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 Quelques explications de ce qui se passe par chez moi...

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Gonzo

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MessageSujet: Quelques explications de ce qui se passe par chez moi...   Mar 5 Aoû - 16:00

On m'a envoyé cet article, qui proviendrait de Libération, c'est assez long mais ca permet sans doute d'avoir un peu plus une vue du pourquoi ca merde par ici

Citation :
Ce que la presse française dit de la Belgique..

Imaginez que de l'autre côté du périphérique parisien, l'on parle flamand et qu'à Boulogne-Billancourt, qui compterait 80% de Francophones, il serait interdit à ces derniers de parler le français au conseil municipal, sous peine de poursuites.

Imaginez que les Francophones de Boulogne n'auraient le droit d'aller dans une école francophone de Boulogne qu'en maternelle et en primaire. Que ces écoles seraient gérées par le gouvernement des Flamands, et qu'il serait interdit au maire, sous peine de suspension, d'adresser la parole à un instituteur francophone en... français (sauf hors du cercle professionnel).

Imaginez que les Flamands y auraient coupé Arte, FR3 et TF1 au profit de chaînes anglophones.. Imaginez qu'il y serait interdit d'envoyer des convocations électorales en français aux Francophones, sous peine de suspension. Et que l'on appellerait Boulogne-Billancourt une «commune à facilités». C'est cela, la question linguistique en Belgique aujourd'hui. Ah oui. Imaginez enfin que les Francophones aux droits si limités seraient installés là depuis deux, trois, quatre ou cinq générations. De vrais immigrés, en quelque sorte. Mais dans leur propre pays. Oiges nous donne un bel exposé, où le mot «racisme» apparaît plusieurs fois. Il s'agirait du racisme des Francophones envers les Flamands.. C'est étrange, parce que les seuls Flamands qui font état de ce racisme habitent... en Flandre.

Je n'ai jamais entendu un Flamand habitant la Wallonie se plaindre d'une telle chose. C'est étrange, parce que les Francophones ont été sortis de Flandre (notamment de l'Université de Louvain) sous le slogan «Walen Buiten», que l'on trouve aujourd'hui encore sur beaucoup de murs en Flandre.

C'est étrange, parce qu'en réponse à cela, j'ai lu, pour la première fois, le tag «Flamands dehors» voici un mois, sur le parlement flamand, situé à Bruxelles, à 85% francophone, mais capitale de la Flandre. Un tag, aussitôt effacé par un ouvrier flamand. Les tags «Wallons dehors» ne sont, eux, presque jamais effacés. Efficacité avant tout. Quant aux panneaux «Là où les Flamands sont chez eux» qui ornent l'entrée de plusieurs communes flamandes, quelquefois même des ponts entiers, et ce, sur les ordres de l'autorité locale, il ne sont pas racistes. C'est une simple précision.

Vous sortez du périph pour aller à Asnières, et à la sortie, on vous assène «Asnières, là où les Flamands sont chez eux». Et ce n'est pas raciste. Ensuite, sur un blog, on vous dit : vous, les Francophones, vous êtes des racistes. Ce n'est pas du surréalisme belge, c'est tout simplement la vision flamande d'aujourd'hui, et c'est tout simplement atterrant. Raciste, le wallon? C'est bizarre, parce que le site Wallonie.be <http://wallonie..be/ <http://wallonie.be/> > existe en 6 langues, alors que le site Flandres.be <http://flandres.be/ <http://flandres.be/> > n'existe qu'en néerlandais et en... anglais. SI on veut la version francophone, on tombe sur une page qui dit que c'est en construction, et qu'en attendant, on doit aller sur l'une des deux autres versions. C'est même très bizarre, parce que pour qui parle couramment le néerlandais (ce qui est mon cas), il y a sur le site Vlaanderen.be <http://vlaanderen.be/ <http://vlaanderen.be/> > tout un chapitre qui explique aux habitants de Flandre quand ils ont le droit (ou pas) de parler une autre langue que le néerlandais, alors que sur le site wallon, rien de tel.

Pourtant, il y a des communes à facilités en Wallonie aussi, et là, il n'y a pas de loi anti-flamands. C'est même terriblement bizarre, quand on sait que l'extrême-droite, ouvertement raciste, est le premier parti au gouvernement flamand, que celui-ci assimile les francophones aux «autres allochtones» : paresseux, profiteurs, étrangers. Alors qu'en Francophonie, le FN doit se contenter d'un siège, obtenu tout juste. Bien sûr, il y a l'histoire. Bien sûr, il y a cent ans de domination francophone, mais cette discrimination tenait avant tout de la ségrégation de classe : ces Francophones qui ont brimé les Flamands étaient en réalité des bourgeois et des nobles... flamands.

La preuve? Ils portaient des noms flamands. N'allez pas me dire que Woeste ou Van de Berghe sont des noms français! Bien sûr, les Wallons ont eu un sort plus confortable que les Flamands pendant la grande guerre... c'est dans une langue proche de leur dialecte qu'on leur expliquait comment se faire charcuter sur le champ de bataille. Alors que les Flamands sont morts pour n'avoir pas compris les ordres. Tout de même, après 3 ou 4 ans de guerre, on peut supposer que la plupart d'entre eux étaient suffisamment intelligents pour comprendre le français? Mais plus sérieusement, oui, il faut le reconnaître, impérativement : il y a eu de graves injustices envers les soldats flamands pendant la grande guerre, comme avec les Bretons bretonnants, les Germanophones ou les Corses en France, comme avec les Harkis plus tard, comme avec les tirailleurs sénégalais. Et évidemment, les épitaphes en français pour des soldats flamands étaient une infamie. Mais c'était en 1914.De 1940 à 1945, bien des nationalistes flamands se sont associés aux nazis pour défendre leur «cause» (alors que depuis 1930, il y avait des bataillons flamands et des bataillons francophones).

Bien des Francophones sont morts en stalag ou sous la torture de ces gens. De cela, les Flamands ne vous parleront jamais. Pire : très récemment, le patron de la NVA (nationaliste de droite non extrémiste), Bart De Wever a cru nécessaire de faire un tout petit peu de révisionisme en critiquant les excuses que le maire d'Anvers venait de faire aux Juifs pour les exactions de sa police, de 1940 à 1945. (Bart de Wever s'en est excusé en petit comité devant les Juifs d'Anvers, mais a «oublié», comme il l'avait promis, de diffuser ces excuses dans la presse, suite à quoi les Juifs d'Anvers, très modérés, ont dit refuser ces excuses si privées.)L'histoire n'est pas simple. L'histoire de Belgique moins encore. Alors revenons à l'actualité : il y a quelques signes qui ne devraient tromper personne, et qui sont autant de signaux d'alarme que l'ambiance complexe du pays et le double langage de certains rendent presque imperceptibles, au point qu'aucune presse ne les relève.

Il y a de quoi s'alarmer. Oui: s'alarmer! Quand tous les partis flamands, socialistes inclus votent, avec les néo-nazis anti-francophones du Vlaams Belang, un projet de loi visant à supprimer la possibilité pour les Francophones de «Boulogne» ou d' «Asnières» d'être jugés dans leur langue ou de voter pour des partis francophones - eux qui sont installés là depuis quelquefois quatre ou cinq générations. (Je précise toutefois que les verts flamands se sont abstenus... mais n'ont pas voté contre.) S'alarmer, quand les sociaux-chrétiens applaudissent avec les néo-nazis, se félicitent ensemble, pour le bon tour qu'ils ont joué aux Francophones. Ce n'est pas Sarkozy serrant la main de Le Pen, non. En Belgique, c'est carrément Bayrou qui danse la gigue avec Mégret ou Golnisch. S'alarmer! Quand le Vlaams Belang, toujours lui, veut mettre une loi à l'agenda de la chambre. Cette loi exige la séparation immédiate du pays. Le préambule de 30 pages est une véritable diatribe anti-francophone.

Dans tout pays occidental, tous les partis démocrates voteraient contre. En Belgique, non : même des chrétiens démocrates flamands, des libéraux flamands, des indépendantistes démocrates flamands se croient obligés, en pleine négociation gouvernementale avec les Francophones, de s'abstenir, plutôt que de se lever d'une voix contre l'extrême-droite. On vous expliquera que la démocratie, en Flandre, c'est de laisser libre cours à l'expression des idées fascistes (et authentiquement fascistes) de l'extrême-droite au nom de la liberté d'expression. Ce sont ces mêmes partis qui, interrogés par une presse étrangère, affirment haut et fort qu'ils sont absolument contre une éventuelle séparation du pays. S'alarmer, donc, quand la complaisance envers les idées du parti néo-nazi le plus puissant d'Europe (qui n'est rien de moins que le premier parti au parlement flamand...) a inondé les cénacles et la presse. Non pas par peur de leur violence, mais par peur de l'opinion publique.

S'alarmer quand un membre de ce parti diffuse sur son site la liste des «Mauvais Flamands», soit celle des signataires d'une pétition pour la solidarité entre les deux communautés, nom, prénom, adresse. Celui qui a connu Vichy devrait, à la lecture de cette dernière phrase, commencer à trembler. Mais bien sûr, c'est du passé, tout ça!Noir tableau que celui que je dresse là? Oui, noir, à dessein, ET par la force des choses. Mais ce sont des faits que je reprends ci-dessus, pas des discours, des simples faits, vérifiables, précis. Autre fait : en 1999, le Parlement flamand a voté une série de lois qui définissaient l'avenir de la Belgique. Ceci devrait convaincre : 60% de la population a décidé de l'avenir de 100% de la population, sans consulter les 40% restants. C'est comme si les Suisses allemands décidaient de tout et imposaient ensuite leurs décrets aux Suisses francophones. Pardon, ce n'est pas «comme si», c'est «exactement comme si».Aujourd'hui, les représentants de ce parlement «négocient» avec les francophones pour faire passer leurs décrets unilatéraux, qui comprennent notamment la scission de la sécurité sociale. Et pour mieux faire «accepter» ces idées, ils expliquent à qui veut l'entendre (et l'écrire) que c'est à l'avantage des francophones, que ceux d'entre ces derniers qui disent «non» les «humilient» (c'est le terme exact utilisé par Bart de Wever, président d'un des partis qui négocient le futur gouvernement avec les Francophones«.)

Ils disent aussi que le Francophone est un profiteur et que Bruxelles s'enrichit de l'argent flamand. Bruxelles? 85% de Francophones, un PIB par habitant proche du double de celui de la Flandre. La seule vraie région très riche du pays. A qui l'on ne rend qu'un quart des produits fiscaux qu'elle génère. Mais cela, on oubliera de vous le dire, parce que pour tous les partis flamands, Bruxelles, 1.200.000 personnes, dont un million de francophones, est la capitale de la... Flandre.

Ceux qui n'auront pas compris que la Flandre veut prendre tout ce qui l'intéresse et abandonner tout ce qui n'est pas assez riche pour elle sont aveugles.

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Newo

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MessageSujet: Re: Quelques explications de ce qui se passe par chez moi...   Ven 8 Aoû - 3:27

Je ne passerai pas mes vacances dans les Flandres. Ca fait des années que je pense que ça pue la peste brune dans le coin. L'impression s'est renforcée ces derniers mois.

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nikros

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MessageSujet: Re: Quelques explications de ce qui se passe par chez moi...   Ven 8 Aoû - 3:50

Wé tou lé flaman c d racist du q
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MessageSujet: Re: Quelques explications de ce qui se passe par chez moi...   Ven 8 Aoû - 19:30

Pas tous :)
De l'extrême-droite aux socialistes, les verts s'abstiennent ;)

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Gonzo

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MessageSujet: Re: Quelques explications de ce qui se passe par chez moi...   Mar 26 Aoû - 15:35

Un article sur la misère des artistes en pays plat, suicide et autres morts inclus

Citation :
C'est arrivé près de chez nous

Rédaction en ligne

lundi 25 août 2008, 11:05
On achève bien les chevaux. Rémy Belvaux, Jeff Bodart, Benoît Lamy… Les artistes fauchés du plat pays se ramassent à la pelle.

C

Noël Godin, éternel pourfendeur de la mollesse. C’est ça aussi qui lui permet de tenir le coup et de mener le combat, malgré les conditions de plus en plus difficiles réservées aux anars de la culture. © Caféin
Septembre 2006. Rémy Belvaux, 39 ans, cinéaste et coréalisateur de C'est arrivé près de chez vous, se jette sous un train. Avril 2008. Benoît Lamy, 62 ans, cinéaste et auteur de Home sweet home, est retrouvé exsangue, dans une mare de sang, à la suite des coups reçus des mains de son conjoint. Mai 2008. Jeff Bodart, 45 ans, chanteur, rend l'âme après quelques semaines de coma consécutif à un accident cérébral faisant suite à une série de comportements autodestructeurs. Juillet 2008. Marie Bucquoy, 33 ans, photographe et fille du cinéaste Jan Bucquoy, se jette du pont de Calevoet, à Uccle.
L'habitude, et une délicatesse pas toujours très bien placée, veut que l'on fasse le plus souvent silence sur le caractère brutal et dramatique des disparitions, en particulier sur les suicides, qui relèvent chaque fois d'une décision infiniment intime et personnelle. Ces silences contentent peu ou prou tout le monde, et évitent surtout de se poser des questions qui dérangent. Eu égard à la douleur des proches et de ceux qui restent, on peut le comprendre.
Mais ici, l'affaire prend progressivement une autre tournure. On est davantage dans une loi des séries que dans une addition de coïncidences. Et l'on est en droit d'avancer, avec un certain effroi, qu'il y aurait quelque chose de pourri au royaume des artistes belges.
Précisons : d'un certain type d'artistes belges. En l'occurrence, les quatre disparus appartiennent à une même mouvance. Pas une famille. Non : davantage une communauté d'esprit, souvent joyeuse, festive, coléreuse et en définitive proche des idéaux anarchistes.
Avec ses copains namurois (Benoît Poelvoorde, Vincent Tavier…), Rémy Belvaux s'est longtemps enorgueilli d'avoir commis les 400 coups. Avec panache, drôlerie, sens de la provocation.
Plus tard, également, en participant de près à l'entartement de Bill Gates. Benoît Lamy n'a jamais caché sa passion pour l'héritage de aMai 68, ce dont témoignent ses films, Home sweet home, Jambon d'Ardennes ou le documentaire sur Noël Godin auquel il mettait la dernière main au moment de sa mort.
Egalement proche de Poelvoorde, Jeff Bodart s'est fait de son vivant la réputation d'un incroyable noceur.
Quant à Marie Bucquoy, suicidaire récidiviste, c'est dès le berceau qu'elle est tombée, contre sa volonté, dans la marmite paternelle des slogans libertaires et autres appels à l'insurrection anar.
Il y a une forme de logique à voir les artistes prônant l'« hénaurme » finir comme ils ont vécu : dans la poudre.
On se serait étonné de les voir vieillir dans leurs pantoufles, satisfaits au coin du feu. Et sans doute auraient-ils signé pour une vie courte et dense plutôt que longue et lente. Mais là, le retour de boomerang est pour le moins violent.
Pourquoi ces dénouements tragiques ? Pourquoi ces histoires qui tournent mal, chez des créateurs qui nous avaient davantage habitués à leurs rires, chansons, délires gourmands, appels à l'insurrection joyeuse ?
On peut trouver toutes les raisons du monde, reste un fondamental : en tout artiste sommeille un aspirant suicidé. Et en tout comique un tragique. L'art, tout comme l'anarchie, la subversion ou l'humour, est un dangereux explosif. Une grenade qui, parfois, vous pète entre les mains. C'est dans le « métier » du rire et de la provocation que les dégâts sont les plus spectaculaires. Les surréalistes s'envoyaient des lettres d'injures. Francis Blanche dépassait dans le privé les limites de son humour noir… jusqu'à se fâcher violemment avec ses amis. Lenny Bruce, comique de stand-up, est mort d'une overdose d'héroïne à 40 ans.
Desproges, Coluche, Reiser et Thierry Le Luron sont tombés comme des mouches dans la fleur de l'âge. D'autres se sont donné la mort. Comme le dessinateur Chaval, le comédien Ronny Coutteure, le clown Achille Zavatta.
« Les quatre cinquièmes de nos relations sont désespérées, reconnaît Godin, boule de vie et dynamite de joie. Ce qui m'étonne en vérité, c'est qu'il n'y a pas beaucoup plus de suicides. »
Très marqué par les disparitions récentes de Benoît Lamy et de Marie Bucquoy, le cinéaste Richard Olivier enchaîne : « Je suis littéralement hanté par l'horreur. L'autre nuit, à trois heures du matin, je me suis dit : je vais me lever et me jeter moi aussi du haut de ce maudit pont de Calevoet. » Il ne se dit pourtant pas malheureux. Alors quoi ? Y aurait-il une épidémie ? Il reprend : « L'autre jour, un jeune cinéaste m'appelle, et me demande de venir le filmer, “ parce qu'après, je veux mettre fin à mes jours”, me dit-il. Il y a aussi ces mots d'une autre cinéaste, Inès Rabadan, qui me reviennent à l'esprit. Elle m'a dit qu'elle ne savait plus où elle en était, ni si elle allait continuer à faire du cinéma. »
Les artistes sont des affamés. De reconnaissance. D'amour. De vérité. Et là, c'est comme s'il y avait famine. « Vous allez voir, reprend le cinéaste, on va commencer à disparaître. Je dis ça depuis un an et demi. Il va y avoir une accélération. C'est comme si la vie était de plus en plus courte et longue. »
Olivier a vu beaucoup d'amis artistes partir sur un coup de tête. Lui est toujours là. Mais, précise-t-il, « si je suis encore en vie parmi mes amis, c'est parce que je ne bois que de l'eau et du Cécémel. Beaucoup de mes amis de ma génération sont des alcooliques. Ou alors ont le foie dans un état terrible. » Godin confirme, en revenant sur la disparition récente des quatre artistes : « C'était, tous, à leur façon, de sacrés picoleurs ». Alcool, et – pourquoi pas – cocaïne ou héroïne. L'affaire est vieille comme le monde. Les drogues, douces ou dures, sont les maquereaux de bien des artistes. Et apparaissent en temps de crise comme un substitut de rêve. Le sésame d'une évasion immédiate.
Vers où s'évade-t-on ? Que fuit-on ? « A l'arrivée, soi-même », continue Godin, qui constate que les trahisons d'amitié sont par les temps qui courent de plus en plus nombreuses. Pourquoi ? « Parce que les gens sont plus déséquilibrés, ont moins de contrôle sur leur vie. Et s'il y a plus de trahisons, c'est qu'il y a de plus en plus d'autotrahison. On se trahit soi-même. Or, la perte de confiance en soi est une drogue qui fait de sacrés ravages. » Toutes les crises se tiennent la main. La crise existentielle est indissociable de la crise relationnelle. Elle-même inséparable de la crise économique, qui frappe de plein fouet. Dans un contexte de fragilité sociale, chacun fait ce qu'il peut pour sauver sa peau. Et la loi de la jungle existe aussi dans le milieu des « affaires » culturelles.
Il n'a plus de place pour tout le monde, et les premiers sacrifiés de la star-académisation de la culture sont évidemment les artistes à la marge. Pour se donner toutes les chances d'exister, il est préférable de se plier aux modes et diktats de l'esthétique en vogue. Pour s'en sortir, pour faire entendre sa voix, pour accéder à la reconnaissance, il faut composer. Se prostituer. Se prêter aux caprices de la société du spectacle.
D'aucuns s'y sont symboliquement brûlé les ailes. En jouant pleinement le jeu du marché médiatique, Philippe Geluck a vraisemblablement perdu de son mordant, et s'est littéralement « druckérisé ». Aujourd'hui, les griffes de son chat sont bien souvent douces comme la soie. Pionnier du cinéma indépendant trash (C'est arrivé près de chez vous), Benoît Poelvoorde, assurément le plus talentueux de sa génération, a quant à lui peu à peu pactisé avec les diables du gros film commercial. Et Astérix aux jeux olympiques fut, à l'en croire, le tournage de tous les cauchemars. Avec à l'arrivée, une toute grosse crise existentielle. Travaillé par une conscience qu'il a radicale et pleine de noblesse, l'ami de feu Rémy Belvaux et Jeff Bodart est aujourd'hui bien seul au monde. Son salut viendra d'un retour aux sources.
Ceux-là ont sacrifié à l'uniformisation du marché. Ils existent, certes, mais à quel prix. « Le problème, explique Théophile de Giraud, écrivain, c'est que ceux qui ne se compromettent pas et tentent de rester fidèle à leur radicalité, comme les écrivains André Stas ou Robert Dehoux, n'ont aujourd'hui plus voix au chapitre médiatique. Ou on les ignore ou on les folklorise. »
Même la presse satirique n'est plus ce qu'elle était. Selon Giraud et Godin, elle ne ferait plus son travail. « Les temps sont très durs pour les artistes de la subversion, il n'y a qu'à voir ce qui se passe à Charlie Hebdo. » Le licenciement de Siné participe à la transformation du journal « bête et méchant » en un opus « responsable et sérieux ».
Que reste-t-il aux artistes de la marge, souvent dragués par le mal de vivre et la Camarde ? Les réponses sont dans leurs œuvres et happenings. Le point commun entre le coup d'Etat symbolique de Bucquoy, les tartes de Godin ou C'est arrivé près de chez vous ? Une certaine idée du combat. « C'est elle qui me ramène à la vie et me donne le coup de sang », reprend Théophile de Giraud. L'écrivain met la dernière main aux préparatifs d'un happening bruxellois contestataire (le déboulonnage de la statue équestre de Léopold II). « Entre ça ou le constat que rien n'a de sens, franchement j'aime autant ça. »

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