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 L'été 2000 toujours...

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BritFox



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Localisation : Open Space
Date d'inscription : 19/09/2005

MessageSujet: L'été 2000 toujours...   Ven 13 Jan - 16:55

C’est plus un autre moment qu'une suite.

Tous les jeudi nous recevons notre paye, et tous les jeudi et vendredi, nous la dépensons. Eux la dépensent totalement et demandent même parfois des avances à Gary, le boss. Pour ma part, j’en garde une partie sans avoir à faire d’effort. Je suis le plus payé des barmen saisonniers, tout simplement parce qu’en tant qu’étudiant étranger je ne paye pas ou peu d’impôts.

Une fois par semaine je reçois donc 170 livres sterling. Un beau pactole, comparé aux 140 ou 150 des anglais. On pourrait croire qu’ils me haïssent, mais non, ils respectent le mieux payé d’entre eux, même si celui-ci n’a rien fait pour.

En ce beau jeudi de juin, donc, ceux qui ne travaillent pas aujourd’hui se préparent pour se rendre à Chichester, une charmante petite bourgade faisant office pour nous de métropole fourmillante. Nous serons quatre: Steve, Darren, Brian et moi. Darren, le frère de Shane, est mince, il a la langue percée et un regard de chien. Non, pas un regard de chien battu, un regard de chien : des yeux ronds et binaires ; joyeux ou perplexes. Brian vient de Birmingham, ce qui lui vaut de se faire régulièrement et amicalement traiter de « fucking Bramie ». Physiquement ? Vous prenez la tête de Tarantino, vous lui mettez des cheveux blonds et vous lui pétez les dents de devant. Vous obtenez Brian et son sourire ravageur.
Brian est arrivé en cours de saison et s’est tout de suite bien entendu avec les quatre de Sheffield. Même style de vie, là-bas, chez eux. Dans ces banlieues que j’imagine grises avec les touches de rouge des briques sales.

Le voyage en bus dure environ trois quarts d’heure. Une fois arrivé à Chichester en début d’après midi, nous allons directement chez notre ami macdonald. Steve et Darren ont importé une tradition de Sheffield : ils commandent deux hamburgers chacun et les compilent en un monstre de plusieurs étages qu’ils baptisent ensuite selon les sandwichs qui le composent et l’humeur du moment. « Hey Frenchman! Check out my Special-triple-deck-huge-Mac! » Nous digérons ensuite en nous baladant et en faisant le magasins. C’est souvent pendant cette phase que nous nous séparons. Ils dévastent les gap et autres next tandis que je fais les disquaires. Puis nous nous retrouvons dans un pub. Vu que je n’ai pas de téléphone portable, certains jeudi nous ne nous retrouvons pas du tout.

J’arrive à notre point de rendez vous après avoir erré dans le petit centre ville, dont le nombril est matérialisé par une grande croix au pied de laquelle les jeunes et les touristes font halte. Non loin de celle-ci se trouve un pub que nous aimons tous. Un endroit singulier installé dans une ancienne église. Le décor, mélange de neuf et d’ancien me plaît. Grand bar et mobilier en bois, murs en pierre côtoient murs de téléviseurs diffusant des clips… Nous buvons. Mais avec une journée libre par semaine il est hors de question de gaspiller le temps. La première tournée est une tournée de pintes de bière. La deuxième se compose de shots de Jack Daniels on the rocks, la troisième de pintes de bière. Alors que tout le monde finit sa chope, Steve se tâte; la quatrième tournée lui échoit, il opte pour des shots d’Aftershock. C’est un liquide qui a le goût et la texture d’un bain de bouche à 45 degrés. On s’amuse souvent à le garder le plus longtemps en bouche. Le dernier qui avale a gagné ; la douleur dure ensuite facilement une minute mais il a gagné. Après ce round les rires se font plus faciles et le volume monte d’un cran. Je sens l’ivresse monter et nous nous gaussons en chœur.

Beaucoup plus tard, nous titubons péniblement dans la nuit estivale à la recherche d’une boîte de nuit. Celle-ci apparaît enfin au détour d’une route, après un interminable périple. La périphérie de cette petite ville a un indéniable profil champêtre, et ce lieu de perdition flamboie dans le paysage. Nous entrons après avoir dévoré les hot-dogs les plus gras de la création, achetés dans un fourgon comme on en trouve chez nous en bord de nationale. Le regard méfiant du videur alors que nous franchissons le seuil ne m’échappe pas…

La traversée de la foule permet à l’escouade de localiser ses objectifs. Je suis absorbé par cette tornade de ventres gras, de strings, de ventres plats, de cuisses, de robes qui d’habitude me paraissent sorties d’une boîte de Barbie Pute. Nous rejoignons finalement le bar. Après une vingtaine de minutes je suis comme ces poivrots qu’on voit parfois au bar, qui subissent soudainement une défaillance du genou et ne réussissent à éviter la chute que par un mouvement réflexe et brusque consistant à s’agripper au comptoir comme à une bouée.

Je ne vois plus mes camarades… Darren surgit, l’alcool provoque chez lui un léger strabisme qui me fascine au point que je n’écoute rien de ce qu’il dit… Il finit par se rendre compte de mon absence totale de réaction, me prend par le bras « come man, we gotta go ! ». Pourquoi ? Je réalise alors qu’il est lui-même escorté par un videur qui le suit de près. Darren a l’air forcé de partir et il m’entraîne. Nous arrivons à la sortie. Brian est allongé dans l’herbe comme si il y avait été jeté. Je commence à pouffer de rire, suivi de Darren. Le videur nous gratifie d’un « Sod off ! » vigoureux et referme la porte…
Steve est déjà dehors, il nous explique que Brian a tenté de draguer une fille, et que cette fille était accompagnée. J’imagine aisément Brian tenter de séduire une fille à cette heure avancée de la nuit et je regrette de ne pas avoir assisté à la scène. Le compagnon de la demoiselle a haussé le ton et Brian s’est cru obligé de défendre son honneur… Puis le videur est intervenu, considérant arbitrairement que Brian était le fauteur de trouble.

Nous rions pendant que Steve nous raconte la scène, Brian se relève péniblement. Dans le taxi qui nous ramène chez nous, mes camarades me montrent ce qu’ils ont fait de leur fin d’après midi, pendant que je flânais chez les disquaires : Steve s’est fait percer la langue ; quelques jours plus tard il sera forcé de l’enlever, le pus coulant du trou, suite à une infection (ne pas boire d’alcool pendant 5 jour lui avait dit l’artiste). Brian et Darren se sont fait le même tatouage sur l’épaule, scellant le début de leur amitié. Ils tirent leurs manches, souriants, dévoilant les oeuvres. Sans m’en rendre compte, l’alcool aidant, l’expression de ma perplexité jaillit de mes lèvres: « A dog with a T-shirt ?! » Brian me tape dans l’épaule et Darren m’explique, indigné et begayant, qu’il s’agit d’un bouledogue, mascotte de leur club de foot préféré, portant le maillot de celui-ci… Je les fixe tour à tour, interloqué. Par delà les brumes éthyliques, pendant une fraction de seconde, nous nous tenons de part et d’autre du gouffre qui nous sépare. L’éclat de rire de Steve nous sort de cette vision… La vie reprend son cours.
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Zabos



Nombre de messages : 7159
Localisation : Entre deux guerres
Date d'inscription : 21/02/2005

MessageSujet: Re: L'été 2000 toujours...   Sam 14 Jan - 15:16

Continue.

C'est vraiment bien.
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L'été 2000 toujours...
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