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 Croisements hivernaux

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Zabos



Nombre de messages : 7159
Localisation : Entre deux guerres
Date d'inscription : 21/02/2005

MessageSujet: Croisements hivernaux   Jeu 22 Mar - 19:59

Allez, pouf, un extrait du "roman" que j'ai pondu entre 1998 et 2000. Mon "machin de jeunesse", l'exorcisme de mon adolescence.

Voici l'épisode 1 de cet extrait:

Citation :
Sacrément bizarre, cette nuit, foutrement absurde. Julien marchait, je sais, encore, dans les rues d’un Nancy perdu dans le naufrage du positivisme millénariste. Bonne année 2000, dégueulaient les décorations de Noël, sorte de papier tue-mouche sur lequel viennent se coller les abrutis attirés par la niaiserie, la démagogie et les bons sentiments à deux francs. Bonne année 2000. Ouais. Notre brave Julien aurait de loin préféré « Bonne chance ». Engoncé loin, très loin dans sa parka, solitaire et content de l’être, il s’en retournait doucement vers le centre-ville, avec pour objectif final la Vieille Ville, où vivait Alain et par conséquent Mathilde, en sifflotant Wake Up in Hell de Synergy, qu’il avait entendu régulièrement dans la chambre de son frère. Se réveiller en Enfer, amusant. Il espérait bien que le lendemain matin ne serait pas un enfer, hors gueule de bois, bien sûr. Ça tournait dans sa tête, ça papillonnait, mais les ailes de sa pensée refusaient obstinément de se calmer et de se poser sur ce qu’il faisait, sur pourquoi, sur comment, et surtout sur le bien-fondé. Et cela dit, son esprit se concentra pourtant un instant. Je vais arriver, je vais sonner et il est… il consulta sa montre… bordel, quatre heures moins le quart. Je vais commencer par la réveiller, d’entrée, pour lui jeter à la face je ne sais même pas quoi. C’est vrai, que lui dire ? Et puis, si j’avais une chance, depuis que je la connais, il aurait bien dû se passer quelque chose ? Je vais tout briser, je le sens. Et puis si ça se trouve, elle ne dort même pas, elle est avec des amis, et elle aussi fait la fête. Ce n’est pas probable, mais toujours à redouter. Et moi, j’aurai l’air con. Avec ma parka de yéti, elle m’ouvrira fringuée comme pour une soirée genre étudiant, et elle me dira : « oh ! Julien » avec des gros yeux, et moi je ne dirai rien parce que j’aurai les jetons et je tremblerai, dans le fond il y aura plein de guirlandes lumineuses et la compil des cent meilleurs tubes discos avec les gens comme des tubes en train de se dandiner, et là un mec arrivera et la prendra par la taille avant de me sourire et de me faire : « Salut ! T’es un pote à Mathilde ? ». Et moi, je sauterai en arrière dans les escaliers l’air de rien, les mains dans les poches, et pendant que mon crâne s’écrasera sur le marbre et que ma cervelle dégoulinera dans un abjecte épanchement visqueux, j’écouterai le bruit de mon cœur en train de mourir.
Ouais là, c’est pas mal, je visualise bien le truc. Mais p’têt que je dramatise un peu. Elle n’est pas assez conne pour fêter l’an 2000 en écoutant du disco un verre de champagne à la main. Quand même pas. On a tous des défauts, mais il y a des limites.

Il arriva insensiblement place Saint-Epvre, et restait une ombre encapuchonnée, méconnaissable. Il ne répondait pas aux sollicitations des joyeux festifs, plus par absence de la réalité que par réel mépris. L’église ne lui avait jamais paru si menaçante. Il avait l’impression qu’elle se penchait sur lui avec de gros yeux oranges et ricanait comme la lune se moque d’un soleil qu’elle éclipse. Oui, en fait, peut-être bien qu’il était risible, ce jeune fourbe de mec pas si sûr que ça de lui. Facile d’être à l’aise en face d’une pétasse immaculée, mais face à une Mathilde montagneuse et charbon, il était tellement ailleurs… il errait dans les profondeurs de la mine avec l’air et le panorama de la montagne. C’était ça, à tous les coups. Des fenêtres des maisons s’échappaient des effluves de conneries, Hermes House Band, Gloria Gaynor, Jennifer Lopez et compagnie, accompagnées de cris débiles et de célébrations glauques, à la sortie des boites la connerie s’amplifiait de minute en minute au fur et à mesure que sortaient les abrutis, les gens étaient heureux, tant mieux, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ah, s’il n’avaient pas été si nombreux, les gens, Julien leur aurait bien foutu sur la gueule tellement ils étaient chiants et stressants de joie conne. C’était à gerber.
Il passa sous les arcades à l’extrémité de la place et rue Saint Michel, voilà que se profila avec une inattendue majesté le vieil immeuble parfaitement et même luxueusement rénové où vivait Mathilde et accessoirement, très accessoirement, Alain. D’ailleurs, Alain, à peu de choses près, ça faisait Alien. Ah, Ah, très marrant.

Mais ce n’était pas ça qui allait arranger les affaires de Julien. Il avait besoin de mieux qu’un jeu de mot pour se mettre en jambe. Le plus amusant, c’était que d’un point de vue extérieur, il restait ce paquet obscur et inébranlable, les mains dans les poches jusqu’au coude. Mais dedans, il expérimentait tout et n’importe quoi, la frousse en tête. Et pourtant, il s’approcha tranquillement de la porte, avec cette nonchalance paranoïaque qu’il avait affecté d’afficher depuis qu’il avait traversé la ville sans en avoir vraiment bien conscience. Si une voiture lui était passé dessus, il aurait continué somme toute à déambuler tranquillement, le gars. Perdu dans sa tête un peu grande il est vrai. Complexe, surtout. Voire bordélique. Bien entendu.

Un coup qu’ils se baladaient tous les deux, elle lui avait montré où elle vivait avec son petit pois de copain, passant vite devant l’immeuble et se coulant l’air de rien vers la pépinière. Elle n’aimait pas trop au final se balader avec Julien, tant elle avait peur de tomber sur un ami d’Alain ou pire, sur Alain lui-même. Sur Alien au parc de la Pépinière, entre les singes et les chevreuils. Alien, fidèle, trop fidèle. En un sens, elle n’avait pas de chance, elle était tombé sur un playboy fidèle. Quelle connerie. Elle se serait autrement fait un plaisir de lui refourguer une petite minette dans les pattes histoire qu’il « faute » amplement et qu’elle puisse s’en détacher comme d’une sangsue goulue et infecte. C’est du moins ce qu’elle pensait vaguement en somnolant quelques secondes avant que ne sonne Julien.
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MessageSujet: Re: Croisements hivernaux   Jeu 22 Mar - 22:44

argh, humpfff, comment dire... faut bien commencer quoi ;-)
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Zabos



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MessageSujet: Re: Croisements hivernaux   Jeu 22 Mar - 23:04

Ouais hein?

Je relisais ça tout-à-l'heure et je m'amusais à comparer avec comme he l'écrirais maintenant.

Non pas que j'écrive mieux.

Mais je n'écris plus pareil.

Faudrait que je le réécrive pour le fun, ce même passage. Pour voir.

Et en même temps j'ai encore de la part 3 de chro Mon Dragon à finir.
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MessageSujet: Re: Croisements hivernaux   Aujourd'hui à 13:26

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Croisements hivernaux
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