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 Seul contre rien (tous n'existe plus)

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Zabos



Nombre de messages : 7159
Localisation : Entre deux guerres
Date d'inscription : 21/02/2005

MessageSujet: Seul contre rien (tous n'existe plus)   Jeu 15 Sep - 14:37

[Je squatte, j'm'esscuze, mais bon, j'ai du temps à tarrapper. A rattrapper aussi. D'ailleurs. Putain de fautes de frappe. De merde]

11 Mars 2005

Seul contre rien (tous n’existent plus)

Tu rirais bien, toi, le cégétiste de Bobigny, en 1930.
Tu rirais bien, toi, l’anar de la Colonne de Fer, de ton quelconque Terruel.
Tu poufferais comme un dingue, toi le marin du Potemkine.
Tu pleurerais de rire, toi, le Communard sur ton ultime barricade de la rue Rambuteau.
Même toi, le canut, même toi le marin de la Mer Noire, même toi, le punk iranien, comme chantait l’aut’.

Et puis non, tu rirais pas. Tu pleurerais peut-être un peu. Tu verserais une grosse larme toute amère. Toi qui avait retroussé tes manches pour faire en sorte que le monde change de base, qu’il n’y ait ni dieu ni maître, on s’est foutu de ta gueule, on t’a trompé, même utilisé. Mais tu les as retroussées, au moins. T’as pas attendu qu’on t’enterre pour rappeler au monde ton existence. Ça oublie vite les gens, un monde. C’est froid un monde.

Bien sûr, tu n’as pas changé les bases. C’est pas faute d’avoir essayé. T’as suivit des idoles, mieux, des mythes. Si tu t’es réincarné kekpart, j’espère que t’as retenu la leçon. En tous cas, j’essaye de le faire pour toi, paske je crois bien que tu t’es pas réincarné. A se demander pourquoi je t’écris.

Tu verrais comment c’est aujourd’hui, tu verrais. Les chefs nous disent que t’as jamais existé, et puis en plus on y croit. Mais en même temps ils te glorifient. On est tous devenus assez schizophrènes. Pas très nets dans nos têtes. Orwell l’a bien raconté, ça… Orwell, tu te souviens ?

Comme tu n’as jamais existé, à défaut de révolution, les petites choses que tu avais tout de même gagnées n’ont donc jamais existé. Ou plutôt, elles ont toujours été là. Ce qui revint au même. Je sais pas comment c’est dans la tête des gens. Ça doit venir du ciel. Dieu ou un truc comme ça. Même s’ils y croient. Y’en a plein qui croient en Dieu sans le savoir C’est pratique.

Donc, si ça disparaît, les trucs, là, toutes ces choses qui viennent d toi, c’est pas grave.

Alors bon, i, y’en a des quand même qui. Ils font des manifs en respectant les sens de circulation, en ne passant pas sur les trottoirs et en disant bonjour aux délateurs professionels des RG. Ils disent des slogans, des fois même avec des gros mots dedans. Mais tu sais, c’est pas gagné. On est en train de revenir au point de départ. Oui, avant toi, bien avant. C’est pas exactement la même chose non plus. Mais c’est la même idée. Les maîtres et les possédants sont à nouveau arrogants, décomplexés. Beaucoup ici cherchent (et trouvent) des tas de complots alors que la réalité est là, sous nos yeux, évidente, et qu’en plus elle se gargarise de l’être. Tout est à refaire.

Beaucoup n’y croient plus. Beaucoup n’y croient pas.

Comme avant. Mais je me dis que toi aussi, là-bas, longtemps avant, il a bien fallu que tu partes de rien. Disons de peu.

Il y a juste peut-être une différence fondamentale : tu étais seul contre tous. Ennemi identifié et identifiable.

Ici nous sommes seuls contre rien.

Ici, ceux qui refusent sont seuls contre rien. A part haïr la Terre entière, tu n’as plus d’ennemi clair, net. Facile à désigner. Tout se confond avec tout. Tout est normalisé. La sagesse, l’ennui et la politesse sont nos oppresseurs. On devrait leur tatouer sur le front, aux manifestants d’aujourd’hui :

LE MANQUE D’INSURRECTION NUIT GRAVEMENT A LA CONTESTATION

Moi ? Tu sais, y’aurait une insurrection que je ferais peut-être pas le malin. Ou peut-être que si ? J’ai jamais essayé ce qu’on appelle « la drogue », tu vois, mais ça, l’insurrection, j’essayerais bien. Et puis en même temps ça me dit pas trop. Une foule de gens en colère, c’est pas forcément glorieux. Surtout quand elle est brimée depuis trop longtemps, elle a des trucs à expulser qu’elle maîtrise pas des masses. Elle fait du vilain. Qu’est-ce que t’en dis, toi qui sait ? Non, tu sais pas ? Pourtant tu es un vrai, un prolo de l’ancien temps, un rouge, un de l’avant Saline, p’têt même de l’avant Lénine ? Non ? Tu sais vraiment pas… j’aurais dû m’en douter. Tu vois ? Bah v’là carrément que je me met à croire en dieu, à ma façon. A croire en toi. Quel con.

Tu sais, j’y repense, à cette insurrection. Il se passerait quoi, après ? Y’aurait encore un chef. Ou plusieurs. Ça va être comme ça. Il y en a toujours qui ramène sa putain de grande gueule à un moment ou à un autre. Même des fois il a des bonnes intentions. Mais on se met à mettre sa tête sur des T-shirts. Et là c’est mort depuis longtemps. Et puis un chef, c’est une seule personne. Même élu, tu vois, il ne peut représenter 10 000 sensibilités ! Même pas 10 ! Il centralise, aussi délégateur soit-il trop d’espoirs et d’intérêts, trop divers, tous, pour qu’il ne soit jamais tiraillé, compromis. Et puis l’exercice du pouvoir… pour accomplir ce pour quoi on te l’a donné, il faut déjà le garder. Pour le garder, il faut s’avilir. La lutte de pouvoir est inévitablement personnelle. En s’avilissant on se met à l’aimer.

La Question des moyens. Ça doit t’évoquer de trucs.

Tu sais, cette insurrection, elle servirait pas à grand-chose. Dans l’absolu. Mais ce serait un exutoire collectif plus sain que de choper un flingue tout seul dans mon coin, de shooter un conseil municipal ou un chef à la con puis de me tirer une balle. Tu vois, un massacre solitaire et aveugle, c’est comme se bourrer la gueule tout seul le soir. Une émeute, c’est comme se bourrer la gueule le soir avec des potes. C’est pas plus glorieux, mais ça fait pas d’mal, ça défoule, c’est social comme truc. Vaguement structuré.

Tu dois te dire que je ne crois plus en rien, que je suis un peu désespéré… ce n’est pas totalement faux. Mais loin d’être vrai. Ce serait tellement plus simple d’être seul contre tous… tellement plus simple. Mais tu sais, c’est ce grand rien sans visage qu’on voudrait brûler, détruire. Mais il est… tu sais il est insaisissable. Il n’est jamais là où tu crois. Et même aileurs il n’y est pas. Et puis on fait tout à l’envers. Les partis « révolutionnaires » veulent construire un mouvement pour détruire ce modèle de société. Mon Dieu, ne serait-il pas plus logique de vouloir détruire d’abord et construire ensuite ? Construire ! Ne pas arriver avec une recette toute faite.

Ras le cul des partis, aussi révolutionnaires soient-ils. Ils nous savatent la gueule de rhétorique et on rigole en se touchant le poil tandis qu’ils confisquent les choses à leur avantage.

Ma solution?

J'ai vraiment une tête à avoir des solutions?
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Seul contre rien (tous n'existe plus)
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