce type d’actions reste toutefois largement minoritaires dans le bilan total. En tout, 34 personnes soupçonnées d’appartenance à une organisation terroriste d’extrême-gauche ont été arrêtées en 2010. Elles seraient à l’origine de 45 attaques dans cinq pays.

“Traditionnellement, ces groupes sont plus actifs en Grèce, Italie et Espagne”, est-il écrit dans le rapport, qui se concentre sans surprise sur la Grèce, siège de la moitié des attentats attribués à l'extrême-gauche, dont les seuls ayant fait des victimes.

Six personnes sont mortes l’an dernier, dans des conditions très différentes : le chef de la sécurité du ministère de l'Intérieur (en ouvrant un colis piégé) et un journaliste (tué par balles) trois employés de banque (dans un incendie provoqué par des cocktails molotov) et un adolescent de 15 ans (en ouvrant un sac dans lequel se trouvait une bombe).

Une possible internationalisation

Outre la Grèce, le rapport signale le développement du terrorisme d’extrême-gauche “dans d’autres pays, surtout depuis 2007”. Et donne pour exemple le début d’incendie de l’ambassade grecque à Prague ou d’une agence pour l’emploi à Vienne. Il évoque également une internationalisation du mouvement, illustré par la vague de colis piégés envoyés aux ambassades et chefs d’Etats européens en novembre dernier.

Rien sur la France. Mis en avant par les pouvoirs publics alarmés par l'exemple grec, le terrorisme d'extrême-gauche n'a pas pris pied dans l'Hexagone, à en croire le rapport.

Comme souvent, les analyses sur le terrorisme en viennent à inclure la confrontation physique entre militants d’extrême-droite et d’extrême-gauche, ou de violences contre des policiers lors de manifestations. Europol semble sortir du cadre des attentats pour s’intéresser à la violence politique en général.

L’organisme européen ne voit pas les actions anarchistes faiblir en 2011, au contraire. Les arrestations en Grèce et les procès en cours - dont celui, calamiteux, de la Conspiration des cellules de feu - “pourraient entraîner des marques de solidarité en Europe. Dès lors, la violence anarchiste devrait continuer à se développer en 2011”. Le rapport envisage une polarisation des groupuscules sur la question des prisonniers politiques et de la répression.

A contrario, Europol considère que le continent n’a pas subi d’attentats de la part des organisations d’extrême-droite en 2010.

“Les incidents qui se sont produits cette année pourraient être qualifiés d’actes extrémistes. Cela pose des questions d’ordre public, mais n’a absolument pas mis en danger les structures politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales des Etats-membres.”

Le rapport note une “professionnalisation” de ces groupes, qui comptent sur Internet pour recruter, ce qui pourrait entraîner un élargissement de leur public basé sur la peur de l’immigration nord-africaine.

Camille Polloni
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mer 4 Mai - 19:31

Citation :
Affaire de Tarnac: la surveillance policière prise en flag

Intimidations, contrôles, traçage GPS : la police ne lâche pas les mis en examen de Tarnac et leurs amis. Rencontre à Rouen, où quatre d’entre eux habitent aujourd’hui.

On s’était mis d’accord : pas de photos, pas de descriptions bucoliques du jardin au printemps, pas de commentaires sur leurs plats préférés. Les mis en examen de Tarnac et leurs amis ont déjà vu leurs maisons perquisitionnées, leurs lectures décortiquées et des journalistes planquer devant chez eux. Deux ans et demi après les premières gardes à vue antiterroristes, ils n’ont pas envie de voir leur intimité étalée dans les journaux, ni de raconter une énième fois les arrestations de novembre 2008 et les policiers cagoulés.

Dix personnes sont toujours poursuivies, notamment pour “association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”. Elles sont soupçonnées d’avoir préparé des dégradations en vue de désorganiser les réseaux ferroviaires. Parmi elles, Julien Coupat, mis en examen pour direction d’une structure à vocation terroriste. L’instruction en cours peine à décoller faute de preuves, et les erreurs répétées des policiers chargés de l’enquête ont largement décrédibilisé la procédure.

Quatre des “dix de Tarnac” vivent à Rouen : Elsa, Bertrand, Mathieu et Aria*. Ils habitent deux maisons en colocation avec des copains, une poignée de jeunes entre 25 et 30 ans qui passent leur vie ensemble. En attendant un éventuel procès, ils mènent une vie sous surveillance, et leurs amis aussi. Sans jouer les martyrs ou les paranos, ils nous ont accueillis pendant deux jours pour raconter les signes d’une présence policière continue et les ingénieux efforts pour les diaboliser.

Une balise GPS sur la batterie

En mars dernier, deux personnes du comité de soutien aux inculpés de Tarnac (pas poursuivies) vont chez le garagiste pour des problèmes récurrents de batterie. Le mécano leur explique qu’un truc bizarre pompe dessus, sans entrer dans les détails. En démontant les grilles de ventilation, les propriétaires de la voiture tombent sur un petit boîtier noir de 9 centimètres sur 5, relié par des fils au système électrique. A l’intérieur, deux circuits imprimés comprenant une antenne passive, un dispositif de géolocalisation de marque Navman et une carte SIM Orange pour transmettre les données. Tout l’attirail pour tracer à distance les déplacements de la voiture. De quand date le bidule ? Sans doute d’une fête à Tarnac, il y a un an. La police a pu en profiter pour poser la balise. Juste après, la vitre électrique a commencé à déconner. Depuis le retrait de l’objet, elle fonctionne à nouveau.

Une arrestation étrange

Le 16 février, Elsa (mise en examen dans l’affaire de Tarnac) téléphone à ses amis Arnaud, Jeanne et Quentin pour qu’ils aillent faire des courses ensemble au Go Sport de Rouen. A quatre dans la voiture, ils se garent et se séparent. Jeanne et Quentin entrent dans le magasin de sport.

“Tous les vendeurs se sont retournés sur notre passage, ils nous surveillaient en se cachant derrière des étagères”, raconte la jeune femme. “On s’est dit qu’ils pensaient qu’on allait voler des trucs.”

Elsa les rejoint dans le magasin. “Jeanne et Quentin étaient entourés de vendeurs qui me dévisagaient.” Arnaud arrive : “Tout le monde me regardait bizarrement et bloquait sur ma sacoche.” Jeanne paie son pantalon de ski : “Les vendeurs formaient un arc de cercle à distance. Puis le gérant a couru jusqu’à son bureau.”

Les quatre amis repartent en voiture et passent un premier rond-point. Moins d’une minute après, une voiture siglée police se colle derrière eux et deux autres leur barrent la route. Les fonctionnaires en sortent, l’un avec son arme au poing, les autres avec une matraque. “Coupez le contact ! Vous venez de Go Sport ?” Quentin, le conducteur, doit descendre et ouvrir le coffre, Jeanne montre son ticket de caisse. Les policiers disent avoir été appelés pour “un vol avec violences au Go Sport”.

Ils les escortent en voiture jusqu’au magasin pour vérifier. Là, se souvient Elsa, “ils ont commencé à douter de l’existence du vol mais pas de notre signalement. Ils avaient une description de la voiture, modèle, couleur et plaque.” Les responsables du magasin indiquent qu’il n’y a pas eu vol. Libres après un contrôle d’identité, les jeunes gens repartent.

Dans l’après-midi, ils retournent voir le gérant. Ils veulent savoir pourquoi il a appelé la police.

“Il nous a dit n’avoir passé aucun coup de fil mais qu’il avait reçu un appel anonyme quinze minutes avant notre arrivée. La personne au téléphone lui décrivait quatre individus, deux garçons et deux filles, la manière dont nous étions habillés, et l’avertissait que nous allions commettre un vol.”

Il précise que le magasin préfère en général intercepter directement les voleurs à la sortie plutôt que d’appeler la police et propose aux quatre amis de regarder ses listings téléphoniques. Ils déclinent, estimant qu’il “avait l’air sincère”. Aujourd’hui, le gérant du Go Sport continue à affirmer qu’il n’a pas prévenu la police d’un vol qui n’a même pas eu lieu et qu’il a reçu cet appel anonyme. Souriant jusqu’aux oreilles à notre question sur l’identité possible de son interlocuteur, il répond simplement : “J’ai ma petite idée mais je ne vous en dirai pas plus.”

Des agents à la sortie du boulot

Léa n’est pas mise en examen dans l’affaire de Tarnac. Elle est prof, sans poste fixe, et fait des remplacements dans des collèges de la région rouennaise. Le mardi 30 novembre, à la sortie de l’établissement où elle enseigne depuis le jeudi précédent, un homme et une femme l’attendent sur le parking.

“Tous les deux grands, la cinquantaine. L’homme avait les cheveux gris et un long manteau. La femme était blonde décolorée avec les cheveux longs”, raconte-t-elle.

Ils se présentent comme “des agents du service de sécurité du rectorat” et veulent lui parler. La femme monte dans la voiture de Léa, l’homme les suit avec la sienne. Arrivés sur le parking d’un café, la jeune prof demande à son escorte comment elle l’a reconnue. “On se connaît. – Non, on ne se connaît pas. Vous avez un dossier sur moi ? – Oui.”

Dans le bar, l’homme pose une pile de papiers sur la table : “Mademoiselle, vous allez vous retrouver à la rue. Vous avez des problèmes avec la justice.” A l’époque, Léa était poursuivie pour un vol de nourriture dans un supermarché. Ils continuent d’affirmer ne pas travailler pour la police et sortent la photo d’une jeune fille masquée prête à lancer un projectile. “C’est vous.” Suit une liste de faits qu’ils lui attribuent : dégradations, participation à des manifs violentes, etc. Sa voiture aurait même été utilisée dans une affaire de proxénétisme.

La conversation dérive sur ses “fréquentations douteuses”. “Comme vous êtes la seule à gagner à peu près honnêtement votre vie, vous devez être plus intelligente que les autres.” Ils la mettent en garde contre de “futures vagues d’arrestations”.

“Mais qui êtes-vous ? – Des services de sécurité. – Quels services de sécurité ? De la police ? – Oui. Si vous voulez échapper à la vague d’arrestations, vous pourriez nous donner des informations sur vos amis.”

Léa refuse et s’en va.

Deux policiers, le gentil et le méchant

Le même genre de mésaventures est arrivé à Gaël. Copain de lycée d’un proche des Tarnacois, il n’a pas d’activités politiques. Son ami Quentin avait passé quatre jours en garde à vue antiterroriste avant d’être relâché sans poursuites. L’an dernier, Gaël a été convoqué au commissariat du Havre, où il travaillait comme cordiste sur un chantier. Une simple enquête de routine, liée à son accès à des sites sensibles : installations nucléaires, raffineries, sites industriels, pour lesquels on délivre des accréditations spéciales.

Au commissariat, Gaël “monte dans un petit bureau accompagné de deux policiers, un rouquin et un grand, le gentil et le méchant”. Les questions d’usage (adresse, personnalité, fréquentations) tournent vite à l’interrogatoire. Avec qui a-t-il acheté sa maison ? Pourquoi a-t-il gardé dans son garage la Mercedes de Julien Coupat pendant plusieurs mois ? “Je suis ami avec Quentin. Je ne sais pas ce qu’il branle de son côté mais je n’ai rien à voir avec ça”, répond Gaël.

Les policiers lui reprochent “d’en savoir plus” que ce qu’il veut bien leur dire. Ils le préviennent qu’ils peuvent “le griller auprès de son employeur et faire qu’il n’entre plus sur aucun site industriel”.

Les questions reprennent : qui est venu chercher la voiture de Coupat ? Quelqu’un a-t-il fait de la soudure dans le garage ? Est-ce qu’il reconnaît l’homme sur cette photo ? Puis viennent les tentatives de rapprochement. Peut-être que Gaël, l’alcool aidant, pourrait “entendre des choses” dans des soirées. Il refuse.

“Ça a duré une heure et demie. Ils ont argumenté sur mon boulot, sur le fait que moi j’étais ‘quelqu’un de bien’ alors que ‘ces gens-là’ touchaient le RMI.”

Après avoir rappelé Gaël deux fois et essuyé un refus définitif, les policiers ont lâché l’affaire.

Un “fichage moral”

Des histoires comme celles-là, les mis en examen de Tarnac et leurs amis en ont beaucoup. Ils connaissent aussi les allers et venues devant leurs maisons, les photos au téléobjectif à la terrasse d’un café, les contrôles d’identité qui durent trente minutes quand la police s’aperçoit qu’ils sont répertoriés au fichier des personnes recherchées comme membres de la “mouvance anarcho-autonome”. Ils finissent par connaître d’avance les questions de routine : où vont-ils, d’où viennent-ils, qui sont les personnes qui les accompagnent, est-ce qu’ils sont locataires ou propriétaires.

“Beaucoup d’entre nous n’ont pas d’antécédents judiciaires. C’est un fichage moral qui fait office de second casier, non fondé sur des infractions pénales, raconte Luc. On ne sait pas ce qu’il y a précisément dans les fichiers, ni combien de temps on gardera ça sur le dos. Mais chaque contrôle routier a une conséquence et finit dans un dossier.”

“Une proximité dont on ne veut pas s’installe avec la police. Ils nous connaissent et nous le font remarquer”, explique Quentin. Pour des procès qui n’ont rien à voir, comme le vol de Léa, les Renseignements généraux assistent à l’audience. Tous le disent : “On pense que les flics aimeraient nous faire tomber pour n’importe quoi.” Alors quand un entrepôt brûle près de chez eux ou qu’une voiture à gyrophare passe, “on craint toujours que ce soit pour nous”.

Camille Polloni, Les Inrocks

*Les prénoms des mis en examen dans l’affaire de Tarnac ont été conservés. Ceux de leurs amis sont des prénoms d’emprunt.

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 5 Mai - 22:32

Citation :

Un goût de Tarnac chez les blogueurs français en Libye
Par Nolwenn Le Blevennec | Rue89 | 05/05/2011 | 16H54

Quand l'épopée des blogueurs français en Libye a tourné tragique, que l'un d'eux, Baptiste, a été blessé par balle à la nuque, ils ont rédigé un communiqué sans affect. Comme si le sort de leur ami – menacé de tétraplégie – était un dommage collatéral dans une aventure qu'ils ne pouvaient regretter tant elle était importante :

« [Baptiste] a connu et nous connaissons avec lui ce que vivent les gens de cette ville depuis deux mois, quand ils se déplacent dans la rue […]. Soutenir le peuple veut aussi dire assumer les risques qui sont les siens. »

« On ne sait pas comment cette guerre sera perçue dans dix ans »

Ces six jeunes blogueurs sont décidément mystérieux. Quand ils ont contacté Rue89 pour que soit repris sur notre site un article racontant la situation à Misrata (Libye), ils voulaient plus de visibilité.

Mais ils n'ont pas souhaité donner leurs noms et sont restés très flous sur leurs motivations, assurant être « de simples blogueurs », « pas des militants appartenant à un groupe » :

« Si nous voulons conserver l'anonymat, c'est parce que nous ne souhaitons pas être stigmatisés comme certains l'ont été pour être allé en Afghanistan.

On ne sait pas comment cette guerre en Libye sera perçue dans dix ans. »


Ils n'ont pas donné de numéro de téléphone. On a finalement appris, dans une dépêche AFP en anglais, qu'ils s'appelaient Daphé, Baptiste, Pierre, Charles, Pierre-Nicolas et Soizic (nous ne mentionnerons pas les noms de famille parce qu'ils ne le souhaitent pas).
De extraits de « L'Insurrection qui vient »

Pourtant, l'état de santé du blogueur est grave. Selon une source à l'hôpital de Benghazi : Baptiste, 25 ans, risque d'être tétraplégique et de devoir supporter une trachéotomie à vie. Devant une telle catastrophe, de jeunes blogueurs inexpérimentés auraient perdu pied.

Il y a chez ces jeunes une méticulosité dans leur communication et une résignation quasi-religieuse. Libération a fait l'enquête (« Qui sont ces blogueurs partis à Misrata ? »). Le quotidien rapporte que les six Français travaillaient surtout avec En Route ! , blog collectif sur les révolutions arabes, auxquels collaborent différents groupes, partis en Tunisie, en Egypte ou en Libye.

On trouve sur le blog un passage de « L'Insurrection qui vient », texte publié par le Comité invisible, en 2007, et qui a été attribué par le ministère de l'Intérieur au collectif de Tarnac, notamment à Julien Coupat.

Mais la personne qui se trouve en France et édite les articles, contactée par Libération, assure qu'il n'y aucun lien avec le Comité invisible.
Soizic, figure charismatique des autonomes bretons

Les idées des deux filles (parmi les six blogueurs) sont pourtant proches de celles du Comité. Denis – le prénom a été changé –, familier du « mouvement autonome rennais », connait Soizic et Daphné . Il a longuement réfléchi avant de nous parler et choisit ses mots avec une extrême prudence :

« On compte une centaine de personnes dans le mouvement autonome rennais. Parmi eux, Soizic fait partie de la tranche radicale, disons celle qui est la plus proche possible du texte “L'Insurrection qui vient”. Disons que son groupe est de la tendance Comité invisible. »

Il explique également que Soizic, avec son charisme, a beaucoup d'importance dans le fonctionnement du groupe. Puis, plus généralement, sur les autonomes et les révolutions :

« Je sais qu'il y a une dizaine de Rennais partis dans les pays en révolution. Le travail qui est réalisé là-bas est essentiel, à l'égard de l'opinion publique (information différente) et à l'égard de tous les révolutionnaires qui veulent apprendre des insurrections populaires en cours, des processus mis en œuvre. »

Daphné, condamnée à trois mois de prison ferme

Quant à Daphné, Denis l'a croisée aussi. C'est une Bretonne connue des services de police. Fin 2007, à l'université du Mirail à Toulouse, elle a été interpellée et jugée pour avoir fait sauter une petite bombe artisanale sur un terrain vague, avec deux amis.

En pleine contestation étudiante contre la loi sur l'autonomie des universités, alors que cette fac est verrouillée par des étudiants en colère, les policiers découvrent qu'un trio s'active à la fac (qui n'est pas la leur).

Selon La Dépêche, un plan de l'université est saisi, ainsi que de l'acide, un détonateur, des explosifs… De quoi fabriquer une seconde bombe.

Pour ces expériences chimiques, Daphné a écopé de trois mois ferme. Un avocat rennais, Me Thierry Fillion, qui a défendu l'un de ses deux compagnons à Toulouse :

« Le rôle de Daphné dans cette affaire a été volontairement minimisé par les deux garçons. La part idéologique a été également réduite au maximum, mais une centaine de gens de cette mouvance ont assisté au procès de Toulouse. Nous leur avons demandé de ne pas venir à Rennes pour ne pas effrayer les jurés. »

« Le problème chez ces jeunes est psychologique »

Les deux compagnons de Daphné ont également été interpellés pour une série de braquages à Rennes, en 2007. Un article, qui relate le procès, est recensé sur un blog militant dans la rubrique « Cellule(s) invisible(s) ».

Aux assises, en octobre 2010, l'un d'entre eux a été défendu par Me Thierry Lévy, également l'avocat de Julien Coupat en 2009. Comment son client lui a été présenté ?

« Je ne ferai aucun commentaire. Cela ne vous regarde pas. »

Un parent d'un des deux garçons, une « très bonne famille », ému :

« Mon fils ne me dit pas tout, mais je crois pas qu'il soit lié au groupe de Tarnac, même si leurs idées peuvent être proches. Je pense que le problème, chez ses jeunes, n'est pas sociologique mais psychologique. C'est une question de personnalité qui est entière et de basculement ou non dans la folie quand il y a passage à l'acte. »

Des « zozos révolutionnaires, romantiques et sectaires » ?

Sur le terrain, Marc Bastian, journaliste AFP à Misrata, a croisé ces six jeunes à de nombreuses reprises. Il confirme avoir eu à faire à des militants d'extrême-gauche, « très extrême ». Il les décrit même comme des « zozos révolutionnaires, romantiques et sectaires ».

« Zozos » parce que leurs papiers dont « tout n'est pas faux, loin de là » ne comportent aucune citation ; ce n'était pas du journalisme : ils avaient choisi le camp des révolutionnaires (sans prendre les armes).

« Zozos » aussi parce que « complètement inconscients ». Marc Bastian raconte qu'ils lui ont raconté être venus à Misrata en passant par l'Egypte en voiture. « Une folie » :

« Ils nous ont dit aussi avoir des gilets pare-balles, mais je n'en ai jamais vu un avec, alors que des projectiles volent dans toute la ville. Rien que sur l'immeuble dans lequel j'habite, il y a deux impacts de balles. »

Il a fallu leur prêter du matériel et les aider pour le rapatriement de Baptiste. Ils ont fait perdre de l'énergie et du temps aux journalistes sur place :

« En cela, oui, on peut dire qu'ils nous ont mis en danger. »

« Cela aurait pu arriver à n'importe qui »

Ned Parker, un journaliste américain qui a couvert la guerre en Irak et qui vient de quitter Misrata, a lui exprimé à l'AFP son admiration pour Baptiste :

« C'est un journaliste courageux, qui couvrait l'événement dans la meilleure tradition du journalisme. Il a été touché par une balle perdue et cela aurait pu arriver à n'importe qui. »

Son accident a mis un terme à leur aventure de plusieurs semaines. Selon Marc Bastian : lundi 2 mai, il ne restait plus que Pierre dans la ville.

Les autres sont rentrés en France, probablement après la conférence de presse tenue le 30 avril , à Benghazi. Dans un mail qu'il nous ont envoyé, ils ne répondent à aucune des questions qu'on leur a posé sur leur passé.

Ils parlent de « tracas » en évoquant Baptiste. Ne souhaitent pas que l'accident leur soit reproché et expliquent encore leur démarche :

« Nous ne voulions pas devenir des reporters professionnels, mais être une sorte de passerelle entre la révolution libyenne et le reste du monde. »

« Qui peut prétendre être au-dessus de toute contradiction ? »

Denis raconte que « les connaissant », « cela a dû être douloureux d'avoir à passer par le Quai d'Orsay pour faire rapatrier leur ami » (Baptiste a été rapatrié par un bateau de l'Organisation internationale pour les migrations et ensuite par avion militaire). Ils ont probablement beaucoup hésité.

Denis espère qu'on ne s'attardera pas sur l'incohérence politique qui consiste à accepter l'aide de ceux qu'on méprise :

« Qui peut prétendre être au-dessus de toute contradiction ? Ils ont eu raison de le faire. Même si le recours à l'armée française appelle à davantage d'humilité de leur part, dans le futur… »

Dur d'être un autonome cohérent : les six jeunes étaient aussi venus soutenir une révolution appuyée par l'Etat français et les Américains. Leurs pires ennemis.

Illustration : capture du blog En route ! tenu par Baptiste et ses amis.

Autre source
http://juralibertaire.over-blog.com/article-les-empecheurs-de-mediatiser-en-securite-72917210.html

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 5 Mai - 22:33

Citation :
En route ! et Rue89

Rue89 a découvert l'existence du blog En route ! lorsqu'un de ses animateurs a contacté la rédaction pour proposer à notre site de reprendre un article de fond de leur équipe déjà sur place à Misrata. Cet article a été publié le 6 avril.

Rue89 n'a pas été associé en amont à l'envoi des blogueurs en Libye, et n'a pas eu de contact direct avec l'équipe sur place.

En revanche, Rue89 a facilité les contacts pour permettre l'évacuation de Baptiste lorsqu'il a été blessé.
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 5 Mai - 23:31

Citation :
Des mis-ses en examen de "l'affaire" dite "de Tarnac" ont déposé 3 plaintes contre X :

- pour subornation de témoin (au tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand, le 23 février 2011) :
http://fragmentsduvisible.org/obtenir/documents/TELECHARGER.php?nomFichier=texte11.doc

- pour interception de correspondances et atteinte à l'intimité de la vieprivée (au TGI de Brive-la-Gaillarde le 25 février 2011) :
http://fragmentsduvisible.org/obtenir/documents/TELECHARGER.php?nomFichier=texte12.doc

- pour faux et usage de faux en écriture publique (au TGI de Nanterre le 1er mars 2011) :
http://fragmentsduvisible.org/obtenir/documents/TELECHARGER.php?nomFichier=texte9.doc
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Ven 6 Mai - 22:32

Citation :


S'indigner ne suffit pas, il faut frapper !

Il y a comme un consensus assez inquiétant autour de la question de la violence. Tout le monde rejette la violence, la disqualifie moralement. Mais voilà, le problème est que la violence est toujours le fait de l’autre. Quelle que soit l’origine du discours (gauche radicale, droite, ONG, etc.) la violence est condamnée. Toutefois en creusant un peu, il y a des violences acceptées : les violences policières et carcérales pour les conservateurs, les séquestrations pour les gens de gauche. Tous veulent que ces actes ne soient pas qualifiés de violents : ils sont des défenses contre d’autres violences, vraies celles-là.

Avec des textes courts et saisissants mais parfois difficiles (l'auteur est un philosophe) Brossat dénonce le moralisme anti-violence, qui brouille les notions. Entre hypocrisie et validation du système en tant que tel, les anti-violences cachent leur violence propre derrière leur propre petit doigt.

Or, il convient d’assumer la violence. Face à un Etat (toujours par principe oppresseur puisque structure de pouvoir séparé des citoyens) la violence est toujours légitime mais jamais nécessaire : cette formule de Zizek retourne la classique : la violence n’est jamais légitime mais parfois nécessaire. Pour Zizek, la violence est question de tactique mais sa légitimité est toujours là.

Quoi qu’il en soit, dans cet ouvrage, Brossat, montre que le consensus antiviolence conduit à accentuer l’hystérie sécuritaire et à gonfler les condamnations de ceux qui s’opposent au système capitaliste.
Revenant sur la triste affaire Tarnac, où nos dirigeants ont montré à la fois la nullité de la procédure pénale, la justice aux ordres, l’arbitraire des sanctions, la vilénie des lois anti terroristes, et la cruauté de la condition carcérale, Brossat affirme qu’un citoyen un tout petit peu éclairé a plus à craindre du gouvernement que des prétendus terroristes.
Mieux encore, plutôt que de dire que les jeunes de Tarnac n’ont pas commis de violence (et par là se situer dans la perspective intellectuelle des antiviolences), affirmer que oui, ils sont ultra violents car rebelles à l’ordre ambiant, et que nous aussi nous validons cette violence !

CritiquesLibres.com

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Ven 13 Mai - 22:41

Citation :
Tarnac : enquête ouverte sur des écoutes sauvages 13 Mai 2011 par Karl Laske

C'est un dossier que les juges antiterroristes n'ont pas osé ouvrir. Comme ils ont écarté la plupart des vérifications qui pouvaient embarrasser les policiers dans l'affaire de Tarnac. En mars 2008, un agent de France Télécom avait découvert et débranché un dispositif d'écoutes des lignes téléphoniques de l'épicerie du village, reprise quelques mois plus tôt par les militants.

Ces «branchements» avaient été repérés peu avant l'ouverture d'une enquête préliminaire sur le groupe de Tarnac, mais surtout plus de huit mois avant les sabotages des lignes TGV. Aucune écoute légale – administrative ou judiciaire – n'était en cours à l'époque. Une équipe parallèle était, semble-t-il, déjà au travail pour incriminer les militants.

Après avoir signalé, en vain, les faits aux juges antiterroristes, Benjamin Rosoux, le militant devenu épicier à Tarnac, a donc déposé plainte, le 5 février à Brive-la-Gaillarde, pour «interception de correspondances» et «atteinte à l'intimité de la vie privée». Cette fois, le parquet a ouvert une enquête, confiée au SRPJ de Limoges. Des premières auditions ont été effectuées fin avril.

Les témoins et les éléments matériels ne manquent pas pour remonter cette piste. Fin mars 2008, les gérants de l'épicerie s'aperçoivent d'une panne de leur terminal de carte bleue. Ils se tournent vers leur banque et l'agence France Télécom (FT) d'Ussel. Après avoir réalisé plusieurs essais, c'est le technicien envoyé par l'opérateur qui trouve un dispositif d'écoutes dans le central téléphonique du village. Le signal du terminal CB était perturbé par la «dérivation». L'agent prévient son chef d'équipe qui l'autorise à retirer le dispositif: un boîtier en plastique connecté à l'arrivée de la ligne par des fils jaunes et bleus.

Le paiement en carte bleue est rétabli à l'épicerie, mais les problèmes commencent pour les agents de FT. Le technicien et son chef d'équipe sont convoqués à Bordeaux. Et le directeur régional, lui-même, doit monter s'expliquer à Paris. Une procédure disciplinaire est engagée contre le technicien, non pas pour avoir débranché l'écoute, mais pour l'avoir fait devant l'un des gérants de l'épicerie, entré avec lui dans le local technique. Il écope d'une mise à pied assortie de quinze jours de suspension. La procédure disciplinaire multiplie par trois ou quatre le nombre de témoins aujourd'hui. Puisque les faits ont aussi été débattus devant la commission régionale de discipline, où le technicien était défendu par un délégué du personnel de la CFDT.

L'enquête dira si la dérivation bénéficiait de l'aval du service officiellement chargé du suivi des écoutes judiciaires et administratives chez France Télécom, installé à Montrouge. Contacté par les avocats des militants de Tarnac, l'opérateur avait prétendu qu'il ne disposait plus de l'historique de ses interventions techniques en 2008.
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MessageSujet: Tarnac Mediapart   Sam 14 Mai - 12:16

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France Télécom et Tarnac, le même mépris de l'Etat pour le droit
Par POJ, Mediapart

L'article de Karl Laske sur les écoutes de Tarnac témoigne d'un comportement de l'Etat oublieux des règles de droit à l'égard des inculpés comme à l'égard d'un technicien de France Télécom, dont ce même Etat est actionnaire majoritaire. L'actualité sociale de cette entreprise égrène les drames auxquels cet Etat semble assez étonnamment incapable de prendre des mesures énergiques qu'il sait pourtant prendre à l'égard de particuliers.

Le droit est manifestement bafoué dans ces écoutes.

Ce mépris de la loi est susceptible d'éclairer le ressenti des salariés de France Télécom à l'égard de leur actionnaire majoritaire. Les interrogations que soulève l'affaire de Tarnac permet de déceler les approximations d'un Etat et d'une direction qui ont pour défenseur un avocat qui nie l'existence de tout mal-être, pas seulement à France Télécom.

La violation des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Le secret des correspondances garantit une liberté individuelle, le respect du droit fondamental à la vie privée et à la vie de famille (Convention européenne des droits de l'homme).

L'interception et la transcription des communications téléphoniques par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service publique agissant en dehors du cadre légal est très lourdement sanctionnée.

L'affaire des écoutes de la cellule de l'Elysée :

Crim. 30 septembre 2008, n° 07-82249

L'atteinte à la vie privée d'autrui (226-1 c. pén.) incrimine le fait de capter, enregistrer, transmettre au moyen d'un procédé quelconque des paroles prononcées, en quelque lieu que ce soit, à titre privé ou confidentiel. Ainsi, tout branchement clandestin par sa conception, son objet et sa durée porte nécessairement atteinte à l'intimité de la vie privée, quand bien même l'auteur des faits serait animé par la seule intention de rechercher des renseignements de nature professionnelle (Crim. 7 oct. 1997, Bull. crim. n° 324)

Les écoutes téléphoniques, pratiquées en violation de la procédure administrative mise en place et des directives des premiers ministres, sont illégales.

Elles entraînent la responsabilité des chefs de service les ayant ordonnées.

Elle sont sanctionnées par l'article 226-1 aggravé par l'art. 432-4 al. 1 du code pénal.

La peine maximale ainsi encourue est sept ans d'emprisonnement et 100.000 euros d'amende.

Se pose aussi les questions du manquement grave et du détournement de pouvoirs à l'égard des chefs de service. Ils ne peuvent pas invoquer des instructions reçues illégales.

Dans tel cas, ils avaient l'obligation juridique de les dénoncer au procureur de la République (Art. 40 du code de procédure pénale). Ne pas l'avoir fait est une faute.

Les écoutes téléphoniques sont réservées à la phase de l'instruction préparatoire (art. 100 à 100-7 c. pr. pén.).

Il faut vérifier si une juge d'instruction avait été désigné à ce moment et s'il a pris les réquisitions nécessaires dans les formes.

Il ne semble pas que ce fut le cas.

Voir aussi, sur le fond, si la mesure prise par le juge, contraire aux garanties de la Convetion européenne des droits de l'homme, est justifiée et proportionnée à l'atteinte à ces droits fondamentaux.

Une exception existe en matière de criminalité ou de délinquance organisée avec l'article 706-95 du code de procédure pénale prévoit que si les nécessités de l'enquête préliminaire ou de flagrance l'exigent, le juge des libertés et de la détention (JLD) peut, sur la requête du procureur de la République, autoriser l'interception, l'enregistrement et la retranscription de correspondances émises par la voie des télécommunications. Ces opérations sont réalisées sous le contrôle du JLD, qui doit être informé sans délai par le procureur de la République des actes accomplis (al. 3 du texte).

Il ne semble pas non plus que ce fut le cas.

Un motif d'inculpation injustié et disproportionné

En l'espèce, dans l'affaire de Tarnac, l'inculpation de terrorisme n'est pas justifiée. Les faits reprochés sont des dégradations de biens publics (quoique, par l'effet de la privatisation de la SNCF, la question peut se poser s'il ne s'agit pas plutôt de dégradations de biens privés, même s'ils demeurent affectés à un service public).

Le technicien de France Télécom n'a commis aucune faute :


L'exploitant d'un réseau de télécommunications désigné par un officier de police judiciaire agissant sur commission rogatoire pour installer un dispositif d'écoutes téléphoniques n'a pas à prêter serment d'apporter son concours à la justice en son honneur et en sa conscience.

Prévue par l'article 60 du Code de procédure pénale, cette prestation de serment s'impose à toutes les personnes requises de procéder à des constatations ou à des examens techniques ou scientifiques dans le cadre d'une enquête de flagrance (V. l'article 77-1 du Code de procédure pénale pour l'enquête préliminaire).

Ce texte, qui ne s'applique pas aux experts (Cass. crim., 5 août 1972, Bull. crim. n° 263 ; Cass. crim., 17 oct. 1972, Bull. crim. n° 290)
ne peut donc davantage être oposé à l'encontre du personnel habilité à procéder à l'installation – ou la désinstallation - d'un dispositif d'interception dans le cadre d'une procédure d'instruction.

Ni l'article 100-3 du Code de procédure pénale relatif à la désignation de l'exploitant par le juge d'instruction ou par l'officier de police judiciaire commis ni le décret du 28 janvier 1993 relatif à la désignation des agents qualifiés pour la réalisation des opérations matérielles nécessaires à la mise en place des interceptions de correspondances émises par la voie de télécommunications n'exigent en effet une prestation de serment de la part de l'agent désigné.

Le technicien ne saurait donc avoir commis une erreur de procédure. Il a été sanctionné abusivement par son ministre.

Cette sanction reçue de l'Etat actionnaire de la société où la dégradation des conditions de travail porte à s'interroger sérieusement sur son souci du respect l'humain montre la convergence d'une mentalité plus prompte à casser qu'à réparer.

Le rôle du parquet

Si la Cour européenne des droits de l'homme a jugé qu'il ne s'agit pas d'une autorité judiciare indépendante (Arrêt Medvedyev, Arrêt France Moulin), le procureur est tenu néanmoins à l'obligation d'impartialité, que lui imposent tant le droit français (procédure pénale, droit constitutionnel), que le droit européen et le droit international. Le Conseil supérieur de la magistrature a inscrit ce principe dans son recueil des obligations déontologiques de la magistrature (Télécharger le recueil) s'appliquant au procureur étant, en France, "un magistrat à part entière". Cette obligation d'impartialit est encore renforcée par la thèse de Madame Sylvie Josserand et les dispostions adoptées par l'ONU.

Ceci dit, il est possible de faire des observations en deux temps :

Avant la plainte des épiciers de Tarnac visés par les écoutes téléphoniques, l'article préliminaire du code de procédure pénale pose l'obligation au procureur de la République d'informer le mis en cause de la nature et de la cause des procédures diligentées pour garantir le respect des droits de la défense. Il semble que cela n'ait pass été fait.

Les écoutes téléphoniques créent donc un doute très sérieux sur le respect des dispositions de l'article préliminaire laissant suspecter une violation manifeste de l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Depuis la plainte des épiciers sur ces écoutes, le parquet est tenu d'agir conformément à l'Avis du Commissaire aux droits de l'homme, Thomas Hammarberg, sur le règlement independant et efficace des plaintes contre la police.

La Cour de Strasbourg s'inspirera forcément des recommandations faites par le Commissaire européen pour apprécier la réaction et la qualité des dilligences du procureur, et donc la validité de sa procédure.

Conclusions

Il apparaît ainsi clairement que les salariés de France télécom ont effectivement fort à faire avec leur actionnaire majoritaire qui, selon l'avocat de la direction, s'apprête à faire durer les procédures, au détriment des victimes et du délai raisonnable posé, aussi, par la Convention européenne des droits de l'homme, nonobstant l'obligation de célérité à la charge de l'Etat, l'actionnaire majoritaire.

Défendant la société Loomis contre Tony Musulin, l'avocat de France Télécom rejette les explications de l'accusé en niant l'existence de tout mal être dans l'entreprise Loomis. C'est le même discours quelque soit la société. Il n'y a donc que l'argent d'objectivement quantifiable selon cet avocat. 70 milliards d'euros ont disparu chez France Télécom. En le paraphrasant, les salariés de France Télécom pourraient lui répliquer : "Il faudrait s'attacher à retracer la disparition de ces 70 milliards dans leur contexte pour vérifier ce qui a pu se passer."

L'argent, n'est-il pas finalement ce "grand forestier" ... ?

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 14 Mai - 20:44

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