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 Textes de la rue

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Zabos



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MessageSujet: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:45

[Honteux copié-collé de ce que j'ai posté sur un autre forum]
[Rebaptisons ce topic leurs oeuvres]

Zabos de la Mancha a écrit:
J'avais envie de balancer des textes de clodos (va crever saloperie de vocabulaire politiquement correct) du coin de Nancy récupérés y'a des années sur un site qui visiblement n'existe plus mais que j'avais gardé sur mon PC...

EDIT: Si, il existe encore!

http://www.remue.net/atel/DdA/


Dernière édition par le Ven 22 Sep - 13:48, édité 1 fois
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Zabos



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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:45

Catherine Bertrand

J'invente des chansons. Ça parle d'amour, ça parle des pauvres. Je les chante toute seule. Je dors, je n'arrive pas à dormir. J'invente des chansons, je me les dis à moi.

Une petite fille dans un arbre
Elle pleure dans les bras de sa mère
Elle n'a pas compris pourquoi j'ai pleuré
Dans les bras de ma mère
Je ne comprends pas pourquoi tu as des douleurs
Parce que moi j'ai vu souvent j'ai connu
Une soeur qui pleurait dans un arbre
Et c'était moi


A l'âge de six mois je suis partie à la DASS. Je n'ai retrouvé mon père qu'à l'âge de vingt-six ans. Et je l'aime autant, et même plus qu'avant.

Le ciel est bleu
Je voudrais tant aider les pauvres enfants
Un jour quand je serai grande
J'aiderai tous les pauvres enfants
Maman ne m'abandonne pas, un jour je serai auprès de toi
Quand je serai partie loin de ma vie
Une petite fille dans un arbre
Elle pleure dans les bras de sa mère
Elle n'a jamais compris
Pourquoi j'ai pleuré dans les bras de ma mère
J'étais dans l'appartement
Elle m'a oubliée
Elle m'a envoyée à la DASS
Elle m'a envoyé les flics
Et mon père était en prison
Et ma mère m'a menti
Pourtant elle est morte et je l'aime bien


Ça me fait mal. J'ai perdu une mère que moi j'aime. Moi je dis : " Moi ça va m'arriver, je déconne, je ne sais plus ce que je fais, dans l'état où je suis ce n'est pas la peine. " J'en ai marre, je veux disparaître de cette vie. J'avais six mois quand j'ai perdu mon père. Mon père m'a recherchée et moi je le recherchais. Quand j'avais vingt-six ans, mon père m'a retrouvée, j'étais ici dans le foyer et derrière moi j'entends : " Ma fille. " Ma mère après m'a dit la vérité, parce qu'elle a compris ce que je voulais.

Une larme dans les yeux
Ça fait mal dans le coeur
Mais moi un jour je disparaîtrai de ma vie
J'espère que tout le monde comprendra
Et tous les jours je vais dans le parc à Lunéville
Tout le temps j'étais ici à Lunéville
Une petite fille dans un arbre.
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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:47

DIDINE

Je vis dehors depuis il y a si longtemps.
Mes parents, ils habitaient rue Laflize, et après rue Mangin. Ça a été tout cassé, rue Laflize. Même la boulangerie n'y est plus.
A l'âge de douze ans, je faisais la manche, pour nourrir mon petit frère et ma mère. Avoir du pain, du lait, du sucre. A treize ans je dormais dehors. On était enfant. Je n'ai jamais eu froid de ma vie.
Juste avoir du pain, du fromage. J'avais des sous pour mon petit frangin, un litre de lait, une baguette.
A vingt ans, pour l'armée, j'ai été à Verdun, mais au bout de quatre mois, épilepsie, réformé.
Avant j'allais à Laxou, on faisait du bois, des cendriers, des bateaux, de tout, c'était bien. Mais quand j'ai eu mes crises d'épilepsie, ils ne voulaient pas me garder.
Faire la manche, et tout ça, et puis manger. Manger, boire et puis c'est tout. Avoir des clopes. Si je n'ai pas mon tabac c'est fini, je suis malheureux.
Des fois, ce n'est pas moi qui commande, ce n'est pas moi qui est en moi. Si j'ai envie de faire quelque chose, si j'ai envie de retourner la table, je retourne la table : c'est celui qui est en moi. Ça arrive, que je fasse quelque chose, il faut que je le fasse.
Là, pour l'instant, je reste tranquille, personne ne veut le croire, que j'ai quelqu'un en moi. On m'a fait des radios, ils n'ont rien vu du tout. Je pourrais tuer, même. Comme là, j'ai cassé un carreau. Ça ne prévient pas, pas du tout, c'est lui qui m'oblige à le faire.
Moi, ma vie elle est foutue. Parce que tout ce que j'ai sur le coeur, ça va se perdre. Je ne peux pas dire tout ce que j'ai sur le coeur.
Je voudrais bien retourner à mon enfance. Comment c'était avant.
J'en ai rien à foutre de la vie.
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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:49

Falco

On a été voler des lapins à Laxou, avec Titi et un autre copain. Les flics arrivent en fourgonnette, la nuit. On avait chacun vingt-cinq lapins dans un sac, des petits. Les flics : Qu'est-ce que vous avez dans votre sac ?

Messieurs les policiers, je veux vous montrer. Les lapins partent dans tous les sens, voilà les policiers qui courent après.

Nous on monte sur le toit d'une voiture, on saute : on était dans le cimetière de Préville. Avec Riton, on s'est assis sur une tombe, on a joué à la bataille. Titi regardait. De l'autre côté, il y a un gardien. A huit heures, quand il a ouvert, j'ai cru qu'il allait faire une syncope.Une fois, à Jarville, on a pris une canne à pêche, un hameçon, dix minutes après on a eu une oie, on l'a remontée. On a été chercher du bois dans la forêt, à Maxéville, et le squat où on était il y avait un bac en inox. On l'a fait cuire comme ça.

Titi, moi et le Riton, j'ai piqué une bagnole. Les flics au cul.

On se retrouve à Maxéville, dans une chambre froide. On se fait enfermer, on ne pouvait plus sortir. Il faisait moins quinze. On a cassé la porte, on mis deux heures. On était en tee-shirt, on a failli mourir. On était entrés dedans par hasard, mais il n'y avait pas de poignée à l'intérieur. en haut, il y avait des crochets de boucher, c'est avec ça qu'on a cassé la porte.

L'année dernière, à Noël, j'ai sauté dans la Meurthe à Pompey, pour sauver un chien qui se noyait. Les pompiers m'ont dit : Falco, t'es cinglé, nous on l'aurait jamais fait. Le chien, je l'ai ramené vivant.
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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:50

Michel Aubry

Je suis né dans les Vosges, Trenteville, c'est un village paumé. Pas un seul magasin, rien. Neuf kilomètres pour trouver une boulangerie. Je prenais le tracteur, dix kilomètres tous les jours pour le tabac, café, sucre. Jusqu'à mes seize ans j'ai vécu en ferme.

J'ai appris à travailler, à faire la cuisine, conduire les tracteurs, couper les arbres, les tailler, les blanchir, faire les repères pour les bûcherons. J'ai appris à voyager tout seul, pour faire la route. Déjà pour trouver un toit, un peu de travail. Je n'avais pas de délai, je suis parti de moi-même, j'ai pris mon sac, je suis parti. J'avais des habits, une pancarte, un peu de sous.

Je suis allé un peu partout : en Alsace, à Bruxelles, dans le Jura, puis Toulouse, et Perpignan, Marseille, Nice, Cannes, toute la côte. J'ai été en Corse, je suis reparti vers d'autres villes. Toujours le stop, le pouce ou alors la pancarte. Je marque Strasbourg, je vais sur la route, j'avance. J'ai rencontré beaucoup de copains, j'ai roulé ma bosse.

Je n'ai absolument plus remis les pieds dans le village. En ce moment j'y pense beaucoup. Il faudrait aller à Épinal, à Épinal je change de train, je vais à Gérardmer, après j'ai encore quinze kilomètres. La sortie de Mirecourt et c'est dans la montagne.

J'écrivais de temps en temps. Pour dire où j'étais. Un petit coucou. Une carte postale, comment j'étais :
" Bons bisous de Toulouse signé Michel. Je suis en forme comment vas-tu. "

En général je donnais l'adresse de la mairie, quand j'étais plusieurs mois j'allais voir mon courrier.

Sur la route, des fois tu tombes dur des gens plus ou moins louches, qui fument, qui se piquent ou qui picolent. Les yeux dilatés, blancs. Ils te proposent. Je dis non. Je me demande : T'es où, toi ? Moi je suis pas là, moi !

Mes journées elles sont longues. Je suis dehors, je vadrouille. Je vais à droite je vais à gauche. Je travaille pour les personnes âgées que je rencontre dans la rue. Rendez-vous à tel jour à telle date. En général c'est le jour même. Le jardin, couper le bois pour l'hiver. Un truc que je connais, aussi : le ménage. Pour les personnes âgées, faire les vitres. Les personnes âgées elles ne peuvent plus travailler.

Je fais la manche : une petite pièce pour me dépanner, pour manger.
Le plus dur, c'est l'hiver. c'est galère. J'aurais su avant, je ne serais pas parti. C'est ça que je regrette, la famille, les frangins. On était quatre frères. Ça fait plusieurs mois, plusieurs années, et me voilà ici.

L'été c'est beau là-haut, et l'hiver, et l'automne, le printemps, toutes les saisons. En général l'hiver il y avait beaucoup de neige. J'ai appris la maçonnerie, et bûcheron, en apprentissage. Bûcheron surtout c'est dur. Démarrer la tronçonneuse, recouper selon ce que le patron il disait. Au début je savais pas. Et aussi bien l'hiver que l'été. C'était pour moi une passion que j'aimerais bien refaire en ce moment.

La ferme, il n'y a plus personne. La ferme a été vendue. Tout a été vendu.

Et ça aurait pu être toute ma vie.

Ça me manque beaucoup, d'avoir tout perdu.
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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:52

Sylvain Renel

On n'est pas né sous le coton.

La rue, c'est quoi ? je vais t'expliquer. J'ai passé deux hivers, j'ai dormi à droite à gauche. J'ai dormi dans une vieille voiture. Je connaissais le patron, il m'a dit tu peux dormir ici, je me suis débrouillé.
J'ai fait les routes, j'avais vingt-et-un ans, j'en ai trente-six. Je suis allé en bas de la France, Perpignan, Carcassonne, enfin tout le bas. Je sais pas pourquoi j'ai atterri à Nancy. Moi je suis de la Haute-Marne, je joue de la guitare et de l'harmonica.

Je suis au feu rouge. J'ai une pancarte. Je peux pas jouer de la guitare, la vitre fermée ils entendent rien. J'ai marqué :
A la rue / Ce qui m'arrive peut vous arriver un jour / Un geste, je vous remercie

Je change tout le temps. Il y a des trucs qui me viennent. Je dis : Merde, ça marche pas. Ou j'avais marqué, comme ça :
A la rue / Un geste d'amitié / S'il vous plaît merci
Et des fois je marque simplement :
Bonjour

Il y a plein de trucs qui me viennent. A chaque fois je change de pancarte. Je me suis dit : Pourquoi je suis comme ça ? J'ai pas de solution. J'aime ma liberté.

Un jour, il y a un mec qui m'a dit : " C'est pour boire ? " J'ai dit : " C'est pour survivre. "

Mon premier hiver je l'ai passé au plateau de Malzéville. Une ancienne boîte de nuit discothèque, en remontant la côte, sur la droite. C'est abandonné. Le nom, c'est La Gueule du Loup. J'ai trouvé ça. On s'est installés, on a fait un genre de squat. Dans la baraque, j'ai récupéré un matelas, des couvertures, ce qu'il faut. Il y avait des chaises, une cheminée, on pouvait faire du feu pour manger. J'étais équipé : j'avais un ouvre-boîte, j'avais récupéré une grille.

Tu vois l'Hyper Affaires à Seichamps, c'est un peu plus bas. Il y a une pancarte rouge, c'est marqué Propriété Privée. Alors il y a le feu rouge, plus bas que mon squat. Le feu rouge est au croisement, c'est la route d'Agincourt, en dessous d'Intermarché.

Mon squat il y a une espèce de porte que l'Indien et moi on a fait. C'est un ancien garage, on a tout nettoyé, tout mis aux poubelles. On n'a pas de lumière, on s'éclaire à la bougie. Pour faire à manger, on mange froid. Maintenant c'est un squat propre. Il y a un sommier, matelas dessus, on peut y dormir à trois.

Il y a l'Indien et moi. L'Indien c'est un surnom. On l'appelle l'Indien, parce que c'est un homme qui sait tout faire. Tout faire de ses dix doigts. Pas la peine de lui dire voilà un marteau puis des pointes, il sait tout faire. Mais il vit en Indien, il a de grands cheveux.

On faisait de la récupération. Dans les poubelles, tu t'enrichis. Tu trouves n'importe quoi, tables de nuit, tables, chaises. Des petites bricoles, des chutes de moquette, carrelage, tout, tu trouves.
Mais quand arrive le soir, quand je suis tout seul, c'est comme un rideau qui tombe.

Seul, seul, seul. Je réfléchis, je réfléchis.

Je sors dehors et je me dis : Pourquoi je suis comme ça ?
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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:54

Jean-François Rosquin
Moi j'ai commencé mineur.
C'était mon parrain qui était mineur, j'ai vu dans mon enfance tous les mineurs sortir.

Dans ma famille, on a toujours été partageur. Les mines : Sancy, Anderny, Malavillet, Fontoy.

Je fais partie d'une grande famille, les de Wendel on travaillait pour eux. Mes oncles étaient des hommes remarquables.

J'ai eu une enfance, j'étais bien.

C'était à Sancy, à cent kilomètres d'ici.

Les voisins de palier, j'allais souhaiter la bonne année, je revenais avec cinquante balles. Ma grand-mère m'a dit : Tu les laisses là, tu iras chez le boulanger, tu t'achèteras des bonbons. Des gens qui étaient avenants. Tous mineurs. On a tous été au charbon.

Je suis descendu dans les mines, j'ai été effrayé. La mine, c'est l'impression de descendre dans un gouffre. Je n'ai pas stationné, je suis remonté et j'ai bien fait. J'avais entre dix ans et quatorze ans, avec mon parrain. J'ai dit : Moi, je ne suis pas une taupe. Il m'a dit : C'est le métier.
J'ai le souvenir des Italiens de mon village, pastacciuto à l'italienne. On était voisins, un coup on allait chez la personne, un autre coup chez l'autre personne.

Ma grand-mère avait un petit pécule. J'allais aux champignons, on prenait un rond de champignons, le panier rempli. La grand-mère : Tu nettoieras, moi je fais la popote, partage de boulot. De temps en temps je ramenais des pigeons ramiers. C'était l'époque où ce n'était pas interdit.
Les grenouilles, à l'épuisette. Dans le bac, et puis on les dépeçait petit à petit. Les escargots.

Ma grand-mère c'était Clémence Jung, luxembourgeoise. Elle ne m'a jamais tapé. Il y a des gens dans le pays qui essayaient de sensibiliser ma grand-mère pour que je ramasse une danse, elle ne m'a jamais mis une danse.

Mon père était manoeuvre, ma grand-mère n'a pas voulu que je sois manoeuvre. Dans le village, on ne pouvait pas faire de métier, c'était seulement les mines ou les aciéries.
Mais j'étais le dernier de la classe, dans mon pays, avec un agriculteur. Mais l'agriculteur il a hérité de son père. Moi je vais là-haut, il me dit : Là il y a à manger, tu restes là. Paysan et homme de la ville, ça revient au même.

Il y avait un curé qui me bastonnait. J'ai quitté le pays. Lui, le voisin discute, il nous mettait là-haut, et le curé, il passait, il nous fichait son poing dans la gueule. Des petits bambins comme ça, au certificat d'études.
Il faudrait qu'ils réfléchissent sur leurs trucs. J'étais en évasion de lycée, j'avais le maire et le curé qui me faisaient la chasse à l'homme. mais il y avait des remparts autour du village, je laissais tout ça derrière moi, mais deux jours après ils me ramenaient à Sancy.

Ma grand-mère : Tu l'as mérité, t'as fait le con. Mais elle a été discuter avec le curé, c'était le plaisir de taper.

Ma grand-mère m'a dévié, pour que je fasse des études à Nancy. Ma grand-mère est morte, mais s'il y a un septième ciel, elle doit regarder ça.
C'était Nancy qui m'intéressait. au niveau coup de pinceau, je suivais. J'ai suivi des cours de dessin, mais pinceau je suivais. De fil en aiguille ils m'ont laissé dans mon milieu.

Je suis arrivé à la Malebranche, avec des types sévères, mais réglo. Vous faites les cours, vous nettoyez. Maison Matisse, tous des grosses cylindrées. J'ai fait mon CAP de décorateur-peintre, et après j'ai fait autre chose.

Bernard Ramel, à Saint-Max, il faisait des tableaux, qu'il exposait à Sainte-Epvre.

J'ai été travailler chez Lagarde, des travaux à faire pour les Beaux-Arts, pas mal de trucs comme ça.

A l'extinction de ma grand-mère j'ai décidé de prendre mes ailes, tout en pensant à ma grand-mère, et à Félix, mon grand-père. Il n'y a jamais eu d'anicroche entre nous, parce qu'on est en famille. Maintenant, qu'est-ce qu'il me reste, des cousines, je suis obligé de faire un tour, c'est quand je vais à Trieu, en Meurthe-et-Moselle, pays de Maurice Ouvion, champion de saut à la perche, un homme remarquable, à l'époque c'étaient des perches en bois.

On a fait les campagnes, pas en temps de guerre, mais seize mois. Aucun problème avec les généraux, les chefs, les adjudants. A Nancy, avenue de la Garenne, en face du parc Sainte-Marie.
Je ne suis pas manoeuvre, j'ai fait les finitions du TGV Atlantique pour Alsthom à Belfort. Belfort, huit ans, des excellents copains, des excellents amis.

Il y a les balances qui racontent des tas de conneries, puis on est bec-de-gaz. On ne peut pas s'exprimer, et je ne suis pas allé me coucher, c'est pas mon rôle. Je veux bien discuter avec la personne, mais je veux pas être embêté sur la discussion.

Je n'ai jamais douté de rien, seulement il faut de l'amitié, de la compréhension.

Naturellement, j'étais en désaccord avec mes chefs, je suis revenu à Nancy, à Belfort ils ne m'ont jamais revu.
Un jour il faut qu'on parte, alors on part en beauté. On boit un coup, on part.

Je suis revenu à Nancy, parce que c'est mes racines. Je suis revenu à pied. J'ai rencontré un Algérien, un homme remarquable. J'ai vu une Estafette, une 4L qui faisait demi-tour. C'était la première voiture qui s'arrêtait. Il m'a interpellé : Les Français, ils te laissent tomber sur la route ? J'ai dit : Je vais à Nancy. Il répond : Je vais te monter jusque là-haut. Il y avait une bise glacée, et c'est cet Algérien qui me dit : Les Français ils ne te prennent pas en stop ? Je lui ai expliqué mon problème, je lui ai dit que je n'avais pas de solution. Il m'a emmené dans une station, café. Tu comptes t'en sortir ? Bien sûr, évidemment, c'est mon pays.

Sancy je n'y étais pas retourné depuis vingt ans. J'ai été attardé à Trieu, j'ai été mettre une gerbe sur la tombe de ma grand-mère. La seule voiture qui passait, ils m'ont reconnu. Ça a fait jaser dans le village.
Les gens du village, j'arrivais en pleine nuit, j'allais au cimetière sur la tombe de mes grands-parents. Il y avait toujours une voiture qui passait. J'allais sur la tombe de mes grands-parents, j'avais raison ? J'allais à la messe, aussi. Mais comme ma famille n'allait pas dans ce sens-là, je préfère des initiatives individuelles.

Je voulais m'inscrire à l'université, mais il me fallait deux mille balles. Il y a une grand-mère qui m'a dit : Écris tes mémoires. J'y songerai.
J'étais piégé par des gars qui étaient plus hauts que moi, mais plus cons que moi. C'était il y a huit ans. Le type il a voulu que je sois clochard, mais je lui ai prouvé que je ne serais pas clochard.

J'ai fait des chantiers de peinture. J'ai travaillé avec des grands. A Nancy, chez Ramel, c'était pas des manoeuvres. J'ai travaillé avec des maîtres, qui exposaient à Stanislas. Ils m'ont appris mon métier. Ils ont contribué que j'ai une place.

Il y en a beaucoup qui sont morts, mais six mois après, c'est resté dans le cerveau.

J'ai fait trois ans de rue, à Laxou. Le maire de Laxou m'a aidé, je tiens à le remercier. Je suis retourné au foyer où j'étais avant, quand j'étais élève, à Louis-Sadoul. J'ai été très bien aidé. Des gens qui m'ont évité des courants d'air. ils m'ont filé des couvertures.

J'ai continué mon, parcours. Pas au pied de l'arbre, mais au sommet, progressivement.

Là je suis obligé d'être au foyer, mais ils savent très bien que je vais repartir, je veux réussir ma vie.

En ce moment, je réfléchis à ce que je peux faire. Mais il y a une marge de sécurité importante.

Je laisse mijoter. Il n'y a pas de retard, rien du tout. Les mines ferment. Une ouverte de temps en temps.

J'ai bien la maison de ma grand-mère, mais je ne vais pas rester là, sans rien.
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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:55

Ils sont cinglés, les mecs qui m'ont fait ça

Emmanuel Ledru

J'ai vingt trois ans, ça fait cinq ans que je suis dehors. Depuis que mes parents sont morts.

Mes parents sont morts dans un accident de voiture. Je suis de Châlons-en-Champagne, Châlons-sur-Marne, mes parents étaient au chômage depuis un an. Terrible, l'accident de mes parents, et puis le loyer qui n'était pas payé, alors, j'ai dû partir. J'ai pris le train et voilà, Nancy.

J'étais à droite à gauche, en foyer, ça me plaisait pas alors je partais. Toujours on se fait voler, tu poses ton pantalon sur le lit et deux minutes après y'a plus rien. A la gare du Nord à Paris, cent cinquante francs, c'est des mecs qui m'ont volé mon argent. Je zonais, je dormais dehors. Quatre hivers d'affilée j'ai dormi. Quatre hivers dehors en dessous des ponts, un pont.

J'avais froid, la peur aussi, la peur surtout.
Parce que quand on dort, il y en a, ils m'ont fait des vacheries en foutant le feu à ma jambe. Ma jambe là, brûlée au troisième degré, des greffes. Il était vers minuit, je dormais dans une rue à Mirecourt, à Mirecourt sur un banc public et ils ont mis de l'essence sur ma jambe, enflammée pendant que je dormais. Ils sont cinglés les mecs qui m'ont fait ça.

De temps en temps je fais la manche à Tomblaine. Tout le temps tout seul dans la rue, tout seul. Avec dans les poches : zéro, regarde le porte-monnaie : vide. J'ai rien, je touche rien. Je fais la manche avec ça, une petite boîte en fer. Les gens dans la rue, ils te regardent d'un air : Tu peux crever, t'es un clochard, rien à foutre.

J'aimerais bien m'en sortir. Pour oublier, parce que marre. Oublier mes problèmes.

Etre tout seul, j'ai le trac.
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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:55

La vie là, faut que ça fasse une halte

Jean Brotons

Je suis tout le temps à la rue.

C'est rarement que je mange. C'est rarement que je dors.
Je suis à la chaufferie de l'hôpital. Je fais un peu les restaurants, la manche. Y a pas de honte à le dire.

Je connais beaucoup de monde, des zonards comme moi.
Les gens s'en foutent qu'on soit ici. Moi je trouve ça honteux, dormir à la chaufferie de l'hôpital, dans les squats.
Moi j'ai pas de toit et j'en ai vraiment ras le bol. La vie là faut que ça fasse une halte.

Vous avez de la chance de savoir écrire. L'école moi je m'en foutais.
Ma femme, je lui fais tout le temps des cadeaux. Avec moi, elle n'est pas malheureuse. Juste, elle est fatiguée.

Je voudrais surtout demander pour un toit, mais ils veulent rien savoir.
J'en ai marre. Ils ne comprennent pas, rien du tout.

Ils ne comprennent pas. [/i]
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MessageSujet: Re: Textes de la rue   Ven 22 Sep - 13:56

Michel Marcq
Je n'ai pas demandé à venir au monde.

J'ai passé mon CAP à Nancy, et j'ai bossé chez Nordon, à l'époque ils faisaient école de soudure, c'était dans les années 1967. Après j'ai continué chez Nordon, chaudronnerie et grosse tuyauterie, pour les aciéries, et beaucoup pour les brasseries et l'alimentaire, grosse chaudronnerie. En fait, je suis dans la merde depuis que je suis sorti de l'armée. La prison. La première fois, mars 1968, six mois. Après, 1971, trente mois. Et la dernière fois, en 1975. Depuis, plus remis les pieds en prison, et inconnu des flics. Ça, c'était pour mon père et ma mère, une vengeance. Ils m'ont rejeté : la taule c'était une vengeance, pour avoir mon nom dans le journal, et leur nom. Parce que mon nom, j'ai voulu en changer, on m'a dit non.

Je n'ai pas voulu naître, une erreur de la nature.

Moi j'ai un nom, il n'est même pas français, il est belge, un nom de rivière. Je travaillais encore pour Nordon, en déplacement. Ils m'ont envoyé à Denain, dans le nord, à Valenciennes, et à Pompey. Le plus long c'était à Denain. En Mobil Home. Les chantiers c'est impeccable, c'est là qu'on se fait les meilleurs copains. Je commençais à en avoir marre. Quand il fallait rentrer dans les tuyaux. Puis pour en ressortir, attaché avec une corde aux pieds, et on tire. Les sorties des Cooper, l'air chaud qui repart dans les hauts-fourneaux, là-dedans on se promène, on ne sait pas où on va. Moi quand j'en ai marre c'est vite, fait, je prends mon sac et je m'en vais. Là je me suis retrouvé tout seul.

J'ai bossé à la Compagnie Electromécanique, je soudais les bobines de cuivre.

Maintenant c'est Alsthom. J'étais en contrat indéterminé, je suis resté deux ans et demi. J'ai eu cinq ans de répit, manèuvre, dans les travaux à publics, à Metz, chez Thépolt, travail souterrain pour les lignes électriques, ils enlevaient l'aérien pour mettre tout en souterrain, c'était marteau piqueur à longueur de journée.

Des boulots à la con, Luxembourg, Belgique, et l'Allemagne. BMW, à Stuttgart, j'étais assembleur. On assemblait le châssis, à points de soudure par résistance.

La machine passait, et bloum, bloum, bloum.

Forain, montage du grand huit, trois ans, de ville en ville, aussi bien ici à Nancy qu'au Luxembourg, en caravane. Pour ne pas être dans la rue. Aussi bien, j'avais mon toit, mon boulot, et un petit peu à manger. Il y a deux clans, les patrons, et les employés.

Un patron forain, lui, il ne te traitera pas comme un chien. Sinon c'est comme à l'usine. Neuf heures tu laves, midi tu vas chercher à manger, après tu repars à deux heures, jusque sept heures, à sept heures tu repars, remanger. Chez lui tu payes pas. A l'époque c'était Super Railway, ils venaient de Strasbourg. Changement de propriétaire, fini.

J'ai bossé pour un profiteur, non, ce n'en est pas un, un mec qui t'emploie et qui ne veut pas te payer. J'étais à Charleroy, là-bas, Bench, et Bruxelles, manèuvre maçonnerie, payé à coup de lance-pierres. Huit mois.

J'ai foutu mon camp, je suis parti à Metz. Metz, c'était la galère la plus complète. La gare, il n'y a rien à Metz. On est foutu dehors à huit heures, et on rentre à six le soir quand ils veulent bien, et il faut payer cinq francs.

Après, c'était la déchéance la plus complète, je me suis amusé à aller de droite à gauche, et c'est là que j'ai commencé à avoir des accidents. Je me foutais de tout. Valenciennes, j'ai perdu un èil, Belfort je me suis fracturé la colonne vertébrale et puis la rotule. Après j'ai eu droit à l'allocation handicapé adulte, à l'époque le RMI n'existait pas, sinon c'était la manche, ça a duré trois ans.

J'ai été me promener un peu partout, Besançon, Laons-le-Saulnier, Bourg-en-Bresse, Dijon, Valence, Aix-en-Provence, Avignon, Marseille, Montpellier, Béziers, et retour à Toul. Je prenais les trains de nuit, on n'est pas emmerdé, au moins.

Sur la route j'ai connu une copine qui avait sa famille à Toul. On en avait marre de coucher à droite à gauche, ses parents retapaient une vieille ferme, je faisais de la maçonnerie et du plâtre. Mais quand la maçonnerie a été finie, ils m'ont dit de partir.

Je suis revenu ici. Les tentatives de suicide. J'avais trouvé un meublé, j'appelle plus ça un squat amélioré, je payais deux mille balles de loyer, il me restait mille trois cent balles pour vivre.

Ma dernière, la plus récente c'est l'année dernière. Je me suis tiré dessus, deux balles dans la panse. Les impacts, je les ai encore. Tout seul dans une piaule abandonnée. J'ai été à l'hôpital, trois jours après. Trois jours sans rien dire. Je voulais crever.

On n'a plus vite fait de se ratatiner que de remonter.
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