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 Cellule(s) invisible(s) - revue de presse

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 2 Nov - 6:27

La police vérifie les itinéraires du groupe de Tarnac. Ils ont fait le parcours Paris-Athènes pour tenter de savoir si en 1h30 ils auraient pu déposer des lettres piégées ce lundi à Monsieur N. S.
Quelques passages d'un article lu sur Libé

Citation :
Le jugeant suspect, l'employée l'avait jeté par terre, déclenchant la déflagration, de faible puissance, qui l'a légèrement blessé à la main.
L'employée juge un colis (ou une lettre, ça dépend les versions) suspect et le jette à terre. Normal. Quelle héroïne ! Dès que je trouve un sac suspect dans une gare parisienne, je shoote dedans et j'aurai la légion d'honneur.

Citation :
La police a annoncé dans un communiqué avoir trouvé en la possession des hommes, âgés de 22 et 24 ans, deux autres paquets piégés, "avec comme destinataires l'ambassade de Belgique en Grèce et le président de la République française, qui ont été neutralisés par des explosions contrôlées".
Quatre colis, trois pour destinés à des ambassades, un avec envoi personnalisé à not" président. C'est du service personnalisé, de quoi s'plaint-on ?
Quelle naïveté quand même de la part des envois des lettres dans cet envoi adressé au propriétaire en cdd de l'Elysée. Ou y a t'il un message caché derrière ?

Nous allons vivre de plus en plus de périodes de politiques sécuritaires en Europe et ailleurs. Est-ce qu'elles nous protègeront ? Seul l'avenir nous le dira. Mais c'est tout bénèf' pour les partis conservateurs avec les élections qui arrivent bientôt (dans une semaine en Grèce, en 2011 en France, et puis tout le temps partout ailleurs).

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 4 Nov - 20:48

Citation :
Assises d'Ille-et-Vilaine : «Braqueurs, oui. Terroristes, non»

Accusés d'une série de braquages minables, fin 2007, à Rennes, les deux accusés nient toute appartenance à la mouvance de «l'ultra gauche».

La présidente de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine repose la question. «Avez-vous fréquenté un quelconque mouvement anarchiste ou autonome ?» La réponse de Randall V., 23 ans, et de Grégoire M., 25 ans, est toujours la même. «Non». Depuis hier matin, les deux jeunes hommes contestent un à un tous les éléments pouvant les lier à la «mouvance anarcho-autonome», cette «ultra gauche» brandie comme un «spectre d'Action directe» par le ministère de l'Intérieur. Eux ne reconnaissent qu'une chose : oui, ils ont bien commis deux car-jacking, deux braquages de petits commerces et deux tentatives de braquages fin octobre 2007, à Rennes. Butin de ces braquages minables : 185€ pour lesquels ils risquent vingt ans de réclusion criminelle. La police les a pourtant repérés dès les manifestations anti-CPE, en 2006. Elle les a pistés dans des squats des régions de Rennes, Nantes et Toulouse. C'est d'ailleurs dans cette dernière ville qu'ils sont identifiés, lors des manifestations anti-LRU, en 2007. C'est aussi là et à cette époque qu'ils sont interpellés, avec une jeune militante, alors qu'ils s'apprêtent à tester une bombe artisanale dans un terrain vague. Ils sont même suspectés d'être à l'origine de la tentative d'attentat à la voiture piégée commise le même mois contre les douanes de Rennes (non lieu prononcé).

«Plus révoltés que révolutionnaires»

Mais les deux accusés ont réponse à tout. Ils ont participé aux manifs anti-G8 en Allemagne ? Non, ils y sont allés «après». Cette condamnation pour des violences sur policiers lors d'une manif anti-CPE ? «J'étais là par hasard. Je n'ai pas accepté d'être interpellé.» Il y a aussi ce silence gardé face aux enquêteurs, au juge d'instruction et aux experts. «C'est la signature de cette mouvance qui ne reconnaît pas la légitimité du système judiciaro-policier. Ils ont agi par conviction», assurait à l'époque une source proche du dossier. À l'audience, hier, les deux accusés ont pourtant longuement parlé de leur parcours. Randall V., fils d'un Américain, ancien pasteur évangéliste aujourd'hui prof dans une école de commerce, et d'une enseignante, évoque une «crise d'adolescence» qui l'a mené à s'élever «contre la morale et contre son milieu». Il a ensuite «perdu pied». Pour financer son autonomie, il s'est mis à voler et à vendre un peu de cannabis. Cette histoire de braquages ne serait, somme toute, qu'une affaire de jeunes paumés. «Il n'y a pas d'organisation derrière. Ce ne sont que des copains d'infortune, des jeunes qui sont mal et qui ont essayé de mauvaises choses», nous confiait, en mai 2009, la mère d'un des deux accusés. Les enquêteurs toulousains les ont présentés comme «de simples voyous plus révoltés que révolutionnaires». «Des Pieds Nickelés», pas de dangereux terroristes.

Leur presse (Hervé Chambonnière,
Le Télégramme), 21 octobre 2010.
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 4 Nov - 20:50

Citation :
La cour d'assises d'Ille-et-Vilaine a condamné, vendredi soir, Randall Valentine, défendu par Me Filion, à six ans de prison pour une série de braquages et une tentative d'enlèvement. Grégoire Minday, défendu par Me Thierry Lévy, a, lui, écopé de cinq ans de prison pour les mêmes faits. Il a été acquitté de la tentative d'enlèvement. Les deux hommes avaient
commis une série de braquages dans l'agglomération rennaise, fin octobre 2007

Le Telegramme.com

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 30 Nov - 13:58

Citation :
Tarnac, retour sur deux ans d'enquête

LEMONDE.FR | 11.11.10 | 11h03 • Mis à jour le 11.11.10 | 16h01


Le 11 novembre 2008, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l'intérieur, annonçait que des personnes suspectées de sabotages sur des voies de TGV avaient été arrêtés. Ils appartiendraient, selon ses services, à "l'ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome".

Depuis, les membres du "groupe de Tarnac" – du nom d'un village corrézien où ils vivaient – ont été remis en liberté. Mais l'enquête n'a pas été annulée, fin octobre par la cour d'appel de Paris comme le demandaient les avocats. La chambre d'instruction de la cour d'appel a validé la surveillance du domicile en août 2008 de Julien Coupat et le placement sur écoutes de l'épicerie, que la défense considérait comme "entachées d'irrégularités".

De nombreuses questions subsistent toutefois. La qualification terroriste se justifiait-elle ? Quelle est la valeur des témoignages recueillis ? Y a-t-il eu précipitation ou acharnement de la part de la justice ? Retour sur deux ans d'enquête.

Des sabotages sur les lignes TGV
Les 26 octobre et le 8 novembre 2008, plusieurs dégradations volontaires sur des caténaires en Moselle, dans l'Oise, en Seine-et-Marne et dans l'Yonne provoquent d'importantes perturbations sur les lignes de TGV. Ce sont pour ces cinq dégradations que les membres du "groupe de Tarnac" sont poursuivis.

A chaque fois, le mode opératoire est similaire. Afin de couper le courant sur le réseau ferré, des fers à bétons (des tiges métalliques utilisées dans le bâtiment), ont été transformés en crochets et attachés aux caténaires de manière à ce qu'il soit difficile de les retirer. Le premier train de la journée heurtait le crochet et arrachait fatalement la caténaire avec la vitesse.

Une série d'interpellations au sein de "l'ultra-gauche"
Tôt dans la matinée du 11 novembre, une vingtaine de personnes âgées d'une trentaine d'années et appartenant à "l'ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome" sont interpellées, notamment à Paris et à Tarnac, annonce la ministre de l'intérieur. Pour au moins deux d'entre elles, les enquêteurs affirment avoir acquis la certitude qu'elles se trouvaient à proximité des voies au moment des incidents.

Mme Alliot-Marie souligne que cette opération avait été rendue possible grâce "au travail de renseignement effectué depuis des mois sur cette mouvance par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), et aux investigations conduites sur ce groupe par la sous-direction anti-terroriste (SDAT)". La section antiterroriste du parquet de Paris avait été saisie de l'enquête la veille.

"Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes", expliquera Julien Coupat, présenté comme le "chef " du groupe, en mai 2009 dans un entretien au Monde auquel il a répondu par écrit depuis la prison parisienne de la Santé.

"Entreprise terroriste"
Le 15 novembre, au terme de 96 heures de garde à vue – comme l'autorise la loi en matière de lutte contre le terrorisme –, neuf personnes sont présentées au juge antiterroriste. Julien Coupat est mis en examen comme "dirigeant d'une structure à vocation terroriste", quatre autres pour "association de malfaiteurs à visée terroriste et dégradation en réunion sur des lignes ferroviaires dans une perspective d'action terroriste". Ces cinq personnes sont placées en détention provisoire. Les quatre autres repartent libres sous contrôle judiciaire.

On apprendra plus tard que le "groupe de Tarnac" faisait l'objet d'une surveillance particulière en raison de "discours très radicaux et de liens avec des groupes étrangers", comme le précise l'entourage de la ministre. Une enquête préliminaire avait même été ouverte par le parquet de Paris depuis avril.

Libération de trois des cinq suspects.
Le 2 décembre, Gabrielle H., Manon G. et Benjamin R. sont remis en liberté, sur décision de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris. "C'est un premier pas fondamental, et surtout un désaveu assez radical de la manière dont cette affaire a été présentée politiquement et médiatiquement", s'est félicitée Irène Terrel, l'avocate de quatre des cinq personnes incarcérées. Quelques jours plus tard, Benjamin R. livre un long témoignage à Libération, dans lequel il raconte son interpellation et ses interrogatoires. Il estime que l'opération venait surtout d'une "volonté de la police de diaboliser, de construire du coupable".

Le 19 décembre, le juge des libertés et de la détention ordonne la libération de Julien Coupat et de sa compagne, Yldune Lévy, leur incarcération n'étant pas "indispensable à la manifestation de la vérité". Le parquet interjette appel à cette décision, assorti d'un référé-détention à effet suspensif, qui permet de les garder en détention provisoire.

La cour d'appel de Paris ordonne le 16 janvier 2009 la libération d'Yldune Lévy contre la volonté du parquet. Julien Coupat reste en revanche en détention.

Mobilisation pour le "groupe de Tarnac
Alors que plusieurs demandes de libération de Julien Coupat sont rejetées, ses proches se mobilisent pour attirer l'attention sur son sort et dénoncer "l'acharnement" du système judiciaire à son égard. Le 16 mars, les huit autres mis en examen rédigent une tribune dans les colonnes du Monde dans laquelle ils demandent la libération de Julien Coupat et défendent leur mode de vie.

La plupart des neuf interpellés sont des étudiants brillants et surdiplômés. A Tarnac, petit village corrézien de 335 habitants, le groupe, décrit comme une bande de jeunes sympas et serviables, avait acheté une ferme de 40 hectares, où il élevait des animaux, et repris l'épicerie du hameau dans l'idée de vivre à l'écart de la société marchande.

Coupat libéré.
Le 28 mai 2009, Julien Coupat est finalement libéré. Le parquet a indiqué qu'il ne s'y opposait plus, estimant "en l'état du dossier" que la détention provisoire de M. Coupat ne se justifiait plus car "les auditions essentielles ont été faites, les perquisitions réalisées".

Anomalies dans l'enquête.
Le 2 novembre, les avocats des neuf de Tarnac demandent, dans une note adressée au juge au juge d'instruction Thierry Fragnoli, des explications sur les "anomalies" repérées dans l'enquête. Les doutes des avocats portent notamment sur "des éléments qui ne sont pas compatibles", comme les traces de pneus relevées à proximité de la voie sabotée, qui ne correspondent pas avec la voiture de Coupat. Les avocats pointent aussi le fait qu'aucun policier chargé de la surveillance n'a "déclaré avoir vu l'un [des membres du groupe] sortir du véhicule ou y entrer, ni avoir vu personne sur la voie ferrée".

Le 25 novembre, la demande des avocats est relayée par des députés de l'opposition. Lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale, ils mettent notamment en cause un témoignage "sous X..." à charge, qu'ils soupçonnent d'avoir été fabriqué. Le témoin, un agriculteur de 30 ans, a été auditionné deux fois. La première fois, sous X, il décrivait Coupat comme un "gourou de secte" lui prêtant des intentions violentes : "Il pourrait être un jour envisagé d'avoir à tuer car la vie humaine a une valeur inférieure au combat politique". Lors de la seconde audition, sous son identité, son discours est radicalement différent. A la question "les résidents de Tarnac vous ont-ils jamais fait part de projets violents ?", il répond : "Non, jamais." (Lire : Les dépositions très contradictoires d'un agriculteur, ex-témoin sous X..., en zone Abonnés).

Par ailleurs, une dixième personnes est interpellée dans le cadre de l'enquête.

Le contrôle judiciaire assoupli.
S'ils sont libres, les neuf mis en examen de Tarnac sont soumis à un strict contrôle judiciaire, qui leur défend de se rencontrer. "Imaginez que vous ayez le droit de voir qui vous voulez, sauf ceux que vous aimez, que vous puissiez habiter n'importe où, sauf chez vous, que vous puissiez parler librement, au téléphone ou devant des inconnus, mais que tout ce que vous dites puisse être, un jour ou l'autre, retenu contre vous", écrivent les dix de Tarnac dans une tribune publiée dans Le Monde du 4 décembre.

Le 18 décembre 2009, le contrôle judiciaire est allégé par la cour d'appel de Paris, contre l'avis du parquet. Elle a uniquement maintenu l'interdiction de "se recevoir, (se) rencontrer ou d'entrer en relation" entre elles.

Demande d'annulation.
En janvier 2010, les avocats des membres du groupe de Tarnac demandent l'annulation de toute la procédure devant la cour d'appel de Paris. Selon les avocats qui s'exprimaient sur Europe 1, les policiers auraient illégalement utilisé un système de vidéosurveillance. L'audience est fixée au 22 septembre ; la décision du tribunal à la fin octobre.

L'enquête validée.
Le 22 octobre, la cour d'appel de Paris a rejeté, vendredi 22 octobre, la demande d'annulation de l'enquête antiterroriste visant le "groupe de Tarnac". L'intégralité de l'enquête est validée par la cour d'appel de Paris. "Les observations réalisées sur le groupe (ont permis) d'avérer sa volonté d'agir de manière concertée et violente afin de porter atteinte à l'Etat, ses représentants et ses infrastructures", lit-on dans l'arrêt de la cour.

Me Jérémie Assous, un des avocats de Julien Coupat, a annonçé qu'il allait se pourvoir en cassation. Selon lui, "la police n'a eu de cesse dans ce dossier de violer les règles élémentaires du code de procédure pénale". Il ajoute que "ce n'est que le début du cauchemar pour l'accusation car il y a un très grand nombre d'actes et de requêtes en nullité qui vont être déposées."

http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid3357-c-p-special-investigation.html?progid=337494

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Dim 2 Jan - 17:36

Je ne sais pas où en est l'affaire mais des livres et documentaires sortent. A quand un film hollywoodien ?


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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Ven 14 Jan - 12:00

Citation :
Tarnac: 5 heures de reconstitution "pour rien"
Par LEXPRESS.fr avec AFP, publié le 14/01/2011 à 09:30, mis à jour à 09:50

Réclamée par Julien Coupat, la procédure devait faire la lumière sur certaines incohérences des PV de police. Mais son avocat dénonce un "simulacre de reconstitution".

"Une nuit blanche qui n'a pas apporté la lumière que nous espérions. Tout ça pour rien." C'est avec ces mots que l'avocat de Julien Coupat, Thierry Levy a décrit la reconstitution des dégradations commises sur la ligne TGV-Est à Dhuisy dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008.

Cette procédure était demandée par Julien Coupat, désigné comme responsable du "groupe de Tarnac" et Yildune Levy. Tous deux mis en examen dans cette affaire, ils contestent le compte-rendu de leur filature par la police cette nuit là.

"Ce n'était pas une reconstitution, c'était un simulacre de reconstitution"a déclaré Thierry Levy. Accusant les juges d'instruction, le juriste a déploré sur France Inter "l'absence des deux policiers qui ont exercé les filatures, et dont les rapports fourmillent d'incohérences".

"L'accusation s'effondre"

Pendant cinq heures, les déplacements supposés de Julien Coupat et sa compagne Yildune Levy, devaient être retracés, ainsi que leur filature par les policiers de la Sous-direction de la lutte antiterroriste (SDAT).

La défense des deux jeunes gens met en doute la vraisemblance de ce procès-verbal de filature, baptisé D104, considéré comme une pièce centrale du dossier? Selon eux, sans elle, toute l'accusation s'effondre.

Selon les enquêteurs, Julien Coupat et Yildune Levy se trouvaient en voiture sur la commune de Dhuisy cette nuit-là et se sont arrêtés à proximité de la ligne TGV-Est pendant une vingtaine de minutes vers 4 heures du matin.

Au passage du premier train à 5 heures du matin, une gerbe d'étincelles était observée et, plus tard dans la journée, la police ferroviaire établissait qu'un sabotage avait été organisé sur la ligne à partir d'un crochet constitué de morceaux de fers à béton.

Les enquêteurs ont plaidé "l'erreur matérielle"

Selon les avocats, les policiers chargés de la surveillance ne pouvaient être à Dhuisy à l'heure indiquée sur le PV, car cela impliquait qu'ils aient voyagé à plus de 160km/h pendant 10 minutes. Les enquêteurs ont plaidé "l'erreur matérielle" en raison de la nuit.

La défense conteste également la présence de la Mercedes de Julien Coupat à proximité de la voie ferrée, relevant des contradictions sur sa position entre différentes pièces du dossier.

Elle estime en outre qu'aucune preuve n'est apportée de la présence de Julien Coupat et de sa compagne dans la voiture à ce moment là.

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MessageSujet: Tarnac Coupat   Sam 15 Jan - 1:34








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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Fév - 19:16


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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Fév - 20:07

Citation :
Tarnac: la "fumisterie" de la reconstitution
Par Anne Vidalie, publié le 14/01/2011 à 14:02, mis à jour à 15:39

Réclamée par Julien Coupat, la procédure devait faire, jeudi dans la nuit, la lumière sur certaines incohérences des PV de police. La défense dénonce un "simulacre" de reconstitution.

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, une main invisible posait un fer à béton sur la caténaire d'une voie TGV, près de Dhuisy (Seine-et-Marne). Cette nuit-là, trois autres lignes à grande vitesse étaient l'objet de sabotages, qui entraînaient une quasi-paralysie du réseau ferroviaire. Depuis, dix militants d'extrême gauche ont été mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" dans cette affaire dite de Tarnac - du nom du village corrézien où le groupe avait ses quartiers.

Au coeur de ce dossier figurent les agissements de Julien Coupat, présenté comme le leader de la bande, et de son amie Yldune Lévy au cours de la fameuse nuit. Leurs allers et venues ont fait l'objet d'une reconstitution, qui s'est déroulée entre 2h30 et 7h30, le 14 janvier. Le récit de Me Jérémie Assous, l'un des avocats des mis en examens.

Me Thierry Lévy a qualifié la reconstitution de la nuit dernière de "simulacre". Partagez-vous son opinion?

Absolument. Nous avons assisté à une fumisterie. C'était grotesque! Des moyens humains et matériels considérables ont été déployés: des centaines de gendarmes, des routes départementales bloquées... Il y avait même un hélicoptère! Tout cela, non pour permettre l'administration d'une justice sereine, mais, au contraire, pour empêcher la manifestation de la vérité.

Que voulez-vous dire?

Les vingt policiers de la Sous-direction anti-terroriste et de la Direction centrale du renseignement intérieur qui disent avoir participé à la filature de Julien et d'Yldune, cette nuit-là, étaient absents! Ils étaient bien présents, en revanche, les 4 et 5 janvier, lors de la répétition générale organisée par les juges d'instruction. Les magistrats ont fait en sorte que les mis en examen ne soient pas confrontés à leurs accusateurs. Et que ces derniers ne soient pas placés face à leurs contradictions.

Quelles contradictions?

Cette pseudo reconstitution a permis de vérifier qu'une lampe frontale comme celle dont l'emballage a été retrouvé dans une poubelle, à Trilport, permet d'éclairer les caténaires à partir du sol. Mais elle peut aussi être vue à 800 mètres. Or, les policiers n'ont jamais indiqué avoir détecté la moindre source de lumière. Par ailleurs, avec le matériel d'intensification de lumière dont les policiers ont affirmé - tardivement - être équipés, il est possible d'identifier une personne qui se déplacerait aux abords de la voie de chemin de fer. Les enquêteurs auraient dû voir le saboteur poser le fer à béton.

Ensuite, nous avons pu établir qu'il faut 32 minutes pour faire le trajet entre Trilport et Dhuisy dans le meilleur des cas, c'est-à-dire avec gyrophare et sans respecter la signalisation routière. En 10 minutes, entre 3h50 et 4 heures, comme l'ont écrit les policiers dans leur compte-rendu de filature, c'est impossible! [NDLR: les enquêteurs ont évoqué une erreur de transcription qui aurait transformé un 3 en 5].

Quelle suite allez-vous donner à cette reconstitution?

Ce n'en était pas une! Les magistrats instructeurs, dans un premier, ont même refusé que nous, avocats, puissions formuler des observations qui figurent sur le procès verbal de cette mascarade. Il a fallu que nous menacions de partir pour avoir gain de cause. Ils ont également refusé de nous indiquer la position de onze des véhicules qui participaient à la filature. Nous allons donc déposer une demande de reconstitution digne de ce nom. Si les juges nous la refusent, ce sera la p


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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Fév - 20:19

Citation :
Le « Ninja », martyr de l’ultragauche ?
le 75020 .fr, journal web du 20eme arrondissement | Ecrit par gdarbord on jan 24th, 2011

Interpellé à la station de métro Gambetta, le « Ninja » de la manif’ contre la réforme des retraites du 16 octobre 2010 a écopé d’une peine de six mois de prison ferme pour dégradations et violences. Pour ses avocats, il est victime d’une traque à « l’ultragauche », ennemie de l’intérieur désignée depuis l’affaire du groupe de Tarnac.

Après la manifestation du 16 octobre 2010, une vidéo agite le web. La séquence a été filmée par l’agence de presse Reuters qui couvrait l’événement. On y voit un homme, le visage dissimulé sous une capuche, briser la vitre d’une banque avec un poteau en métal. Au même moment, un manifestant au visage découvert, Bertrand de Quatrebarbes, intervient pour l’en empêcher.

C’est alors qu’un autre homme au visage masqué intervient, et envoie un coup de pied sauté dans le dos Bertrand de Quatrebarbes pour l’éloigner du casseur. Cet homme, que le web surnomme rapidement le « Ninja », c’est Grégory Bedois.

Les médias, circonstance aggravante ?

La vidéo, consultée plus de 200 000 fois sur Youtube, a rapidement alimenté une rumeur sur le web, relayée par la presse et attisée par les déclarations de Jean-Luc Mélenchon et Bernard Thibault : le Ninja serait un « flic casseur ». Un policier infiltré parmi les manifestants pour les provoquer à déraper dans la violence. L’arrestation du Ninja devient une priorité pour la police dont l’honneur est remis en cause. Grégory Bedois est interpellé le 28 octobre 2010 par la brigade criminelle à la station de métro Gambetta.

« Le 6 décembre, il a été condamné pour dégradations de biens privés en réunion et de violences n’ayant entraîné aucune incapacité de travail », raconte Maître Devonec, l’un de ses deux avocats. Il écope de six mois de prison ferme, condamné avec « circonstances aggravantes pour avoir couvert son visage et refusé de donner son ADN ». Pourtant la séquence filmée par Reuters montre bien que Grégory Bedois ne casse rien et celui-ci a affirmé ne pas connaître le casseur lors de son procès.

Considéré comme un « anarchiste » par la Police, Grégory Bedois a fait les frais du buzz médiatique selon ses avocats. « Il n’aurait jamais dû écoper d’une peine ferme, vu ses antécédents », explique Me Devonec. Le portrait esquissé dans la presse à coups de fuites policières en a fait un homme dangereux, interpellé « à proximité d’un squat du XXe arrondissement » et qui posséderait des manuels d’Al Quaeda dans sa bibliothèque. Rumeurs démenties lors du procès. « Les journalistes ont joué au flic, et la médiatisation a alourdi la peine », estime Me Bedossa.

Interpellé à la station de métro Gambetta, le « Ninja » de la manif’ contre la réforme des retraites du 16 octobre 2010 a écopé d’une peine de six mois de prison ferme pour dégradations et violences. Pour ses avocats, il est victime d’une traque à « l’ultragauche », ennemie de l’intérieur désignée depuis l’affaire du groupe de Tarnac.

Après la manifestation du 16 octobre 2010, une vidéo agite le web. La séquence a été filmée par l’agence de presse Reuters qui couvrait l’événement. On y voit un homme, le visage dissimulé sous une capuche, briser la vitre d’une banque avec un poteau en métal. Au même moment, un manifestant au visage découvert, Bertrand de Quatrebarbes, intervient pour l’en empêcher.

C’est alors qu’un autre homme au visage masqué intervient, et envoie un coup de pied sauté dans le dos Bertrand de Quatrebarbes pour l’éloigner du casseur. Cet homme, que le web surnomme rapidement le « Ninja », c’est Grégory Bedois.

La vidéo, consultée plus de 200 000 fois sur Youtube, a rapidement alimenté une rumeur sur le web, relayée par la presse et attisée par les déclarations de Jean-Luc Mélenchon et Bernard Thibault : le Ninja serait un « flic casseur ». Un policier infiltré parmi les manifestants pour les provoquer à déraper dans la violence. L’arrestation du Ninja devient une priorité pour la police dont l’honneur est remis en cause. Grégory Bedois est interpellé le 28 octobre 2010 par la brigade criminelle à la station de métro Gambetta.

« Le 6 décembre, il a été condamné pour dégradations de biens privés en réunion et de violences n’ayant entraîné aucune incapacité de travail », raconte Maître Devonec, l’un de ses deux avocats. Il écope de six mois de prison ferme, condamné avec « circonstances aggravantes pour avoir couvert son visage et refusé de donner son ADN ». Pourtant la séquence filmée par Reuters montre bien que Grégory Bedois ne casse rien et celui-ci a affirmé ne pas connaître le casseur lors de son procès.

Considéré comme un « anarchiste » par la Police, Grégory Bedois a fait les frais du buzz médiatique selon ses avocats. « Il n’aurait jamais dû écoper d’une peine ferme, vu ses antécédents », explique Me Devonec. Le portrait esquissé dans la presse à coups de fuites policières en a fait un homme dangereux, interpellé « à proximité d’un squat du XXe arrondissement » et qui posséderait des manuels d’Al Quaeda dans sa bibliothèque. Rumeurs démenties lors du procès. « Les journalistes ont joué au flic, et la médiatisation a alourdi la peine », estime Me Bedossa.
Pour les militants de la CNT, installée rue des Vignoles dans le 20e arrondissement, on s’inquiète des amalgames entre "ultragauche" et terrorisme. Photo : A. Azadé

Rue des Vignoles, on s’inquiète

À la Confédération nationale des travailleurs (CNT), le syndicat « révolutionnaire et anarcho-syndicaliste », on s’inquiète des amalgames entre « ultragauche » et terrorisme.

« Il n’y a qu’à voir comment le JT de Direct 8 a parlé de la CNT après la manifestation du 16 octobre. Ils ont fait un amalgame entre anarchiste, violence et terrorisme », résume Bruno Carrié, secrétaire adjoint de la section santé-sociale de la CNT. « Les médias discréditent notre mouvement. »

« À la fin de la manifestation pour les retraites du 16 octobre, le cortège de la CNT s’est dirigé vers le MEDEF. Mais les flics ont barré la route, alors même que la manifestation avait été déclarée. Ils étaient en sous-effectif. Au final, 5 000 personnes nous ont rejoint, des militants isolés de la CGT, mais également Sud-Rail et Sud-Education. »

Pour Bruno Carrié, « l’objectif de la police était de provoquer une réponse violente pour montrer que la violence vient de l’ultragauche. Nous appelons à l’action directe sur les lieux de travail. Aucun rapport avec Action directe, qui tuait les gens de pouvoir ».
L’ultragauche, cible n°1 de la police ?

« Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, les autonomes ont été baptisés ultragauche », explique Me Bedossa. Selon l’avocate, le gouvernement applique « la théorie de l’ennemi de l’intérieur » incarné par « une gauche violente et dangereuse montée de toutes pièces, pour faire peur à l’opinion publique. Un amalgame entre anarchie et terrorisme ». En 2008, le terme d’« ultragauche » fait la Une de Libération après les déclarations de la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie dans l’affaire du groupe de Tarnac. L’« ultragauche » sur le devant de la scène.

Pour mieux traquer ces autonomes, la Police a récemment transformé sa brigade de sécurisation créée en 2006. Basée en Seine-Saint-Denis et dans la région de Marseillle pour lutter contre les vols à l’arrachée, elle a peu à peu changé de vocation, pour surveiller de près les groupuscules de gauche. « Ces brigadiers sont jeunes et se fondent facilement dans une foule. Ils repèrent de possibles casseurs et les suivent jusqu’à la fin d’une manifestation. Et lorsque le cortège se disperse, ils sont interpellés », raconte Hugo Hayat, journaliste et réalisateur d’un documentaire sur cette brigade. « Au départ, la technique de la brigade de sécurisation est louable. Mais avec le temps, elle s’apparente à une guerre préventive », conclut-il.

Mais comment un policier repère-t-il un casseur au milieu des manifestants ? « Nous sommes des physionomistes, et nos agents ont de l’expérience », assure Laurent Simonin, commissionnaire divisionnaire à la Préfecture de police de Paris. « Lors de grandes manifestations, cinq sections sont mobilisées : les renseignements généraux, les brigades de sécurisation et judiciaire, les CRS et les policiers en civils », poursuit-il.

Grégory Bedois, lui, a bénéficié d’un traitement spécial : il a été interpellé par la brigade criminelle. Quant à l’homme qui brisait la vitrine de la banque, il n’a pas été poursuivi. « Vous savez, on ne peut pas arrêter tout le monde dans une manifestation. Et si c’est la brigade criminelle qui l’a arrêté, c’est parce que c’est la première à l’avoir repérée », se justifie Laurent Simonin.

Mais Grégory Bedois est un cas parmi d’autres dans une « ultragauche » mise sous surveillance. « On repère les autonomes au fur et à mesure des manifestations, grâce à nos hommes et à la vidéosurveillance », explique Bernard Elbaz, secrétaire régional de la Syndicat général de la Police-Force Ouvrière (SGP-FO).
En 2011, plus de vidéosurveillance et de policiers en civils

La police prévoit d’être encore plus efficace dans les manifestations qui ne manqueront pas en 2011. « Avec les caméras que l’on ajoutera dans les rues de Paris, nos agents travailleront sur l’image instantanée, ce qui améliorera les enquêtes judiciaires. D’autre part, davantage de policiers en civils seront mobilisés pour des interpellations mieux ciblées. » Après deux bavures au flashball à Montreuil, dont la dernière a grièvement blessé à l’œil un lycéen le 14 octobre 2010, l’utilisation de l’arme par les policiers de Paris et de la petite couronne a été suspendue. Mais certaines « bonnes vieilles méthodes » resteront, comme l’utilisation du gaz lacrymogène « très efficace pour pénétrer dans un groupe », justifie Bernard Elbaz.

Les prochaines grandes manifestations s’annoncent encore plus qu’auparavant comme un piège à « ultragauchistes ». 2011, une année remplie de cas Bedois ? « Ce qui est sûr, affirme Me Bedossa, c’est qu’il a été arrêté pour ses convictions. »

Annabelle Azadé

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Fév - 20:27

Citation :
Valéry Rasplus : En 1987 vous avez étudié les rapports entre les médias et le terrorisme. A l'aune de cette expérience, comment analysez-vous ce qui a été nommé « l'affaire de Tarnac » où Julien Coupat et huit autres personnes ont été mis en examen pour « direction d'une association de malfaiteurs et dégradations en relation avec une entreprise terroriste »?

Michel Wieviorka : C'est un cas de figure exemplaire ! Apparemment, le pouvoir politique voulait un coupable, et a livré sans preuve aux médias la piste de Julien Coupat et ses amis. En matière de terrorisme, une sorte d'adage se vérifie souvent : « ceux qui parlent ne savent pas, et ceux qui savent ne parlent pas ». En tous cas, on ne sait avec quelque certitude que lorsque le dossier aboutit devant la justice, et que celle-ci le traite vraiment. Par ailleurs, cette fixation sur une « ultra-gauche » libertaire passe à côté des grands dossiers du terrorisme contemporain, qui, pour la France, est global et avant tout islamique. On se serait cru aux beaux jours du début des années 70, quand Raymond Marcellin déployait toute son énergie contre le gauchisme.

http://valery-rasplus.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/02/01/10-questions-a-michel-wieviorka.html

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Fév - 20:38

Citation :
Le 4 novembre dernier, Brice Hortefeux rappelait ce qui constitue selon lui les trois principales menaces terroristes en France : l'ETA, l'islamisme radical et l'ultragauche. Depuis 2007, cette dernière est devenu une cible privilégiée de la police antiterroriste.

Au-delà de la très médiatique « affaire de Tarnac », les militants autonomes ou libertaires sont de plus en plus confrontés à cette procédure exceptionnelle.

Gants de vélo, machine à expulser et prélèvements ADN : dans une enquête publiée par Les Inrockuptibles la semaine dernière, Camille Polloni revient sur l'établissement progressif d'une dérive policière.

Rue89


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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Fév - 20:47

Citation :

L'ultragauche, nouvelle menace pour la police antiterroriste?

Pour un fumigène dans une manifestation ou des autocollants anticapitalistes sur un distributeur de billets, la police mobilise désormais les moyens de l’antiterrorisme. Enquête sur une dérive policière.

D'où viendra la prochaine bombe ? Le 4 novembre, devant les caméras de France 2, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux détaille les trois formes de terrorisme qui menacent la France. Le ministre cite l'organisation séparatiste basque ETA puis "ceux qui viennent de l'ultragauche. Regardez ce qui s'est passé à Athènes avec le colis (piégé) destiné au président de la République". Il clôt la liste avec "l'islamisme radical, une menace forte".

Des anarchistes grecs ont en effet tenté d'envoyer des colis explosifs à Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Silvio Berlusconi. Mais ces bombes d'ultragauche sont loin : à 2 098 kilomètres de chez nous. Quand il parle d'ultragauche, Brice Hortefeux désigne ce mélange d'anarchistes, d'autonomes, d'antifascistes et de libertaires, parfois rassemblés en France dans des manifestations contre les prisons, contre les centres de rétention de sans-papiers ou pour la libération des prisonniers d'Action directe. Autrefois marginalité tolérée, désormais préoccupation majeure du ministère de l'Intérieur, comment cette ultragauche française s'est-elle retrouvée associée au terrorisme ?

Une dépanneuse, cinq ADN

Tout commence le 2 mai 2007 avec un engin incendiaire. Sous une dépanneuse de police garée devant le commissariat de la rue de Clignancourt à Paris, les policiers découvrent un sac en plastique contenant des bouteilles de liquide incendiaire et un dispositif de mise à feu. Ils recueillent cinq traces ADN. La police antiterroriste mène l'enquête.

En janvier 2008, des douaniers contrôlent la voiture d'un couple au péage de Vierzon, dans le Cher. Dans leur coffre, ils trouvent un plan de l'établissement pénitentiaire pour mineurs de Porcheville, du chlorate de soude et de la documentation sur la fabrication des explosifs. Après quatre-vingt seize heures de garde à vue sous le régime de l'antiterrorisme, Inès M. et Franck F. se retrouvent à Fleury-Mérogis et subissent le traitement réservé aux "détenus particulièrement surveillés".

L'ADN d'Inès correspond à l'un de ceux relevés sous la dépanneuse de police. Proches de la mouvance anarchiste des autonomes, ces partisans d'une insurrection permanente contre l'Etat, les partis et les syndicats, ces insurgés sans organisation qui cassaient du flic dans les manifestations des années 1970-1980, Inès et Franck deviennent les premières figures d'ultragauche mises en examen pour terrorisme depuis les lois de 1986. Peu médiatisée malgré la constitution de comités de soutien et une large couverture dans les organes militants, l'affaire échappe au grand public. Inès reste un an en détention provisoire, Franck quatre mois. En attendant une décision du magistrat, la justice les remet finalement en liberté sous contrôle judiciaire.

Le spectre d’Action directe

A l’époque de l’arrestation d’Inès et Franck, trois hommes en route pour une manifestation contre les centres de rétention sont interpellés à Fontenay-sous- Bois. Ils transportent des ingrédients pour fabriquer un fumigène : un mélange non explosif de sucre, de farine et de chlorate de soude. Les policiers trouvent aussi quelques clous. Ils en concluent que les trois hommes possèdent de quoi confectionner une “bombe à clous”. Les analyses chimiques contrediront cette hypothèse. Mais l’ADN de deux d’entre eux correspond à ceux de la dépanneuse.

Ces trois dossiers, ainsi qu’une tentative d’incendie dans un entrepôt de la SNCF perpétrée par le frère d’Inès (dont l’ADN a aussi été retrouvé sur la dépanneuse) pendant le mouvement anti-CPE de mars et avril 2006, figurent aujourd’hui sur le bureau du juge antiterroriste Edmond Brunaud, qui n’a pas terminé son enquête.

Les mis en examen, hostiles à la classification policière de terrorisme et à ce qu’ils appellent “les journaflics”, refusent de s’exprimer autrement que par des lettres publiées dans leurs propres journaux et sites internet. On peut y lire le récit de leur vie en prison, le déroulement des interrogatoires ou leur dénonciation de l’état de la société française.

Quand la ministre de l’Intérieur, alors Michèle Alliot-Marie, découvre ces trois affaires début 2008, elle ordonne aux policiers des services de renseignement de surveiller de très près l’ultragauche. Le 10 février, elle déclare sur RTL et LCI “craindre” en France le “terrorisme d’extrême gauche” qui viendrait s’ajouter, selon elle, aux risques terroristes “d’Al-Qaeda, d’ETA ou de Corse”.

En juin, un rapport de la Direction centrale des renseignements généraux, intitulé “Du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau préterroriste international : regards sur l’ultragauche française et européenne” recense toutes les actions attribuées à “la mouvance anarcho-autonome”. Il avance une formule qui va influencer la pensée de Michèle Alliot-Marie :

“Les faits et comportements observés sur notre territoire sont similaires à ceux recensés à la fin des années 1970 qui avaient été précurseurs de la constitution du groupe Action directe.”

La comparaison avec Action directe va dès lors imprégner les discours de la ministre. On la retrouvera aussi sous la plume des policiers dans les dossiers en instruction.

Arrive l’affaire de Tarnac. Dix occupants d’une ferme autogérée en Corrèze sont soupçonnés, en octobre et novembre 2008, d’avoir entravé la circulation des TGV en s’attaquant à leur alimentation électrique. Avant même l’audition des suspects, Michèle Alliot-Marie convoque la presse au ministère. Elle explique que “des personnes ont été vues dans des lieux proches des lieux de sabotage, à des heures pouvant correspondre” et que la police dispose de “suffisamment d’éléments réunis pour procéder à cette opération”.

Depuis, les avocats des mis en examen ont révélé les nombreuses incohérences de l’enquête policière : erreurs, entre autres, dans le relevé des horaires et des traces de pas. Les ultragauchistes de Tarnac s’éloignent chaque jour davantage de l’image terroriste qu’on a voulu leur attribuer.

De la colle dans la machine à expulser

Dernière affaire en date : fin 2009, des distributeurs automatiques de billets sont fracassés au marteau, détériorés par de l’acide ou de la colle, ou recouverts d’autocollants. C’est l’oeuvre des autonomes, ces rebelles que l’on croyait disparus ou embourgeoisés dans des squats d’artistes. Depuis 2007, une nouvelle génération de 20 à 30 ans a repris le combat contre la politique d’expulsion des sans-papiers. Ils veulent briser la cohérence de ce qu’ils appellent “la machine à expulser” : l’alliance entre ceux qui profitent des reconduites des étrangers à la frontière.

L’Etat, bien sûr, mais aussi les architectes et les constructeurs de prisons (Bouygues, Eiffage), les compagnies de transport qui participent aux expulsions (Air France, Carlson Wagonlit), les banques qui dénoncent des sans-papiers à la police (La Poste, BNP, LCL) et les associations qui encadrent la rétention, comme la Croix-Rouge française. Ces militants ont mené des dizaines d’opérations ciblées en région parisienne, à Lille, à Rennes, au moment du procès des “révoltés de Vincennes”, ces sans-papiers accusés d’incendie volontaire lors d’une mutinerie dans un centre de rétention administrative en juin 2008.

La nuit du 4 décembre 2009, donc, des petits groupes d’autonomes s’attaquent à une soixantaine de distributeurs de billets de La Poste et de la BNP dans des arrondissements de l’Est parisien. Obstrués ou cassés, les automates sont recouverts d’autocollants : “Hors service. Cette banque balance des sans-papiers aux flics. Sabotons la machine à expulser. Liberté pour toutes et tous”. Quelques jours plus tard, c’est le tour de vingt-sept autres distributeurs de La Poste, du Crédit lyonnais, de la Société générale et du CIC.

On est loin des attentats de l’ETA ou d’Al-Qaeda mais la police prend les choses au sérieux. Le parquet de Paris envoie la brigade criminelle. En février, à six heures du matin, celle-ci arrête à leur domicile cinq personnes appartenant à la mouvance anarcho-autonome et saisit des bombes de peinture. La justice met les suspects en examen pour “dégradations graves en réunion, dégradations de biens par des substances explosives ou incendiaires et refus de prélèvement ADN”.

Sur ces mises en examen et sur ce que recouvre le terme de substances explosives, le parquet de Paris ne nous donnera aucune information. Nous apprendrons seulement le nombre d’enquêtes préliminaires ouvertes pour des actions attribuées à la mouvance anarcho-autonome entre février et mai 2010 : douze au total pour des dégradations au marteau ou à la peinture contre La Poste, Air France, Carlson Wagonlit, LCL, BNP et la Croix-Rouge.

Sur le site du Réseau éducation sans frontières (RESF), l’une des personnes interpellées pour ces dégradations a rédigé un témoignage. Elle se bat contre les expulsions d’enfants étrangers. La brigade criminelle l’a arrêtée parce que son numéro de téléphone figurait dans les listes d’appels d’autres suspects. Elle s’est très vite retrouvée hors de cause. Le récit de son arrestation donne un aperçu de l’enquête en cours.

“Les policiers m’ont dit qu’ils cherchaient des bombes de peinture. Ils m’ont parlé de destruction de distributeurs automatiques de billets. (…) Ils m’ont parlé de ‘mes engagements politiques de gauche’. (…) Ils ont cherché de la littérature subversive. Ils ont pris en photo des livres (le dernier publié par RESF, La Désobéissance civile (…). Ils ont fouillé partout (…)”.

La routine… Mais l’affaire, d’apparence ordinaire, va s’emballer. La police se met à enquêter sur les casseurs d’ultragauche, qui manient le marteau et la bombe de peinture, comme sur des poseurs de bombes tout court.

ADN et perquisition

Plusieurs magistrats et policiers nous l’ont confirmé : ce sont aujourd’hui des enquêteurs de la section antiterroriste (SAT) de la brigade criminelle qui travaillent sur les dégradations de distributeurs, les collages d’affiches et les occupations d’agences commerciales par des autonomes. Pour trouver les auteurs de ces dégradations, ils s’appuient sur environ deux cents photos de militants identifiés comme anarcho-autonomes par les services de renseignement (DCRI ; DRPP : Direction du renseignement de la préfecture de police) en région parisienne.

Beaucoup de ces clichés proviennent des manifs de soutien aux mis en examen des affaires de Tarnac et de la dépanneuse. Les policiers les comparent aux visages filmés par les caméras de surveillance lors des dégradations. Quand ils arrêtent un suspect, ils prennent son ADN et le comparent à ceux relevés sur les distributeurs de billets abîmés. Le vandale présumé refuse souvent le prélèvement. Les policiers mènent alors une perquisition à son domicile et collectent sans son consentement de l’ADN sur ses vêtements, son oreiller ou sa brosse à cheveux.

Me Adrien Devonec, avocat à Paris, défend l’un des interpellés de février : un jeune homme soupçonné d’avoir guetté pendant que d’autres militants taguaient les murs d’une banque et injectaient de la colle dans les distributeurs. Il dénonce la tendance qu’ont les enquêteurs à interpeller au hasard dans la mouvance autonome dans l’espoir de résoudre ainsi leurs affaires.

Sa consoeur Laurence Bedossa, conseil de plusieurs jeunes autonomes, parle de “harcèlement policier” : “Depuis deux ans, on les arrête sans cesse. Ils font des gardes à vue de quarante-huit heures sans aucune poursuite à l’arrivée. Je leur dis de prendre garde : le pire serait que l’un d’entre eux pète les plombs, qu’il commette un geste violent qui justifierait ce discours qui les présente comme des terroristes.”

Dans l'un des dossiers qu'elle défend, une occupation éclair d'agences Bouygues et SNCF en mars 2010, les policiers ont même mobilisé les grands moyens de l'investigation. Pour retrouver qui a fait un collage sauvage d'affiches à l'intérieur des locaux, ils ont relevé des empreintes digitales, mais aussi filé plusieurs suspects et demandé à la police scientifique d'expertiser la colle utilisée... Si des militants d'ultragauche sont pourchassés par la police antiterroriste pour une simple dégradation de distributeurs de billets, seront-ils demain jugés pour terrorisme ? Au parquet de Paris, le bureau du procureur nous assure que "dans cette affaire, aucun élément n'est susceptible d'entraîner un classement en antiterrorisme".

Marc Trévidic, l'un des huit juges du pôle antiterroriste, considère que la section antiterroriste a d'autres chats à fouetter que d'enquêter sur l'ultragauche. Il ne cache pas son agacement. "Pour l'instant, je ne vois pas du tout où est cette menace terroriste d'ultragauche. Il faudra définir ce que c'est et nous expliquer qui est mort..." Ce juge instruit de lourds dossiers comme celui sur l'enlèvement et la décapitation des moines de Tibhirine ou l'attentat anti-Français de Karachi en 2002. Il sait que les enquêtes sur les poseurs de bombes qui tuent des gens ont besoin du meilleur des savoir-faire policiers.

"Si la section antiterroriste (de la brigade criminelle - ndlr) s'occupe des atteintes aux biens, elle a moins de temps pour s'occuper du reste et les enquêtes plus sérieuses attendent." Sollicités sur cette question par Les Inrocks, le parquet de Paris et le ministère de la Justice ont expliqué qu'" ils n'avaient pas à justifier le choix des enquêteurs".

Autre signe que la distinction entre l'atteinte aux biens et le terrorisme est en train de s'effacer : la rédaction il y a plus de deux ans d'un texte officiel qui propose d'élargir le champ des poursuites en matière de terrorisme. Il s'agit de la circulaire Dati, alors ministre de la Justice, du 13 juin 2008. Elle traite d'" une résurgence de faits en lien avec la mouvance anarcho-autonome" et de violences commises "à l'occasion de manifestations de soutien à des prisonniers ou des étrangers en situation irrégulière". Cette circulaire demande aux parquets locaux confrontés à ces faits et à ces violences "d'informer dans les plus brefs délais la section antiterroriste du parquet de Paris". L'objectif est sans équivoque : "...pour apprécier de manière concertée l'opportunité d'un dessaisissement à son profit".

ADN et perquisition

Plusieurs magistrats et policiers nous l’ont confirmé : ce sont aujourd’hui des enquêteurs de la section antiterroriste (SAT) de la brigade criminelle qui travaillent sur les dégradations de distributeurs, les collages d’affiches et les occupations d’agences commerciales par des autonomes. Pour trouver les auteurs de ces dégradations, ils s’appuient sur environ deux cents photos de militants identifiés comme anarcho-autonomes par les services de renseignement (DCRI ; DRPP : Direction du renseignement de la préfecture de police) en région parisienne.

Beaucoup de ces clichés proviennent des manifs de soutien aux mis en examen des affaires de Tarnac et de la dépanneuse. Les policiers les comparent aux visages filmés par les caméras de surveillance lors des dégradations. Quand ils arrêtent un suspect, ils prennent son ADN et le comparent à ceux relevés sur les distributeurs de billets abîmés. Le vandale présumé refuse souvent le prélèvement. Les policiers mènent alors une perquisition à son domicile et collectent sans son consentement de l’ADN sur ses vêtements, son oreiller ou sa brosse à cheveux.

Me Adrien Devonec, avocat à Paris, défend l’un des interpellés de février : un jeune homme soupçonné d’avoir guetté pendant que d’autres militants taguaient les murs d’une banque et injectaient de la colle dans les distributeurs. Il dénonce la tendance qu’ont les enquêteurs à interpeller au hasard dans la mouvance autonome dans l’espoir de résoudre ainsi leurs affaires.

Sa consoeur Laurence Bedossa, conseil de plusieurs jeunes autonomes, parle de “harcèlement policier” : “Depuis deux ans, on les arrête sans cesse. Ils font des gardes à vue de quarante-huit heures sans aucune poursuite à l’arrivée. Je leur dis de prendre garde : le pire serait que l’un d’entre eux pète les plombs, qu’il commette un geste violent qui justifierait ce discours qui les présente comme des terroristes.”

Dans l'un des dossiers qu'elle défend, une occupation éclair d'agences Bouygues et SNCF en mars 2010, les policiers ont même mobilisé les grands moyens de l'investigation. Pour retrouver qui a fait un collage sauvage d'affiches à l'intérieur des locaux, ils ont relevé des empreintes digitales, mais aussi filé plusieurs suspects et demandé à la police scientifique d'expertiser la colle utilisée... Si des militants d'ultragauche sont pourchassés par la police antiterroriste pour une simple dégradation de distributeurs de billets, seront-ils demain jugés pour terrorisme ? Au parquet de Paris, le bureau du procureur nous assure que "dans cette affaire, aucun élément n'est susceptible d'entraîner un classement en antiterrorisme".

Marc Trévidic, l'un des huit juges du pôle antiterroriste, considère que la section antiterroriste a d'autres chats à fouetter que d'enquêter sur l'ultragauche. Il ne cache pas son agacement. "Pour l'instant, je ne vois pas du tout où est cette menace terroriste d'ultragauche. Il faudra définir ce que c'est et nous expliquer qui est mort..." Ce juge instruit de lourds dossiers comme celui sur l'enlèvement et la décapitation des moines de Tibhirine ou l'attentat anti-Français de Karachi en 2002. Il sait que les enquêtes sur les poseurs de bombes qui tuent des gens ont besoin du meilleur des savoir-faire policiers.

"Si la section antiterroriste (de la brigade criminelle - ndlr) s'occupe des atteintes aux biens, elle a moins de temps pour s'occuper du reste et les enquêtes plus sérieuses attendent." Sollicités sur cette question par Les Inrocks, le parquet de Paris et le ministère de la Justice ont expliqué qu'" ils n'avaient pas à justifier le choix des enquêteurs".

Autre signe que la distinction entre l'atteinte aux biens et le terrorisme est en train de s'effacer : la rédaction il y a plus de deux ans d'un texte officiel qui propose d'élargir le champ des poursuites en matière de terrorisme. Il s'agit de la circulaire Dati, alors ministre de la Justice, du 13 juin 2008. Elle traite d'" une résurgence de faits en lien avec la mouvance anarcho-autonome" et de violences commises "à l'occasion de manifestations de soutien à des prisonniers ou des étrangers en situation irrégulière". Cette circulaire demande aux parquets locaux confrontés à ces faits et à ces violences "d'informer dans les plus brefs délais la section antiterroriste du parquet de Paris". L'objectif est sans équivoque : "...pour apprécier de manière concertée l'opportunité d'un dessaisissement à son profit".

Des gants de vélo suspects

Depuis deux ans que cette circulaire existe, le comportement des policiers a changé. A Paris, on les a vus agir curieusement en face d’objets (des gants de vélo) ou de comportements (un manifestant habillé tout en noir) considérés jusqu’à présent comme ordinaires.

Exemple le 8 novembre 2009, à Paris. Xavier1, cadre de 30 ans, se définit comme un “militant antifasciste”. Il rejoint à pied une manifestation pour les droits des familles de prisonniers, la deuxième après celle de Poitiers, en octobre, où des manifestants ont démoli des vitrines et des Abribus. Il se dirige vers le cortège avec une dizaine de manifestants. “Nous marchions vraiment détendus, avec un drapeau visible, des tracts, des revues à la main et dans un sac… On ne ressemblait vraiment pas à un black-bloc (ces groupes autonomes qui commettent des violences volontaires dans les manifestations – ndlr) !”

Rue du Faubourg-Saint-Antoine, quatre voitures de police barrent la route aux marcheurs. Une douzaine de policiers de la BAC en descendent. “Ils nous encerclent, nous plaquent contre un mur et nous mettent en joue au niveau de la tête avec leur flash-ball. Nous nous laissons fouiller. L’un d’entre nous avait des gants de vélo légèrement renforcés. Les flics voulaient lui faire avouer que c’était pour se battre.”

Une estafette embarque tout le monde au commissariat de la place Gambetta. “Ils nous ont mis dans la même cellule, la porte ouverte. Les flics de la BAC gardaient l’entrée et nous mettaient la pression : ‘C’est à cause de vous que le FN est si fort en France’ ; ‘Alors, tu voulais casser du keuf ?’ Un policier plaquait son flash-ball contre sa poitrine et le chargeait en nous fixant. On aurait dit qu’ils voulaient nous pousser à l’outrage. A un moment, le commissaire a débarqué. Il a jeté un oeil dans la cellule et à la table sur laquelle les policiers de la BAC avaient posé le résultat de leur fouille : tracts, revues, gants de vélo, casquette à pointes et un drapeau. Il a lancé : ‘C’est tout ce que vous m’avez trouvé ? Alors vous vous en occupez, je ne veux pas en entendre parler.”

Après plus de cinq heures en cellule sans être placés en garde à vue et plusieurs vérifications d’identité, les policiers relâchent les manifestants sans être l’objet de poursuites.

Renaud*, serveur de 37 ans, est interpellé à Paris le 29 mai 2010, une heure avant une manifestation non déclarée pour la liberté de circulation et contre les reconduites aux frontières. Habillé entièrement en noir mais le visage découvert, il discute avec quatre personnes sur la place de la République. Des policiers le contrôlent et fouillent son sac à dos, dans lequel ils trouvent des tracts "Non aux expulsions" et une petite bombe lacrymogène de 50 millilitres.

Renaud fait sept heures de garde à vue, donne ses empreintes et se laisse photographier mais refuse le prélèvement ADN. Jugé trois mois plus tard pour "attroupement armé", il ressort libre du tribunal : les policiers n'avaient le droit ni de fouiller son sac, ce qui s'apparente à une perquisition, ni de lui demander son ADN pour les faits reprochés. Lors des débats, on a entendu la consigne de la préfecture aux policiers, qui explique l'arrestation de Renaud : interpeller les personnes "dont l'apparence et le comportement laissent supposer l'appartenance à un groupe à risque de la mouvance anarchiste".

On reconnaît la préoccupation de la circulaire Dati. Depuis deux ans qu'elle existe, des violences d'ultragauche en manifestation ont-elles été signalées à la section antiterroriste du parquet ? "Il y a des éléments qu'on n'a pas envie de divulguer dans la presse", nous répond une chargée de communication du parquet de Paris. Au ministère de la Justice, même réponse : "Nous n'avons pas vocation à nous substituer au parquet de Paris s'il ne souhaite pas communiquer là-dessus", explique un conseiller.

Six mois à Fleury-Mérogis

La menace terroriste d'ultragauche définie par Brice Hortefeux est aujourd'hui cernée. Il existe une police antiterroriste pour traquer les saboteurs de "la machine à expulser" ; une section antiterroriste du parquet prête à statuer sur des violences commises en manifestation ; et, pour soutenir l'ensemble, une circulaire antiterroriste taillée pour la contestation d'ultragauche. Il ne manque qu'une chose, ainsi que le suggérait le juge Trévidic : des terroristes. Du moins, ceux qui méritent d'être comparés à ETA, Al-Qaeda, ou bien aux anarchistes grecs qui fabriquent des colis piégés.

Me Laurence Bedossa, l'avocate, soupçonne "une volonté d'instaurer un climat de peur et de pousser à la faute". Elle raconte l'audition d'un suspect dans l'affaire de la dépanneuse. Au juge qui demande à cette dernière "ce qu'elle pense de la société", le jeune homme répond : " Je m'oppose au fait que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres." "Donc vous êtes anarchiste ?", veut-on lui faire avouer. Me Bedossa s'étonne : "Aujourd'hui, être anarchiste supposerait la violence contre des personnes et se réduirait à cela. Dans les années 1970, on leur aurait foutu la paix. Aujourd'hui, on les considère comme des terroristes en puissance alors que ce sont des personnes éduquées, souvent diplômées, qui ne se reconnaissent ni dans le Parti socialiste, ni dans Olivier Besancenot."

Me Adrien Devonec défend un trentenaire condamné à de la prison ferme. Il manifestait contre la réforme des retraites, avait donné un coup de pied à un passant qui empêchait un casseur de s'en prendre à une banque. Son avocat s'interroge sur l'utilité d'envoyer en prison un ultragauchiste qui a donné un coup pendant une manifestation : "Rester six mois à Fleury-Mérogis, est-ce que ça va le calmer ou l'énerver ?"

Dans l'Est de la France, Nicolas, militant libertaire d'ultragauche très impliqué dans la lutte contre les expulsions, s'inquiète d'un durcissement de l'Etat contre les opposants aux expulsions des étrangers. Il voit en retour des sympathisants d'ultragauche de plus en plus tentés de mordre le mollet de "la machine à expulser". "La répression entraîne son contrecoup. Des comités se montent. Les militants les plus convaincus sont prêts à se sacrifier davantage aujourd'hui qu'il y a six mois. Je vois la rébellion qui gagne de nouvelles couches de la population."

Si cela vient à se vérifier, les policiers antiterroristes n'ont peut-être pas fini de se battre contre des feux de poubelles.

Camille Polloni

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Dim 20 Fév - 1:36

Citation :
[INFO OBS] Affaire de Tarnac : les tubes qui accusent Coupat

Nouvelobs.com révèle les éléments matériels compromettants qui viennent d’être mis à jour par l'enquête sur les sabotages des lignes TGV.

Deux tubes en PVC, repêchés dans la Marne, à une vingtaine de kilomètres de l’endroit où avait été sabotée une ligne TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 : deux ans et demi après le début de l’enquête sur les sabotages des lignes ferroviaires, les policiers de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) tiennent enfin une piste matérielle qui met en cause les principaux suspects de l’affaire, les militants d’ultra-gauche du groupe de Tarnac. De quoi sauver in extremis une instruction jusqu'alors mal engagée.

Selon les informations de Nouvelobs.com, deux tubes, longs chacun de deux mètres et de cinq centimètres de diamètre, ont été retrouvés en février 2010 au fond de la Marne par les plongeurs de la Brigade fluviale. Ils gisaient à l'aplomb du pont de la Marne, coincés dans des roches, sur la commune de Trilport (77), à l’endroit même où Julien Coupat et son amie Yildune Lévy, suivis par la police, avaient fait une pause en voiture vers 4h45 du matin, 25 minutes après avoir quitté la ligne TGV de Dhuisy (77), où sera retrouvé un crochet saboteur.

Interrogés sur leur halte sur ce chemin de halage par le juge d'instruction Thierry Fragnoli, les deux jeunes gens s'étaient montrés évasifs. Julien Coupat avait dit n'avoir aucun souvenir alors que sa compagne expliquait qu'ils s'étaient "peut-être" arrêtés là pour une simple pause-pipi.

"Il était suivi à bonne distance grâce à une balise GPS"

L'analyse des tubes par la police scientifique montre qu'ils ont été reliés entre eux, par un manchon recouvert de scotch, avant d'être séparés (le scotch a été coupé au cutter).

Les enquêteurs sont aujourd'hui persuadés que ces tubes en plastiques ont servi de perche de fortune aux saboteurs pour placer un crochet en fer à béton sur les caténaires de la ligne TGV. "Avec une telle gaule artisanale de quatre mètres, on peut, à hauteur d'homme, atteindre les caténaires sans risque de s'électrocuter, explique un responsable policier spécialiste de l'ultra-gauche. C'est une méthode mise au point il y a quelques années par les anarcho-autonomes allemands pour paralyser les convois de déchets nucléaires".

Aucun des deux tubes en plastique retrouvé dans la Marne ne comporte la moindre trace d’ADN exploitable mais les enquêteurs pensent savoir où et quand a été acheté ce matériel grâce aux codes de fabrication subsistant sur le matériel. Ces seuls indices exploitables montrent que les tubes ont été commercialisés dans les magasins de bricolage de la région parisienne, en septembre ou octobre 2008, quelques semaines avant les sabotages de TGV. En enquêtant sur le réseau de distribution, les enquêteurs ont découvert que deux de tubes de cette série, ainsi qu’un manchon permettant de les emboîter ont été vendus, à 14h20 le jour-même du sabotage par le Bricorama de Châtillon (92). Le client, qui n'a pas pu être identifié, a payé en liquide. Mais les enquêteurs savent que Julien Coupat était dans le quartier à ce moment-là.

Les policiers qui filaient le militant autonome depuis qu'il avait quitté la résidence de ces parents en fin de matinée, ont en effet perdu sa trace à hauteur de la porte de Chatillon vers midi. "Il était suivi à bonne distance grâce à une balise GPS placée sur sa vieille Mercedes, révèle une source proche de l'enquête. A midi, le signal a disparu comme cela arrive quand la cible entre dans un parking souterrain. Et justement, le Bricorama de Châtillon en possède un pour ses clients". A 14h50, la balise avait recommencé à émettre. Et les hommes de la SDAT avaient pu alors reprendre leur filature.

Qu'ont fait Julien Coupat et Yildune Lévy entre midi et 14h50 à Châtillon? Interrogée sur son emploi du temps, cette dernière a expliqué au juge qu'elle avait rejoint son ami pour aller déjeuner au restaurant mais qu'elle avait oublié où exactement.

"Une mascarade"

Les enquêteurs sont persuadés que le couple a profité de ce trou dans la surveillance pour faire ses emplettes au Bricorama avant de prendre la route vers la Seine-et-Marne, de tourner autour des lignes ferroviaires pendant douze heures, pour placer un crochet sur les lignes vers quatre heures du matin. "C’est une mascarade, s’insurge Me Jérémie Assous, l’un des avocats de Julien Coupat. Toute cette enquête est basée sur l’insinuation et non sur les preuves, La justice antiterroriste monte un nouveau contrefeu pour masquer le vide de ce dossier".

Les enquêteurs, eux, persistent. Ils se demandent maintenant si le couple Coupat-Lévy n'a pas profité du créneau où ils avaient déjoué la surveillance policière à Châtillon, pour récupérer également le crochet, façonné artisanalement. Un des membres du premier cercle de Coupat habite en effet à 450 mètres de ce Bricorama. La perquisition de son domicile, effectuée juste après les sabotages, le 11 novembre 2008, n'avait, d'après nos sources, rien donné.

Isabelle Monnin et Olivier Toscer

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Ven 25 Fév - 10:36

Citation :
Les mis en examen de Tarnac invitent Sarkozy à quitter le pouvoir

"Monsieur le président, il y a des ranchs à vendre au Texas, et votre avion vous attend sur la piste de Villacoublay", écrivent-ils dans une tribune parue dans Le Monde.

Les dix mis en examen dans l'enquête sur des sabotages SNCF en 2008 dénoncent les arrestations opérées ces dernières années dans l'ultra-gauche et invitent Nicolas Sarkozy à quitter le pouvoir comme avant lui le dirigeant tunisien Ben Ali, dans une tribune parue jeudi 24 février dans Le Monde. "Si nous refusons de tenir pour miraculeux l'enchaînement qui mène de l'immolation de Mohamed Bouazizi [qui a déclenché les troubles en Tunisie, ndlr] à la fuite de Ben Ali, c'est que nous refusons d'admettre comme normale, à l'inverse, l'indifférence feutrée qu'a partout rencontrée pendant tant d'années la persécution de tant d'opposants", écrivent les dix mis en examen.

Selon eux, "dans les trois dernières années, nous dénombrons en France plus d'une vingtaine de camarades qui, toutes tendances confondues, sont passés par la case prison, dans la plupart des cas sous prétexte d'antiterrorisme et pour des motifs dérisoires".

Des ranchs au Texas

"C'est à l'évidence, dans les banlieues comme dans les mouvements de révolte, la chasse aux Bouazizi, aux fauteurs d'insurrection potentiels qui est lancée", ajoutent les dix jeunes, avant de conclure: "Monsieur le président, il y a des ranchs à vendre au Texas, et votre avion vous attend sur la piste de Villacoublay". Julien Coupat, sa compagne et huit autres personnes sont mis en examen, notamment pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, près de deux ans et demi après les sabotages qui avaient entraîné d'importants retards de TGV.

(Nouvelobs.com)

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Mar - 2:38

Citation :
Les sept ratés de l'affaire de Tarnac
Les Inrocks - 27/02/2011

Rebondissement dans l’affaire de Tarnac : Julien Coupat et Yldune Lévy vont porter plainte contre la police pour faux et usages de faux en écriture publique, subornation de témoin et interceptions illégales.

n nouveau round commence dans le combat qui oppose le “groupe de Tarnac”, mis en examen pour des actes terroristes, aux policiers et juges chargés de l’enquête. Après avoir demandé la requalification des faits en simples sabotages - refusé en mai 2009 - l’annulation de pièces de la procédure - refusé en octobre 2010 - et la réalisation de plusieurs actes d’enquête qui pourraient les disculper - refusé ou ajourné - les mis en examen passent à l’étape supérieure.

Selon les informations recueillies par Les Inrocks, ils vont déposer trois plaintes (contre X mais visant clairement les policiers de la sous-direction antiterroriste, Sdat) pour interceptions illégales, subornation de témoin et surtout faux et usages de faux en écriture publique.

Julien Coupat et Yildune Lévy espèrent ainsi démontrer devant la justice que le procès-verbal de leur filature, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, et les versions policières successives tendant à le contredire plutôt qu’à le confirmer, constituent une manoeuvre de la Sdat pour affirmer leur culpabilité sans preuve.

Cette nuit-là, une vingtaine d'agents de la Sdat et de la DCRI suivent une Mercedes occupée par deux "membres de la mouvance anarcho-autonome", en Seine-et-Marne. Ils voient le couple s'arrêter dans une pizzeria, dormir dans la voiture à Trilport puis reprendre la route avant de stationner près d'une voie ferrée sur la commune de Dhuisy. Puis, leur véhicule retourne à Paris. Au petit matin, près du lieu où s'était garée la Mercedes, le passage du premier TGV provoque une gerbe d'étincelles qui attire l'attention des policiers. Les suspects sous surveillance ont-ils commis un acte de sabotage ?

Sur la foi du procès-verbal de filature, désormais connu sous le nom de "PV 104", Julien Coupat et Yldune Lévy sont arrêtés, mis en examen et écroués pour direction d'une association de malfaiteurs à vocation terroriste. Il n'y a eu ni morts ni blessés, aucun train n'a déraillé. Ni photos sur les lieux, ni traces ADN, ni aveux ne viennent prouver leur culpabilité. Deux ans et demi après l'ouverture de l'enquête, dix personnes sont mises en examen.

Le récit de cette nuit varie selon les policiers interrogés et les contradictions apportées par la défense. Le déroulement de ces quelques heures reste si flou que le juge d'instruction a exigé des policiers, un an après les faits, qu'ils s'expliquent sur le compte-rendu. Ils ont rendu leur rapport en juin. "Les nouvelles pièces d'exécution, qui devaient 'préciser' certains points incohérents de l'enquête de police, n'ont ajouté que de nouvelles invraisemblances", estiment les avocats des mis en examen.

Montage policier ou travail de cochon ? En tout cas, le résultat décrédibilise largement le professionnalisme de la police antiterroriste. Les impossibilités temporelles, incohérences et questions sans réponses ont donc décidé Julien Coupat et Yldune Lévy à porter plainte pour faux et usages de faux en écriture publique. Ce crime, s'il est commis par des personnes dépositaires de l'autorité publique, peut être puni de quinze ans de prison et 225 000 euros d'amende. Ils portent aussi plainte pour subornation de témoin : une connaissance de Coupat avait anonymement témoigné contre eux avant de se rétracter, parlant de pressions policières. Une plainte pour des écoutes illégales de l'épicerie de Tarnac, effectuées avant le début de l'enquête préliminaire et découvertes par hasard par un agent de France Télécom, complète le tableau.

1. Une nouvelle preuve opportune

Quelques jours avant le dépôt des plaintes dont nous avons eu connaissance, Le Nouvel Obs se fait l’écho d’une nouvelle piste, opportunément communiquée par les enquêteurs. En février 2010, la brigade fluviale fouille la Marne, à 20 kilomètres des voies TGV. Elle y trouve deux tubes en PVC longs de deux mètres qui, emboîtés l’un dans l’autre par un manchon recouvert d’adhésif, aurait servi de perche pour hisser le crochet sur la caténaire.

Pas d’ADN, des “éléments matériels” bien tardifs, peu importe : selon la police, le couple se serait débarrassé de ces tubes dans la rivière lors d’un arrêt sur la route du retour. Plusieurs questions demeurent : pourquoi fouiller la Marne plus d’un an et demi après les faits ? Comment attribuer à Julien Coupat, qu’aucun policier n’a vu sortir les perches et les jeter à l’eau, l’achat en espèces de ces objets, lors d’un instant où il aurait échappé à la surveillance ? Pourquoi la police ne mentionne-t-elle que maintenant l’existence d’une balise GPS sur la Mercedes, dispositif illégal s’il n’est pas autorisé par un juge ?

2. Un témoin sous pression ?

Alors que les saboteurs présumés sont en garde à vue, en novembre 2008, la Sdat procède à l’audition d’un témoin sous X, dont la presse révèle plus tard l’identité : Jean-Hugues Bourgeois, un éleveur bio du Puy-de-Dôme. Dans sa déposition, il décrit le groupe de Tarnac comme “un groupe à caractère sectaire dont les membres ont été endoctrinés par Julien Coupat. […] Ce dernier souhaite le renversement de l’Etat par le biais d’actions de déstabilisation qui auraient pu aller jusqu’à des actions violentes”.

Un mois plus tard, entendu sous sa véritable identité, il se rétracte. Dans un entretien accordé à TF1 en novembre 2009, Bourgeois explique que sa déposition sous X a été sollicitée par la Sdat, et qu’il a signé une déclaration préparée à l’avance. Ces éléments motivent la plainte de Julien Coupat et Yldune Lévy pour subornation de témoin, délit passible de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

3. Une reconstitution bâclée

Les avocats du groupe de Tarnac, qui pointent depuis le début de l’enquête les “invraisemblances” et les “contradictions” du PV 104 (signé par le lieutenant Mancheron) puis des compléments d’information (signés par le lieutenant Mancheron et le capitaine Lambert), demandaient à cor et à cri une reconstitution : rejouer cette nuit, en présence des juges d’instruction Thierry Fragnoli, Edmond Brunaud et Yves Jannier, des policiers présents à cette date, vérifier le timing, les positions de chaque véhicule, les trajets.

Si les effectifs de police comptaient six fonctionnaires de la Sdat “assistés d’un groupe de surveillance de la DCRI, soit une vingtaine de fonctionnaires au total, (…) munis d’une douzaine de véhicules automobiles, de motos banalisées et de véhicules d’observation”, placés “aux points de passage obligés”, on n’en sait pas plus. Malgré la demande du juge de préciser l’organisation de la filature, la Sdat invoque des “techniques de surveillance policière qui doivent rester confidentielles”.

La reconstitution a eu lieu dans la nuit du 13 au 14 janvier 2011. Convoqués à Dhuisy à 2 heures du matin, les avocats s’aperçoivent que les juges sont à Trilport, à 30 kilomètres de là. Il faut les rejoindre. A leur arrivée, les juges décident de se déplacer à Dhuisy. Il est 3 heures 30, une heure et demie d’allers-retours et de temps perdu. Il ne reste plus qu’une demi-heure à passer sur les rails avant que la SNCF ne doive les réinvestir.

Tout le monde est tendu. Les juges refusent de noter les observations des avocats au procès-verbal, puis cèdent à force d’engueulades. Les policiers sur place ne sont pas les mêmes que ceux de 2008. Ceux-là ont participé à une mise en situation à huis clos, dix jours avant, avec les juges mais sans les avocats. “Une répétition générale destinée à vérifier quelles opérations pouvaient s’avérer gênantes pour l’accusation” selon la défense, qui dénonce dans une lettre aux juges d’instruction leur “inacceptable partialité” et “l’absence d’instruction à décharge de ce dossier”. Ils demandent une nouvelle reconstitution.

4. Un piéton sur les voies SNCF ?

Alors que certains procès-verbaux parlent d’un véhicule stationné près des voies, d’autres évoquent un piéton aperçu sur les voies. Le lieutenant-colonel Gosset, un gendarme chargé de l’enquête sur les dégradations, dit s’être entretenu avec un agent de la Sdat. Celui-ci lui aurait affirmé “avoir suivi et observé un individu qui s’est stationné à l’intersection entre la D23 et la LGV Est pendant une vingtaine de minutes entre 4 heures et 4 heures 20. Cette personne a accédé à l’emprise sécurisée de la SNCF sans qu’il puisse déceler ses agissements”.

Dans le PV 104, pas d’allusion à un piéton. Les dangers du téléphone arabe, explique la Sdat, qui désavoue le gendarme : à force d’informations répétées et déformées, le véhicule stationné serait devenu un piéton dans sa bouche. La Sdat ne développe pas d’analyse sur la seconde partie de la phrase, selon laquelle le piéton-véhicule a pénétré sur les voies de chemin de fer. Ni n’explique comment Julien Coupat ou Yldune Lévy, surveillés par vingt policiers spécialisés, auraient pu, sans être vus, sortir de leur voiture, franchir une barrière de deux mètres de haut et, une fois sur les voies avec leur lampe frontale, hisser un fer à béton à l’aide d’une perche de cinq mètres jusque sur la caténaire.

5. L’emplacement de la voiture de Coupat

Où était garée la Mercedes de Julien Coupat de 4 heures à 4 heures 20 ? Depuis le début de l’enquête, les policiers la situent à un emplacement bien précis : une voie de service de la SNCF, juste au pied d’un pont ferroviaire.

Or, dans les éléments d’information complémentaires transmis au juge en mai dernier, la Sdat situe la voiture sur une autre voie de service, à une centaine de mètres du pont. Pour les avocats, “le nouveau positionnement du véhicule est en totale contradiction avec ce qui a été écrit et soutenu par l’ensemble des acteurs de la procédure”. D’autres actes d’enquête placent la Mercedes “sous le pont” et même “sur le pont”. Yldune Lévy et Julien Coupat, eux, ont toujours nié s’être garés près des voies.

6. Une recherche d’indices hasardeuse

Une fois la Mercedes partie, micmac sur le comportement des policiers. Selon le premier PV, ils se garent à sa place. D’après la nouvelle version, ils se placent du côté opposé, pour “ne pas polluer les lieux où pouvait avoir été commise une infraction”. Pourtant, le capitaine Lambert écrit : “Aucun gel des lieux aux fins de préservation des traces et indices n’a été effectué.”

Où sont garés les policiers à cet instant ? Avec combien de véhicules ? Un seul selon la gendarmerie, deux selon le capitaine Lambert. Pourquoi ne fouillent-ils pas la voie d’accès pour trouver d’éventuelles traces du passage de Coupat ? Une équipe de la Sdat se rend ensuite sur les voies, à la recherche d’éventuels indices “en enjambant le grillage”. Deux mètres de haut à enjamber, sans doute avec l’aide de bottes de sept lieues…

7. Police et don d’ubiquité

Lorsque Julien Coupat quitte l’abord des voies SNCF, une partie des policiers le suit. Les fonctionnaires restés à Dhuisy constatent “une gerbe d’étincelles accompagnée d’un grand bruit sec” à 5 heures 10, au passage du premier TGV. Selon le PV 104 et leurs explications ultérieures, ils en rendent immédiatement compte à leur hiérarchie. A 5 heures 25, tous les policiers quittent les lieux en direction de Trilport, afin de fouiller une poubelle dans laquelle ils ont vu Julien Coupat jeter des objets la veille. Ils arriveraient sur place en cinq minutes, c’est-à-dire qu’ils auraient parcouru le trajet à 324 km/h en moyenne… Dans la poubelle, les policiers supersoniques trouvent des horaires SNCF et un emballage de lampe frontale.

Un relevé de bornage téléphonique fourni par les policiers soulève pourtant le doute. Alors qu’ils sont tous censés avoir quitté Dhuisy, le relevé montre que des policiers ont passé des appels depuis cette commune jusqu’à 6 heures du matin.

Camille Polloni

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Mar - 18:47


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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 1 Mar - 18:57

Citation :
Vandalisme : et si c’était le retour de l’ultragauche ?
La ligne SNCF dans les Alpes pourrait avoir été endommagée par des militants d’ultragauche.

Un homme d’une cinquantaine d’années, « de forte corpulence, vêtu d’un bonnet sombre et d’une veste bicolore », selon un gendarme, est activement recherché. Il est suspecté d’être l’auteur de l’acte de vandalisme qui a paralysé, samedi, la circulation des trains en pleines vacances d’hiver.

Pour quelques câbles sectionnés, 30.000 voyageurs ont été retardés au départ ou à destination des stations de ski des Alpes. Le suspect a été vu par un témoin « vers 9 h 15- 9 h 30 près des voies » à l’endroit et à l’heure supposée où plusieurs câbles ont été sectionnés sur la ligne Bourg-Saint-Maurice-Chambéry, comme l’a révélé hier le procureur de la République d’Albertville, Patrick Quincy. Le magistrat exclut a priori la thèse d’une tentative de vol de bobines de cuivre et privilégie l’œuvre « soit d’un déséquilibré, soit un acte de malveillance ». En outre, le procureur écarte la thèse du « sabotage » envisagée par le secrétaire d’Etat aux Transports, Thierry Mariani, parce que « l’action n’a pas été revendiquée ».

Un mouvement en ébullition

S’ils mettent la main sur le quinquagénaire, les gendarmes vérifieront son éventuel activisme politique. Car magistrats et policiers qui enquêtent sur l’ultragauche se demandent si cet acte de vandalisme n’est pas lié à des événements récents. « C’est l’une des pistes de travail. Le mouvement est en ébullition », confie un fin connaisseur de cette mouvance, interrogé dimanche matin. La police parisienne s’est récemment inquiétée de l’intensification des actions de l’ultragauche, notamment en raison de la tenue en France du G8 et du G20. Surtout, l’information judiciaire sur l’affaire dite de « Tarnac », sur le sabotage en 2008 de lignes ferroviaires, vient de connaître un rebondissement : deux tubes en PVC ont été repêchés dans la Marne à un endroit où s’étaient arrêtés, la nuit du sabotage, les deux principaux mis en examen, Julien Coupat et Yildune Lévy. Ces tubes auraient pu servir, selon les forces de l’ordre, de perche pour placer le crochet en fer à béton sur les caténaires de la ligne TGV.

« La réponse du berger à la bergère »

Un nouvel acte de vandalisme ferroviaire, quelques jours après la révélation dans la presse de ce revirement dans une instruction judiciaire jusque-là contestée, étonne. « Est-ce que c’est la réponse du berger à la bergère ? Forcément, on y pense », avoue la source précédemment citée.

Dans les Alpes, la gendarmerie n’écarte pas l’hypothèse d’un sabotage commis par l’ultragauche mais se refuse à le privilégier. « Toutes les pistes sont à même niveau. Nous ne ferons pas de commentaire. C’est trop anticipé de parler de cette mouvance. Il y a des vérifications en cours. »

Une chose est sûre : Julien Coupat ou l’un de ses amis de Tarnac, qui ont toujours crié leur innocence, ne peuvent pas être confondus avec le suspect d’Albertville, la description physique ne correspond à aucun d’entre eux. Mais peut-être que les combats qu’on leur impute ont fait des émules.

Par Matthieu Suc
France Soir

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mer 2 Mar - 1:51

Citation :
Une proposition politique des mis en examen de Tarnac
LEMONDE | 24.02.11 | 11h00 • Mis à jour le 24.02.11 | 13h34

"Printemps des peuples arabes", "révolution en marche", "transition démocratique", "fin de la dictature". Les grandes machines discursives sont de sortie. Il n'en faut pas moins pour parvenir à présenter le renversement des régimes pro-occidentaux du Maghreb comme de nouvelles victoires de l'Occident, et le triomphe inespéré de ses valeurs.

La fièvre révolutionnaire qui s'est récemment emparée des plus prudents éditorialistes témoigne d'abord de l'intense réaction immunitaire à quoi l'événement accule le discours dominant. On répond par un violent accès d'orientalisme à la nécessité de disposer, au plus vite, entre nous et les bouleversements en cours, un solide cordon sanitaire. On s'émerveille de ces "révolutions" pour mieux esquiver les évidences qu'elles nous jettent au visage pour mieux dissoudre le trouble qu'elles suscitent en nous.

Faut-il qu'elles soient précieuses, les illusions qu'il s'agit d'ainsi préserver, pour que l'on se répande partout en pareilles apologies de l'insurrection, pour que l'on décerne la palme de la non-violence à un mouvement qui a brûlé 60 % des commissariats égyptiens. Quelle heureuse surprise de soudain découvrir que les principales chaînes d'information sont entre les mains des amis du peuple !

Or voilà : si les insurgés de l'autre côté de la Méditerranée disent : "Avant, nous étions des morts-vivants. A présent, nous nous sommes réveillés", cela signifie en retour que nous, qui ne nous insurgeons pas, nous sommes des morts-vivants, que nous dormons. S'ils disent : "Avant, nous vivions comme des bêtes, nous vivions dans la peur. A présent, nous avons retrouvé confiance en nous, en notre force, en notre intelligence", cela signifie que nous vivons comme des bêtes, nous qui sommes si évidemment gouvernés par nos peurs.

Ceux qui peignent aujourd'hui aux couleurs les plus lugubres l'impitoyable dictature de l'atroce Ben Ali ne le trouvaient-ils pas hier encore si fréquentable ? Il faut donc qu'ils mentent aujourd'hui, comme ils mentaient hier. Le tort de Michèle Alliot-Marie réside d'ailleurs là : avoir dévoilé en quelques phrases à l'Assemblée nationale que, derrière tant de dissertations d'écoliers sur la différence entre leurs dictatures et nos démocraties, se cache la continuité policière des régimes; en quoi les uns sont certes plus experts et moins grossiers que les autres.

On peut détailler ad nauseam la brutalité de la répression sous Ben Ali. Il n'en reste pas moins que les doctrines contre-insurrectionnelles – l'art d'écraser les soulèvements – sont désormais la doctrine officielle des armées occidentales, qu'il s'agisse de les appliquer en banlieue ou dans les centres-villes, en Afghanistan ou place Bellecour à Lyon. Le feuilleton hebdomadaire des petits mensonges et des misérables combines de Mme Alliot-Marie ne saurait effacer le véritable scandale : avoir traité de "situation sécuritaire" une situation révolutionnaire. Si nous n'étions pas occupés à tresser des couronnes de jasmin ou de lotus aux révoltes du Maghreb, peut-être n'aurions-nous pas déjà oublié que Ben Ali, quatre jours avant de disparaître dans les poubelles de l'histoire, avait parlé des émeutes de Sidi Bouzid comme d'"impardonnables actes terroristes perpétrés par des voyous cagoulés". Ou que son successeur a cru apaiser la colère du peuple en annonçant comme première mesure l'abrogation de "toutes les lois antidémocratiques", à commencer par les lois antiterroristes.

Si nous refusons de tenir pour miraculeux l'enchaînement qui mène de l'immolation de Mohamed Bouazizi à la fuite de Ben Ali, c'est que nous refusons d'admettre comme normale, à l'inverse, l'indifférence feutrée qu'a partout rencontrée pendant tant d'années la persécution de tant d'opposants. Ce que nous vivons, nous et une certaine jeunesse politisée, depuis trois ans, y est certainement pour quelque chose. Dans les trois dernières années, nous dénombrons en France plus d'une vingtaine de camarades qui, toutes tendances confondues, sont passés par la case prison, dans la plupart des cas sous prétexte d'antiterrorisme et pour des motifs dérisoires – détention de fumigènes, introduction de glu dans des distributeurs de billets, tentative ratée d'incendie de voiture, collage d'affiches ou coup de pied.

Nous en sommes arrivés en janvier au point où la magie du signalement sur le fichier des "anarcho-autonomes" a mené une jeune femme en prison – pour un tag. Cela se passe en France, et non en Russie, et non en Arabie saoudite, et non en Chine.

Chaque mois désormais, nous apprenons qu'un nouveau camarade a été prélevé en pleine rue, que l'on a intimé à telle amie, après bien d'autres, de devenir indic en échange de l'impunité ou d'un salaire ou de conserver son poste de professeur, que telle connaissance a, à son tour, basculé dans la dimension parallèle où nous vivons désormais, avec ses cellules miteuses, ses petits juges pleins de haine rentrée, de mauvaise foi et de ressentiment, avec ses insomnies, ses interdictions de communiquer, ses flics devenus des intimes à force de vous épier. Et l'apathie qui vous gagne, l'apathie de ceux qui vivent "normalement" et s'étonnent, l'apathie organisée.

Car c'est une politique européenne. Les rafles régulières d'anarchistes en Grèce ces derniers temps le prouvent. Aucun régime ne peut renoncer au broyeur judiciaire, quand il s'agit de venir à bout de ce qui lui résiste. La culpabilité est une chose qui se produit. Comme telle, c'est une question d'investissement, financier, personnel. Si vous êtes prêt à y mettre des moyens hors normes, vous pouvez bien transformer une série de faux procès-verbaux, de faux témoignages et de manœuvres de barbouzes en dossier d'accusation crédible.

Dans l'affaire dite de Tarnac, la récente reconstitution de la nuit des sabotages, si longtemps réclamée par la défense, en a administré le plus bel exemple. Ce fut un de ces moments d'apothéose où éclate, jusque dans les détails les plus infimes, le caractère de machination de toute vérité judiciaire. Ce jour-là, le juge Fragoli a su occulter avec art tout ce qui démontre l'impossibilité de la version policière. Il devenait subitement aveugle dès que l'indocile réalité contredisait sa thèse. Il a même réussi à mettre les rédacteurs du faux PV de filature à l'abri de la contradiction, en les dispensant d'être là. Et cela était en effet superflu, puisque tout ce petit monde s'était déjà transporté sur les lieux, une semaine auparavant, en privé et en douce.

A dire vrai, qu'il ait fallu contrefaire la reconstitution suffit à montrer que le procès-verbal lui-même était contrefait. C'est sans doute cela qu'il a fallu abriter des regards en bouclant la zone par des murs de gendarmes appuyés de brigades cynophiles, d'hélicoptères et de dizaines de brutes de la sous-direction antiterroriste.

A ce jour, il en aura coûté quelques millions d'euros pour transformer en instruction bien ficelée des fantasmes de flics. Il importe peu de savoir à qui, pour finir, on imputera les actes qui furent le prétexte de notre arrestation. Quant à nous, nous plaignons d'ores et déjà le tribunal qui aura à faire passer pour du terrorisme la pose de quelques innocents crochets, maintenant que bloquer les flux est devenu le moyen d'action élémentaire d'un mouvement de masse contre la réforme des retraites.

Le silence frileux des gouvernants européens sur les événements de Tunisie et d'Egypte dit assez l'angoisse qui les étreint. Le pouvoir tient donc à si peu. Un avion décolle et c'est tout un édifice de forfaiture qui tombe en miettes. Les portes des prisons s'ouvrent. La police s'évanouit. On honore ce qui hier encore était méprisé, et ce qui était l'objet de tous les honneurs est maintenant sujet à tous les sarcasmes. Tout pouvoir est assis sur ce gouffre. Ce qui nous apparaît, à nous, comme démence sécuritaire n'est que pragmatisme policier, antiterrorisme raisonné.

Du point de vue du gestionnaire de situations sécuritaires, l'ordre public n'aurait jamais été ébranlé, et Ben Ali serait encore tranquillement président, si l'on avait réussi à neutraliser à temps un certain Mohamed Bouazizi.

C'est à l'évidence, dans les banlieues comme dans les mouvements de révolte, la chasse aux Bouazizi, aux fauteurs d'insurrection potentiels qui est lancée, et c'est une course contre la montre; car, de Ben Ali à Sarkozy, qui règne par la peur s'expose à la fureur.

Monsieur le président, il y a des ranchs à vendre au Texas, et votre avion vous attend sur la piste de Villacoublay.

Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune, sont les dix personnes mises en examen dans l'affaire dite "de Tarnac"

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/24/paris-texas-une-proposition-politique-des-mis-en-examen-de-tarnac_1484538_3232.html

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Sam 5 Mar - 2:53

Citation :
De Tarnac à Tunis, tombeau pour une ministre


Chère Michèle-Yvette-Marie-Thérèse Alliot-Marie


Ce qui vous arrive est injuste. Rien n’est pire que de tomber pour une faute qu’on ne peut reconnaître. Car qu’avez-vous fait d’autre, dans cette excursion tunisienne, que ce que font depuis toujours tous vos petits camarades ? Et si l’on vous fait expier l’infamie cette fois trop visible de la politique étrangère de la France, que va-t-on faire de vos infamies passées, tellement plus notables ?

Je suis né la même année que vous, en Algérie, d’un père militaire puis ouvrier. J’en tiens une idée assez précise, je crois, de ce que fut le gaullisme après 1945. De là, j’ai été rapatrié dans le Sud-Ouest. On ne pouvait ignorer alors, dans le Sud-Ouest, ce qu’était le clan Marie. Puis, comme tant d’autres dans ma génération, une fois éteint le souffle émancipateur de 68, j’ai fait ma carrière sans plus me soucier de politique, laissant cela, bêtement, à des gens comme vous. Je dis «bêtement», car avec l’affaire de Tarnac, j’ai fini par admettre que si vous ne vous occupez pas de politique, la politique, elle, s’occupe de vous. Enfin, la seule sociologie ne suffit pas à expliquer mon ultime malchance : habiter à Rueil-Malmaison, baronnie dont votre compagnon Ollier a hérité des mains de Jacques Baumel, «gaulliste historique». Cela dit pour situer «d’où je parle», comme on disait en 68.



On vous reproche aujourd’hui votre compromission avec un dictateur tunisien. Quelle mauvaise foi ! Quel dictateur africain ou maghrébin ne s’est pas vu, un jour ou l’autre, offrir les services de la France ? Qui peut prétendre ignorer la collusion historique entre l’État français et à peu près toutes les autocraties véreuses issues de l’empire colonial ? Croit-on qu’un Claude Guéant ait des fréquentations plus honorables que vous ? Et qui peut ignorer que, depuis cinquante ans, l’argent des ventes d’armes ou celui de Dassault sert de diverses manières à financer les réseaux gaullistes ? L’existence de monsieur Foccart n’est tout de même pas une découverte récente. Et si Charles Pasqua fait aujourd’hui sourire, pourquoi devriez-vous faire horreur, sinon en vertu d’une obscure misogynie ?



Si l’on vous sacrifie, c’est en un sens pour sauver le grand aveuglement français d’après-guerre : l’aveuglement quant à la nature du gaullisme. Le gaullisme fut une curieuse synthèse de Maurras et de Machiavel, et rien d’autre. Qui furent les «gaullistes historiques» ? Des gens qui ont appliqué en temps de «paix» les techniques clandestines, les illégalismes qu’ils avaient appris dans la Résistance. Des anciens de la Cagoule. Des activistes orphelins de l’action. Des pétainistes déçus de Vichy mais toujours friands de grands hommes. Des passionnés de la conspiration. En 1959, quand les frères Bromberger écrivent les 13 complots du 13 mai, ils trouvent finalement héroïque que De Gaulle ait pris le pouvoir et fondé la Ve République à la faveur d’un authentique coup d’État. Le Coup d’État du 13 mai, c’est le titre d’un livre amer du colonel Trinquier.



Dans les années 1940, Jacques Baumel s’occupait de financer le Rassemblement du peuple français (RPF). Le service d’ordre du RPF, principalement composé de truands militarisés, est l’ancêtre du Service action civique (SAC). Les tueurs du SAC furent toujours aux côtés de votre bon-papa, quand il faisait campagne à Biarritz pour les législatives ou les municipales. Votre compagnon Ollier a succédé à Baumel à la mairie de Rueil-Malmaison. Quant à vous, vous honorez les héritiers du SAC, devenu le Mouvement initiative liberté (MIL), de votre participation à leurs conventions. La boucle est bouclée. En février 2009, vous y faisiez un discours intitulé «Français toujours et fier de l’être».



Quand je le lis, j’ai l’impression d’entendre Raymond Marcellin. Comme celui-ci demandait au SAC, après 68, de l’aider à casser du gauchiste, vous demandez au MIL de «créer de la part de l’opinion publique un rejet de ces groupes» afin d’«isoler et lutter contre ceux qui attaqueraient l’État» puisque «nous sommes à l’heure où l’ultra-gauche voudrait remettre en cause l’autorité et le pouvoir de l’État». Dans la droite ligne hallucinée de Raymond Marcellin, qui soutenait les groupuscules d’extrême-droite pour y recruter des hommes de main, vous avez pris comme porte-parole du ministère de l’Intérieur un ancien d’Occident, Gérard Gachet, dont on a fait opportunément détruire la fiche RG. Ils sont loin d’être rares les anciens de ces groupuscules dans l’actuelle majorité. De la même façon, avoir affaire depuis trois ans à l’antiterrorisme m’a projeté un demi-siècle en arrière, en Algérie, où l’antiterrorisme désignait la Main rouge, ces barbouzes qui faisaient sauter des bombes à la casbah pour provoquer les «musulmans».



Je tenais à vous dire que je trouve particulièrement injuste que l’on vous fasse à présent grief de mentir, car de mentir, depuis que je vous écoute, vous n’avez jamais cessé de le faire. Vous êtes allée jusqu’à déclarer à la radio, l’affaire s’étant retournée, que vous n’aviez jamais traité les gens de Tarnac de «terroristes», que c’était une invention des journalistes. Il est vrai que vous n’étiez que ministre de l’Intérieur quand vous les avez fait arrêter par la police antiterroriste.



À l’Assemblée, vous avez répondu à un député en des termes vifs, regrettant «l’abjection d’essayer d’utiliser mes parents pour vous en prendre à moi et pour m’attaquer politiquement». Je partage votre émotion, moi qui ai été utilisé de toutes les façons possibles pour s’en prendre à mon fils et l’attaquer politiquement. Pour ce qui est de trouver indécent de voir «passer sa vie, tant publique que privée, au peigne fin» comme vous vous en êtes plainte récemment, nous qui sommes sur écoute depuis trois ans et qui avons pu tâter des micros directionnels de la DCRI comme de leurs techniques de filature, nous en convenons : c’est très désagréable. Il serait d’ailleurs heureux que cela cesse. L’argent public a certainement de meilleurs usages.



Pour tout vous dire, à voir tous ces vieux dictateurs tomber, et à vous voir les suivre dans leur chute, j’en viens à souhaiter que vous ne soyez pas la seule à disparaître. Nous sommes lassés de voir depuis quarante ans les mêmes visages et les mêmes noms jouer au jeu des chaises musicales à la tête de l’État tandis que la souffrance sociale croit d’année en année. En attaquant les gens de Tarnac, vous m’avez rendu désirable l’insurrection qui vient, vous m’avez offert une vraie conscience politique. Soyez-en remerciée. À présent, je sais la différence entre des hommes, ou une femme, de pouvoir et ce que Hannah Arendt appelait une «vie politique».



Gérard Coupat - Médecin, père de Julien Coupat

Leur presse (Libération), 2 mars 2011.

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 8 Mar - 3:23


Citation :
Démasquer les méthodes du collectif de Tarnac
LEMONDE.FR | 07.03.11 | 09h45
Philippe Cibois, professeur émérite de sociologie de l'université de Versailles-St-Quentin en Yvelines


Les "mis en examen dans l'affaire dite de Tarnac" viennent de préciser leur attitude dans Le Monde du 25 février : il faut les critiquer mais aussi leur répondre. Les critiquer d'abord : il n'est pas possible d'identifier la France avec la Tunisie de Ben Ali sous prétexte de persécutions policières. En effet, si la police les pourchasse, c'est, disent-ils, pour des "motifs dérisoires" comme s'attaquer à des distributeurs automatiques, des voitures, ou poser "quelques innocents crochets" sur des caténaires. L'aveuglement est ici total car si ces violences ne portent pas atteinte aux personnes, elles relèvent du mécanisme qui est celui de toute insurrection dont la légitimité est à peser avec soin.

La rébellion peut être un devoir moral, on l'affirme depuis Sophocle dans le cas d'Antigone et la Résistance l'a rappelé, mais il faut que les actions utilisées soient adaptées au but recherché pour qu'elles deviennent légitimes. Ce n'est pas le cas : on ne lutte pas contre la crise en "bloquant les flux", périphrase employée pour bloquer les TGV. De plus, les "tarnaciens" retrouvent des réflexes classiques : comme on n'arrive pas à faire la révolution, on se rabat sur des objectifs plus limités et, comme ceux-ci sont l'objet de poursuites pénales, se produit alors le cercle de la répression protestation qui devient la justification idéale. Comme la réalité de la répression ne peut être mise en doute, elle légitime d'une manière rétroactive ce qui a été fait auparavant.

Dans une démocratie comme la France, c'est l'action non-violente qui doit être utilisée car son efficacité est liée au fait que l'on doit arriver à convaincre. Une manifestation, une grève, un boycott, une pétition supposent autrement d'énergie qu'un sabotage ponctuel : il faut argumenter, expliquer et ne pas rester dans les certitudes du cercle restreint de ses camarades. Penser que l'on a raison contre l'apathie des masses et que l'on est la conscience qui réveillera les intelligences ne devrait plus être pensable après ce qui a été vécu au siècle précédent. Comme c'est le cas des tarnaciens, il faut leur répondre, mais pas à la manière du pouvoir en place.

J'emprunterai ma réponse à Eugenio Scalfari, le créateur et ancien directeur du quotidien La Repubblica, conscience de la gauche italienne. Il reprend, après les attentats en Espagne de mars 2004, l'image du révolutionnaire qui doit être dans son milieu comme un poisson dans l'eau et utilise l'expérience de l'éradication du terrorisme dans l'Italie des années de plomb.

"Si les poissons grands et petits du terrorisme nagent dans une eau nutritive et abondante, ils seront imprenables et de toute façon se reproduiront, ils élargiront leur rayon d'action, ils se répandront comme un cancer jusqu'à ce qu'ils infestent tout l'organisme social et le tuent. Il n'existe qu'une recette efficace pour combattre le terrorisme : il faut assécher l'eau qui l'entoure et le laisser à sec et, une fois ceci fait, extirper les racines du phénomène." (La Repubblica du 16 mars 2004).

L'astuce des tarnaciens est de montrer qu'ils ne pratiquent pas de méthodes terroristes comme les brigades rouges alors qu'ils en ont le même modèle intellectuel : ils veulent par leurs actions symboliques accélérer les prises de conscience. Les assimiler à des terroristes comme le voudrait le pouvoir est exagéré et ils ont raison sur ce point. Leur attitude n'en est pas moins injustifiable car elle nie les règles de l'action politique : il faut donc "assécher l'eau qui les entoure" en n'ayant aucune complaisance vis-à-vis de leur action.

Pour "extirper les racines du phénomène", il faut agir contre la crise et la financiarisation de l'économie : il faut s'attaquer aux prélèvements indus qui sont générés par la mondialisation de l'économie et par exemple employer des armes qui ont montré leur efficacité planétaire comme le boycott. Mais ce genre d'action fait appel à l'intelligence humaine et ne cherche pas à frapper les imaginations par un geste violent symbolique : c'est plus difficile, mais plus efficace. Le cercle vicieux de la répression protestation doit être cassé : il faut juger rapidement les actes commis et eux seuls. Mais si, face au traitement actuel de la crise, l'indignation est nécessaire, l'action collective non violente l'est encore bien davantage.

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Dernière édition par Newo le Mar 8 Mar - 3:41, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 8 Mar - 3:28

Citation :

Tarnac: l'infiltré britannique
Par Eric Pelletier et Anne Vidalie, publié le 22/02/2011 à 10:35, L'Express, mis à jour à 16:44

Selon nos informations, Mark Kennedy, un agent des services britanniques infiltré au coeur des mouvements "alter", a livré des précisions importantes sur les déplacements de Julien Coupat à l'étranger.


Ce fut longtemps le secret le mieux gardé de l'"affaire de Tarnac": un agent britannique, infiltré au coeur des mouvements altermondialistes et environnementalistes européens, a joué un rôle important dans cette enquête.
Selon nos informations, Mark Kennedy, un agent des services britanniques infiltré au coeur des mouvements "alter", a livré des précisions importantes sur les déplacements de Julien Coupat à l'étranger.
De 2002 à 2009, ce policier de 41 ans, Mark Kennedy, a renseigné sa hiérarchie sur les coulisses des milieux "alter". Au passage, les autorités françaises ont également profité de ses informations. Ainsi, c'est en partie grâce à lui que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a pu reconstituer les déplacements à l'étranger de Julien Coupat, considéré par la police comme le chef de file du "groupe de Tarnac". Dix de ses membres ont été mis en examen dans une procédure pour acte terroriste, après le sabotage, en novembre 2008, d'une ligne de TGV, en Seine-et-Marne. Une accusation qu'ils contestent fermement.
Mais, comme dans les films d'espionnage, l'agent Kennedy, alias Mark Stone, vient de faire défection, passant dans le camp altermondialiste. Il s'apprête même à écrire un livre sur son aventure! Consacrera-t-il un chapitre à Tarnac?

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 8 Mar - 3:36


Citation :
Julien Coupat, l'homme invisible
Par Anne Vidalie, Eric Pelletier, publié le 29/01/2009 à 17:55, L'Express, mis à jour le 25/08/2010 à 11:58

Les proches de Julien Coupat ont prévu de manifester le 31 janvier à Paris. Julien Coupat reste en effet le dernier suspect encore détenu dans l'affaire de sabotage des lignes TGV. Portrait d'un intellectuel au parcours étonnant qui avait fait de la discrétion un mode de vie. Jusqu'à ce 11 novembre 2008...

"Etre visible, c'est être à découvert, c'est-à-dire avant tout vulnérable." La consigne s'applique aux révolutionnaires autant qu'aux amoureux. Pour agir, ne pas être vu. Pour aimer, ne pas se dévoiler. C'est l'une des réflexions que livre L'Insurrection qui vient, un manifeste anarchiste signé du Comité invisible et publié en 2007 aux éditions la Fabrique. De la discrétion, Julien Coupat, 34 ans, l'une des plumes de ce texte, faisait une posture philosophique, voire une obsession. La preuve d'une "grande humilité" pour son père, Gérard. L'indice d'un "comportement et [d'un] mode de vie semi-clandestin", pour les policiers de la sous-direction antiterroriste. Quoi qu'il en soit, cet anonymat a volé en éclats à l'aube du 11 novembre 2008 dans un village corrézien.

Ce matin-là, le jeune homme est arrêté sous l'oeil des caméras dans la ferme du Goutailloux, en même temps que huit de ses amis, dont Gabrielle, la mère de sa fille. Depuis, tous les autres ont été libérés et placés sous contrôle judiciaire. Coupat, lui, reste détenu à la prison de la Santé, à Paris. Le juge d'instruction Thierry Fragnoli le soupçonne d'être le stratège de la vaste opération de sabotage qui avait presque paralysé le réseau des TGV français, dans la nuit du 7 au 8 novembre. Ses proches, qui ont prévu de manifester le 31 janvier dans la capitale, dénoncent un "dossier vide" portant la marque d'un "renforcement de l'État policier".

L'invisible Coupat se retrouve donc sous les feux médiatiques. Et même gratifié d'une copieuse notice biographique dans l'encyclopédie en ligne Wikipedia. Seul dans sa cellule, il assiste, impuissant, au déballage public de sa vie. Il goûte mal la théorie du quart d'heure de célébrité de Warhol, enrageant de voir ses idéaux réduits à un CV, fût-il écrit en termes élogieux par ses amis. Ceux-ci, désormais, se barricadent derrière le refus de la "personnalisation". Parler de l'affaire, oui, de l'homme, non.

Jeune premier

Difficile, face à pareille omerta, de reconstituer le puzzle d'une vie. Surtout quand l'intéressé lui-même s'est efforcé de faire oublier jusqu'à son visage. "Lorsque je l'ai connu, en 1998, il refusait déjà d'être pris en photo, se souvient le journaliste et chercheur Olivier Pascault, qui l'a côtoyé à l'École des hautes études en sciences sociales [Ehess], à Paris, entre 1996 et 1998. Il ne signait jamais ses textes, sauf, parfois, d'un pseudo comme "Junius Frey" [le pseudonyme d'un révolutionnaire né en Bohême en 1753]. Il disait: "Je lis, j'écris, voilà ce qui compte."

Une fois, une seule, Julien Coupat a mis son goût des lettres dans sa poche. Ce renoncement remonte à ses 17 ans, mais ce fut une reddition avec les honneurs. Elève de terminale à Passy-Buzenval, lycée privé et chic de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), il pouvait se prévaloir de résultats flatteurs et rêver de l'Ecole normale supérieure, le temple des études littéraires. "Fais Polytechnique ou Centrale", lui suggèrent alors ses parents, Gérard et Jocelyne, tous deux médecins et cadres supérieurs dans l'industrie pharmaceutique. La négociation dure un samedi entier. Va pour une école de commerce, à condition que ce ne soit pas HEC, parangon du capitalisme aux yeux du fils rebelle - et unique. Le voilà donc en prépa au très élitiste lycée Sainte-Geneviève de Versailles (Yvelines). "Parmi les nouveaux, ils étaient deux ou trois à sortir du lot, se souvient un camarade de l'époque. Quand d'autres râlaient en silence contre les bizutages, Julien tenait tête: "Ton jeu à la con, je ne le ferai pas!" Il nous a tout de suite semblé sympathique."

Admis parmi les premiers à l'écrit de HEC, le candidat Coupat sabote avec délices son oral d'admission, en tentant de démontrer à l'un des examinateurs que les opinions politiques de celui-ci sont le fruit d'une extraction sociale bourgeoise. La dialectique ne convainc pas: zéro pointé. Peu importe. Il intégrera la tout aussi prestigieuse Essec, une autre école de commerce. Un établissement qu'il quittera en 1996, avec son diplôme mais sans regret. S'il en a singé les codes, c'est pour mieux les braver. S'il a participé à des sorties du club de ski, c'est en évitant de débourser un centime. De l'avarice? Plutôt un principe: l'argent, toujours, corrompt.

Le cercle des poètes de l'anarchie

Fidèle à ce credo anticapitaliste, Julien Coupat n'a que mépris pour ses ex-condisciples de l'Essec, qui piaffent aux portes des multinationales et des banques. Rejetant l'aumône d'un système à abattre, il décline obstinément le salariat. "Il me reprochait d'avoir un emploi, témoigne Olivier Pascault. Mais je ne pouvais pas faire autrement pour financer mes études!" Julien, lui, peut compter sur des parents aisés et respectueux de ses choix. Depuis une dizaine d'années, il perçoit 1 000 euros par mois comme gérant de la JC SARL, société propriétaire de six appartements parisiens acquis par son père au fil des années. 1 000 euros, pas un de plus, car il refuse toute augmentation. "Il tient à vivre dans la frugalité", précise Gérard Coupat. Quelques emprunts à la garde-robe paternelle, une fois l'an, lui suffisent. Seuls les livres échappent à cette sobriété. Pour eux, la fourmi se fait parfois cigale. Reste que l'argent ne l'intéresse pas. "Julien et ses amis n'ont pas touché un centime pour leur livre L'Insurrection qui vient, confie leur éditeur, Eric Hazan. Ils ne voulaient que des exemplaires gratuits."

Après l'étouffoir de l'Essec, l'Ehess -à la fibre plus sociologique- offre un bol d'air à ce lecteur insatiable. Il plonge dans l'oeuvre de l'écrivain Guy Debord, fondateur du mouvement situationniste et pourfendeur de la société du spectacle, auquel il décide de consacrer son mémoire de DEA. "Julien était doué, intelligent, cultivé", souligne Nicolas Tertulian, directeur d'études à l'Ehess. En 1998, Coupat crée la revue Tiqqun ("Réparation", en hébreu) avec une poignée de mordus de philosophie. "Ils étaient très influencés par le situationnisme, avec un regard critique et une écriture collective originale", se remémore le philosophe italien Giorgio Agamben. Sa rencontre avec le jeune thésard date de cette même année 1998: "Julien était venu me voir à la fin de mon séminaire, au Collège international de philosophie de Paris. Nous sommes très vite devenus amis." A chaque séjour dans la capitale, Agamben se fendra d'une visite aux "Tiqquniens" dans leur repaire du XIe arrondissement de Paris: le Vouvray, un ancien bar dont le charismatique Coupat est propriétaire. L'endroit de tous les rêves, de toutes les palabres. On y discute, on y écrit, on y boit.

A cette époque, la vie tient du happening permanent pour Coupat. Jongleur d'idées et de mots abscons, il se revendique du "Parti imaginaire", qui cultive critique sociale, réflexion philosophique et posture situationniste. Un jour du joli mois de mai 1998, juché sur la statue d'Auguste Comte, devant la Sorbonne, il fustige badauds et touristes: "Vous, les grelottants, les agenouillés, les cavernicoles, les lâches, les esclaves apeurés..." Le 12 juillet suivant, alors que tous les estivants ne pensent qu'à la finale France-Brésil du Mondial de football, il proclame ouvert le Simca, Sommet international des métaphysiciens critiques, à Arcachon (Gironde). Dans la foulée, les "troupes" -une poignée de fantassins rigolards- envahissent la plage pour la "politiser". Une banderole déployée au milieu des draps de bain proclame: "Vous allez mourir. Et vos pauvres vacances n'y peuvent rien." Après deux numéros de Tiqqun, le cercle des poètes de l'anarchie vole en éclats fin 2001. Le résultat d'une violente brouille sur fond de rivalités amoureuses.

C'est en Corrèze, dans une ferme achetée en 2005 avec Gabrielle et une dizaine d'amis, qu'il tente ensuite une expérience de vie en communauté. Avec, cette fois, une radicalité politique nettement affirmée, selon les policiers. Les habitants interrogés en doutent, eux qui entretiennent d'excellentes relations avec ces voisins pétris de l'histoire de la Résistance locale. A Tarnac prend corps leur rêve de "communes", couché sur le papier du livre L'Insurrection qui vient. "Nous voulions créer un lieu de vie collectif avec une base agricole, un lieu d'accueil et d'ouverture", confirme Benjamin Rosoux, l'un des suspects du 11 novembre. Avant son arrestation, Coupat avait un autre projet: fonder une maison d'édition dans le XXe arrondissement de Paris. Les travaux de réhabilitation ont commencé, le 19 janvier, dans les deux vieux ateliers acquis par son père. Les mots, fidèles compagnons de route...

Résistance

Dans sa chambre du Goutailloux, Coupat a affiché ce petit mot sur la bibliothèque: "Ces livres me sont très chers. Vous pouvez bien sûr les consulter, mais je serais très malheureux de ne pas les retrouver." Fasciné par les textes originaux, ce polyglotte qui maîtrise six langues ne supporte pas la traduction -une "pollution", d'après lui. Ce purisme l'a conduit en Israël, voilà dix ans, où il a passé six mois à étudier la kabbale en VO. En amoureux des livres, il se plaît à les partager. En amoureux tout court, il rencontre Yldune, le prénom d'une étoile, étudiante en archéologie.

Coupat répartit alors son temps entre Tarnac, où grandit sa fille, et Paris, où étudie sa nouvelle compagne. Il voyage en Europe, au Canada, mais aussi aux Etats-Unis, où il est entré clandestinement, avec Yldune, en janvier 2008, pour échapper au fichage. Une obsession: lors de sa récente garde à vue, il est allé jusqu'à envelopper ses couverts de papier pour ne pas laisser de traces d'ADN.

Ses pérégrinations, guidées par la boussole de la politique plus que par les envies d'ailleurs, confirment cette évolution militante. Elles le mènent à Gênes en juillet 2001, où le sommet du G 7 donne lieu à de graves incidents (un mort côté manifestants), au G 8 d'Evian-les-Bains en juin 2003, au Forum sur l'écologie d'Isola San Giorgio (Italie) en septembre 2004 ou, plus récemment, à Vichy (Allier), le 3 novembre 2008. Là où les altermondialistes manifestent. Là où, souvent, des groupes d'autonomes affrontent les forces de l'ordre. "A Vichy, des incendiaires venaient chercher leurs ordres auprès de Coupat. On l'a vu en première ligne arracher une barrière avec un mousqueton pour ouvrir une brèche, pendant que ses camarades harcelaient les CRS", assure une source proche de l'enquête.

Soutien aux sans-papiers, manifestations contre le contrat première embauche (CPE) ou le fichier Edvige: ces dernières années, Coupat a été de tous les combats de son époque. S'est-il pour autant radicalisé, comme le laissent entendre les enquêteurs? Ses écrits, en tout cas, se sont durcis, assombris: "Sous quelque angle qu'on le prenne, le présent est sans issue", affirme L'Insurrection qui vient. Sauf à "bâtir un processus insurrectionnel". L'une de ses anciennes amies dit ne plus le reconnaître. Ceux qui l'accompagnent, au contraire, font corps, parlant de "résistance" plutôt que de "terrorisme".

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Mar 8 Mar - 3:47

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MessageSujet: Re: Cellule(s) invisible(s) - revue de presse   Jeu 10 Mar - 2:25

Citation :
Techniques d'interrogatoires de la police (au cas ou ...)
Lun 2 Fév 2009 - 9:03 par MOBY37

[justify]Une série d'auditions et une arrestation (voir http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=100354) ont eu lieu ces dernières semaines dans le cadre de l'enquête sur ce que les juges, flics et journalistes appellent « la mouvance anarcho-autonome francilienne ». Il semble important de décrire quelques-unes des tactiques d'interrogatoire employées par les flics pour obtenir ce qu'ils ont envie d'entendre. Ces auditions en appellent d'autres, sans doute rapidement car juges et flics semblent être dans une phase active des investigations. Toutes ces auditions ont aussi permis de confirmer la manœuvre politique sous-jacente à cette instruction visant à qualifier de terroriste tout un ensemble de pratiques et de points de vue critiques. Rappelons que cinq personnes sont mises en examen dans cette affaire (Ivan, Bruno, Damien et les deux de Vierzon), qu'Ivan, Bruno et la fille arrêtée à Vierzon sont incarcérées et que les deux autres sont sous contrôle judiciaire, le garçon arrêté à Vierzon venant d'être libéré après quatre mois de préventive.

Pour l'instant les auditions n'ont concerné que les personnes mises en examen, leurs familles ainsi que des proches qui ont fait des demandes de parloir. Dans ce dernier cas, se rendre à l'audition était une condition indispensable (mais parfois insuffisante) à l'obtention du permis de visite. Rappelons que l'on peut ne pas se rendre à un interrogatoire lorsqu'on est convoqué en tant que témoin (surtout lorsque la convocation est notifiée par un simple courrier ou par téléphone, comme ce fut le cas ici), que ça peut être un délit mais que ce n'est pas systématique car c'est compliqué pour eux de poursuivre tout un ensemble de témoins qui ne se présentent pas. Il y a un intérêt collectif évident à ne pas se rendre à ces auditions dont les résultats ne sont utilisés qu'à charge dans ces affaires.

Les auditions des proches et des membres des familles ont eu lieu à la brigade criminelle, Quai des Orfèvres à Paris. Pour l'instant seuls les mis en examens ont été auditionnés chez la juge antiterroriste en charge de cette affaire, Marie-Antoinette (ça s'invente pas !) Houyvet, qui est assistée d'un autre juge, Edmond Brunaud. A la brigade criminelle c'est le « groupe Menara » qui s'occupe de l'affaire, du nom de leur chef, un flic qui se présente d'abord sympa et respectueux de la procédure, puis qui joue souvent le rôle du méchant dans les interrogatoires tout en finissant ses gueulantes pour mettre la pression d'une petite remarque en s'inventant une proximité avec les interrogés (par exemple : « Moi aussi j'ai des enfants » aux parents, ou « Moi aussi je viens de tel endroit »). Bref du classique de flic.

L'idée de ce texte est donc aussi de décrire des techniques souvent employées dans les interrogatoires car mieux préparés, il est plus facile de les voir venir et de ne pas se faire avoir. Ca concerne aussi bien les mis en cause dans les affaires que leurs proches (familles, potes qui demandent des parloirs…). Avec les familles, au-delà d'en apprendre éventuellement sur les faits, les flics tentent de retracer un parcours de vie pour construire un profil à des fins judiciaires qui pourrait expliquer « comment il ou elle a pu en arriver là, c'est-à-dire devenir terroriste ». De là tout un ensemble de questions pour déceler des manifestations précoces de cette prédestination au terrorisme : « Comment était-il (ou elle) à l'école, au collège, au lycée ? », « Avait-il (ou elle) des amis ou était-il ou elle asocial ? », « se battait-il (ou elle) souvent ? », « quelle est son orientation sexuelle ? ». De plus, de nombreuses questions semblent anodines mais peuvent souvent être utilisées à charge dans un sens ou dans l'autre ; un « bon élève » te place rapidement dans la catégorie des idéologues manipulateurs, un « mauvais élève » dans celle des asociaux précoces et des rétifs à toute autorité, alors choisis ton camp camarade ! Ca peut sembler caricatural mais plusieurs indices laissent entendre de telles interprétations, surtout, comme c'est le cas dans cette affaire, quand le dossier ne repose sur aucun fait (même si ces « parcours de vie » sont très fréquents dans les affaires criminelles de toutes sortes). Les flics utilisent également une tactique consistant à endormir un peu l'interrogé au milieu de questions un peu bidons avant de rebondir subitement sur des trucs plus intéressant pour eux : « A-t-il (ou elle) fait des voyages ? », « quels sports pratiquait-il (ou elle) ? » puis de demander « Mais avec qui faisait-il (ou elle) tout ça ? Vous venez de dire qu'il avait des amis, vous vous souvenez bien de certains noms ? ». En ayant répondu aux précédentes questions, il est plus difficile (mais pas impossible évidemment) d'esquiver les suivantes. On peut citer également la tactique des « questions guidées » où tu comprends déjà très bien vers où le flic veut te mener dans la manière de poser la question : "Qu'est-ce que tu penses du squatt de la rue X ou Y ?", le flic présuppose déjà que tu connais tel ou tel lieu et n'importe quel type de réponse viendra au moins confirmer cette hypothèse. Ils peuvent aussi répéter plusieurs fois la même question ou insister lourdement sur un point précis.

La base dans les interrogatoires, utilisée presque systématiquement, c'est la tactique du flic gentil et du flic méchant. Le premier est celui qui parle le plus, met en confiance, pose ses questions gentiment, est serviable et se montre compréhensif (« Je comprends que ce soit dur pour vous », « Vous savez, de vous à moi, je n'aime pas interroger les familles » ou « Moi aussi je trouve que cette affaire prend des proportions délirantes »). Et puis il y a le flic méchant, celui qu'on n'avait pas trop remarqué depuis le début, qui ne parlait pas, qui n'est pas tout le temps dans la pièce, qui fait des aller-retours, puis qui surgit à un moment clé (moment de doute, d'hésitation avant une réponse) en se mettant très proche de l'interrogé, en gueulant et en lui mettant un gros coup de pression : « Je crois que vous n'avez pas compris ou vous êtes ! », « Vous n'avez pas l'air de vous rendre compte de la gravité des faits ! », « Vous (ou votre enfant selon les cas) allez passer une bonne partie de votre (sa) vie au trou ! ». Dans cette affaire au Quai des Orfèvres c'est souvent le même Menara qui se charge de cette performance théâtrale. En sachant qu'elle se produit presque à chaque fois, cette technique d'intimidation tombe vite à l'eau et Menara devient un personnage comique plutôt ridicule à vociférer tout seul. Evidemment il n'y a rien de systématique, parfois les flics sont tous sur le registre « gentils » ou tous « méchants », souvent aussi ils changent de registre au fil de l'interrogatoire, encore plus si c'est une garde-à-vue, au gré des réactions de l'interrogé et de ce qui leur donne le plus de résultats.

Les autres tactiques sont également assez classiques. Plusieurs personnes peuvent être convoquées en même temps et auditionnées séparément et simultanément. Des flics font des allers-retours entre les deux pièces et traquent les contradictions entre les déclarations. Outre l'intimidation, les flics insistent sur la proximité notamment avec les parents en instaurant des rapports du type : « Vous savez, pour votre enfant ce n'est pas trop tard, il (ou elle) peut s'en sortir, mais il (ou elle) est mal entouré… Pour le sortir de là, parlez-moi de ses fréquentations. ». Les flics essaient aussi le registre de la culpabilisation des mauvais parents « Vous ne savez pas où il (ou elle) habite ? Mais vous ne vous intéressez plus à lui (ou elle) ! ». Il leur arrive aussi de laisser l'auditionné seul dans le bureau, ou avec des personnes qui semblent s'affairer à autre chose, ceci dans le but de voir son comportement. Les interrogatoires sont aussi des tests de personnalité, le flic sur le côté qui n'a pas parlé de tout l'interrogatoire ne vous a peut-être pas lâché du regard en guettant vos expressions ou les manifestations de votre visage. Dans un commissariat, dans le bureau d'un juge ou d'un flic, on est toujours en territoire ennemi, ne l'oublions pas. Evidemment la meilleure des tactiques consiste à tout faire pour éviter ces moments et à ne rien déclarer mais on n'a pas toujours le choix… Le cas de la garde-à-vue est plus spécifique, dans l'immense majorité des cas il vaut mieux ne rien déclarer en garde-à-vue, encore plus lorsqu'elle a lieu dans le cadre d'une instruction en cours. Il existe tellement de cas où les gens se sont enfoncés ou en ont enfoncé d'autres en croyant bien faire en déclarant des choses en garde-à-vue. Tout ce qui vient d'être dit dans ce texte s'applique évidemment à la garde-à-vue et il faut rajouter quelques éléments plus spécifiques. Premièrement, t'as pas accès au dossier en garde-à-vue, tu n'y as accès qu'au moment où tu es déféré au parquet, c'est-à-dire quand t'es conduit au tribunal, que ce soit en vue d'une comparution immédiate ou d'une mise en examen. Cet élément est primordial, surtout si le motif de la garde-à-vue est sérieux et si elle se déroule dans le cadre d'une affaire déjà instruite, comme c'est le cas ici. Il vaut mieux garder d'éventuelles déclarations pour le juge d'instruction, à la fin de la garde-à-vue et après avoir vu le dossier avec ton avocat.

a suivre ...

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