Forum sur la culture alternative
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Celle qui ne souriait plus

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Zabos



Nombre de messages : 7159
Localisation : Entre deux guerres
Date d'inscription : 21/02/2005

MessageSujet: Celle qui ne souriait plus   Sam 7 Jan - 0:42

Celle qui ne souriait pas



Elle ne souriait pas. Pourquoi ? Répondrai-je que seuls les gens heureux sourient ? Banalité qui n’est digne d’aucune introduction, et d’aucun récit. Et inutile, qui plus est. Car être heureux, c’est un état qui n’existe vraiment que dans nos songes. Non ? Je sens déjà quelques esprits se mettre en branle à la lecture de cette affirmation. Et ils ont peut-être bien raison. Leur réflexion me donne à réfléchir … écoutez plutôt :

Elle ne souriait pas. Elle n’en avait pas envie et n’avait aucune raison de le faire. Car il faisait froid. Froid comme dans une prison. Et il pleuvait, des flèches glacées ou encore tombait une affreuse neige gorgée d’eau. Qu’importe. Le vent d’est balayait les rues tristes sans aucune pitié, sans le moindre ménagement. L’eau gelait dans ses cheveux, sur ses lèvres polies par le froid.
Mais au fait, qui était-elle donc, comme ça, seule, à frissonner ? Personne de bien exceptionnel. Elle était juste triste, ses yeux sombres et morts presque éteints, eux qui brûlaient et s’enflammaient, avant. Sa peau, qui était mate, était devenue trop claire, maladive. Son visage fin, vif jadis, devenait vague, imprécis, il se diluait dans sa tristesse.
Parfois, elle riait. Oui, ça arrivait, un rire rapide et sincère, une brève cascade, mais qui ne durait que le temps d’un rire. Son visage s’assombrissait alors aussitôt, l’obscurité venait encore et encore s’y glisser, laissant à chaque fois une marque un peu plus profonde.
Elle était triste, mais courageuse, et elle refusait de sombrer. Elle ne savait plus depuis combien de temps elle luttait, ni combien de temps encore elle le pourrait. Mais elle savait aussi que pour elle, pour tout ce qu’elle aimait, elle devait encore se battre.
Un jour viendrait, peut-être, où elle retrouverait ce qui était perdu. Mais il y avait si longtemps … Parfois, elle levait les yeux, regardait le ciel. Si seulement il voulait bien venir, se montrer un peu !
Il arrivait qu’il apparaisse. Alors il réchauffait la Terre, et elle se sentait presque heureuse, sa lumière rallumait la flamme de ses yeux, sa chaleur colorait ses cheveux sombres; mais elle le savait, jamais il ne restait. Non, pas ici. Un jour ou l’autre, les nuages revenaient et détruisaient sans relâche tout son ouvrage.
Et elle pleurait alors avec les siens, quand c’était trop dur. Quand ses terres natales venaient à lui manquer.
Là-bas, le soleil était brillant, il s’en donnait à cœur joie, sans retenue. Il n’y existait que légèreté, simplicité, une humilité qui menait aux portes du bonheur. Des couleurs vives, celles des champs, celles des mines de souffre, cette poussière jaune qui se déposait sur le paysage et les cigales, partout, tapies dans les maigres buissons, dans la rocaille ; toujours les cigales et leur crissement entêtant, enivrant, éternel … il poursuivait toute sa vie celui qui l’entendait, au point de le rendre fou. Fou de mélancolie, celle de ce paysage surnaturel.
Mais elle était loin. Si loin. Et pourquoi était-elle ici, dans la grisaille ? Quelle injustice l’avait traînée ici ? Les anciens ne répondaient jamais.

Car ses aïeux pensaient, le regard étincelant : "ma petite fille, ici tu n’as plus jamais faim. Ici, ce n’est plus la guerre. Mais tu étais un bébé quand nous sommes partis. Tu ne peux t’en souvenir".

Ils furent brutalement expulsés peu après. Ils ne souriaient peut-être pas assez d'être en Occident.

Et leur pays d’accueil avait de toute façon préféré son confort à leur survie.
Revenir en haut Aller en bas
http://dimanche-lorraine.blogspot.com/
 
Celle qui ne souriait plus
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» celle là, elle déchire!!
» elle est pas belle celle là?
» Je la connais, celle-là ...
» A celle qui te dit que les hommes sont tous pareils, réponds lui qu'il ne fallait pas tous les essayer !
» EMG 81-x sur une RR24

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Couteaux & Fleurs :: Des Couteaux Et Des Fleurs :: Vos merdes pseudos artistiques-
Sauter vers: