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 Petit Agité

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Zabos



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Localisation : Entre deux guerres
Date d'inscription : 21/02/2005

MessageSujet: Petit Agité   Ven 25 Mar - 12:24

Un extrait de mes notes de mars 2003 sur comment qu'on devient un petit agité:

14 Mars 2003

Rencontre enfin physique avec la police sarkozienne, sachant bien sûr qu’elle ne date pas de lui : Laurent Hénart, député UMP nous a fait évacuer aujourd’hui (hier…) comme des malpropres de sa permanence où il n’était même pas. Oh, une anicroche, un simple détail, un poisson anonyme noyé dans l’océan de la répression mondiale, mais c’est pour moi l’effondrement, longtemps craint, d’un monde. La confirmation que cette voie est celle qui me correspond, peut-être pas le plus, mais en tous cas bien plus que celles expérimentées jusque là. Je comprends, à une échelle absurde à côté de la sienne, ce qu’Ivanka disait de la première bombe tombée sur Belgrade et de la mort de l’enfant en elle. Aujourd’hui, l’enfant n’est peut-être pas mort en moi, mais il vient d’être violé au sens propre du terme par l’assurance non plus par procuration, mais par le vécu, qu’un Etat possède le droit de commissionner des humains pour faire preuve de violence envers d’autres humains et les frapper, les agresser, les humilier. Tout ceci est relatif, nous n’avons été qu’évacués, et encore avec un certaine mesure, de la permanence du père de mes deux Hénart, député pute soumise à son parti UMP, parti de la honte, de la clameur médiocre du plus fort, de la loi inepte et gerbante de la masse et du pouvoir. Sûr, à 40 CRS contre 28 occupants plutôt pacifiques et bon enfant, il n’y avait aucune chance. Ce sympathique élu de droite a demandé une évacuation de loin, depuis sa voiture. Depuis son domaine PRIVE. PRIVE, tu entends, ça ? PRIVE ET RESPONSABLE. Entends le bien puisque ce sont les maîtres mots, ceux du monde dans lequel nous vivons, ceux qui nous enchaînent à des codes et des principes stupides, ceux qui nous réduisent… quelle plus grande jouissance que d’avoir éprouvé le sentiment d’intérêt commun, de mise à disposition du temps et des ressources de chacun au nom d’un ensemble communautaire ? Le bonheur de la gratuité dans la réciprocité ? Quel conditionnement, quelle misère psychologique, quelles pressions, quel encadrement d’enculé a poussé ces types en uniforme à lancer du gel lacrymo droit dans l’œil de Farid, à foutre parterre Aurélie avec un grand coup derrière les genoux, à arracher les cheveux de Thomas, à faire peur comme tout à Lorraine, à me frapper dans les couilles, à me fracasser le mollet d’un coup de pointe de putain de grolle de grosse merde commissionnée ? Je veux dire, au début, là, tout au début, là où tout a commencé, ils étaient comme nous, non ? Des petits fœtus de rien du tout, des chiures de mouches un peu dégoûtantes, comme nous ? Et puis on a été enfants comme eux, et adolescents, on est tous tombés amoureux, non ? Alors pourquoi, putain de bordel, dites-moi pourquoi nous sommes aujourd’hui face à face (quoiqu’ils tapent plus volontiers dans le dos…), pourquoi ils ont abandonné la liberté pour l’uniforme, comment ils peuvent accepter sans broncher de frapper et de violenter, comme aurait dit il y a longtemps le gros Gérald, des gens ? Comment peut-on accepter la violence envers autrui comme un métier ? Que je sache, on n’avait rien cassé, on n’avait frappé personne, on n’avait été méchant avec personne ? Un brin insolents ? Et alors ? Est-ce une raison pour se comporter ainsi avec les gens ? Est-ce que nous, surveillants, on a le droit de faire une clé de bras à un élève insolent ? Collez-nous, messieurs en uniforme, collez-nous, mais ne nous battez pas. Mais vous c’est différent, vous avez le droit. Quel effet ça fait, alors, loin, là-bas, tout au fond, dans le subconscient, l’inconscient, le tout-ce-que-tu-veux-conscient, de taper sur des gens qui ne se défendent pas ? C’est dur ? Pauvre de toi. Et tu crois pas aussi que pour un type idéaliste, non-violent, gentil et tout, tolérant, même avec toi, ce n’est pas dur de se faire taper ? Tu n’aimes pas nous tomber dessus ? Dans le fond, ça te dérange ? Tu veux me faire une leçon de victime ? Les gens ne t’aiment pas ? Tu es mal considéré ? Ton travail est un travail merdique ? Tu penses tout ça ? Alors qu’est-ce que tu fous là ? Qu’est-ce que tu branles ici en train de me bousiller le mollet, en train de guetter Aurélie qui est aux chiottes pour lui faire une clé de bras à sa sortie ? En train de massacrer allègrement dans quelques petites têtes en partie pleines d’eau le peu de confiance en ce monde qui restait ? Est-ce que tu réalises que ton gourdin, là, tes grosses grolles toutes dures, ta violence commissionnée, tes lacrymos à la con, qui infestent tout le monde jusqu’au bout de la nuit, est-ce que tu réalises le meurtre idéologique que tu fais ? Est-ce que tu comprends à quel point tu passes ton temps à fabriquer justement ces gens qui te haïssent et dont tu te plains, le tout au service d’un Etat qui te méprise comme le dernier des larbins ? Pauvre CRS, va, pauvre CRS. Quand je pense qu’on était les mêmes il y a dix ans à peine, moins, même.

Toute la soirée, la gorge, le nez, le cuir chevelu me piquaient malgré une douche, suite à ce putain de gel lacrymo. Que son inventeur rôtisse en enfer, je le laisse aux bons soins de Satan. Et pas de paix à son âme. Que celui qui vend le produit soit maudit sur un nombre intéressant de générations. Ah, kss, ksss, que le mauvais nœunœuil les détruise tous à petits feux. Je pardonne plus volontiers à l’exécuteur des basses œuvres qu’à l’ordonnateur et au pourvoyeur de celles-ci.

Un jour, on sera heureux. Mais dans longtemps. Le chemin est… euh, laissons ce genre de phrases à Cabrel !

C’est ignoble comme une haine terrible cherche à m’envahir, et comme je cherche aussi à la repousser, d’abord parce que je ne veux pas en être victime et ainsi me comporter comme les salauds en uniformes variés qui sillonnent le pays de nos jours, ensuite parce que c’est aussi un sentiment qui, bien qu’il dynamise terriblement, est auto-destructeur et improductif. Je viens d’écrire « improductif » ? Oui, oui, c’est bien ça. Dans l’idée d’une lutte longue, idéologique comme personnelle, dans l’idée de devenir durablement contestataire, puisque l’autoritarisme semble installé de façon durable, il faut être structuré, réfléchi, peser toujours le pour et le contre, faire un appel incessant à l’esprit critique, sur soi comme sur les autres, pour être le plus efficace et le plus convaincant possible, et savoir, je le répète, même si à cette heure la douleur dans ma jambe, et quelque part bien plus la douleur morale de voir ce que des hommes peuvent faire, savoir rester toujours dans la mesure du possible, non pas mesuré, mais non-violent, bref, pour tout ça, les accès de haine sont proscrits pour moi, dans la mesure de mon sang-froid. « On n’pendra ni patrons ni présidents, car les martyrs font toujours des enfants, qui vingt ans après les révolutions prennent le pouvoir et fini la chanson ». C’est Philippe Val qui chantait ça il y a bien longtemps.

Mais à être depuis toujours un garçon gentil, c’est impossible que dans des situations de tension je n’éclate pas dangereusement. Surtout dans la mesure où je pense toujours chercher la médiation, et le respect de l’autre, et que ces types, auxquels je n’avais rien fait, que je serais encore bien capable d’essayer objectivement de comprendre, et avec qui je voudrais dialoguer, y répondent par la violence, et encore, une violence désincarnée, déshumanisée par le fait qu’ils ne défendent pas les leurs, leurs biens, leurs idées, mais qu’ils ne suivent que des ordres, que cette violence, pour ceux qui l’exécutent, n’est même pas source de profit : ils ne nous font pas les poches, ils ne nous volent rien, juste, ils appliquent des méthodes de répression violentes apprises dans des casernes, des « endroits où l’on se déforme ». Ils suivent des ordres. Mais comment peut-on ? Je ne comprends toujours pas. Il existe en moi un gouffre terrible dans cette zone de l’esprit : l’obéissance, et en particulier à des ordres de ce type. Comment peut-on ? Tu me diras, oui, sécurité, ordre, stabilité sociale, politique, organisation, Etat. Oui, je sais, je suis pas con, je sais tout ça. Mais c’est pas de ça que je parle. C’est de l’homme, de l’individu. Là, l’homme, lui, tout seul, sous son casque, dans sa tête. C’est là le siège de mon incompréhension. C’est là qu’il accepte, sûrement passivement (j’ose encore l’espérer), de faire ceci. Mais c’est également ceci que je ne comprends pas. Accepter de porter l’uniforme, d’être armé, éventuellement de faire usage de ces armes, c’est là qu’il y a un néant dans mon esprit, un gouffre morbide du haut duquel je contemple les ténèbres qui sont tout au fond, et ou doit se trouver cette acceptation, que je conçois d’ailleurs plus comme un renoncement. C’est là, dans les sous-profondeurs de ce gouffre que ces choses sont possibles. Mais comment peut-on y descendre volontairement, de plein gré ?

Comment ?


[Ajout Mars 2004 : « Sûr, à 40 CRS contre 28 occupants plutôt pacifiques et bon enfant, il n’y avait aucune chance »… « pacifiques et bon enfants, je me dis depuis des mois que c’est peut-être bien là le problème, que la réponse pacifique et bon enfant, face à ça, n’est pas/plus forcément la plus appropriée…]

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MessageSujet: Re: Petit Agité   Mar 29 Mar - 4:21

Des flics intelligents, je suis persuadé qu'il y en aient. Mais CRS c'est autre chose. C'est un endroit où le cerveau n'a pas le droit de citer.

Sinon, sympa ta réflexion Zabos.

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Petit Agité
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