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 Zabos en Thaïlande -suite-

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Zabos



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Localisation : Entre deux guerres
Date d'inscription : 21/02/2005

MessageSujet: Zabos en Thaïlande -suite-   Mer 14 Sep - 23:48

27 Décembre 2004

Paï. Encore. Mais tant mieux. Les mobylettes sont rendues, mon épaule toujours engourdie du poteau d’hier. Un très bon pad thaï, copieux, pour le petit déjeuner, près de la station de bus, pour 20 bath. Aubaine. Dans le petit boui-boui une soupe musicale s’écoule, se délaye, de reprises fadasses des non moins fadasses « Winds of Change » ou « Hotel California » en imitation vagues de folk rock bêlant.

Être ici, à Paï, ça me titille. Le rôliste qui sommeille pas tant que ça en moi, je dirais même qu’il est à peine somnolent, se réveille à mort et se gave d’idées.

28 Décembre 2004

Chutes d’eau dans le parc national de Doï Inthannon.

Une chute d’eau reste une chute d’eau, quoiqu’on en dise. C’est beau, ça mouille, mais ça ne m’évoque pas grand-chose. Si l’on s’en tient à la logique récurrente à l’eau et à sa tendance inaltérable à couler vers le bas, vaille que vaille, le mécanisme reste donc le même partout.
Il n’empêche que l’endroit est charmant.

29 Décembre 2004

Village Karen dans le parc national de Doï Inthannon.
900-1000m.
C’est un moment que j’aime. Dans un cirque entouré de jungle montagnarde, un village de bambous. A vue de nez, un ou deux bâtiments en dur. Et de loin, je vois même une télé. Mais pas sûr. La pleine lune. Ecrire sur une table de planches en bois (oui, euh donc). Grillons. Chiens faméliques vautrés dans le cercle en l’occurrence carré autour du feu. Fraîcheur notoire hors du feu. Chaleur brûlante face à celui-ci. Personnes en présence : deux américaines (Montana et Idaho), un Japonais de Tokyo (un gars vraiment débonnairement sympathique) étudiant et footballeur, tout jeunot (en japonais, Taki = chute d’eau), deux guides Thaïs rigolos (Chaï et San? je crois) (en thaï, korao = on y va), un couple de jeunes mariés Israéliens, un couple de vieux mariés Irlandais et une Indienne.

Chaï me fait goûter un « rhum de bambou » au goût de riz. Lui se les enfile à la chaîne avec de longs frissons le long de l’échine. Son visage de Thaï, rond, son air rigolard, à la lueur des bougies, le font ressembler à un bon petit diable ricanant.
Les chiens faméliques du bled (diable, un mot si typiquement maghrébin pour parler d’un village d’Asie) rôdent par deux ou par trois d’abord à la limite de la lumière du feu ou des chandelles de la plate-forme, puis carrément dans le cercle –carré-, entassés au plus près des flammes. Au bout de la table, un Karen avec un bonnet en laine blanche, ridé, à la peau très mate, mate la communauté des étrangers jouer à des vieux jeux collectifs de pubs, animés par le Master Irlandais, bien entendu, groupée et serrée autour du feu. Il sourit, mais reste intrigué par nos fous-rires aux bonnes grosses blagues à la bière que la culture irlandaise nous envoie à la face pour notre plus grand plaisir. Nous ne pouvons nous comprendre. Mais l’envie ne manque pas. Il s’approche un peu plus, entre presque dans le cercle. Puis, confiant, il saisit soudainement, à ma grande surprise, juste en ayant observé sans pouvoir en comprendre les mots, le mécanisme du jeu de la Magic Blanquet que notre Master Ken l’Irlandais, déchaîné, semble adorer. Dès lors il se bidonne comme un dingue.

29 Décembre 2004

Chiang Mai, Riverside, le bar.

Assis. Manger. Boire. Bougies. Musiques. Master.
25 000 ? 50 000 ?
Des morts. Dans la montagne, on n’y pensait pas. Non que je culpabilise, si je me mets à faire diète ou que je me fous en deuil et que je fais la gueule, ça ne changera manifestement pas grand-chose. Mais j’aurais aimé pouvoir mieux réaliser. Je me demande quelle perception j’aurais eu de tout ce bordel si j’avais été en France. Ici, j’ai l’impression d’avoir un regard étouffé, voilé, voire inutile. Je pense que je ne pourrai paradoxalement comprendre qu’en m’en éloignant géographiquement, quand ça viendra s’introduire dans MON quotidien et le perturber par les pensées qui en découleront, parce qu’ici, je ne vis pas un quotidien, deux semaines à Chiang Mai, ça reste de l’exceptionnel. Trop à faire dire voir toucher sentir ici pour avoir le temps de me perdre dans des pensées morbides. Et le tout sans égoïsme, je l’assure.

Note pour plus tard, voire pour maintenant : c’est, je crois, la première fois de ma vie que je reste dans un endroit aussi longtemps dans un lieu sans plus m’interroger sur sa structure : géologie, urbanisme, toponymie etc… je ne sais même pas comment s’appelle la rivière qui traverse Chiang Mai, et pour une fois, je m’en fous. Comme quoi je dois vraiment être émerveillé.

Sinon je pourrais, je pense, être dévoré crû par une horde de moustiques qui pour être petits n’en sont pas moins carnivores de type qui sucent mon sang sa race les connards. Tout ça pour faire un vague rapport avec la rivière sans qui les charrie sans fin, ces saloperies de bestioles à la con.

-Un mouchoir plus tard-

Finalement, McGyver et Rambo sont des menteurs, dormir tranquille dans une hutte en bambou tout en gardant son port altier de héros martial ou modeste, au choix, c’est impossible. Ils font ça en studio ? J’aurais dû m’en douter.

Reste que le lever fut frais et catastrophique d’un point de vue nasal et éructations diverses. Se retrouver près d’un feu sauvagement chaud dans les secondes suivantes fut thermiquement un poil violent, mais agréable et nécessaire.

Et dans tout ça, comment trouver le rapport ? Entre un Karen qui traverse sa rizière étagée, qui vérifie si ses buffles sont bien à leur place de buffle et tous ces gens qui n’en sont plus, cadavres flottant par milliers ? Aucun.
Pourquoi vouloir en faire un ?

Fristration : incapacité à en tirer quelque chose, de cette montagne. J’ai beau avoir passé des dizaines de minutes à la tortiller dans ma tête en marchant, à la retourner dans tous les sens, sommets dans l’eau, poissons et cailloux accouplés, ravins dans les arbres… rien. Je n’arrive pas à la formuler, elle ne correspond pas à mes pauvres mots.

Retour : le bouddhisme. Bon, non, en étant honnête, c’est un moyen d’aborder les hippies. Je les aime bien, mais en même temps, ils m’irritent à un point ! En même temps, c’est même pas d’eux que je veux parler vraiment. On dirait que les Occidentaux qui vivent en Asie, en tous cas une vaste majorité d’entre eux, s’échouent invariablement dans le yoga et la méditation. Je ne parviens pas à m’y faire, il y a quelque chose qui m’y rend allergique. Violemment. Physiquement. Je me dis que malgré toutes les vertus qu’on leur prête, peut-être à raison, toutes ces pratiques ne sont qu’une façon de voir le monde et bénéficient d’une scandaleuse « bonne réputation » qui dans certains milieux, en tous cas en France, te font passer pour un connard si tu avoue ne pas les aimer. Une sorte d’élitisme inhérent et de supériorité tranquille s’en dégage, et ça m’énerve. Il y a une vaste et telle propagande discrète en leur faveur que les détester me donne parfois l’impression d’être un genre de monstre, alors que non, je vous rassure. L’abandon, ou simplement la totale maîtrise des désirs me choque. Je veux jouir comme un connard de tout ce dont je suis capable, en jouir jusqu’à plus soif, tant que je n’écrase les plates-bandes des voisins.

Périodes : Je me disais cette nuit, alors que le froid ricanait sur mon ch’ti corps bleu-violet, que mon désir de vouloir tout classifier, découper, fragmenter, nommer, comprendre, est encore une fois paradoxal et inutile. Parfois obsessionnel. Cela dit je n’ai pas l’intention de m’arrêter de le faire.
Mais j’avais décidé, en 2001, à Belgrade, que ce premier « grand voyage pas très organisé» était un bouleversement soudain, brutal, dans ma vie. Une nouvelle ère. C’était peut-être vrai sur le coup, par ma perception immédiate. Le temps me donne tort. Il ne s’est rien passé de très nouveau, je ne me suis pas mis ensuite à parler en javanais ou à laisser pousser de la mousse dans mon dos. Je suis resté somme toute un type assez banal. Avoir fait de l’histoire aurait dû me servir. Porter un avis définitif, tranché et classé sur un événement sans attendre d’avoir du recul, c’est un peu n’importe quoi. Une nouvelle ère, ça n’existe pas. Ce serait accepter que les événements, et par extension les gens et leurs actes, tombent du ciel par une grâce divine en laquelle je n’ai aucune confiance, surtout dans la mesure où je ne crois pas en elle.
Chaque chose a une origine, des causes, des conséquences.
Un furieux qui tire dans la foule n’est pas un « forcené isolé », un camion dont la direction casse et se fout dans une baraque n’est pas un « camion fou », un mec qui viole des mômes et les tue n’est pas un « monstre ».
Sur ce dernier exemple, puisqu’il faut en prendre un qui tient de la psychose –il y a des raisons pour ça- le « monstre » n’en est pas un. Un monstre est exceptionnel. Un monstre n’existe pas, il est le produit de l’imaginaire. Il n’est pas parmi nous, sauf dans les livres. Alors que le gars qui crûment a violé et massacré des mômes, il est là, lui, parmi nous, avec nous, en nous, c’est toi, c’est moi, et des raisons précises, des causes, des événements intimes vont bâtir le meurtrier. Et même que des fois on va l’aider à se construire sans le savoir. Mais en faire un « monstre » le coupe de la réalité. Ça nous rassure peut-être, mais ça ne nous aide pas. Ça ne nous pousse pas à comprendre d’où il vient, pourquoi il est là. Ça ne nous aide pas à réfléchir sur les moyens d’éviter d’en construire d’autres. En faire un monstre est à peu près aussi efficace et constructif qu’une bonne vielle lapidation des familles en place publique.

Euh, on parlait de quoi déjà, au début ?

30 Décembre 2004

Chiang Mai.

Manger trop spicy et avaler de travers est une idée follement mauvaise.

Retour sur le morbide : on commence donc, comme toujours, la grande chasse aux responsables. Sur TV5, on parle de la responsabilité en amont… et on accuse… timidement… le centre d’alerte du Pacifique qui aurait mis une heure à donner l’alerte… sachant que la vague a mis trois heures à atteindre l’Inde, une prévention en amont… trois heures avant, c’est pas un peu léger ? Personne ne pense au tourisme de masse et aux promoteurs immobiliers ? Peupler des côtes restées vierges peut-être pas par hasard ou détruire les bandes forestières côtières pour surexploiter le bois, pour y foutre des hôtels, des routes à cent voies, bref des structures n’absorbant pas l’eau, favorisant son ruissellement, son épanchement, comme dans le « St Francis Dam Disaster » de Frank Black, sans compter que les arbres, avant qu’on les coupe, ralentissaient l’eau, la piégeaient en partie, que la terre l’absorbait… si du moins on en laisse… et sans compter (putain, qu’est-ce qu’on passe notre temps à ne pas compter, dans cette phrase…) que les côtes dévastées seront reconstruites par les mêmes salopards avec le même mépris du milieu, du terrain, et j’imagine souvent des humains ? Bah dis donc.

Et puis merde, quoi ? Un tsunami de cette taille, phénomène par définition imprévisible de façon directe, ne saurait être mis sur le dos de personne, de toute façon. Il peut juste nous servir de leçon et nous montrer, preuve à l’appui, qu’on n’observe pas assez les messages sains de notre milieu. C’est tout. La nature n’est pas géniale, elle est juste adaptée. Nous avons une certaine capacité au génie. Certes. Mais nous en faisons souvent n’importe quoi, croyant qu’il nous dispense des soucis d’adaptation au milieu. Rira bien qui rira le dernier. Hi hi.

31 Décembre 2004

Chiang Mai.

Je goûte la Archa Beer. Sympathique, mais moins bien que la Singha qui reste définitivement ma préférée. Il est évident que ce n’est pas le pays de la bière. L’Asie ne m’a jamais donné de bonnes surprises de ce côté-là. Normal. De bons souvenirs cela dit du whisky (du rhum ? ouais bref de l’alcool) de bambou bu avec « Mr. Pol » chez les Karens. Il était en fait surtout bon dans le contexte arrache-boyaux violent, et donc chauffage pas superflu dans une nuit froide de montagne.

Je suis comme un gamin avec ce genre de choses. Dormir sur de paillasses, marcher en montagne… pourtant ça avait mal commencé au camp d’éléphants. Ambiance touristes et animaux, c’est pas mon truc. Malgré tout, j’ai bien aimé la chose. Simplement le contact crû avec l’éléphant, la sensation de son corps en mouvement, ce cette puissance délicate contre laquelle, si elle s’emballait, je ne pourrais rien… Se sentir puissant, dominateur en chevauchant un animal… je ne peux pas comprendre ça. Au mieux, c’est une collaboration, ou plus réellement une façon de se compléter. Même si l’humain reste une sorte de maître, il n’empêche que jamais il ne pourra quoi que ce soit contre la nature de l’animal. Il la canalise, l’utilise, mais ne la domine pas. Les gens qui se sentent puissants en chevauchant un animal sont en train de trottiner seuls dans leur tête, et n’ont réellement qu’une compréhension fausse et parcellaire de la bête. C’est tout

Un raz-de-marée plus tard, on voit bien que l’on ne domine rien…
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