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 UNE NOUVELLE

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mezigue



Nombre de messages : 3095
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MessageSujet: UNE NOUVELLE   Ven 14 Oct - 19:47

je conseille à ceux qui se sentent de la lire de faire un copier coller sur word et d'imprimer, vu que c'est peut être un peu long à lire sur l'écran.
Voilà, d'autres suivront (j'en ai un petit paquet, mais toujours ce sentiment d'inabouti).
bonne lecture
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mezigue



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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Ven 14 Oct - 19:48

TOMMY



La pluie s’abattait avec violence sur le visage meurtri de Maria. La flotte fouettait tout son corps, mais elle avait l’impression que seule sa gueule abîmée était au contact de l’averse. Elle courait à en perdre haleine, ses pieds nus éclatant les flaques, sans se retourner, sans pleurer ni hurler. Elle courait. Elle voulait semer la mort, et ne voyait rien d’autre que les pavés dégoulinants, ne pensait à rien d’autre que s’enfuir, malgré la douleur, malgré le froid.
Et elle entendait, étouffé par le vacarme du déluge, le son des pas de son assaillant. Elle ne savait pas où elle courait. C’est un cauchemar, Maria…Non, tu mens, tu va crever et c’est LUI qui veut ta mort…Je veux pas. Je veux pas .Je …
Maria avait toujours eu du caractère. Sa volonté était à l’origine de son salut, aujourd’hui comme hier. En fin d’après midi, le ciel avait commencé à se charger de nuages épais. Il n’avait pas plu depuis deux semaines, suffocantes à mourir. Les éclairs grondants commencèrent à déchirer le ciel à la tombée de la nuit, et la pluie ne cessa pendant trois heures. Maria avait songé, un peu plus tôt, que c’est le genre de phénomènes qui avaient du pousser Noé à monter dans l’arche. Mais là, elle ne pensait plus à Noé, pas plus qu’elle ne pensa à l’été où à quoi que ce soit d’autre que courir. Si, elle pensait à la douleur, aux longs lancinements émis par son crâne entaillé martelé par la pluie. A sa pommette explosée, et à sa mâchoire, aussi.
Courir…courir…vite…
La rue Louise Michel était aussi longue qu’étroite, et elle s’aperçut, sortant de sa forteresse l’espace d’un instant, qu’elle allait arriver au bout de celle ci, sur la place du marché. La grande place, s’étalant dans la longueur, pavée d’origine, était le centre névralgique du village. Deux fois par semaine, la cohue du marché regroupait en une matinée la majorité des habitants de la commune, qui préféraient sans doute ce lieu vivant et agréable à la pâleur d’un supermarché racoleur et sans âme. Mais ce soir, la place était déserte. La fontaine débordait sous les flots et la forme incurvée du lieu faisait un peu l’effet d’une bassine. Quand Maria arriva sur le lieu, elle pataugeait dans dix centimètres d’eau.
Courir…courir…vite
Elle espérait au fond d’elle même, tout en sachant que rien ne se produirait, qu’on vienne à son secours, qu’on la ramène un mois plus tôt. Ses pieds nus étaient écorchés assez profondément, et elle avait la nausée.
Courir…courir…vite
La place était vide, et elle continua à détaler, ne sachant trop si elle allait continuer à gauche ou à dr…
Une voiture ! Elle ne rêvait pas. A trente mètre d’elle, tout au plus, une voiture était en stationnement, chevauchant le trottoir , l’éclat des warnings se reflétant dans les flaques. C’était sa seule chance, son ultime espoir. Elle ne pouvait plus continuer. Epuisée, du sang lui dégoulinant dans les yeux. Elle crachait de l’eau visqueuse et rouge foncé à chaque expiration. Je peut l’atteindre. Y a-t-il quelqu’un dedans ? Y a-t-il quelqu’un aux alentours ? Non, dedans ! Il m’attend, il a vu qu’on voulait me tuer…Qu’IL voulait me tuer. Plus que dix mètres, quelques pas… Je…
Elle ne put hurler ni avant, ni après que la voiture démarre et disparaisse dans la nuit. Trop épuisée, elle s’écroula par terre avec violence. Bien qu’à moitié assommée, elle se redressa un peu, et se retourna. Il ne courait plus maintenant. Il avançait doucement. Elle voulu se redresser, mais son corps, endolori par la chute, brûlé par le froid, ne répondit que par un spasme douloureux. Elle allait mourir, et ça lui donnait une étrange sensation. Elle n’avait plus peur de perdre la vie, presque soulagée que tout s’arrête. Mais elle ne voulait pas souffrir. Elle voulait que ce soit vite fait, et qu’elle puisse se reposer, dormir, longtemps…longtemps…
Il n’était plus qu’à quelques mètres, et comme dans un dernier réveil, elle se mit à penser, penser à tout, à rien. A penser, profiter de ses dernières secondes pour se souvenir. Se souvenir de tout, du plus possible, de Titi, de ses parents, de son frère, de Titi, de Cassandra, de sa maison, de ses vacances en Espagne, de Titi, de…
Il frappa si fort qu’elle put sentir deux molaires se briser avant de s’étaler. Que se soit vite fait, vite fait, vite…

Laissez moi vous parler un peu de Maria...



Laissez moi vous parler un petit peu de moi...


Dernière édition par le Jeu 20 Oct - 13:48, édité 1 fois
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mezigue



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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Ven 14 Oct - 19:49

II

Avant, tout, Maria était très belle. Je sais qu’il est facile et maladroit de commencer à présenter une personne en mentionnant un physique agréable, ce qui n’améliore en rien la personnalité de quiconque, mais c’est la première chose que l’on se disait en la voyant. Là, c’est vrai qu’elle n’est pas rayonnante, de l’hémoglobine coagulée sur son visage bouffi, enflé, de la bave épaisse et sanglante dégoulinant sur le menton. Mais il fallait la voir il y a un mois, lorsque Cassandra avait emménagé à La Violette.
Maria se sentait assez fière d’avoir convaincu son amie de quitter la ville pour un air plus bucolique. Bon, il est vrai qu’on fait plus paumé comme village, mais après tout, ce n’est pas ce qu’elles recherchaient, ni l’une , ni l’autre. Toutes deux travaillaient en ville, et elles avaient la chance d’aimer ce qu’elles faisaient. Cassandra était vendeuse dans une boutique de disques d’occasion, et elle était amoureuse de Serge, son patron, jeune carriériste arrogant, qui était aussi beau que con. Mais elle avait le béguin pour lui, allez comprendre. Pourtant, Cassandra n’était ni bête , ni naïve. Au contraire, elle était réfléchie, assez lucide, cultivée. Elle méritait un type chouette. C’est ce que disait toujours Maria quand son amie lui parlait de Serge. D’autant plus que ce dernier représentait tout ce qui révoltait Cassandra. Elle expliqua plus tard à Maria que Serge lui rappelait physiquement son premier amour, et que c’est pour cette raison qu’elle avait mit autant de temps à se rendre compte qu’il n’était pas digne d’intérêt.
Maria aimait vraiment Cassandra, et c’est pour cette raison qu’elle lui avait un jour proposé de venir vivre avec elle. Quand je dis aimer, c’est avec un grand A. Elle rêvait secrètement de la serrer, de l’embrasser, la caresser... mais elle savait que rien de tout ça n’arriverait jamais, et c’était mieux comme ça. Enfin, elle essayait de s’en convaincre, pour mieux vivre son fatalisme. Elle travaillait dans un cinéma d’art et d’essai, tendance gauchiste, intello et élitiste, d’après Titi. Titi était projectionniste dans le même endroit. « Ce sont des pseudos révolutionnaires, réformistes et satisfaits de l’être. Une bande de soixante-huitards sur le retour », avait-il un jour dit à Maria. Pourtant, tout comme elle, il adorait cet endroit ; les rencontres qu’on y faisait, les films qu’on y passait, et les patrons trop modérés pour lui, mais quand même sympas. Et il aimait Maria, qui l’aimait aussi. Elle avait un amour impossible (du moins à ce jour) , et un amour consommable (et consommé) avec lui. Titi. Son Titi. Les autres l’appelaient Thierry. He ! Je sais ce que vous vous dites ! Mais je suis pas d’accord. On peut aimer deux personnes à la fois. Passionnément. Et l’amour pour l’un n’entache en rien l’amour pour l’autre. Et puis Maria avait un cœur si vaste qu’elle avait assez de place pour y loger beaucoup de monde.
Roger et Sylvie tenaient le cinéma depuis maintenant une vingtaine d’année. Il était bedonnant, une tignasse de cheveux grisonnants soigneusement peignée et cet air sérieux qui le faisait passer pour quelqu’un de sévère aux inconnus. Mais il était adorable, plein d’humanité. Sylvie avait la grâce et la silhouette d’une danseuse, mais les années avaient laissé des traces de leur passage ; des signes du temps qui ne laissaient aucun doute sur la cinquantaine dépassée, quoique bien portée, de cette femme élégante. Ses cheveux, encore très foncés, tombaient sur ses épaules menues, souvent habillées de noir. Elle ne rechignait pas à boire un ou deux verres tout les soirs, à la fermeture, et parfois un peu plus, ce qui la rendait encore plus guillerette. Le couple avait embauché Maria un an et demi auparavant (Titi y travaillait alors déjà depuis deux ans), la veille de ses vingt six ans. Au départ, elle était un petit peu distante de Thierry, qui râlait souvent et lui donnait l’impression qu’il la dédaignait. Puis très vite, ils ont commencé à se parler, s’apprécier, se fréquenter, et au bout de deux mois seulement, ils étaient dans les bras l’un de l’autre. Anar, un peu baroudeur, Titi en avait eu marre de zoner et envie de se trouver un job. Mais pas n’importe quoi. Un truc qui lui plaise, qui lui apporte. Il ne mit pas longtemps avant de se décider à passer un CAP projectionniste. Il était passionné de cinéma, depuis sa plus tendre enfance. Il n’était pas ambitieux pour un sou, du moins professionnellement parlant. Quand il avait trouvé cette place, il en était parfaitement satisfait. Il avait ses matinées, et écrivait un fanzine assez bien foutu, au lectorat régulier et éclectique. Maria n’était pas en proie à cet engouement libertaire, bien qu’elle fut philosophiquement proche de ce monde, mais son altruisme la rapprochait beaucoup de Titi. Elle était plus optimiste que lui. Plus humaniste, aussi, plus tolérante, tandis que lui, déçu des gens, tendait à être plus cynique. Il pensait sa lutte perdue d’avance, mais ne lâchait pas prise. Au fond, son combat était régi par l’idée d’un monde meilleur, et y sacrifier une bonne partie de sa vie est quand même une preuve d’humanisme, même si moins évidente.
Maria et Titi avaient déjà pensé à l’idée de s’installer l’un avec l’autre. Ils étaient d’accord sur le point d’être fait l’un pour l’autre. D’avoir besoin l’un de l’autre. Mais Titi avait eu une expérience douloureuse, avec une relation passée, et il pensait que trop se presser pouvait tout gâcher. Elle était d’accord avec lui, surtout qu’ils bossaient déjà ensemble, se voyaient beaucoup pendant leur temps libre, et qu’elle avait de surcroît emménagé il y a peu de temps dans son appartement. Son PREMIER appartement, « loin » de ses parents, autonome, maîtresse de ses désirs …chez elle, quoi.

C’est seulement bien après (presque huit mois) l’évocation de vivre ensemble que Maria commença à se sentir seule. Elle n’avait pas spécialement envie de vivre avec lui ; non pas qu’elle l’aima moins, mais leur relation était tellement parfaite, qu’elle ne voulait rien y changer. Quand elle appris de Cassandra que cette dernière cherchait à déménager (sa propriétaire la harcelait), elle essaya immédiatement de la convaincre de venir habiter avec elle. Son appartement, à La Violette était très largement assez grand pour elles deux, et le loyer était, de par la situation géographique du lieu, très abordable. Perché au troisième étage d’une battisse à la fois moderne et rustique, il possédait trois chambre (l’une d’elle servait déjà de labo photo, et la plus grande de bureau), un grand salon, dans lequel se dressait une cheminée (la fierté de Maria), une salle de bain avec baignoire, et enfin, une grande terrasse surplombant la petite falaise du village. Le tout à vingt cinq minutes de la ville. Cassandra n’avait pas longtemps hésité. Elle était même surexcitée à l’idée de s’installer avec sa copine de toujours, son amie, sa confidente…

La veille de l’arrivée de Cassandra, Maria se coucha tôt. Titi travaillait ce soir jusqu’à vingt trois heures trente, et il ne passerait pas la voir. Elle pensa beaucoup à lui, et beaucoup à elle. Son désir pour Cassandra était très fort. Depuis aussi longtemps qu’elle se rappelle. Non, rectification, depuis ses quatorze ans. Lorsqu’elles avaient campé ensemble au lac de Jodassier. C’était un mini camp, organisé par l’association de quartier. Il faisait très chaud, cet été là. On parlait de canicule à la télévision, dans les journaux, dans la rue, et le lac avait été pris d’assaut jusqu’au mois de septembre. Mais le mini camp était situé sur une parcelle privée appartenant à la mairie, et les enfants avaient une plage, modeste mais suffisante, rien que pour eux. L’été se déroulait à merveille, surtout pour des adolescents de quatorze ans. Les couples se formaient, les corps se métamorphosaient, et c’était la saison des premiers baisers. Maria et Cassandra partageaient la même tente. Toute les deux avaient un petit copain, un beau bronzage, et elles étaient plus complices que jamais. Tout les soirs, elles ne s’endormaient que minuit passé, l’esprit trop occupé pour céder au sommeil. Et la chaleur, même la nuit, était insupportable. Les filles se couchaient vêtues au minimum, et parlaient des heures, de la vie de l’amour, du sexe (elles admettaient ne rien y connaître, mais étaient plus curieuses que pressées), des garçons, d’elles, de leur amitié hors du commun (« mieux que des sœurs»), et de tant d’autres choses…
Cet été là, Maria s’était aperçu de son attirance pour son amie. De son amour, d’abord, puis de son attirance. Une nuit, elle eu l’impression que toute deux flirtaient ensemble. Elle n’osa jamais en reparler à Cassandra, doutant de sa réaction. Doutant de l’interprétation qu ‘elle avait elle même fait de cette soirée. Plus de treize ans plus tard, elle portait en elle ce doux phantasme. Et demain, se disait elle, nous seront colocataires . Ne croyez pas qu’elle pensait toujours à Cassandra de cette manière, cela restait occasionnel, quelquefois, seule avec ses rêves. En temps normal, elle occultait ce désir pour une relation basée sur l’amitié. Elle avait installé le bureau dans sa propre chambre, afin de libérer la pièce qui allait être investie le lendemain. Elle avait fait le ménage, rangé ses bouquins, et se sentait excitée comme une écolière qui attend l’arrivée du Père Noël. Elle fut interrompue dans ses pensées par son téléphone portable. Elle avait trouvé drôle d’utiliser le thème de « Beetlejuice » comme sonnerie, mais en avait été dégoûtée à force de l’entendre.
Elle décrocha et son visage se détendit quand elle entendit cette douce voix, la plus douce des voix : « C’est moi, bébé…
-Titi ? demanda-t-elle sans savoir pourquoi.
-Je te réveille pas ?
-Non, non, je lisais un peu. Tu es encore au cinéma ?
-Oui, on boit un verre avant de fermer. J’ai eu envie d’entendre ta voix, mon bébé…
Elle fut charmée par cette attention, et ramena ses genoux vers sa poitrine, comme lorsqu’elle était détendue et sécurisée.
-Je t’aime, lui murmura-t-elle
-Moi aussi, tu me manques…
Tu as fait de la place ?
-Oui. J’ai débarrassé le bureau. Je l’ai mis dans ma chambre.
-Et le tourne disque ?
-Dans le salon avec la chaîne.
Tu viens demain soir ?
-Oui, je finis à neuf heures. On partira ensemble après demain.
-Oui, murmura-t-elle
-Je t’aime, bébé.
-Je t’aime, poussin. »
***

Maria, ne pensait plus à tout ça, maintenant. A quatre pattes sous la pluie, elle pensait qu’elle avait mal. Elle pensait « vite fait, vite fait…je veux dormir ». Je la regardait avec mépris. Elle ne méritait pas ma pitié. Je tenais encore le revolver par le canon, et observait sa crosse rougie de sang. Je n’avais pas encore tiré une seule fois de la soirée. J’avais crevé les autres comme ils le méritaient. Non. Ils auraient mérité pire. Que cela soit plus lent, plus sadique. Je les ai crevé à coups de couteaux. Beaucoup, plein, dans le tas. Et que je plante, et que je plante, et que ça crie, et que ça saigne. Et vlan, encore un coup, arrêtes de gémir, tiens ! Arrêtes d’implorer…
Tout ça s’était passé très vite. C’est en voyant les corps étendus dans une flaque (le mot flaque prenant tout son sens) de leurs sang, leurs chair ouverte en de multiples endroits, que j’ai savouré la sauvagerie de mon acte. Dire que cette pute de Maria a failli m’échapper.
« Tu sais que tu n’est pas belle, crevure ? ricanais je en serrant des dents
-Pourquoi…éructa-t-elle, pourquoi tout ça ?
-Parce que le monde est injuste. La race humaine est pourrie. Infectée…
En fait, il ne faut faire confiance à personne. J’ai fait confiance, j’ai été trompé, j’agis…
Tu m’as fait confiance, tu t’est trompée. Je suis une boule de nerfs, une boule de haine…
Et je vais te crever…
-Ordure ! hurla-t-elle. Je te hais, tu m’entends, je te hais !
Tu as mérité tout ce qui t’est arrivé. Tu mérites de crever !
-Pardon ? Explique moi, s’il te plait…Qu’est ce que j’ai mérité ? J’ai toujours été gentil…Avec tout le monde, sans raison. J’ai toujours été ouvert, à l’écoute, aimant…
-Tue moi vite, implora-t-elle dans un sanglots, avant de vomir un petit jet de glaires rouges.
-C’est de ta faute…
C’est toi qui n’a pas su ce que tu voulais…
Tu as épuisé les ressources de ceux qui t’aimaient !
-Tue moi…
-Arrête de geindre, tu as fait trop de mal pour jouer la victime !
-…ues moi…
-Tu vas crever ! Penses à ça maintenant ! C’EST TON TOUR ! C’EST TON TOU…

Le coup de feu retentit et je m’écroulais. Comment en étais je arrivé là. Tuer ces gens…Ces gens si proches, si…j’ai froid…je ne peux plus bouger…Qu’est ce que…je meurs…je…


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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Ven 14 Oct - 19:50

III


Je connais Maria depuis toujours. Elle m’avait oublié. Pas moi. Elle m’a connu à l’hôpital, lorsque nous avions cinq ans. La pauvre venait de perdre son frère dans un accident de voiture. Elle ne me dit rien au départ. Elle était très silencieuse, et elle pleurait beaucoup. En silence…Elle m’intimidait, mais au bout de quelques jours, elle finit par me répondre. « Je m’appelles Maria, et toi ?
-Tommy.
Elle resta interloquée, et ses yeux s’embrumèrent.
-Mon frère s’appelait Thomas…C’est ton nom aussi ?
-Non…Juste Tommy. Il est où, ton frère ?
-Il…
Ses lèvres prirent la moue d’un enfant qui va pleurer, mais réussi à se ressaisir.
-Il est au ciel, articula-t-elle.
-Il est mort ?
-Dis pas ça ! Cria -t-elle de sa petite voix. Elle se mit à pleurer.
Il me manque trop, sanglota-t-elle.
-Moi je suis là, lui avais je dit, le cœur plein d’émotion.
-C’est pas pareil. Tom, c’est mon frère. Et il est plus petit que toi.
-T’as quoi à la jambe ?
-Eh ben, c’est mon os, il est cassé.
-Moi aussi…on a le même…euh…paltre.
Elle éclata de rire.
-PLATRE , me corrigea-t-elle.
-Tu me prête ton livre ?
-Non.
-Allez, s’teup…
-D’accord mais pas trop longtemps…
Et, si tu veux, je serais pas ton frère, mais je serais comme un nouveau frère…
-Je sais pas…
-Et ben moi, quand je serais guéri, si tu veux, je te protèges…
Elle réfléchit un peu, puis me sourit.
-D’ac »

Pendant les trois années qui suivirent, on ne se quitta plus. J’avais en quelque sorte remplacé Thomas dans son cœur. Pas dans celui de ses parents. Une fois, je les ai surpris parler de moi en de mauvais termes. Ils disaient que « ce Tommy » ne devait pas remplacer leur fils décédé , et que « la petite » leur faisait du souci . Il est vrai que nous faisions beaucoup de bêtises ensemble. Je ne l’entraînais pas vraiment, on avait les mêmes idées (comme la fois ou on a peint la poule en bleu), mais j’allais souvent plus loin. Je crois que je voulais l’épater. Je l’aimais sincèrement, quoiqu’en disent les « trop tristes » qui prétendent qu’un enfant ne peut aimer. Sans elle, je n’étais rien.
Et le drame, mon drame arriva. Après avoir passé deux semaines de vacances chez de vieux amis de ses parents, elle ne cessait de parler de Cassandra, la fille de ces derniers. Elles avaient le même âge, et s’étaient entendu à merveille. Comme deux sœurs…
Je me sentais trahi, abandonné. Et elle m’acheva en m’annonçant la pire nouvelle qu’il ne me soit jamais arrivé d’entendre. Maria et ses parents déménageaient dans deux mois. Je n’ai pas encaissé la nouvelle. Elle, ne semblait pas trop émue. Elle était contente même, m’avait-elle dit, de déménager à la ville. Elle répétait le discours que lui tenait ses parents d’un air entendu :
« on va commencer une nouvelle vie. », « on va rencontrer de nouvelles personnes »…
J’étais dépité, et elle semblait très excitée. Elle savait qu’elle allait se retrouver dans la même école que Cassandra, et étaient même impatiente de partir.
Les deux mois qui suivirent furent atroce. Je la voyait de plus en plus rarement, Maria me délaissant pour ses projets, les cartons, et tout le reste. J’ai pas trop le temps de jouer, me disait-elle souvent d’un ton désinvolte.
Un jour, elle est partie, sans me dire au revoir.
Je me suis comme « éteint » ce jour-là, et mon cœur s’est durci.


IV


L’inspecteur Rouillet avait mal dormi. La pluie l’avait toujours rendu nerveux, et le déluge de cette nuit l’avait noyé dans les profonds méandres de l’insomnie. Il s’étira à nouveau, et bu une gorgée de café noir, avant de reprendre les photos. Les corps de Thierry Lelong et de Cassandra Cortes étaient plus troués que du gruyère. Mais quand l’inspecteur vit les cadavres, et à chaque vision des photographies, il songeait plus à une boucherie qu’à une fromagerie. Il sourit à ces pensées, et s’en voulut aussitôt. Ces gamins…Pas trente ans, et déjà raides. « Tout les cercueils devront être fermés lors de l’enterrement », avait soufflé le légiste quelques heures plutôt. Vingt deux coups de couteau pour lui, vingt-quatre pour elle.
La voisine a été étranglée. Apparemment, elle a été surprise par les hurlements, et a traversé le palier, voir ce qu’il s’y passait, ayant préalablement pris un rouleau à pâtisserie avec elle.
Elle aurait surpris l’assassin qui lui aurait sauté dessus. Elle se défend à l’aide du rouleau , mais l’agresseur est comme fou. Malgré le coup violent, il se jette sur elle et la rue de coups de poings. Au vu des contusions, il doit être vachement balaise, d’après le légiste. Il l’étrangle avec rage. Les voisins entendent la jeune locataire, Maria Bêlas hurler et appeler à l’aide, tandis qu’ elle dévale l’escalier. Ils appellent la police. Une fois sur place, deux flics constatent le meurtre tandis que deux autres partent à la poursuite de l’assassin, dans l’espoir de sauver la jeune fille.
Arrivés au bout de la rue Louise Michel, ils…
« Et, inspecteur, la môme est là pour le témoignage.
-Comment elle est ?
-Un peu chamboulée. Je crois qu’elle réalise tout juste qu’elle aurait pu y rester…Elle a eu du bol, quand mê…
-Y’a pas que le bol dans la vie ! coupa l’inspecteur.
Fais-la rentrer. »
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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Ven 14 Oct - 19:51

V

J’ai peur. Tommy va me descendre. Il est timbré. Il a tué tout le monde. Penser une dernière fois à eux. Titi…Titi…pourquoi…Je n’avais pas pensé à Tommy pendant toutes ces années. Et il est réapparu. Je…je ne me souvenais plus de lui. Ca l’a vraiment touché. Il a pleuré. Mais tout m’est vite revenu. « Maria, m’a-t-il dit, je ne suis pas là par hasard. J’ai appris le décès de ta mère ». Ca m’a fait flipper. Comment savait-il ? Ma mère est morte deux semaines après que Cassandra ait emménagé à la maison. Une chute dans l’escalier, alors qu’elle était venue me voir. J’étais absente, elle est repartie. Elle est tombée, et s’est brisé la nuque dans MON escalier. Le choc a été très dur pour moi. Papa est resté dans un état second, léthargique. Il fuit la réalité, passe ses journées à se balancer dans son fauteuil, le regard dans le vide, éclate parfois en sanglots et chiale en répétant des nan-nan-nan et des « c’est pas possible ».
Tommy est venu chez moi. Il m’a fait peur, surtout que j’étais très choquée. Je crois que ça a été trop, et je lui ai demandé de partir. Cassandra et Titi m’appelaient régulièrement et restaient énormément près de moi. Roger et Sylvie m’avaient dit de prendre autant de jours qu’il le faudrait. Je me suis occupé de tout pour l’enterrement avec tonton René, le frère de maman. J’allais voir mon père un peu tous les jours, mais il n’allait pas mieux. J’étais perdue, et l’autre qui me dit qu’il ne partirait pas, que j’avais trop besoin de lui et des foutaises dans le genre de celles-là . Puis finalement, ça m’a fait du bien de parler avec lui. Il a commencé à me remémorer notre enfance, et il m’a même fait rire en rappelant nos bêtises. Il m’a dit à quel point il avait souffert de mon départ, à quel point il avait besoin de moi, et je me suis sentie nulle. Egoïste et lâche. Mais je n’était qu’une enfant. Il m’a dit qu’il avait décidé de me retrouver, et qu’il avait réussi. Au départ, il n’osait pas aller vers moi. Il me voyait de loin, m’épiais presque. Cette idée me dérangea, mais il avait l’air si gentil, si prévenant…
Dans l’après midi, Titi était passé. Il avait une pose d’une heure et demi, et était venu me voir. Tommy fut surpris et ne dit rien pendant la demi heure passée avec lui. Titi devais être irrité par ce type, qu’il ne connaissait même pas, qui squattait le salon de sa copine en faisant la gueule. Mais il n’en montra rien, très prévenant avec moi. Si réconfortant. Quand il est parti, je me suis sentie toute chose. J’ai essayé de me ressaisir, et Tommy a commencé à changer. Il avait l’air méchant, furieux, et commença à me déblatérer des conneries comme quoi Titi était un salaud, que c’est pour ce genre de connards que je l’avais oublié, que Cassandra était une grosse pute qui suçait certainement Titi dès que j’avais le dos tourné. J’ai explosé et l’ai foutu dehors, en hurlant que je ne voulais plus jamais le revoir. Il a fait quelques pas, s’est retourné et m’a lancé le regard le plus glacé qu’on ne m’ai jamais fait.
« Compte là-dessus. Tu me reverras, ça tu peux me croire ».

Je ne l’ai pas revu pendant une semaine. Je me suis occupée de mon père, rangé les affaires de ma mère, et j’ai décidé de reprendre le boulot. J’ai appelé le cinéma, et je suis tombée sur Sylvie. Je lui ai annoncé mon intention de revenir le lundi suivant. Elle m’a demandé si j’étais sûre, et j’ai dit que oui. Elle m’a dit de garder courage et m’a appelé mon petit, ou mon cœur, je sais plus. Ca m’a émue, et j’ai fondu en larme en raccrochant. Tellement de choses insurmontables s’étaient produites en deux semaines, que je crus en mourir à mon tour…

Et effectivement, je vais mourir. Il se tient devant moi. Dégoulinant d’eau, m’insultant, le regard terrifiant. Il a l’air si grand, si imposant. Je veux en finir…

Après avoir raccroché et pleuré, j’ai appelé Titi pour lui dire que je resterais la nuit avec mon père, et qu’on passerait le dimanche ensemble. Il était déjà chez moi, et je lui ai dit qu’il n’avait qu’à rester. Je préparais le repas pour mon père. Il mangea, et s’endormi profondément sur le canapé. C’était bon signe ; je l’ai couvert, et j’ai fini de trier les vêtements à donner, tout en me souvenant de ma mère en train de les porter. J’ai alors éprouvé une soudaine envie, un désir incontrôlable de voir Titi. Papa dormait mieux qu’il ne l’avait fait depuis longtemps, et je pourrais revenir le lendemain.
Alors je suis rentrée.
Dehors, il pleuvait depuis maintenant deux bonnes heures. Une pluie torrentielle, explosant sur l’asphalte avec violence. Dans la seule lueur des phares, ce tableau était glauque au possible, et je me félicitais d’avoir installé une radio dans la voiture, deux mois auparavant.
La musique me remonta un peu le moral (c’était une cassette de Nancy Sinatra), et la route me parut courte malgré la faible allure à laquelle je roulais.
Arrivée chez moi, je courus de la voiture jusqu’au perron. Trempée, je grimpais les escaliers et fit face à la porte. En sortant mes clefs, j’entendis des bruits bizarres, comme des plaintes , des râles. J’ouvris la porte avec discrétion, la peur faisant son apparition dans mon estomac . Je repensais à Tommy, à son regard, à ses menaces…J’attrapais un couteau dans la cuisine et me rapprochait du salon. Tout en marchant, je commençait à saisir le sens de ces gémissements. Elle le suce dès que tu as le dos tourné. Tout me sembla pire que ce que j’aurais pu imaginer au moment où j’ai ouvert la porte, surprenant Titi et Cassandra emboîtés comme deux cuillères, entièrement nus, frottants avec frénésie leurs corps couverts de sueur. J’allais hurler quand je sentis un coup sur la tête.
Quand j’ouvris les yeux, je vis du sang partout. Je me levai en titubant, encore assommée et je failli retomber, horrifiée par le spectacle qui s’offrait à moi. Les corps de ceux qui avaient été mes deux amours, encore l’un dans l’autre, ensanglantés, décharnés, tel un amas de viande hachée. J’ai vomi, et en me tournant, je le vis. Il étranglais la voisine, Madame Maurand , les yeux pleins de folie, l’écume aux coins des lèvres et des veines monstrueusement gonflées sur les tempes et le cou. J’allais crier, quand il a levé la tête, ce qui me terrorisa tellement qu’aucun son ne sortit de ma bouche. Il s’est levé d’un bon en grognant d’abord, puis hurlant la même phrase :
« C’est pour eux que tu m’as laissé ! C’EST POUR EUX QUE TU M’AS LAISSE »
Une décharge m’a alors traversé le dos. Je me suis tournée, et j’ai détalé, pieds nus (mes chaussures ont du être projetées quand je suis tombée à terre, et de toute façon, de vulgaires sandales imbibées d’eau ne m’auraient pas été d’un grand secours), la tête ankylosée par ma blessure. J’ai commencé à hurler dans l’escalier. J’ai déguerpi si vite que j’ai pris une petite avance. Arrivée en bas, je me suis mis à détaler sous la pluie…
Je ne savais pas où.
Je fuyais.
Fuir.






VI

L’inspecteur remercia la jeune femme pour son témoignage. Elle déclarait s’être arrêtée sur le bord de la route pour essayer de joindre son frère. Il pleuvait des trombes d’eau, et la visibilité était quasi nulle. Elle réussit à l’avoir, et lui demanda s’il ne voulait pas venir la chercher. Après tout, elle n’ était venu que deux fois chez lui, et ne se souvenait pas bien de la route. Il râla un peu, et lui demanda dix minutes, le temps qu’il puisse voir la fin du match. « Je te rappelles dans dix minutes, Barb, ok ? ». Elle acquiesça pour elle même tout en répondant « oui ». Après tout, elle connaissait sa passion pour le foot, et elle n’était pas pressée. Elle se mit de la musique (« London Calling », the Clash) et se roula une cigarette. Elle commençait tout juste à fumer quand elle l’aperçu. Une jeune femme, en robe, trempée d’eau et de sang, courant vers sa voiture, brandissant un revolver, et le visage orné d’ un regard…
C’est son regard qui l’a terrorisée. Elle avait un regard semblable aux yeux ronds et noirs que dessine Tardi lorsqu’un personnage pète un plomb.
Elle a eu peur. Elle a démarré et filé comme une voleuse.
« Vous avez eu beaucoup de chance », avait-il dit . Puis il se souvint de ses propres paroles :
Y a pas que le bol dans la vie…

VII

Les flics avaient dévalé les escaliers, et s’étaient mis à courir tout droit sous la pluie battante, en essayant d’ôter de leur têtes ces images de massacre abominable. Il fallait sauver cette fille, ils le pourraient peut-être. Ils sont arrivés seulement cinq minutes après l’appel des voisins de Maria. La gendarmerie était toute proche de la falaise. Il y avait deux routes en bas de chez elle. Celle qui descend vers la gendarmerie, qu’ils venaient d’emprunter sans voir personne, et celle qui allait vers le centre village. Borowsky était le plus jeune des deux, et il prit de l’avance. Il était sportif, et courait souvent. Adepte aussi bien de la course de fond que de la vitesse, il était avant centre de l’équipe du LVFC , le « La Violette Football Club ». Il avait maintenant beaucoup d’avance sur son équipier, et dévalait, ne pensant qu’à sauver une vie, celle de la jeune locataire qui était peut-être encore en vivante. Il ne savait pas que le tueur était équipé d’une arme à feu, et cette pensée ne troubla pas son effort. Il commençait vraiment à fatiguer, lui, le roi de la course. Dopé à l’adrénaline, il avait parcouru une distance non négligeable en quelques minutes. Il se mit à désespérer quant au sort de la jeune femme, lorsqu’il l’aperçut. Il ralentit, et s’arrêta, soudain horrifié par son regard. Il ressemblait, pensa-t-il, à celui Linda Blair, dans l’Exorciste. Elle, par terre, remuée de spasme, un sourire abominable aux lèvres (il hante encore les nuits de ce pauvre Borowsky), se muant parfois en une bouche d’enfant qui pleure, pour revenir à sa forme terrifiante. Elle hurlait, d’une voix rauque, tout en se tenant (se tirant) les cheveux.

« -Pardon ? Explique moi, s’il te plait…Qu’est ce que j’ai mérité ? J’ai toujours été gentil…Avec tout le monde, sans raison. J’ai toujours été ouvert, à l’écoute, aimant…
Tue moi vite. C’est de ta faute…C’est toi qui n’a pas su ce que tu voulait…
Tu as épuisé les ressources de ceux qui t’aimaient ! Tue moi… Arrête de geindre, tu as fait trop de mal pour jouer la victime …ues moi…Tu vas crever ! Penses à ça maintenant ! C’EST TON TOUR ! C’EST TON TOU… »

L’arme posée contre sa tempe, elle tira. La détonation fut sourde et elle s’écroula. Borowsky repris ses esprits à l’arrivée de son collègue, essoufflé à en crever. Ce dernier jeta un coup d’œil au cadavre de la jeune femme. La pluie battante et la distance ne lui avaient pas permis de percevoir le son du coup de feu. A la vue du corps, il se dit qu’il avait couru jusqu'à la syncope pour rien, et que le tueur était en fuite.
Borowsky ne dormit plus jamais normalement.


EPILOGUE

Ce soir là, le meurtrier est bien mort. En même temps qu’elle. Il avait appuyé sur la détente, et le chien s’était rabattu immédiatement, faisant claquer la poudre. Maria avait, lors de ses séances de nettoyage chez ses parents, trouvé, et confisqué l’arme de son père. Il était dans un tel état, si désemparé, et elle avait eu peur que l’homme meurtri ne re tourne son arme contre lui, la laissant seule. Il y avait une certaine ironie, dans le fait que Tommy tire avec ce revolver. Elle n’avait même pas remarqué, en fuyant, que Tommy l’avait trouvé, sur l’armoire de la chambre. Et maintenant, elle sentait le canon glacial posé contre son visage. Elle voyait le doigt de Tommy tremblant sur la détente.
BOUM
Il s’avait, pourtant, qu’il n’était rien sans elle. Qu’il n’existait pas sans elle. Il l’aimait tant. Elle l’avait aimé, elle aussi, à une époque. Comme un frère. Comme son frère. Puis elle l’avait rangé dans un coin noir de sa tête, quand elle n’en eut plus besoin. Un coin si sombre. Et il s’y sentait si seul. Il dormait, hibernant sur la couche de son désespoir. Il était là pour l’aider, sa petite Maria, quand elle perdait les pédales. Mais elle ne perdit plus les pédales pendant dix huit ans. Et quand il est revenu pour l’aider, elle n’avait plus besoin de lui ? C’est ce qu’elle croyait, la garce…
Heureusement, il était là pour faire le sale boulot.

La banque de la place (la seule du village, d’ailleurs) avait muni son distributeur automatique d’une camera, comme on en met à tout les guichets. L’inspecteur s’enferma dans son bureau pour mater la bande, et espérait ainsi comprendre …
Les gendarmes lui avaient mâché le travail, et il n’allait pas s’en plaindre. Projeté sur son écran, il regarda la cassette, qui lui offrait un plan séquence de six heures. Un plan large, qui permettait de visualiser entièrement la scène finale, l’épilogue de cette enquête si vite bouclée.
La voiture démarre. Maria arrive en courrant, et s’étale violemment par terre (« ouch », avait lâché l’inspecteur). Elle se redresse un peu, se retourne en hurlant. Elle semble terrorisée, posée sur le cul, avec un mouvement de recul et d’impuissance. Elle fixe quelque chose, où quelqu’un, qui semble s’approcher d’elle hors champs. Mais si elle a si peur, pourquoi ne tire-t-elle pas ?
Elle a un revolver, serré dans la main, et elle semble ne pas même s’en rendre compte. Jusqu’ au moment, ou attrapant l’arme par le canon, elle s’assène elle même un coup d’une violence impressionnante ; en pleine tête…Soudain son corps se fige. Elle se redresse sur les genoux, et se tords de spasmes impulsifs, tout en laissant apparaître un sourire , un sourire…L’échine de l’inspecteur se glaça à la vue de ces images. On la croirait possédée. On dirait qu’elle parle à quelqu’un…non, qu’elle hurle, passant du rire aux larmes en clin d’œil. Personne d’autre n’apparaît sur l’écran. Elle pointe son arme sur sa tempe, et tire.

Quand la balle a pénétré dans le crâne de Maria, transperçant son cerveau de part en part, elle eut le temps de rêver. Pendant ce dixième de seconde qui sépara sa vie de sa mort, elle eut le temps de penser. A tout et à rien. A Titi, à ses vacances avec Cassandra, à l’odeur du gâteau au chocolat de sa mère, à la peur, à la mort, à son père dans son fauteuil, le regard vide ; à son père il y a dix ans, au moment de sa retraite, souriant ; à Titi encore, à Cassandra aussi. Elle pensa aussi qu’elle était folle. Elle revit sa maîtresse de la maternelle, elle revit le jour où elle eu son premier vingt en dictée, elle revit Frank, son premier amour ; elle revit sa première fois avec un hollandais dont elle avait oublié le nom. Elle revit la poule peinte en bleu, son accident, l’hôpital…
Puis elle sentit qu’elle mourait.
Aspirée vers le néant, elle eut peur.
Et alors que tout devint noir, Tommy saisit sa main. Elle la serra fort, et il fit de même.
Je t’aime, dit elle pensant à Titi.
Moi aussi, Maria, répondit Tommy.
Et ce fut la fin.


Fin
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Zabos



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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Sam 15 Oct - 0:11

Eh mais c'est bien bien bien!

Sûr, ça mérite d'être retravaillé, même bien bossé, mais ça en vaudrait la peine.

Au début j'ai trouvé que c'était un epu bateau, et puis je me suis même dit que j'allais peut-être pas aller jusqu'au bout. Et en fait, je me suis laissé piégé par l'ambiance série noire, et finalement je'ai dévoré la fin. La description de la scène vue par la caméra du distributeur, si on essaye de se l'imaginer, image mauvaise, en noir et blanc, parasites, pluie, et Maria toute seule et son sourire (c'est le pire), c'est affreusement efficace. Horriblement visuel.

J'aime.
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mezigue



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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Dim 16 Oct - 21:43

merci, ca fait plaisir...
si tu veux m'envoyer tes reserves en mp, je suis preneur.
merci.
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mezigue



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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Jeu 20 Oct - 13:51

putain, je viens de m'appercevoir que les phrases en italiques, tout comme plusieurs autres effets narratifs on sauté.
J'en ai refoutu une, mais j'ai la flemme, là...
Y a pas moyen de foutre un dossier lien word, ou un truc du style?
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tefli



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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Jeu 20 Oct - 15:54

j'ai pas fini vu que je suis au boulot et que j'ai pas le temps mais ca tient la route !!!! (je finirais demain ou ce soir)
les descriptions sont parfois longues mais ca aide tellement à visualiser les scenes suivantes qu'elles ne paraissent pas inutiles !!!

bravo mec !!!
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MessageSujet: Re: UNE NOUVELLE   Aujourd'hui à 5:28

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