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 Le Curé qui n'aimait pas les gens

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Zabos



Nombre de messages : 7159
Localisation : Entre deux guerres
Date d'inscription : 21/02/2005

MessageSujet: Le Curé qui n'aimait pas les gens   Mer 15 Mar - 9:06

[Petit texte de 2001. Je suis surpris de ne pas l'avoir encore claqué ici. Beaucoup de maladresses de style, mais je l'aime bien]

Ah, Metz ! Plus exactement Woippy, pour dire les choses comme elles sont. C’est sûr, Metz, on fait confiance, c’est une ville importante, la plupart des gens en ont entendu parler, même s’ils ont une sacrée tendance à prononcer « Metsse », surtout nos chers amis les Parisiens, généralement ceux qui se prétendent les plus cultivés. Déjà, faire confiance à un Parisien, ce n’est pas évident, mais s’il se prétend cultivé, alors il vaut mieux fuir sans attendre cet être hybride, à mi-chemin entre l’Académicien refoulé et l’apôtre de la Jet-Set qui s’assume sans grand mérite. La gratuité de la critique fait bien plaisir. Tout ça pour dire que Metz, bon, mais que Woippy, moins.

Bref. Metz, en ce jour estival, quoique printanier, se renfrogne sous une chape de plomb notoire, celle du soleil qui crache sa chaleur, en ce début de millénaire un rien carbonique, et par voie de fait, carbonisé. Les voitures circulent peu, c’est Dimanche, et dans cette indolente banlieue de Woippy, on se prépare. On s’apprête. On s’extasie. On se « fébrilise ».
On se demande pourquoi, d’ailleurs, mais toujours est-il que.
C’est Jeudi, et c’est une célébration fort peu originale qui se prépare, celle de l’Ascension, la montée du Christ, un gars sympa, semble-t-il, mais victime de la récupération de son soi-disant géniteur. Le Jésus, il a sortit sa petite échelle, il est monté au ciel, et entre devenir un anarchiste Judéo-Romain ou un icône religieux, il a fait le choix le moins logique.

Un sacré paquet de gens croient réellement, comme toi et moi croyons que les couvertures tiennent chaud ou que la télé rend con, des évidences, que le Christ, Jésus Notre Sauveur, ou donnons-lui le nom que l’on veut, est toujours là-haut, plus ou moins volontairement embringué dans la Sainte Trinité qui en son temps faisait déjà bien rire monsieur Kepler. L’Inquisition s’amusa de même en brûlant vif le métaphysicien au tournant du XVIIème siècle sur une place de Rome.
Mais tous les gens ne sont pas comme notre ami hérétique et nombre d’entre eux, souvent malgré eux, vénèrent dans un grandiose élan d’inutile adoration et de pathétique révérence notre seigneur qui est aux cieux, d’après les textes, qui ne sont pas de moi, alors on peut leur faire confiance.
Et ma main dans ta gueule, elle est peut-être aux cieux, répliqua Jésus à Judas, mais ceci est une autre histoire.

Dans la chaleur impitoyable de la banlieue messine, notre héros passablement commun se rend à la messe, accompagné de sa vieille mère, qui voit des saints partout, et qui par conséquent n’aurait que très difficilement compris que son fils dédaigne la cérémonie pour un demi fade avec ses anciens copains au bar PMU. Le fils, le héros, vous l’aurez aisément compris, bonne poire et pas contrariant pour un sou, même pas pour deux (même pas pour trente, contrairement au Judas sus-cité), avait suivit sa génitrice vers la God’s House, comme il appelait la Domus Dei.
A droite du parvis, le fils se trouve confronté à une débauche de mauvais goût très perturbante, mais il ne sait trop si cela vient des toilettes terriblement bourgeoises des fidèles ou de la grotte géante en carton-pâte et béton pas voyant du tout sous laquelle une Vierge (mon œil) multicolore et en plâtre (on notera l’audace du sculpteur) se réfugie assez piètrement. Il estime bien vite qu’au final, ça se vaut.
Avec le flot des membres de la grande secte, il pénètre dans l’édifice, de belle facture quoique sans grande originalité au demeurant. L’intérieur est propre et éclatant, les voûtes, blanches et fraîches le surplombent avec tranquillité, ce qui ne lui plaît qu’à moitié, parce qu’il a envie de clichés et qu’il aimerait bien les voir hostiles et tout, mais rien de tout cela. Juste très blanches et très immobiles, ce qui au demeurant n’est pas plus mal pour des voûtes, quand on y pense. Sinon tout s’effondre, la chute rigolote d’une église étant en grande partie le résultat de voûtes ayant la bougeotte.

Il voudrait bien s’installer au fond, loin du regard grave et profond du prêtre qui à tout instant pourrait entrer en collision avec le sien, superficiel et moqueur. Mais, entraînée par son adoration, sa génitrice ô combien digne le tire derrière elle comme s’il avait encore quatre ans vers un banc sur lequel reste un peu de place au troisième rang. Car le fidèle aime bien être devant, c’est un peu comme dans un concert des 2B3.

Entrée solennelle du curé, suivit des enfants de chœur (il évite d’être derrière eux, à cause des malentendus que cela peut engendrer), ainsi que d’une ou deux invariables rombières en tailleur avec des broches en or représentant des trucs très beaux et vachement originaux. Le fils est mal à l’aise, d’autant plus que sur sa droite, un vitrail représente Jésus sur la croix, avec à ses pieds un personnage qui sourit en coin, le visage anguleux et violet, sinistre et avec un air de Dracula qui ne peut échapper à personne. Devant lui, dans l’axe, un pilier avec Jésus et la croix sur laquelle des salauds réactionnaires l’ont cloué avec dextérité, les deux pieds avec un seul clou, une belle performance. Ah, on savait travailler, en ce temps là. Aujourd’hui, je suis sûr que sans une perceuse et deux trois chevilles, on serait bien dans la merde pour crucifier correctement un gars.

Ça papote dans tous les sens, de tout et de rien, mais plus souvent de rien, et ça se satisfait d’être là en ce jour saint. Ouais, pense le fils, si c’était pour causer de la pluie et du beau temps, j’aurais décidément été mieux au bar PMU.
Mais ce naïf héros sans importance ignore la psychologie du fidèle, cet animal étrange qui a besoin d’un Maître de Cérémonie pour lui expliquer comment éprouver sa foi et la minuter. Et dans le timing de la croyance, tant que le curé n’a pas mis en marche son micro, c’est pas encore le moment de croire en Dieu. Mais soudain, après un larsen à réveiller les morts, le curé commence à parler dans la sucette et là, là, un silence religieux, ce qui tombe fort à propos, se fait dans l’assistance. Même avec le son du micro, et bien que dans les premiers rangs, le fils constate que l’on ne comprend qu’à moitié ce que raconte le curé, à part éventuellement qu’à un moment il cause de vin, ce qui fait dresser l’oreille du bougre de fils. A tort, d’ailleurs, puisqu’il ne fait qu’en donner qu’une lichette minuscule du bout du doigt aux communiants, ce qui, excusez-moi, est assez pervers au final. Ce geste, on le retrouve dans le plus mauvais des films pornos. De la messe à la partouze géante, n’y aurait-il qu’un pas ?
Le fils ne va pas communier, déjà qu’il n’est pas trop branché sur le porno, aller lécher le doigt d’un vieux salace en robe, ça le répugne un peu. Il regarde régulièrement ses chaussures et se demande un peu ce qu’il fait là, putain, c’est bien parce que c’est sa mère. Et ce vampire sur le vitrail, ça le stresse. Souvent, tout le monde se lève pour chanter des trucs qu’il ne connaît pas, alors à la place, il chante des trucs à lui, pour passer le temps et faire comme tout le monde, Arno, Trust, Berthe Silva ou Vian, c’est comme il le sent. Ça ne plaît d’ailleurs qu’à moitié. Mais il n’en a rien à battre, sa pieuse génitrice est à moitié sourde, elle n’entend rien de ce qu’il chante, elle est contente, il remplit son contrat de fils digne et reconnaissant.

A un moment, juste, tout dérape. Le problème du fils, c’est une histoire d’impulsion. Et son impulsion, elle lui vient en voyant circuler de l’argent. Une idée l’éblouit, et tout le reste disparaît derrière, sa mère, les convenances, Dieu et les vampires sur le vitrail.
Une des rombières fait passer dans chaque rang la panière pour la quête et attend qu’elle lui revienne pour passer au rang suivant. Il devient fou, le fils, et prenant son courage à deux mains, quand la panière lui passe sous le nez, il s’en empare prestement et saute sur son banc, la brandissant bien haut, et gueulant à tout va : « Je suis le Robin des Bois des Athées ! Je vole aux croyants pour redistribuer aux non-croyants ! ! ! ! ».
Il commence à sauter de banc en banc vers la sortie, et à la moitié du trajet se jette dans l’allée centrale et court vers la porte, tenant toujours bien haute la panière comme un trophée, avec sur le visage un grand sourire totalement intrépide.
Le fils, il se sent soudain vivre comme ça ne lui est pas arrivé depuis des années. Une mamie en gaine surgit soudain sur sa droite pour tenter de le stopper et se met dans sa trajectoire. Le fils hurle à nouveau, un peu comme John Cleese dans le Sacré Graal lorqu’il frite tout les invités du mariage. Pas effrayée par l’énergumène, la mamie (elle en a vu d’autres, elle a douze enfants, tous élevés à la baguette) se campe un peu plus solidement sur ses jambes dans l’attente du choc qui se prépare. Pour s’imaginer la scène, c’est quelque chose entre deux chevaliers en pleine joute qui cavalent l’un vers l’autre, lance tendue et le final d’un épisode de X-OR, quand il fait face au monstre, sabre levé, courant sur une ligne d’horizon vachement pas crédible. C’est juste pour l’image, hein, il ne faut pas non plus me prendre au mot. On parle quand même de l’église de Woippy, niveau décor, rien de bien palpitant…
En arrivant sur sa gériatrique opposante, le fils crie « Salaud de Shérif de Nottingham, tu ne m’arrêtera pas ! » et décoche un coup de coude magistral dans les dents de la mamie, dents que d’ailleurs elle a fausses, et dont l’appareil de soutient se disloque au contact du coude rageur. Elle avait l’air fière, comme ça, toute remontée, mais n’oublions pas que ce n’est qu’une mamie. Ne nous fions pas aux apparences, s’il te plaît, ami lecteur, nous sommes au-dessus de ça !
Dans une giclée admirable de sang provenant de sa lèvre éclatée, la mamie vole lourdement et s’écrase la gueule dans le rang voisin, étalée entre les bancs, sur les pieds des gens, et s’empale sur la cane d’un vieux monsieur qui marche avec bien des difficultés depuis son accident au Rotary Club. Oh, une histoire malheureuse, vous ne comprendriez pas.

Pendant ce temps, voyant la tournure que prennent les événements, le curé qui est un homme d’action (tous les enfants du catéchisme vous le diront…) (après, si vous interprétez, je n’y peux rien) sort de sous son autel une arme énorme, sa Sainte Carabine, comme il l’appelle, cadeau de communion, un fusil d’affût modèle 82, pour ceux qui voient. Un truc qui fait des gros trous dans les choses qu’on lui fait viser. Tranquillement, avec un calme angélique, même, le saint homme, sous le regard admiratif des enfants de chœur, déplie le bipied et assure l’arme en la calant sur l’autel. Toujours, il ne se presse pas, il sait ce qu’il fait, il maîtrise parfaitement ses mouvements, épaule lentement, ajuste doucement sa cible. Au premier rang, une jeune vierge frustrée, mais convaincue de la beauté de son état depuis qu’elle a vu Jean-Paul au balcon pendant les JMJ, trouve dans un frisson d’extase coupable que le curé est sexy comme Clint Eastwood dans Le Bon, La Brute et Le Truand.

Pendant ce temps, le fils coure toujours, vers une sortie qui se fait de plus en plus proche, il voit la lumière du dehors, et distingue la grotte en carton pâte sur le parvis.
La foule ondule au rythme de l’indignation.

Le fils est sur le point de franchir le portail quand retentit un coup de feu qui fait, désolé Renaud, frissonner les ovaires atrophiées des femmes croyantes (sûrement le doigt de Dieu, tiens…) et s’iriser soudain les bites avides de turgescence refoulée des respectables fidèles masculins. La foule, le temps du voyage de la balle de calibre 50. Browning (ah ouais, quand même) retient son souffle et frise l’orgasme, dans une communion malsaine et soudainement dépravée, en bref, l’effet inhumain que provoque malheureusement les armes à feu chez la plupart des êtres humains.
La balle touche le fils précisément où le regard d’aigle du curé avait anticipé l’impact, dans le pli du genoux, derrière la jambe. Les os ne résistent pas un seul instant et s’inclinent, à tous les sens du terme, la rotule saute en l’air comme un bouchon de champagne, et les tendons se déchirent, entraînant dans leur danse la chair, tandis que débarrassée de l’obstacle de la rotule, la balle continue son voyage et s’en va se ficher dans la lourde porte de l’église.
Les fragments d’os et de chair retombent bien vite sur les dalles froides, tout comme le fils qui s’effondre et s’écrase au sol, il est vrai, il faut le dire, bien aidé par la force de sa course qui se termine ici. Le fémur et le tibia, libérés de la dictature de la rotule, font à présent preuve d’une belle indépendance l’un envers l’autre, et c’est à peu de choses près que deux trois bouts de chair rebelles les maintiennent encore voisins.
Bien entendu, le fils hurle tout ce qu’il sait, les fidèles applaudissent, respectant l’adresse du curé, qui abaisse son arme, un sourire satisfait sur le visage, avant de s’envoyer une petite rasade de vin de messe. Il l’a bien mérité !
La panière avec les sous a volé dans l’allée, et les pièces, miracle oblige, sont toutes tombées directement dans le tronc accroché à l’un des piliers. Une bien belle parabole. Enfin, prenez-le comme vous voulez.

Sur les consignes du curé, promu par les fidèles en délire au rang de héros divin holly avenger (hi hi), le fils agonisant est traîné sur le parvis où le curé dit, sentencieusement, « que la volonté de Dieu soit faîte » (je me suis toujours demandé si quand quelqu’un dit ça avant de faire généralement un truc con, il se fout de la gueule du monde, où si c’est vraiment Dieu qui a des volontés de merde). Et les fidèles voient alors la grotte en carton-pâte briller comme un bibelot du genre de ceux que l’on vend à Lourdes, d’une pâle lueur jaune fluo, et la Vierge (encore mon œil) en plâtre commence à s’envoler en chantant I feel free de Cream avec sous les pieds de grandes flammes vertes, dans une ambiance à peine psychédélique. Quand elle disparaît au firmament, comme disait l’autre, tous les yeux se portent sur la grotte. Le carton pâte, pas fainéant, s’est changé entre-temps en bon vieux roc prédécoupé en pavés tranchants. Le Message Divin fut vite comprit par la foule fort avisée, et la volonté de Dieu fut faîte. Le fils fut lapidé sur le parvis de l’église de Woippy, par un beau et chaleureux jour de ciel bleu, ce qui est somme toute assez triste, surtout pour un héros d’histoire, même sans importance.
.
Mais le curé bénissait tant et plus la lapidation pendant qu’elle s’effectuait, debout en haut du rocher.

Ah, bon, alors s’il bénit, ça va, ouf. J’ai cru un instant que l’histoire se finissait mal.
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