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 Dans le vif des combats [compte-rendu]

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Zabos



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MessageSujet: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Dim 16 Oct - 14:19

[Hey bon, je vais faire mon Alain Decaux, diront des bassistes lyonnais avec des grands poils sur la tête :punk , mais la Première guerre mondiale, son idéologie, sa sociologie, des causes politiques, économiques, psychologiques, en gros comment putain en est-on arrivé là, et comment a-t-on accepté -ou non- de le supporter... ça a toujours été mon dada en histoire.
Dans la série compte-rendu de bouquin, je vais vous filer de temps en temps des extraits de carnets intimes ou lettres de mecs de c'te guerre, des purs patriotes persuadés de défendre la civilisation, aux cégétistes antimilitaristes, en passant par les Chrétiens convainus qui savent pas quoi faire entre obéissance et amour du prochain. C'est intéressant de voir ce que des mecs comme toi et moi ont écrit, et souvent vers les mêmes âges que toi et moi.
Je trouve ça super intéressant, je vais peut-être être le seul. J'ai foutu ça dans "mes oeuvres" bien que ce ne soit pas du tout la mienne mais ça fait des années que je collecte, classe, lit ces témoignages, et si, quand même, c'est du taf. Mais j'ai conscience qu'il faut être courageux pour se fader ça sur un écran. J'en mettrai pas trop à la fois. Bon courage et merci aux courageux qui liront. Et merci aux autres aussi d'être arrivés jusqu'à la fin de mon intro!]


Emile-Alfred Top:
« Se figure-t-on, peut-on se figurer ce que furent ces dix jours pour cet homme, seul au milieu des cadavres, sans manger, sans boire, sans abri ? Peut-on créer un mot plus fort qu’horrible pour qualifier une telle misère ? Pauvre homme, va, tu mérites le respect et la sympathie, tu faisais ton devoir ! Pauvre Boche ! »

Un groupe de 75, p. 143


Robert Dubarle:
« C’est un blessé allemand. Il y a dix heures qu’il est tombé avec une balle dans le ventre. Vite on le relève, on l’emporte, on cherche à le ranimer. Il a les deux pieds gelés et ne meurt que le soir, très doux, très calme, en tenant la main de l’infirmier français qu’il a supplié de ne pas le quitter. »

Lettres de guerre de Robert Dubarle, p. 112-113

Maurice Genevoix, 19 Septembre 1914, Bois des Caures, Meuse

« Personne ne pourra nous remplacer à la lisière de ce bois, dans ce fossé, sous cette pluie. Nous ne verrons plus de maisons avec les claires flambées dans l’âtre, plus de granges bien closes où le foin s’entasse et ne mouille jamais. Nous ne nous déshabillerons plus pour délasser nos corps et les délivrer de cette étreinte glacée. Et d’ailleurs, à quoi bon ? Mes vêtements englués de boue, les bandes molletières qui broient mes jambes, mes chaussures brûlées et raidies, les courroies de mon équipement, est-ce que tout cela ne fait pas partie de ma souffrance ? Cela colle à moi. L’eau, qui a pénétré jusqu’à ma peau d’abord, coule maintenant dans mes veines. Maintenant, je suis une masse boueuse, et prise par l’eau, et qui a froid jusqu’au plus profond d’elle, froid comme la paille qui nous abritait et dont les brins s’agglutinent et pourrissent, froids comme la terre des champs qui peu à peu se délaye et fond. »

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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Lun 17 Oct - 11:12

Maurice Genevoix, 18 Octobre 1914, Ravin des Eparges, Meuse

[Pannechon, l’ordonnance de Genevoix, est partit chercher de la paille pour améliorer la couchette, dans un creux à même la colline. Pannechon, pensant en avoir pour peu de temps, est surpris par la difficulté du terrain et par l’obscurité. Genevoix s’endort en l’attendant].

« Je me soulève, m’appuie sur un coude et, rejetant ma couverture, je me tourne vers Pannechon. A quatre pattes, il étale sur les feuilles quelques poignées de paille couleur de terre. Cette même couleur de terre enduit ses chaussures, ses guêtres, son pantalon, sa capote, jusqu’à la ceinture ; ses mains sont couvertes d’une croûte jaune que des cassures brisent aux plis des phalanges ; l’eau ruisselle de son képi, perle au bout de son nez, roule le long de ses joues maculées ; et de grosses gouttes glissent sous sa cravate, délavant la teinture qui marque son cou d’une ligne bleue. Son visage est pâle sous les éclaboussures de fange et du sang a coulé sur son front.
“ Mon pauvre vieux ! ”
Il me regarde, de ses bons yeux qui sourient :
“ Vous pouvez l’dire, mon lieutenant. Des coups d’temps comme çui-là, c’est à vous faire tomber idiot ou enragé. J’ai passé toute la nuit à ramasser des bûches ; j’m’ai cogné dans tous les arbres, j’ai nagé dans les trous d’marmites : et dame, quand on a d’la sueur plein la peau, ça saisit ; sans compter qu’c’est pas facile d’en sortir, tellement qu’c’est mou su’ les bords. Y a surtout un trou de 150, ah là là ! J’ai cru qu’j’en toucherais pas l’fond : tout d’bout d’dans, j’avais de la gadoue jusque sous les bras. A un moment, j’étais tellement vanné, dégoûté d’tout, qu’j’ai eu envie de m’laisser couler à même ; et une fois que j’m’ai eu arraché, ça m’a fait un si drôle d’effet d’me r’trouver su’ mes deux pattes que j’ai pas pu m’empêcher d’chialer ; mais vous savez, chialer à plein, comme un veau… Et c’est là qu’j’ai perdu ma paille.
Enfin, mon lieutenant, c’est fini. J’vous ai r’trouvé ; me v’là ; j’suis chez moi ; l’jour s’amène, j’suis content ” »


Maurice Genevoix, livre II, pp. 258-259



• Maurice Genevoix, 21 Octobre 1914, Carrefour de la Calonne, Meuse

« _ Vois ! me dit Ravaud.
Il a posé une main sur mon épaule, et son bras étendu me montre, près de nous, debout sur le bord du fossé, la haute silhouette d’une croix : celle qui garde la tombe des artilleurs. Nous nous sommes arrêtés. La voix sourde et lointaine, il parle :
_ Encore une !… là-haut, dans le champs, à peine a-t-on quitté la route, qu’on butte contre elles, à chaque pas. On n’ose plus marcher, ni avancer, ni reculer. Tout-à-l’heure, dans la nuit qui venait, il y a eu un moment où j’ai cru que la surface du champ remuait… Allons-nous-en. »


Livre II, p. 301


Anatole Castex, 3 Janvier 1915, Bois des Chevaliers, Meuse

« Que veux-tu, il faut plaisanter de tout maintenant, sans cela on s’ennuierait à mourir, c’est si monotone cette vie dans les bois, surtout que maintenant nous avons la pluie. Nos tranchées deviennent presque des ruisseaux. Mes pauvres soldats sont bien mouillés et j’ai peur qu’il y en ait trop de malades. »

Lettre à sa sœur, 1915, p. 73



André Pézard, 28 Février 1915, Vauquois, Meuse

[Des Francs, l’un des meilleurs amis d’André Pézard a été tué lors de cette désastreuse attaque du 28 Février 1915].

« Toute ombre a quitté la Butte. Les détonations se font rares. On ne voit que peu de morts, ici. Les hommes travaillent en silence ; ils s’abritent derrière des moellons entassés.
Il n’y a plus d’ordres à donner.
C’est un matin venu sur la Butte comme les autres.
Des Francs est mort. »


André Pézard, IV. La Butte, p.92

Vue aérienne de Vauquois: la ligne d'immense cratères de mines souterraines, qui a éventré la colline en deux, se trouve à l'emplacement du village de Vauquois et sépare les lignes allemandes des lignes françaises. C'est de là qu'écris André Pézard:
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Mer 19 Oct - 19:00

André Pézard, 3 Mars 1915, Vauquois ( ? ), Meuse

« Le bouleversement du plateau a l’air figé par cette froidure ; et maintenant que la chaleur de la lutte s’est éteinte, ce chaos de terre et de pierres sous un ciel aussi morne me paraît absurde. La pensée ne sent plus aucun rapport entre cela, qui ne ressemble à rien, et nous, qui avons vu tant de choses dans notre vie. »

André Pézard, V. Les Vainqueurs, p.96


Anatole Castex, 26 mai 1915, Bois des Chevaliers, Meuse

« Nous avons à lutter contre une autre catégorie. Les insectes, depuis les plus petits moucherons en passant ensuite par les moustiques, guêpes, vers, jusqu’à toutes les catégories de mouches. Il y a toutes les espèces représentées, des ordinaires, des noires, des blondes, des grosses, etc… D’ailleurs le bois est fait aussi pour les attirer, mais c’est surtout les détritus de toute sorte que l’on enterre pourtant, et qu’on fait brûler. Enfin, il faudra s’en préserver comme on pourra. On aura combattu contre beaucoup de choses. J’ai deux petits chats dans ma guitoune. Ils sont rigolos si tu voyais et toi qui les aimes tant tu serais bien heureuse si tu les avais. Ils sont nés d’ailleurs dans le bois. Aussi ils n’ont peur de rien. Ce sont de vrais guerriers, ils sont tigrés. »

Lettre à sa sœur, 1915, p. 102


Anatole Castex, 15 Août 1915, Les Paroches, Meuse

« Voici le jour de ta fête, petite sœur. Il y a un an, j’étais aussi bien loin de toi et je ne pensais pas que nous serions encore séparés. Oh ! oui, nous étions tous bien loin de supposer que ce serait si long… »

Lettre à sa sœur, 1915, p. 112


Anatole Castex, 22 Octobre 1915, Bois des Chevaliers, Meuse

« Le temps aussi est bien monotone, et les journées sont bien longues. Et combien encore à en passer ainsi loin de tous ceux que l’on aime ! mais il faut pourtant avoir du courage, ne paraître jamais découragé car les hommes nous regardent [Castex est chef de compagnie], mais quelquefois, je t’assure, le fardeau paraît bien lourd et on se trouve bien seul, perdu dans cette tourmente… »
Lettre à sa sœur, 1915, p. 121


Anatole Castex, 22 Novembre 1915, Hauts de Meuse, Secteur de Saint-Mihiel

« Il y a des moments où l’on se demande si vraiment on sera capable de supporter plus longtemps ces fatigues et ces dangers, mais ces moments passent assez vite, surtout lorsqu’on songe qu’on a des êtres chers qui prient là-bas et attendent le retour et qui souffrent aussi. Et puis il faut donner l’exemple. Il ne faut jamais montrer une lueur de désespoir, au contraire, il faut toujours avoir le sourire aux lèvres, même si on a le cœur gros, car tous les soldats regardent. Et quand viendra la fin ? Il est vrai qu’on n’y songe pas. Il le faut ainsi. »

Lettre à sa sœur, 1915, pp. 124-125



Paul Lintier, 20 Décembre 1915, Hartmanswillerkopf, Alsace

« Pourquoi suis-je donc aujourd’hui si triste, si las, si découragé ? Je n’ai pourtant pas eu froid cette nuit dans la cabane entre François et Arsène. Mais il y a de ces jours d’irrémédiable malaise. Cela vous saisit brusquement, vous étreint, vous angoisse, assombrit toutes choses comme une lourde nuée noire. On ne sait pourquoi. Et c’est ce qui rend cette impression douloureuse plus inquiétante, pénible comme le sont les pressentiments, ces transes de l’imagination auxquelles, certes, je ne crois pas, mais qui sont étrangement émouvantes. Aucun malheur précis ne se présente à ma pensée, aucune crainte de mort plus immédiate pour moi, rien de pire que ce grand risque auquel nous sommes pourtant accoutumés. »

[Ici, une partie du texte de l’édition de 1930, la seule que j’ai pu consulter, est censuré. Le récit reprend ensuite sur des paroles qui laissent entendre que ce qui a disparu devait être particulièrement intéressant.]

« Certes, cette pensée là est bien un gouffre. Pourtant, ce n’est pas le vertige dont on ne se défend jamais lorsqu’on se hasarde à le sonder, qui ce matin fait le fond de ma détresse. Ce n’est pas cela qui me trouble si intimement, qui me cause ce désespoir irrémédiable.
Est-ce la nostalgie du passé ? Un peu. Est-ce le doute sur mon avenir immédiat, la confiance en ma chance qui s’éclipse un moment ? Un peu aussi.
Mais c’est autre chose, un malaise intime, indéfinissable, indicible, une étreinte à la gorge, l’attente d’un malheur. C’est on ne sait quoi. C’est une misère de plus parmi tant de misères. On appelle cela le Cafard.


Paul Lintier, Le Tube 1233



Anatole Castex, 30 Décembre 1915, Hauts de Meuse, Secteur de Saint-Mihiel

« Ce n’est plus qu’une immense nappe d’eau semée d’îlots, de-ci de-là. Dans presque tous les postes on ne peut aller que la nuit, car les boyaux, qui permettent d’y aller le jour, contiennent 1,50m d’eau au moins. Enfin, nous sommes un peu marins pour le moment. »

Lettre à sa sœur, 1915, p. 128

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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Mar 25 Oct - 18:09

Charles Delvert, 6 Janvier 1916, Braux-Sainte-Cohière , Marne

« On nous a fait déménager ce matin à 5 heures de Dommartin-s.-Hans pour venir ici – d’où il nous faudra partir demain à 15 heures pour les tranchées.
Voilà un repos bien compris. On voit bien que ces messieurs de l’Etat-Major ne vont pas prendre les tranchées.
Comme cantonnement, rien de prévu. Des baraquements dont la couverture n’est même pas finie. Comme lit, la terre, cette terre grasse, ruisselante d’eau. »

Histoire d’une compagnie, 1916


Charles Delvert, 7 Janvier 1916, route de Massiges, Marne

« Nous sommes partis de Braux à 15 heures. Le soir tombe. Ciel gris, pluie fine. La route boueuse s’allonge sous l’ombre, qui s’épaissit. Le vent affole les chevaux. La pluie nous aveugle. Le bon « Tobie » se cabre, refuse d’avancer. […] La nuit est complète. Il fait noir à ne pas voir à trois pas. Je suis resté à la queue de la Compagnie avec Boisramé, le Docteur et L… La pluie tombe de plus belle. Le vent de noroît nous la chasse au visage. On croirait des aiguilles de grêle, qui rentrent dans la peau. La capote, lourde d’eau, bat les jambes. […] Et le commandant qui mène la colonne s’est trompé ! Il nous a fait passer par Dommartin. C’est 1 kilomètre et demi, 2 kilomètres de plus pour les malheureux troupiers. La pause ne vient pas. Ma jambe me fait atrocement souffrir. Chaque fois que le pied droit se pose à terre, il me semble appuyer sur une dent cariée.
La pause enfin !
Je prends le parti de marcher en tête de la Compagnie pour régler la marche tout en maintenant la liaison avec la 5ème.
[…] La pluie redouble. La tempête grandit, plaquant sur les jambes raidies les pans de capote lourds de pluie. La longue théorie silencieuse et souffrante s’espace de plus en plus sur la route. Les hommes tombent dans les fossés. D’autres, qui ont les pieds en sang, les jambes ankylosées, la face brouillée par l’eau – avancent sans proférer une plainte. Je songe avec angoisse, que nous avons fait 12 kilomètres, et qu’il nous en reste encore 10 à faire.
Pour comble, à tout instant, passent des convois du 142ème qui descend. Les voitures brutalement nous rejettent dans le bas-côté où l’on s’enfonce à pleine boue jusqu’à la cheville, roulent sur les pieds meurtris, avec la muflerie des charretiers pour le biffin, muflerie qui s’aggrave du sans-gêne méridional.
La pluie, le vent font rage. C’est un houloulement continu. On marche comme un troupeau ivre et titubant, aveuglé par la tempête. »


Histoire d’une Compagnie, pp. 27-28


Charles Delvert, 9 Janvier 1916, Main de Massiges, Marne

« Le P.C. fourmille de rats, qui grignotent les bottes de tranchée. Ces ustensiles, d’ailleurs, n’ont, je crois, servi qu’à fournir de la nourriture aux rats. »
Histoire d’une Compagnie, p. 30


Charles Delvert, 11 Janvier 1916, Main de Massiges, Marne

« On éteint les lumières.
Maintenant, ce sont les « gaspards » (rats) et les totos (poux) qui sont les maîtres. On entend les rats grignoter, sauter, courir, dégringoler de planche en planche, pousser leurs petits cris comme des grincements, derrière les tôles de l’abri. C’est un fourmillement qui ne cesse pas. A tout moment je m’attends à en recevoir un sur le nez. Et puis ce sont les poux et les puces qui me dévorent. Impossible de fermer l’œil. Vers minuit, je commence à m’assoupir. [L’artillerie française puis allemande tirent toute la nuit jusqu’à trois heures, tenant l’auteur en éveil]
Je me suis assoupi, pour me réveiller à 6 heures. Réveil aussi des rats et des poux : le réveil à la vie est aussi le réveil à la misère. »


Histoire d’une Compagnie, p. 35



Anatole Castex, 18 Janvier 1916, Vallée de la Meuse

L’auteur est au repos, derrière les lignes, et pourtant, comme le note aussi Tucoo-Chala, il n’y a pas moyen d’être vraiment tranquille :

« Ce soir nous n’avons pu aller à l’exercice, car il pleut et alors théorie et revue aux hommes. On se croirait à la caserne. On a transformé tous les environs en un vaste champ de manœuvres avec tranchées de tous les côtés. Je t’assure que sans l’exercice on s’ennuierait fort, car il n’y a rien de folichon. A peine si j’ai pu apercevoir quelques civils… On exige beaucoup de discipline des hommes : salut, tenue, etc., comme en temps de paix et peut-être davantage. »

Lettre à sa sœur, 1916, p. 134


Charles Delvert, 6 Février 1916, Main de Massiges, Marne

« Ce matin, soleil printanier. Les oiseaux chantent. On pense avec tristesse que ce sont les plus belles années de notre vie que nous passons ici. »
Histoire d’une Compagnie, p. 47


Charles Delvert, 10 Février 1916, Main de Massiges, Marne

« [Les hommes] ont la tête emmaillotée dans un cache-nez de laine et le casque par dessus.
Pauvres biffins ! Héros et parias de la guerre ! Dans ce réduit de la Verrue, ils auront tout fait : les tranchées avec les banquettes de tir, les réseaux de fil de fer, les plates-formes de mitrailleuses, et jusqu’aux cagnas. Le génie nous en avait promis trois. Si on attend qu’il les fasse, la guerre peut se terminer. Mes hommes ajoutent donc à leurs besognes multiples celle de creuser et aménager un abri dans B. 33. »


Histoire d’une Compagnie, p. 49



Jean-Ernest Tucoo-Chala, 18 Février 1916, Bois du Blanc-Sablon, Aisne

« Les Boches sont inquiets, ils attaquent aux bois des Buttes, sur tout le front et jusqu’à Verdun. ; il y en a marre, marre, marre. Tout est noir en moi, seule l’idée de rentrer un jour, de revenir vite, de vite retrouver ma chérie et mes parents me soutient encore mais que c’est long ! Interminable cette attente ! »
1916, p.30
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Sam 7 Jan - 4:00

Çharles Delvert, 20 Février 1916, Dampierre-la-Planchette, Marne

« Je vois une compagnie du 317ème qui arrive des tranchées. Quel aspect ! Des hommes se traînant à peine, hâves, sales, couverts de boue, la capote trop longue tombant comme une robe de chambre, beaucoup la baïonnette à l’envers revenant sur la cuisse et qu’ils n’ont pas la force de mettre correctement, tant ils sont recrus de fatigue. Les barbes longues, les joues pâles ! Quelle misère ! Dans ce gai soleil, le spectacle est encore plus navrant. »
Histoire d’une Compagnie, p. 54-55


• Charles Delvert, 8 Mars 1916, Main de Massiges, Marne

« Les abris du col des Abeilles sont infects. A la porte de mon P.C., un tas d’immondices qui doit dater. […] Il est inimaginable comme la négligence, l’apathie laissent s’accumuler l’ordure. Pour peu qu’on ne réagisse pas, les hommes se laissent aller à croupir, au milieu des vieilles croûtes de pain, des boîtes de fromage, des débris de toutes sortes et pis encore. Couverts de boue jamais enlevée, ne retirant plus depuis des jours et des nuits leurs souliers, ils somnolent dans ces trous, crasseux, boueux, couverts de vermine, affalés sur des claies recouvertes de paille pourrie et où fourmillent les rats et les poux. Un brasero allumé à la porte les enfume et les intoxique d’oxyde de carbone. »

Histoire d’une Compagnie, p. 72-73


• Charles Delvert, 21 Mars 1916, Braux-Sainte-Cohière, Marne

« Mes hommes sont commandés de corvée pour aller creuser des tombes au cimetière. « Au moins vingt », dit l’ordre. Il me semble voir ces condamnés à mort à qui l’on fait creuser leur propre fosse.
Vraiment les autorités militaires ont toutes les brutalités. »
Histoire d’une Compagnie, p. 81


Charles Delvert, 28 Mars 1916, Main de Massiges, Marne

« Des oiseaux chantent le printemps au-dessus de ces boyaux, où se distinguent toutes espèces de débris suspects. Vraiment, si j’étais oiseau, je préférerais le bois de Boulogne. »
Histoire d’une Compagnie, p. 87


Jean-Ernest Tucoo-Chala, 7 Mai 1916, Senoncourt, Meuse

« Couché sur la route, levé le matin moulu de fatigue, trempé jusqu’aux os, rien à croûter ou presque, des trains de blessés toutes les vingt minutes. Il y en a de la 35ème division, du 57ème, du 144ème, du 123ème, du 249ème, du 24ème d’artillerie, du 58ème d’artillerie, donc notre division est engagée. A ce qu’il paraît, c’est terrible le coin … Il me tarde que ça finisse et y aller le plus tôt possible sera le mieux puisque l’on ne peut y échapper. A quoi bon lanterner. Je n’ai pas la moindre peur, il s’en manque et ce ne sont pas les longs trains de 75 hachés d’obus qui me font trembler mais c’est cette attente dans cet inconfort désolant. »

1916, p.33


Charles Delvert, 24 Mai 1916, Tunnel de Tavannes, Verdun, Meuse

« Un 77 tombe sur la sente ; la flamme de l’explosion m’aveugle. Un pauvre diable se tord de douleur.
_ A moi ! J’ai la jambe brisée ! Vous n’allez pas abandonner un blessé !
Personne ne se porte à son secours. On sent que les hommes sont abrutis par la préoccupation de ne pas quitter leur compagnie et aussi de ne pas s’attarder dans un endroit où pleut la mort.
Enfin, on l’enlève.
Arrivée au tunnel. Rien n’est prêt pour nous recevoir. Après bien des pas et des démarches, les hommes sont couchés sur les rails. Le sol est humide, encombré de détritus. Dans ce tunnel qui a près de 1500 mètres, on n’a rien aménagé. Pas une prise d’air. On a commencé d’en amorcer une, il y a quelques jours seulement.
On a l’impression d’être la bête à la tranchée, l’animal qu’on pousse à l’abattoir, peu importe comment. Le général est logé. Ses cuisiniers se prélassent sur des couchettes. Quant aux hommes, on les jette dans un coin au milieu de la fiente et des pourritures. On les fera lever un moment ou l’autre, quand on aura besoin de boucher un trou du front, et on les jettera en pâture à la balle qui troue, à l’obus qui broie, au gaz qui brûlent les poumons et torturent. Blessés, comment les secourir ? On s’en fous. Pas de boyaux d’évacuation ; pas d’abris à l’épreuve.
Et les journaux sont pleins de détails attendrissants sur les soins que l’Etat-Major prend de « ménager » la vie des hommes !
Il faudra la hurler sur les toits, la vérité.
Dans ce secteur de Verdun, où l’on n’a eu à subir aucune attaque pendant quinze mois, il n’y a rien, rien, rien. Pas de tranchées ! Pas de boyaux ! Pas d’abris ! Pas de fils téléphoniques ! Pas de projecteurs ! Pas de réserves de cartouches ! Rien ! Rien ! Ce qui s’appelle rien ! »


Histoire d’une Compagnie, pp. 142-143


Charles Delvert, 29 Mai 1916, Ravin des Abris, Verdun, Meuse

« Dans mon trou, au « Ravin des Abris », comme dans celui de la tranchée de la voie ferrée, il y a un cadavre. Mais cette fois, il n’est plus sous ma tête, il est sous mes pieds. »

Histoire d’une Compagnie, p. 150


Charles Delvert, 2 Juin 1916, R.1, Vaux, Verdun, Meuse

« 22 heures. – Un homme arrive du P.C. Fumin avec cinq bidons d’eau – dont un vide – pour toute la compagnie. Ce sont des bidons de deux litres. Cela nous fait huit litres – à peu près – pour soixante hommes, huit sergents, et trois officiers .
L’adjudant fait devant moi, avec une parfaite équité, la distribution de cette eau qui sent le cadavre. »


Histoire d’une Compagnie, p.164


Charles Delvert, 5 Juin 1916, R.1, Vaux, Verdun, Meuse

« Heureusement, il pleut. Les hommes vont établir des toiles de tente et ils recueilleront l’eau.
Une soif terrible me dessèche la gorge. J’ai faim . Manger du singe avec un biscuit va encore augmenter ma soif. »


Histoire d’une Compagnie, p. 175


Charles Delvert, 6 Juillet 1916, Ouvrage Pruneau, Ville-sur-Tourbe, Marne
« Pénible cette absence de sommeil. La tête est lourde, comme serrée dans un étau de plomb. Les nerfs sont à vif. Rien n’est plus douloureux. On comprend qu’un des supplices les plus raffinés soit d’empêcher les gens de dormir. C’est celui, ici, auquel nous sommes soumis. »
En secteur calme, p. 196


Charles Delvert, 13 Juillet 1916, Ouvrage Pruneau, Ville-sur-Tourbe, Marne

L’auteur s’attarde un moment sur la situation des « embusqués » et en vient finalement à la condition du fantassin de ligne :

« Mais il est sur le front un réprouvé, un paria, digne de toutes les abjections. C’est cette bête de somme que l’on voit sur les routes les soirs de relève, accoutré d’un attirail étrange, ployant sous un sac démesuré, aveuglé par le casque, comme par un éteignoir. Celui-là, c’est le fantassin de première ligne. C’est le forçat, le bagnard. Par tous les temps, à travers les chemins soigneusement défoncés par l’artillerie et les convois, de la boue jusqu’à mi-jambe, il geint péniblement ses 20 ou 25 kilomètres.
_ Je n’en peux plus. Le sac m’accable. J’ai les pieds en sang.
_ Voulez-vous vous lever ! Fainéant ! Cossard ! Me prendrez le nom de ces hommes-là !
Il arrive, enfin, à sa place sous les obus. On prépare une petite affaire .
_ Vous sortirez à 21 heures et vous enlèverez la tranchée d’en face.
_ Elle est garnie de fils de fer.
_ Il y a eu préparation d’artillerie.
_ Dix obus de 75 qui sont tombés sur nous. Les fils de fer sont intacts.
_ Ça m’est égal ! Vous sortirez. Tant que la tranchée ne sera pas prise, le régiment ne sera relevé.
Et voilà !
S’il n’est pas tué, on le ramène quelques jours à l’arrière. Comme un ballot malpropre, on vous le jette dans des soupentes infectes, où les rats lui courront sur le corps, où il sera dévoré par la vermine.
_ L’eau passe à travers le toit.
_ M’en fout ! N’ai pas de tuiles !
_ La paille est pourrie.
_ M’en fout ! N’ai pas de paille !
Il commence à dormir.
_ Allez ! Debout ! Il faut décamper ! Céder la place à d’autres.
Nouvelle installation. Nouvelles soupentes – Nouveaux toits à cochons ! Il est tellement exténué, qu’il s’écrase dans le sommeil.
_ Allez, debout ! Il y a contre-attaque.
_ Quelle vie ! »


En secteur calme, pp. 210-211
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Dim 9 Juil - 15:27

17 février 1915, Vauquois, Meuse

[André Pézard]

On me secoue ; je me redresse et m’agenouille ; j’ai les reins vides, les jointures douloureuses ; mes hanches et mes épaules tremblent ; j’ai les mains transies, les pieds transis ; mes paupières froides larmoient, pleines de noir, et j’ai besoin de sangloter, et je tremble, idiot, par saccades molles et grandes, dans l’ombre du matin glacial.

J’ai dormi une heure, sans défaire mon sac que j’ai toujours sur le dos ; le froid rend insensible et morte la chair meurtrie de mes épaules.
Il était quatre heures et demie, hier, quand nous sommes arrivés, après treize heures de marche ; aujourd’hui on nous réveille à cinq heures et demie.
« C’est nous les forces fraîches ».

[...]

Les cuisiniers du …ème, aussi cochons que des nègres australiens, se sont installés là, dans les guitounes.

Quelques coups de canon dans la matinée. La canonnade sérieuse ne commence qu’à onze heures et demie.
Nous ne voyons rien, de notre nid de branchages. Sans savoir pourquoi, je m’imagine les pièces alignées derrière nous sur une longue falaise nue, de l’autre côté de la vallée. Il me semble que cela fait bien ainsi.

Nous Autres à Vauquois, p.41


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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Dim 9 Juil - 15:53

Désolé de salir ton topic, je pourrais supprimer ce message si tu veux qu'il reste propre

Dans le genre témoignage j'ai choppé il ya quelques temps "Paroles de poilus"', un recueil de lettres de soldats de la 1er guerre à leur famille, amis, amants...
Aussi bien chez les français que chez les allemands. Je dois dire que ce bouquin m'a touché assez profondement, j'en étais à limite pleurer tout seul sur mon pti siege de metro.

On se rend compte de la connerie de la guerre, que les pauvres gars qui étaient dans le tranchés s'en rendaient compte aussi, savaient qu'ils allaient crever.
On frôle le nihilisme en achevant la lecture de tout ça.

En tout cas je vous conseil de l'acheter, ça coute 2€, c'est vraiment très très interessant et touchant, voila.

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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Dim 9 Juil - 16:01

Non laisse, c'est un bone référence pour aborder le thème, même s'il a le grand tort de ne pas resituer les choses dans leur contexte, et d'être un point de vue restrictif, la séléction des témoignages ayant un siècle étant assez orientée selon le jugement actuel sur cette guerre. De même, aucune explication sur l'évolution des mentalités en 4 années deguerre, qui sont notables. Pas même de progression chronologique.

Celà dit, certains éléments sont intemporels et réellement touchants.
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Dim 9 Juil - 17:35

18 février 1915, Vauquois, Meuse

André Pézard: [J'adore son écriture, l'un des carnets les plus évocateurs que j'aie lus ave Genevoix, Lintier...]

[…] Il y a, derrière nous, assez loin dans une vaste clairière, sur le haut de la déclivité opposée à celle-ci, une ferme en ruines. Ses charpentes disloquées se hérissent au milieu de maigres pommiers. C’est la ferme des Allieux au sud de laquelle une nappe de forêt s’étend encore, noire et trempée. Il y a une source, un trou boueux, avec deux ou trois peupliers, au milieu d’un marécage, dans le creux, entre la ferme et nous.

[…]

Le soir tombe de bonne heure ; nous nous étendons après avoir sucé notre mie de pain détrempée, froide, fade.
Toujours rien.
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Dim 9 Juil - 19:02

22 février 1915

[André Pézard]

Hier soir, Hekking, toujours cordial et les joues gonflées de sourires, nous a invités, Vinchon, Des Francs et moi, à la popote des agents de liaison. Il y avait là plusieurs artistes de café-concert, qui, entre deux gorgées de Champagne, ont chanté des refrains d’avant-guerre ; un sifflomane, qui langoureusement fit vibrer l’inévitable Berceuse de Jocelyn ; puis André Rouchaud qui, n’ayant pas son violon, se fit supplier par ses camarades, et narra, en manière de scène mimée, deux ou trois cochonneries énormes. La paysanne qui prêtait sa salle à manger était assise à l’écart, immobile, et acceptait, sans rien dire, les quarts de Champagne qu’on lui offrait toutes les dix minutes ; elle est restée dans son coin jusqu’à une heure du matin, étouffant de grands bâillements, roulant de gros yeux, abrutie de refrains très gaulois et très parisiens, grisée à froid, mais ferme au poste jusqu’au bout – par méfiance meusienne. Elle était peut-être paralysée d’une stupeur profonde, à voir rire et chanter des gens morts de fatigue il y a deux jours – qui risquent d’être morts complètement dans deux jours. Je me demande s’il n’y a pas des Meusiens absolument sauvages.
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Dim 9 Juil - 20:25

[Suite du post précédent... je suis en train de bosser sur ce bouquin, je livre le bordel au fur et à mesure]

Tout de même, on a fini par coffrer deux civils qui, tous les soirs, coupaient le téléphone entre Aubreville et Neuvilly. Ce qui n’empêche que tous les soirs, on continue à voir des signaux lumineux dans le haut d’Aubreville, à destination des Allemands, et que, tous les soirs, le téléphone est coupé encore entre la Division et le Corps d’armée.

Le haut commandement a, paraît-il, demandé des rapports passant par toute la voix hiérarchique sur la valeur morale et physique de nos hommes, anciens éléments et renforts.
Est-ce la misère de nos uniformes multiformes de francs-tireurs ? Est-ce la fatigue stupide des derniers jours ? et cet hiver meusien ? A première vue l’impression n’est pas fameuse.
Et il faut bien avouer que les sergents n’ont guère confiance en leurs hommes (la réciproque doit être vraie). Finot surtout, l’imprésario de Saint-André, qui ordonnait si rondement la distraction à ses camarades, est bien pessimiste. Il rédige, pour Vinchon, un réquisitoire contre les récupérés de janvier, indéracinables embusqués et blessés qui ne veulent pas guérir ; et il s’ingère de déconseiller l’attaque.

[…]

Il fait nuit. Entre les maisons noyées d’ombre, des silhouettes équivoques mais familières se glissent vers les débits clandestins de pinard.
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Lun 10 Juil - 16:05

si ce n'est déjà fait, cher Zabos, je te conseille au plus haut point la lecture de "pour l'exemple" du Gal A. Bach (fusillés de 14 à 15) et du grand Nicolas Offenstadt sur la mémoire collective des mutins de 14-18...

"c'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser not' peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés..."



(et les lettres à Lou d'Apollinaire dans l'imaginaire de Gallimard sont aussi éminement révélatrices...)
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Lun 10 Juil - 16:13

et d'Appolinaire aussi, beaucoup de poême et de calligrammes sont dispos dans le recueil "Calligrammes", paru chez je sais plus qui et dont beaucoup traite de la Der des Der.
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Lun 10 Juil - 16:13

Offenstadt, je le connais assez bien.

Pas les écrits de Bach par contre.

Du coup, je te recommande de te procurer en carnets Nous autres à Vauquois de Pézard, superbe témoin de première main, le plus évocateur pour moi, et "dans la moyenne" des gars de l'époque au niveau idéologique. Donc passionnant.

Et de Frédéric Rousseau, La Guerre censurée, bouquin d'histoire comme on aimerait en voir plus souvent, sur l'histoire des conflits, domaine qui est mon dada, on l'aura compris. De plus Rousso, est un historien sans engagement politique notable, je le trouve simplement honnête, sans à prioris, et c'est déjà beaucoup (il se réfère souvent au Popolinaire).
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Lun 10 Juil - 16:43

en fait Bach est un général affecté au SHAT (service historique de l'armée de terre) qu'a sorti son bouquin y a trois ans environ, qui se réfère à Offenstadt et qui voulait montrer les caractéristiques d'une armée à travers ses zones d'ombre... où l'on apprend en fait (remember "les sentiers de la gloire") que le plus grand nombre de mutilations de mutineries et de fusillades n'a pas lieu en 17 mais durant l'hiver 14-15, bouquin qui se lit à une vitesse hallucinante et dont j'attends depuis le deuxième tome...


Je suis d'un pays d'un horizon d'une frontière
Qui sonne guerre, qui sonne éternel hiver
Et si tu veux m'apprendre
Si tu veux vraiment bien me connaître
Je suis dans chaque mot dans chacun de mes gestes
Une fille de l'Est
(patricia kaas, oui je sais...)
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Mar 11 Juil - 9:32

M'a l'air bien intéressant ce bouquin dont tu causes.

Je vais me renseigner.
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Mar 11 Juil - 20:32

Apposé sur un bandeau recouvrant le tas des lettres de son fils mort en septembre 1914:



Ça me fout la chair de poule.

Et voici l'avant dernière-lettre du "gamin" en question. Ça me retourne tellement c'est prenant, avec les fautes et tout:

Citation :
18 août 1914

Cher parent et chere Louise

Je vous envoie ces deux mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santé et j’espere que vous ete vous de méme ainsi que le gamin je vous dirais que je commence a trouver le temps un peu long car je voudrais avoir un peu de vos nouvelles je vous dirais que je vous ait envoyer plusieurs lettre et que je n’ai pas eu de vos nouvelles tachez de m’envoyez un petit mot au plus vite maman dit a louise qu’elle se console et a tout le monde car je ne crois pas que sa va durer encore longtemps je termine ma lettre en vous embrassant de tous cœur et je vous souhaite du plaisir bonjour a alice et Fernande puisque gaston et edouard sont parti je termine en vous embrassant tous de tous cœur
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Mer 12 Juil - 15:30

c'est beau et si triste... me fait penser aux lettres des fusillés communistes du mont valérien rééditées y a pas longtemps... (genre l'armée des z'ombres, plus glauque tu meurs même si impossible à comparer avec la boucherie de 14...)


tiens Zabos, chuis orginaire d'une famille de militaires champeno-lorrains qui n'avaient que l'armée pour échapper à l'agriculture.. vers 1916, mon arrière grand-père a été obligé de tirer sur sa ferme bikoz les boches étaient dedans... il ne s'en est jamais remis et a fait une sortie suicidaire un mois plus tard de la tranchée... plus de lettres hélas....
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MessageSujet: Re: Dans le vif des combats [compte-rendu]   Aujourd'hui à 10:56

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