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 interview CRASS 1981

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Tomasi
Invité



MessageSujet: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 15:03

Je sais que cette partie est reservé au interview des groupes du forum, mais bon on peut pt'etre faire un exception pour CRASS (non?). J'ai trouvé cette interview (lue sur L'En dehors) forte intéressante, et j'ai donc pensé qu'il serait de bon ton de la partager avec vous... bonne lecture.
(si ce post n'a pas sa place ici les modos supprimerons)


--> Texte paru dans la Bible fanzine anarcho punk clermond fr. fev 82

La bible: Pourquoi le nom de Crass? Étant donné le fort coté intellectuel et politisé de votre musique.

Crass: Le nom de CRASS parce que Steve a pris ce mot d'une chanson de Bowie, Ziggy Stardust "The kids were just crass".C'est donc la raison initiale, mais c'est une bonne raison simplement parce que le mot veut dire crasse, grossier, stupide...et notre travail nous a engagé à voir au delà de tout ça, refusant d'être contrôlé, manipulé, cajolé, intimidé, on amoindri à cause de ça.Je ne suis pas sur de très bien comprendre la deuxième partie de votre question, à savoir s'il y a un lien entre le côté intellectuel et politique de notre musique. Je considère notre énergie comme un ensemble, chaque détail y est lié, il ne peut pas y avoir de séparation. Quels que soit le nombre de faces (cotés) différentes qui représentent notre groupe, elles n'existent que parce qu'elles sont reliées à un ensemble complet. Un mur qui fait l'angle d'une rue n'en reste pas moins le même mur. J'aimerais revenir à la première partie de votre question, et parler à nouveau du mot CRASS, pour ceux qui cherche à nous contrôler, qui aimerais nous voir nous adapter à leur idéal de vie particulier,pour ceux-là nous sommes "CRASS".

La bible: Que pensez vous du fait que les jeunes punks vous prennent pour exemples, ou chefs de file étant donné le coté "no heros" et "suis ta voie" que vous préconisez?

Crass: Je suppose que cette question ce réfère aux gens qui nous idolâtrent et nous témoignent de le considération et ceci en dépit de la façon dont nous nous définissons par rapport à eux.
Je suis certain qu'il est très facile d'admirer quelqu'un qui a inspiré ou soutenu une idée. Ce qui est dommage c'est que les gens en arrivent à dépendre de l'interprète de cette idée, plutôt que de l'idée elle-même par rapport à eux. Quand les gens viennent à nos concerts ils ne peuvent très souvent pas discerner de différence entre nous et les gens qui les entourent (entre le groupe et le public). Il y a autant de vulnérabilité et de force qui se manifeste sur scène que dans la salle.Je ne suis ni surpris, ni troublé par les gens qui nous idolâtrent dans une société où l'on exige que l'autorité et le commandement soient acceptés au même titre que le fait d'inspirer, d'expirer, de chier ou de dormir. Suivre et obéir sont des conditions profondément enracinées, nous faisons de notre mieux pour chasser leurs notions de nécessité et les dévaloriser. Je ne formule donc aucune critique en ce qui concerne les gens qui nous place sur un piédestal, il y a des blessures qui sont longues à guérir et une blessure qui a mis tant de temps à se faire pourrait se refermer s'il n'y avait le mépris qui, comme le sel l'empêche de cicatriser.Nous essayons tous de faire notre propre chemin ce n'est pas un chemin facile, tracé, réfléchi ou familier et peut-être que la première chose à faire, lorsque l'on se trouve sur ce chemin, c'est de s'accrocher à quelque chose d'apparemment solide, exactement comme on se serait accroché, auparavant, à quelque chose afin de continuer ou de se faire entraîner. Je suppose que c'est ce qui ce passe, avant de se rendre compte que l'on peut s'assumer seul, ou du moins commencer à le comprendre.
Plus tard l'idéalisme et le culte du héro peuvent se transformer en aide et encouragement réciproques, en une énergie dans laquelle on pourrait puiser. Un jour viendra ou l'on se rendra compte, en suivant quelqu'un qui escalade une montagne, que l'on monte soi-même. Je pense que nous grimpons en trébuchant et que nous dégageons du terrain, et il y aura des gens qui, pendant un certain temps, ne sauront pas comment utiliser cet espace, et le remplirons à base de réactions appartenant à l'ordre établi qui leur colle toujours à la peau chaque fois qu'un problème demande une réponse précise "ils sont sur scène, donc ils doivent savoir, et comme je suis en bas, je dois apprendre quelque chose d'eux" Plutôt que "nous sommes réunis dans cet endroit et nous pouvons tous nous apporter quelque chose".Cette dernière idée, cette possibilité ne nous est pas donnée à la base (ce n'est pas inné). Il y aura probablement des malentendus, ils sont même à prévoir.

La bible: Crass groupe politisé style Clash, ont vous a parfois comparé, quelle était votre réaction?

Crass: C'était un groupe politisé, mais si vous préférez, toute musique est "engagée" en ce sens qu'elle confirme la politique qu'elle soutient et quelque soit cette politique. On nous a comparé aux Clash, et ceci de façon bien compréhensible étant donné que nous avons été mo­tivés par le contexte de la même époque, par le même besoin de dire et de faire quelque chose. Ils ont été une source d'inspiration, mais il semblerait que nos évolutions respectives, à partir de cette inspiration première, aient pris depuis longtemps des directions différentes. Si vous voulez, on nous a laissé à tenir l'écriteau alors que les autres manifestants sont ren­trés depuis longtemps chez eux pour dîner. Et il y a différentes façons de manifester sa politique.

La bible: Que pensez vous des évènements qui se sont passés dernièrement en UK? Racisme, extrême droite, grévistes de la faim en Irlande etc.

Crass: La conséquence Inévitable d'un gouvernement de droite autoritaire est de réveiller la colère, les frustrations et la violence d'action chez des groupes de personnes parmi les plus aliénés.
Sous un tel gouvernement, les autorités (forces de police) sont devenues ce qu'elles sont en principe par nature, et presque par définition, c'est à dire une armée contre le peuple, une armée pour la sauvegarde de la propriété.Elles n'ont pas encore de canons, mais au fil des confrontations injurieuses, de l'indifférence de leurs actions, et à force d'usage frappant de certaines lois visant à harceler et intimider, elles ont cassé le fil fragile de la tolérance publique. (Je dois reformuler mon langage quand j'aborde le problème de la nature de l'autorité et certains mots employés ensemble sonnent bizarrement). Et c'est cependant beaucoup plus compliqué que ça.
Il y avait des frustrations sincères, il y avait la haine que l'on avait suscitée, et comme pour nier l'existence de tout cela, les habituelles démonstrations de bravade et de cupidité.
Vous citez trois thèmes, le racisme, la droite (les conservateurs), les grèves de la faim en Irlande du nord. Ils sont liés les uns aux autres comme un mal contaminant le même corps qui présente des symptômes relatifs à une seule maladie en étant un corps malsain et négligé. Donc les derniers évènements qui ce sont produits en Angleterre et en Irlande du Nord (parce que l'Angl et l'Irl du N sont en guerre) déforment et bouleversent l'existence et la volonté (les déterminations). Pourquoi l'Angleterre refuse-t-elle d'admettre l'étendue réelle de ces activités en Irl du N, et bien parce qu'elle est la reflet même de n'importe quels gouvernement, et l'intention d'un gouvernement est de maintenir une économie viable, les gens (le peuple) qui se mettent en travers de leur chemin sont considérés comme des gêneurs, au même titre qu'une mouche que l'on écrase pour avoir traîné sur notre tranche de cake. Ici les informations divulguées par la presse et la T.V sur l'Irlande du N sont épouvantables, et il semble que dénaturer les faits soit devenu un procédé très employé pour faire face à la peur. Il n’était pas possible à Thatcher d'être indulgente envers les grévistes de la faim, aussi qu'envers la communauté catholique en général, les troupes britanniques ne le peuvent donc pas non plus. C'est une guerre.


Dernière édition par le Jeu 20 Avr - 15:08, édité 2 fois
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Tomasi
Invité



MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 15:05

La bible: Pourquoi n'y a t il jamais de photos du groupe sur vos pochettes de disques?

Crass: Je pense que les photos ne font que capturer certaines parcelles de l'énergie en elle même. Nous préférons de loin les posters, pouvant faire passer un message style l'intérieur du 45t "Bloody Révolution ", c'est une peinture faite par G se servant des corps des Sex Pistols et des têtes de M.Thatcher, de la reine, de la justice et du pape.

La bible: Ont a souvent dit que CRASS vivait en communauté, est-ce vrai?

Crass: Nous vivons tous dans la même maison et nous partageons presque tout ce que nous avons.

La bible: De combien de membres est constitué le groupe? Ou la société CRASS Production.

Crass: CRASS est constitué de neuf personnes y compris Mick qui fait des films, ainsi qu'une soliste du nom de Anne Anxiety. Je n'ai jamais rien entendu nous désignant, par "Crass society production", mais nous y somme tous impliqués, jusqu'à un certain stade, mais le principal "maniement"de ce genre d'affaire revient à 4 personnes environ, et quelques autres occasionnellement.

La bible: Vous imposez des prix pour vos disques, arrivez vous à rentrer dans vos frais, je suppose que se produire soit même, faire son label et produire d'autre groupes doit être un gros boulot, surtout avec le soin que vous apportez aux pochettes, comment faites vous?

Crass: La vente à bas prix de nos disques suffit à couvrir tous nos frais et nous faisons tout nous même jusqu'au stade de la fabrique, et même à ce moment là l'un d'entre nous, qui en a fait sa fonction surveille de prés la qualité du travail effectué. C'est un travail laborieux et chacun de nous y trouve quelque chose qu'il est capable de faire. C'est pour nous un travail à temps complet, et si vous ajoutez a la liste le fait de répondre au courrier, d'écrire des textes, de composer la musique, de faire imprimer des informations, de dessiner, d'organiser des concerts, de faire des enregistrements, de partir en tournée...il ne nous arrive pas souvent d'avoir une journée complète où l'on puisse se sentir libre de faire quelque chose de personnel et en dehors de tout cela.

La bible: Il se trouve que tous les punks ne sont pas d'accord avec vos slogans « anarchy & peace, anti war etc.»Que pensez vous de cette réaction de leurs parts? Cela a t il une quelconque importance pour vous?

Crass: La dernière vague de punks fabriqué par les médias, les marchands de chaos,n'est qu'un recul pathétique et négatif vers le soi-disant bon vieux temps. Ils me font presque penser à des personnes âgées se remémorant la guerre . L'étroitesse d'esprit du "sans espoir". Et bien sur avant tout cela il y a toujours et des gens qui considérent l'anarchie comme le chaos,la haine, le négatif et la souffrance. Ils lisent le dictionnaire, la version établie de ce mot est la suivante: "chaos, pas de gouvernement". Les médias préfèrent véhiculer cette idée parce que le romantique violent est plus émouvant que tout le plaisir du combat de rue. Je présume que paix et amour seront toujours des mots obscènes dans l'esprit de certaines personnes, paix et amour ne provoquent pas de bref frisson d'adrénaline, ce sont pas des mots que l'on emplois souvent sincèrement. Les groupes qui préconisent le chaos ne font qu'exploiter le vide ressentit par la plupart des gens, et le comblent par une réponse rapide et saccadée. Encore un produit de consommation.

La bible: Pour écouter Crass faut il être: Punk? Hippie? Anarchiste? Ou les trois réunis?

Crass: Pour apprécier Crass vous n'avez pas besoin de vous rallier à quelque bannière que ce soit, ni de vous donner une étiquette. Nous n'imposons pas de restriction quant au style de personnes à qui nous écrivons ou qui viennent nous voir. Les gens avec qui nous avons des contacts sont tous différents et viennent de n'importe où.
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Tomasi
Invité



MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 15:06

La bible: que pensez vous du fait que les skinheads parisiens agressent les gens portant des badges de Crass pour leur faire bouffer ou tout simplement leur casser la gueule?

Crass: Les skinheads se sont servis de l'attrait de l'agression, de l'étroitesse d'esprit du nationalisme ils sont tels de pauvres soldats faisant la guerre pour les riches. Ils ferment toutes les portes autour d'eux et s'enferment dans un réduit sombre et inconfortable, duquel ils combattront tous ceux qui ne veulent pas les y rejoindre, tous ceux qui ne sont pas d'accord ou sont différents. Ce sont également des identités repiquées, comme les Punks etc., et au lieu d'écarter leur désespoir par une énergie positive,ils ont été impitoyablement encouragés à en user par « l'honnête »société, et ceci de façon traditionnellement familière, en cher­chant leur ennemies parmi les gens qui essaient de venir à bout de la même chose mais d'une manière différente. Et tout cela a été en grande partie encouragé par la presse musicale, ça a été construit et embelli, le glorieux héros des classes laborieuses, le jeune rebelle etc. La violence,c'est le chemin battu et bien connu qui s'étend ou delà du signe "sortie", et ne conduit nulle part, si ce n'est à plus de souffrance et de mort, mort de l'esprit si elle n'est pas physique. Ils ne sont pas nos ennemis, et si seulement ils pouvaient se rendre compte que nous ne sommes pas les leurs, le véritable ennemi c'est l'état qui les manipule insidieusement et qui les forme. Et je pense qu'effectivement ils s'en aperçoivent à certaines étapes de leur route. (S'il y a un réel danger à porter un badge CRASS à certains moments et dans certains endroits à Paris, c'est certainement une bonne idée de ne pas les porter et si vous en portez tout de même, il faudra que vous soyez prêts et capables de vous en débrouiller. Moi même je n'irais pas porter de badge dans certaines situations).

La bible: Dans notre dernière correspondance vous dites que tuer le ou les présidents, ne serait pas le remède aux ennuies actuels, quelle serait selon vous la solution pour nous en sortir?

Crass: Il n'y a pas de solution immédiate à grande échelle en ce qui concerne les problèmes de la vie dans une société dirigée par un gouvernement. Il n'y a pas de solution pacifique, la solution n'existe pas. Il ne tient qu'à vous de faire le tri dans votre vie et de réaliser un changement à force d'exemples et de communication. Ce sera lent et progressif, le gouvernement ne disparaîtra pas du jour au lendemain, il ne disparaîtra peut être jamais d'ailleurs, mais le plus important pour vous c'est d'apprendre à vivre, à survivre en dehors de tout ça. Les"petites vies" ne sont pas totalement impénétrable, il y a des failles suffisantes pour se créer une place au soleil, plusieurs façons d'y arriver. Personne d'autre ne le fera pour vous. Tuer « l'homme de paille » ne fait qu'augmenter les motivations et le pouvoir (La force) de l'idée qu'il y avait derrière. C'est à l'intérieur de soi-même qu'il faut détruire son influence, mais pas détruire les gens qui la représentent. Tuer "l'homme de paille" sous prétexte que l'on considère son pouvoir comme oppressif, c’est comme se couper la tête pour se guérir d'un rhume. Le corps nourri une maladie, mais il est stupide de se tuer pour s'en débarrasser. La réaction la plus efficace est de trouver la cause de ce rhume, de chercher ensuite comment le guérir en douceur, sans blesser le reste du corps par l'absorption de médicaments forts. Et ainsi, vous chassez progressivement de votre personne l'influence du pouvoir, vous vous rendez compte que cette influence existera toujours malgré votre propre détachement, et vous développez donc un moyen de faire avec... Vous savez, que si vous chassez vulgairement ce pouvoir du pied, si vous lui crachez dessus, ou si vous l'insultez, il se mettra en colère et vous punira (et il faut parfois se demander si ce que l'on souhaite exposer vaut de subir l'inévitable châtiment). Je pense que cela peut donner l'impression d'un simple compromis, c'en est un d'une certaine façon, mais il est précurseur de la liberté, il marque les débuts de la récupération de la terre ,du lent démantèlement de tout ce que l'histoire a bâti, le renversement des pratiques de destruction.

La bible: seriez vous d'accord pour produire des groupes reggae, industriels et autres, ou préférez vous rester dans le style Poison Girls, Zounds, Flux Of Pink Indians? Il y a t il un ou plusieurs critères pour sortir un disque sur Crass Records?

Crass: Nous n'avons aucune préférence pour ce qui est de garder un son particulier .Ce qui est la plus grande importance dans ce que nous faisons,c'est le message, l'intention.
C'est donc là le premier critère. Il faut également que nous sachions si ça couvrira les frais de production, et s'il y a un autre groupe qui ne vendra vraisemblablement pas assez de disques pour couvrir ses frais, alors nous le couvrons nous même, occasionnellement, avec l'argent fait sur nos propres ventes. Il n'y a pas de critère de son particulier, comme vous pourrez en juger d'après Ies prochains disques.
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Tomasi
Invité



MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 15:06

La bible: ce qui fait une partie du charme de Crass c'est le coté marginalité et anarchie présente sur toute vos productions et à l'écoute du dernier lp "Penis envy"on remarque tout de suite un petit changement au niveau musical et enregistrement, n'avez vous pas peur de tomber dans une voie "pro" ou tout est bien fait?

Crass: «Penis Envy» a marqué un tournant et ceci je pense grâce à l'atmosphère générale des textes. Je pense également que nous ne pouvons éviter le changement, nous devons tenter d'être plus efficace, nous devons nous motiver, nous retrouver sur des terrains inconnus. Si vous avez surpris un certain professionnalisme dans notre formation, c'est qu'il s'est développé à partir de notre propre mélange d'approche et de perception. Tout ce que nous disons ne peut pas être dit de la même façon, et non je ne pense pas que nous ayons peur d'un son "clean", mais la prochaine fois il sera peut-être à nouveau plus sale encore (plus dégueulasse, plus confus?), ou peut être différemment dégueulasse! Tout le chant dans Crass est rendu de façon différente selon la personne qui l'interprète et il n'est pas surprenant que "Penis Envy" soit si différent de ce que nous avons sorti précédemment. Des sensibilités différentes demandent des sons différents. Ces différentes approches se sont ressenties de façons chaque fois moins nettes, depuis "Women on feeding" jusqu'à "Darling on station", Steve et Eve chantant ensemble dans "Bloody révolution".

La bible: Le public est nécessaire à votre art et à votre idéal, pourquoi vous centralisez à ce point sur un seul pays?

Crass: Nous avons un public international, cela paraît évident d'après notre courrier. Nous avons par le passé fait des déplacements d'ici aux Etats Unis (il y a de ça quelques années, de très petits concerts à New York, nous n'étions pas connus à cette époque), en Hollande et en Allemagne. Mais parce que nous vivons ici, c'est ici que nous avons le plus de réactions, les plus grandes connaissances pour traiter des problèmes particuliers auxquels ce pays fait face. Nous sommes donc revenus à des "arriérés"de travail, de demandes (d'offres), et d'engagement, et nous avons senti que, d'une certaine façon, nos départs à l'étranger n'étaient pas bénéfiques. Car nous ne pouvions jamais y être assez longtemps pour y être aussi impliquée que nous le voulions, et ces différents déplacements nous mettaient dans l'incapacité de nous consacrer aux engagements que nous avions ici. Il y a donc un an ou plus que nous n'avons pas joué à l'étranger,mais nous entretenons de très bonnes relations avec d'autres pays. Le simple fait que nous n’allions pas y jouer n'implique pas de désintérêt. Nous envisageons de faire quelques concerts peut-être à l'étranger l'an prochain. La centralisation est d'une certaine manière, une chose que nous aimerions constater dans tous les pays. Il y a des limites à notre capacité d'être ici, là ou ailleurs, de connaître tous les détails de tous les pays, ce n'est pas par égoïsme que nous ne faisons pas souvent de tournées à l'étranger. Nous avons toujours dit: "fait le toi-même", il est donc étrange de sentir de certaines personnes une dépendance et un besoin par rapport à nous, plutôt que par rapport à une source d'inspiration pouvant les pousser à faire elle. Même quelque chose de similaire. L'année dernière, notre politique "anti" concerts à l'étranger ne nous interdisait pas de participer à d'autres événements à l'étranger, mais dans le but d'aider et d'y être impliquée autrement qu'en jouant. Nous avons également dit que nous donnerions des concerts s'il y avait d'importantes manifestations pacifistes, on pour le désarmement nucléaire, durant lesquelles nous pourrions apporter notre soutient et "donner un coup de main".
Ce genre de situations nous avait été proposé pour la grande manifestation en Suisse, mais alors que nous nous préparions,un des organisateurs nous a téléphoné pour nous dire que "l'affaire" avait été récupérée par un groupe politique à des fins personnelles et avait donc perdu son intention première. Le même style de chose est arrivé en Italie, mais l'un de nous s'y est néanmoins rendu avec un film et quelques brochures. Il est vraiment très difficile de décider où et comment, et de se débrouiller avec le changements de dernière minute. Il y a un an environ, il nous était plus facile de voyager, mais il devient de plus en plus dur de trouver le temps de faire tout ce que nous aimerions, ou que nous devrions faire. Mais comme je l'ai dit un peu plus haut, nous envisageons de jouer quelque part en Europe l'an prochain.

La bible: comment avez vous pensé votre idéal? en clair avez vous appartenu a un quelconque groupe politique qui vous aurait déçu?

Crass: Je n'ai jamais appartenu à un groupe politique, et si j 'ai eu des déceptions c'était par la sensation qu'aucune organisation n'est jamais vraiment satisfaisante pour l'individu. J'ai été déçu, étant jeune, par les contradictions et la cession du mouvement hippie, bien qu'il soit bon de voir qu'il y a des gens qui ont traversé cette époque avec la même énergie primordiale et qui la mettent toujours en pratique. Je pense que mon "idéal" a grandi avec moi, alors que je rejetai ceci ou cela, essayai quelque chose d'autre, parlai à celui-ci ou celui la...J'ai évolué à travers toute une suite de déceptions à cause de la famille, de l'école, d'amitiés et de confiance trahies, mais aussi à travers le contraire, la découverte de gens sympathiques, les lettres de ceux qui semblent vivre à le même heure ou qui visent à une nouvelle façon de voir la vie. C'est donc à travers autant de déceptions que de découvertes que je me retrouve ici, maintenant, avec beaucoup plus à découvrir et à comprendre encore.

La bible: quel est le rôle exact de la musique dans votre vie? Est ce uniquement le support d'un message ou quelque chose en elle même?

Crass: Notre musique est secondaire, mais pas dans le sens négatif du terme. Elle apporte évidement une certaine ambiance aux textes, et constitue une part importante de notre travail, mais le message passe en premier, autrement la musique ne serait pas là.

La bible: que faites vous d'autres que la musique ou fanzines pour faire passer votre message?

Crass: Nous faisons une quantité assez importante d'imprimés, de tracts, etc. Ainsi qu'un journal "INTERNATIONAL ANTHEN" (hymne international). Écrire des lettres, rencontrer des gens, travail d'imprimerie, beaucoup de choses.

La bible: qu'entendez vous par Network (réseau)?

Crass: Par réseau nous entendons, communication, des gens de tous les coins qui s'entraident, et sont solidaires d'un même sentiment, un réseau de personnes qui trouvent des voies vers la paix ,vers de nouvelles idées. Ça fait du bien de savoir qu'il y a d'autres gens ailleurs qui partagent les mêmes sentiments, c'est bien de garder contact et d'échanger entre nous nos sentiments, nos trouvailles et nos idées.

La bible: L'ANARCHIST CENTER semble vous être très cher, parlez nous en... Qu'en espérez vous?

Crass: Le centre anarchiste est une chose dont nous voulions aider la naissance .Le 45 tours "Bloody Révolution" a aidé à augmenter une somme d'argent pour des gens dont l'idée était d'ouvrir et de diriger un foyer. Maintenant il est ouvert, depuis peu, dans l'espoir d'être un endroit où de nombreuses personnes, ne se sentant pas attirées par des clubs, des pubs, et autres "espaces fournis", viendront trouver leur aise. C'est juste assez grand pour donner de petits concerts, mais c'est avant tout un lieu de rencontre. Étant donné que je n'a rien à voir dans le direction de ce centre, je n'en attend rien j`aimerais qu'il soit ouvert à tout le monde, et jusqu'à maintenant je sais qu'il en a été ainsi.

La bible: travaillez vous en dehors de toutes vos occupations? Sinon comment vit la société Crass?

Crass: Comme je l'ai déjà expliqué, notre travail d'équipe dans Crass est un travail à temps complet, et doit par conséquent nous donner de quoi vivre. Nous ne vivons pas de façon dépensière et cela en partageant. Aucun de nous ne ressent le besoin de dépenser de grosses sommes sur des choses personnelles, et nous n'avons pas d'habitudes "coûteuses". Étant donné que nous sommes végétariens, nos frais de nourriture sont inférieurs à ceux des personnes qui mangent de la viande, nous achetons tout à une coopérative, nous faisons notre jardin, et faisons pousser presque tous les légumes que nous mangeons. L'argent sur lequel nous vivons provient des enregistrements de Crass, mais pas des productions de Crass, de Flux ou de Poison Girls en général. Notre propre musique et nos textes nous donnent beaucoup de travail, et juste assez de quoi vivre. Selon les critères ordinaires, nous sommes très pauvres, mais il y a des trains de vie qui ne sont pas pauvres même si le salaire est considéré comme tel.

La bible: pensez vous que les gens qui achètent les disques de Crass, attachent plus d'importance aux textes ou à la musique?

Crass: Je pense que ce doit être pour les paroles, la musique elle même pousserait à une telle réponse, vous ne croyez pas?

La bible: Ne trouvez vous pas le fait que vous soyez contre toute forme de violence, incompatible avec le style de votre musique?

Crass: Je pense que notre musique est assertive plutôt qu'agressive, et si elle sonne violemment c'est par reflet de notre colère, de nos espoirs et de nos passions, et par reflet de l'état des choses. J'espère que notre musique ne fait pas que refléter la violence du monde uniquement, car l'espoir est présent dans la voix de chacun de nous. Tant qu'il y aura dégradation et destruction, et cette attitude cruelle et négligente par rapport à la vie, à l'amour et à la paix. J'ai bien peur que notre musique soit désireuse de parler de ces choses, ce sont des choses laides, il est difficile de chanter gentiment la torture, le meurtre, la famine, un monde qui nous a été volé, à nous qui désirons sincèrement y vivre, une terre divisée en propriétés, et dont on se sert sans pitié. L'incompatibilité vient de le présence de souffrance, et de vide là ou il ne devrait pas y en avoir.

La bible: pensez vous que cette interview pourra apporter au public français quelque chose de plus précis sur Crass?

Crass: Vu la façon dont j'écris probablement pas, mais je l'espère tout de même!!


Grand merci à Véro pour la traduction.
O.M.G ! & LA BIBLE
septembre 198I.

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Nex



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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 20:42

c'est sur que c'est pas pour la musique qu'on peut ecouter ça.
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éké
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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 22:59

la première fois que j'ai écouté Crass, j'avai 14 ans, on m'avait parlé de ce groupe comme "le meilleur groupe punk anglophone", j'ai acheté "feeding of ze cinqmille" à la Fnac (!), et j'étais dégoutté, j'ai trouvé ça tout pourri, j'ai rien compris.
J'y suis revenu bien plus tard :)
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Karkass

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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 23:32

Crass moi ça à changé ma vision du punk et aussi tous mon repertoire musicale , ça m'a aussi mieux fait connaitre le monde alternatif et militant .
Bien que je n'ai en ma posesion aucun Cd de Crass , ce groupe est une de mes réference et partout où je vais je conseil se groupe au gens .

Sinon pour revenir à l'interview , j'la trouve très bien ; de bonne questions et euh Tomasi je te kiffe :)
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noizemaker

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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 23:46

Tahiri a écrit:
la première fois que j'ai écouté Crass, j'avai 14 ans, on m'avait parlé de ce groupe comme "le meilleur groupe punk anglophone", j'ai acheté "feeding of ze cinqmille" à la Fnac (!), et j'étais dégoutté, j'ai trouvé ça tout pourri, j'ai rien compris.
J'y suis revenu bien plus tard :)


c pas leur meilleur , je sais plus , y'en a un qui bourre plus que les autres d'lp ... ?

moi j'ai decouvert sa totalemen au hazrd sur la mule en tapant crasse en oubliant le e , sa m'a sortit une integrale ...
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idefix
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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 23:52

J'ai trois vyniles de crass, le premier que j'ai acheté c'était the feeding of the 5000, et c'est mon préféré avec Bata Motel (en même temps j'ai que ces deux là + Yes sir I will, qui me gave). Musicalement j'aime beaucoup, on comprend bien les paroles et j'ai jamais trop aimé le coté pop des clash et autres.

Crass rules and fuck others, ok ?
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Karkass

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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Jeu 20 Avr - 23:58

idefix a écrit:
j'ai jamais trop aimé le coté pop des clash et autres.

Crass rules and fuck others, ok ?
"Côté Pop " , j'irai pas jusqu'à là quand même , les Clash c'est quand même Rock'n'Roll .Perso j'aime pas trop comparer Crass et Clash parceque en fait je trouve pas ça vraiment comparable , ça serait comme comparer Alf et Arnold et Willy :)
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idefix
Invité



MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Ven 21 Avr - 1:41

Lord Karkass a écrit:
idefix a écrit:
j'ai jamais trop aimé le coté pop des clash et autres.

Crass rules and fuck others, ok ?
"Côté Pop " , j'irai pas jusqu'à là quand même , les Clash c'est quand même Rock'n'Roll .

Je sais pas, les choeurs sur "White man ... " par exemple, "ouhouhouh ouhh"...

L'é bien c't'interview.
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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Ven 21 Avr - 12:49

noizemaker a écrit:
moi j'ai decouvert sa totalemen au hazrd sur la mule en tapant crasse en oubliant le e , sa m'a sortit une integrale ...
Noizemaker, tu es un génie !!! peur
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polux

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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Ven 28 Avr - 12:39

Bonjour tout le monde,

Je vois qu'on parle de Crass alors je me permets de demander si quelqu'un saurait où je pourrais mettre la main sur le dernier album de Crass, Ten notes on a summer day, qu'on trouve plus nulle part et qui est sans doute le plus avant-gardiste du groupe. Merci.
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polux

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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Ven 28 Avr - 15:26

En fait, c'est un format assez bâtard. Je l'ai pas écouté depuis des années mais je crois me rappeler que le son était plus clair que sur les précédents et que la construction n'avait rien à voir avec le format "chanson". C'était des morceaux longs qui utilisaient la technique du collage. C'est des souvenirs assez vagues, c'est pour ça que j'aimerais le réécouter. Mais l'importer et le payer plus de 100 balles, niet.
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idefix
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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Ven 28 Avr - 15:44

Rien trouvé sur la mule, en tout cas.
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éké
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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Ven 28 Avr - 15:50

Crass, le groupe dont le plus de gens se forcent à supporter la musique. :lol:
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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Ven 28 Avr - 15:54

Précisément, si j'adore crass, c'est pour leur musique. Les textes, ça reste de l'anarchisme pour étudiants en beaux-arts. Mais leur zique, elle, est PASSIONNANTE.
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éké
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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Ven 28 Avr - 22:33

moi aussi musicalement y'a des chanson comme "walls" qui me science-fictionnent.
Je faisai allusion à leur "top-crédibilité" et à leur mega-cool-identité qui a marqué grandement le pounq, et qui fait que pas mal de gens écoutent Crass parcequ'ils ont un cool logo, de super pochoirs et de jolis slogans revenchards :lol:
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Askatom



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MessageSujet: Re: interview CRASS 1981   Sam 29 Avr - 22:45

et des belles pochètes !
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interview CRASS 1981
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